B. — TEMPÉRAMENT
Le tempérament représente le portrait physiologique d'un individu, comprenant l'état de nutrition des tissus, leur vascularisation, leur tonicité, etc., et l'activité des divers organes.
L'étude du tempérament est d'une importance primordiale pour la connaissance du caractère. Nous avons vu, en effet, à propos des actions centripètes, quelles influences étroites et profondes les états organiques exercent sur l'activité cérébrale. Une musculature bien nourrie, un sang trop pauvre en globules rouges, un foie qui fabrique trop de bile, un estomac qui fermente, retentissent d'une façon directe sur le cerveau pour en modifier les réactions sensitives et motrices. Si donc, nous connaissons exactement ces correspondances somato-psychiques, si nous savons distinguer les modes de nutrition et d'activité organique et en déduire leurs consé-
quences cérébrales, il nous sera loisible, d'après le seul aspect du corps physique, de deviner l'humeur, la sensibilité, l'émotivité, c'est-à-dire le fond même du caractère.
La question des tempéraments a de tout temps vivement préoccupé les auteurs. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, elle a servi de thème à d'abondantes dissertations et suggéré de subtiles et ingénieuses théories. Elle a donné lieu aussi à de nombreuses et diverses classifications, depuis les plus anciennes en tempéraments chauds, froids, secs et humides, jusqu'aux modernes, très analytiques, de Fouillée, de Manouvrier, de Malapert, etc. Pour ma part, tenant à demeurer sur le terrain des faits, je me bornerai tout simplement à une répartition empirique des individus selon les différences évidentes qu'ils offrent à nos yeux. J'ai dit en effet plus haut que l'ensemble des hommes se divise en quelques grandes familles naturelles, assez nettement définies par leur aspect objectif auquel correspondent des particularités subjectives.
Je distinguerai ainsi, en Europe, quatre grandes familles humaines : les sanguins, les lymphatiques, les bilieux, les nerveux.
Tout en notant les attributs physiques de ces types, je signalerai leurs correspondances mentales où l'on retrouvera l'humeur, les modalités sensitives et actives, les dominantes du caractère.
Les Sanguins.
Aspect physique. — Ce qui caractérise physiquement les sanguins, c'est la richesse de la circulation. Ils ont en effet la peau colorée et chaude, les muqueuses rouges, les vaisseaux dilatés, le pouls ample et plein.
Dans leurs tissus, abondamment irrigués, on devine une nutrition prospère. La chair est ferme, la respiration est puissante, l'appétit excellent, le sommeil profond et paisible.
Sur la face, ils^ offrent une expression heureuse et souriante, un teint vermeil, des joues arrondies, des traits ascendants, une bouche aux coins levés. Les gestes sont larges et courbes. La voix est sonore et pleine, la main grasse et chaude.
Caractère. — Cette prospérité physiologique se traduit dans la conscience par un état affectif de satisfaction, de gaîté et de bonne humeur. Les sanguins sont par nature et par système des optimistes. Ils aiment la vie joyeuse, les voluptés faciles, l'amour sans secousses et sans drame. Leur sensibilité est vive, mais superficielle et sans durée.
Dans le monde, ils sont souvent vaniteux et fats, attentifs aux formes extérieures et conventionnelles du succès et de l'estime, avides de titres et de déco-
Hartenberg. — Physionomie. G
rations. Bienveillants d'ailleurs, sans envie ni jalousie, ils peuvent être de bons amis sincères et dévoués.
Leur activité est intense. Leur cerveau bien irrigué, leurs muscles bien nourris sont toujours prêts au travail et à l'effort. Ils aiment le mouvement pour le plaisir de remuer, et il est pour eux un besoin physique comme le boire et le manger. Leur volonté est plus impulsive que persévérante et soutenue. Ce sont essentiellement des actifs.
Les Lymphatiques.
Aspect physique. — Le tempérament des lymphatiques est caractérisé par l'abondance du tissu conjonctif interstitiel et souvent du tissu adipeux. Il semble que leur organisme soit comme rembourré de ce tissu interstitiel et que toutes les fonctions soient amorties et comme ouatées par les couches conjonctives. De là, les attributs physiques de ces sujets : peau rose, tissus froids et mous, muscles détendus, infiltration graisseuse. La respiration est étroite, la circulation petite et faible, les fonctions paresseuses, les réactions nerveuses tardives, le sommeil lourd et profond
La face est rose pâle, avec des traits arrondis, des joues flasques, des lèvres épaisses, l'œil humide et
vague. Les gestes sont lents, la voix est calme, la main moite et molle.
Caractère. — Cette atonie des tissus et cette lenteur des réactions physiologiques se traduit mentalement par l'indolence, .l'indifférence, l'apathie. La sensibilité est obtuse. Les lymphatiques s'émeuvent peu, ne ne troublent guère, ne sont pas accessibles aux ardentes passions.
Leurs sentiments sont paisibles et modérés. Capables d'affection et de dévouement, ils s'attachent plus par habitude que par exaltation. Très froids de nature, la volupté les attire peu.
Leur patience est extrême ; ils supportent, avec une résignation philosophique, déceptions, mésaventures et chagrins. La règle de leur vie est de ne pas se faire de bile.
Quant à leur activité, elle est très médiocre. Ils détestent l'agitation, la fièvre, l'effort, préférant à tout une nonchalante quiétude. Ils sont naturellement passifs, et subissent sans révolte la domination, l'autorité et les contraintes. Esclaves de leur milieu, ils suivent le courant général, sans réagir.
En somme, ce sont essentiellement des indolents, des phlegmatiques.
Les Bilieux.
Aspect physique. — Bien différents sont les
bilieux, dont le tempérament s'oppose presque diamétralement à celui des lymphatiques. Autant les uns sont arrondis, décolorés et mous, autant les autres sont anguleux, pigmentés et durs. Ce terme de bilieux paraît bien appliqué à cette famille d'individus, car à leur aspect, il semble que leur organisme soit effectivement imprégné et saturé de bile. La peau est jaune, chaude et sèche, avec des coulées de coloration brune, les tissus sont durs et maigres, pauvres en feutrage interstitiel et en graisse, de sorte que les formes sont anguleuses, les os en relief et les faisceaux musculaires apparents ; la respiration est ample et rapide, le pouls fréquent et tendu, les réactions vives, le sommeil bref, agité de rêves et de cauchemars.
Dans le faciès, les traits, non arrondis par le tissu interstitiel, sont anguleux, pointus, laissent apparaître les proéminences osseuses du front, du nez, des arcades zygomatiques, des maxillaires. Le teint est olivâtre, souvent strié de varicosités aux pommettes, les joues sont plates, les yeux creux avec des sclérotiques jaunâtres, le regard mobile et ardent, les lèvres sont fermes et serrées, les cheveux et la barbe colorés et rudes.
Les gestes sont vifs et saccadés, la voix nette et brève, la main sèche et chaude. *
En somme, il semble bien, à voir ces sujets, que l'imprégnation biliaire de leurs éléments anatomi-
cjues crée un élat de nutrition spécial qui produit des modes de sentir et de réagir particuliers.
Caractère. — Deux mots précisent le caractère des bilieux: ce sont des violents, des passionnés. Leur sensibilité est vibrante : ils ont des sentiments exaltés, des émotions ardentes. La colère surtout est fréquente chez eux et ils se montrent irascibles, vindicatifs et haineux.
Plus orgueilleux que vaniteux, tenant plus à leur opinion qu'à celle des autres, ils sont autoritaires, tyranniques, dominateurs, voulant toujours imposer leurs volontés et leurs principes.
Tour à tour prodigues, rusés, défiants, séditieux, révoltés, ambitieux, ils poussent tous leurs sentiments jusqu'à la passion. Voluptueux et despotes en amour, ils se laissent entraîner souvent par la jalousie jusqu'aux brutalités et au crime.
Aussi violente que leur émotivité est leur activité. On pourrait dire d'eux qu'ils sont « des moteurs explosifs » : leurs gestes brusques et saccadés ont en effet quelque chose d'une explosion. Décidés, hautains, entreprenants, audacieux, chevaleresques, ils aspirent à toutes les conquêtes et à toutes les puissances, déployant pour y réussir une invincible énergie.
C'est parmi les bilieux que se recrutent les guerriers, les condottiere, les conquistadores, les aventuriers de toutes les époques, poursuivant les