GESTICULATION GÉNÉRALE
La gesticulation générale a le mérite de n'exiger, pour être comprise, ni analyse, ni interprétation savante. Elle parle aux yeux directement et se définit elle-même. Nul n'a besoin d'être versé en physiognomonie pour deviner qu'une gesticulation sobre appartient à un phlegmatique et à un calme, une gesticulation abondante à un impressionnable et à un agité.
Pourtant, les mouvements du corps et les gestes des membres comportent encore des nuances. Remarquons tout d'abord que les tempéraments divers se traduisent par des qualités différentes de gestes. C'est ainsi que le lymphatique aura des gestes lents et mous, le sanguin des mouvements larges et exubérants, le bilieux des gestes contenus et secs, le nerveux hyposthônique des mouvements petits et rétrécis, le nerveux hypersthénique des mouvements vifs et saccadés. De sorte que même à distance, en devinant la forme des tempéraments d'après la gesticulation et en se souvenant des traits es-
sentiels de ces tempéraments, on pourra sans voir le visage ni étudier le sujet, définir les grandes lignes de son caractère. Par un simple gest e, ferme ou mou, on reconnaîtra une volonté énergique ou défaillante, comme un simple geste mesuré ou désordonné nous révélera une sensibilité équilibrée ou exaltée.
C'est au geste aussi qu'on peut reconnaître ces qualités sociales de la tenue, qu'on nomme distinction, élégance, vulgarité. Alors que la distinction consiste en une gesticulation sobre, toujours contenue et correcte, que l'élégance consiste en l'harmonie et le rythme naturel des mouvements, la vulgarité est faite de gestes déréglés, exubérants, où se mêlent des mouvements spéciaux et considérés comme communs, tels que se frotter les mains, se gratter, respirer trop fort, etc. C'est pourquoi les races peu remuantes du Nord ont toujours un port de distinction naturelle, tandis que les sujets agités du Midi paraissent toujours un peu vulgaires.
M. Giraudet reproduit, d'après Del Sarte, une curieuse théorie du geste2. Il distingue d'abord trois catégories de mouvements : directs, brisés, circulaires. « Aux mouvements directs appartiennent la décision, l'énergie vitale, l'exaltation; aux mouvements brisés : la réticence, l'hésitation, les expressions intellectuelles; aux mouvements circulaires, la
r. Giraudet. Mimique, physionomie et gestes. Quantin, édit. P;iris, j8(j5.
ilxS PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE
souplesse, la grâce, l'expansion. Ces formes de gestes et leurs variétés sontinscrites dans le tableau suivant.
Ligne oscillante.
Mouvements J Ligne directe et circulaire. brisés.
Ligne brisée.
Mouvements circulaires.
Mouvements directs.
Fig.
-igné concave.
Ligne concave et convexe ou sinueuse.
Ligne
convexe.
Ligne oblique.
Ligne horizontale.
Ligne verticale.
— Schéma des différents gestes (D'après Giraudct).
En outre de leur forme linéaire, les mouvements ont une direction : soit de bas en haut ou de haut en bas ; soit de droite à gauche ou de gauche à droite (considérant le bras droit); soit obliquement ou en face, d'arrière en avant ou d'avant en arrière.
Je cite encore les originales considérations de M. Giraudet :
(( Disons en général que les gestes de bas en haut sont sans point d'arrêt et indéterminés souvent. Ils dénotent par cela même une tendance vers l'idéal, l'infini. Par contre, les gestes de haut en bas, forcément limités au terrestre, expriment des sentiments inverses.
« Donc, gestes de bas en haut, plus nobles, plus intellectuels, plus élevés moralement; de haut en bas, plus sensuels, plus matériels, plus absolus.
« Les gestes de gauche à droite, c'est-à-dire de dedans en dehors, sont négatifs, répulsifs, indicatifs, menaçants ; de droite à gauche, attractifs, restrictifs, appréhensifs.
« Les gestes d'arrière en avant, appellatifs, expansifs, contemplatifs; d'avant en arrière, réflectifs, compressifs, unitifs. »
Démarche. — Un geste intéressant est la démarche. La démarche, qui permet d'apprécier un inconnu par derrière, a paru mériter tant d'importance à Balzac qu'il lui a consacré tout un traité1. Dans ces pages amusantes à lire où la fantaisie se mêle à l'observation vraie, je relève parmi les aphorismes les plus typiques, ceux-ci :
« La démarche est la physionomie du corps. »
« Le repos est le silence du corps. »