‹ Physionomies de saintsChapitre 15 sur 72 · SAINT PAPHNUCE · texte numérisé non relu

SAINT PAPHNUCE

venant de lui, sur lui, pour lui ou contre lui ont produit, après quarante ou cinquante ans, l'homme qui est là, aujourd'lmi, devant vos yeux;

Si vous essayez ce calcul infini, vous cherchez un nombre que Dieu seul connaît : vous tentez de soulever le voile qui cache la justice éternelle, et peut-être cet attentat ressemble-t-il à celui du soldat de Josué qui mit la main sur la chose ré" servée, sur l'anathème. Dieu, qui est jaloux, est jaloux de sa justice.

Lui seul est assez étranger à nos misères pour les connaître dans leur profondeur, et en tenir un compte digne d'elles. Lui seul est assez clairvoyant pour avoir une indulgence égale à nos besoins. Lui seul est assez haut sur la montagne inaccessible, pour tenir dans la main la mesure de notre abîme.

A lui seul appartient la justice comme une propriété.

Justice profonde et mystérieuse, justice divine, inconnue comme Dieu, justice qui nous réserve des étonnements immenses ! Justice sans défaillance, qui voit d'un seul coup d'oeil au-delà des quatre horizons ! Justice qui tient compte de toutes les choses re/atives, ^arce qu'elle est absolue !

Un prêtre alla visiter Paphnuce dans le désert. Paphnuce, disciple de saint Macaire, lui parla de son maître. — Connaissez-vous, dit-il, connaissezvous l'histoire du présent de l'hyrne? Car c'est insi que mon maître appelait sa tunique, la tu-

r.ique qu'il légua depuis à Mélanie la bienheureuse.

— Je ne connais pas, dit le prêtre, cette histoire.

— Un jour, reprit Paphnuce, Macaire, mon maître, était assis dans sa cellule, s'entretenant avec le Seigneur. Un animal frappa de la tête contre la porte de la cellule ; la porte céda, l'animal entra et se jeta aux pieds de Macaire, déposant devant lui son petit. Le solitaire les regarda tous deux : c'était une hyène gui montrait son petità mon maître Macaire. Macaire, l'ayant examiné, s'aperçut qu'il était aveugle. Alors il cracha sur ses yeux fermés, et aussitôt ses yeux s'ouvrirent. Sa mère lui donna immédiatement son lait et l'emporta. L.e lendemain on frappe encore; la | orté s'ouvre : c'était la Hyène qui revenait. Ge'tefois, au lieu d'apporter son petit, elle apportait une grande peau de brebis. Macaire, ayant considéré cette peau, dit à la Hyène : Comment as-tu pj te procurer ceJte peau, sinon par un vol et par un meurtre ? Malheureuse, je t'ai fait du bien, et toi tu as volé un pauvre et tu as tué sa brebis 1

La Hyène continuait à tenir la peau et à la présenter d'un air suppliant,

— Non, dit mon maître, je ne veux pas ce bien: il est ma! acquis.

La Hyène baissa la tête et plia les genoux.

Alors mon maître, touché de compassion, lui dit : Hyène, veux-tu me promettre de ne plus faire tort aux pauvres désormais et de plus dévorer leurs brebis î

Page 1