‹ Physionomies de saintsChapitre 16 sur 72 · SAINT PAPHNUCE · texte numérisé non relu

SAINT PAPHNUCE

La Hyène fit signe de la tête, comme si elle eût promis.

— Alors, dit mon maître, j'accepte ton présent.

Et la tunique de Macaire s'appelait le présent de la Hyène. Jamais il ne la nomma autrement, et il la donna, comme un don très précieux, à Mélanie.

C'est ainsi que Paphnuce parlait.

Il y avait à la même époque une pécheresse nommée Thaïs, dont labeauté était extraordinaire. Plusieurs se réduisirent à l'aumône pour lui faire des cadeaux, et la jalousie allumait entre ces hommes de telles fureurs que souvent sa maison était teinte de sang.

Le "scandale prit de telles proportions que le bruit en arriva jusqu'à l'abbé Paphnuce. On alla lui demander ce qu'il fallait faire dans de telles circonstances.

Quelque temps après, saint Antoine dit à ses disciples : Veillez et priez.

Et tous passèrent la nuit en oraison. Ils n'étaient pas réunis, mais séparés, et chacun priait sans discontinuer.

Parmi les disciples de saint Antoine, le plus ardent et le plus simple était Paul.

Et pendant cette nuit d'oraison continuelle, il arriva que le Seigneur ouvrit à Paul les yeux de l'esprit, et Pauf vit le ciel ouvert, et dans le ciel un lit magnifique, environné de trois vierges dont le visage était resplendissant, et la lumière sortait de leur face.

Paul s'écria dans l'extase: O mon père Antoine, quelle superbe récompense vous est réservée dans le ciel ! Une telle faveur ne peut être faite qu'à vous, et je vois le lieu de votre repos éternel !

Mais la voix qui parle dans l'extase s*éleva et dit à Paul :

— Ce lit n'est pas réservé à ton père Antoine.

— Et à qui donc, dit Paul stupéfait ? A quel saint, à quel martyr?

— Ce lit est réservé à Thaïs la pécheresse, dit la voix qui parle dans l'extase.

Or, voici ce qui s'était passé.

Paphnuce, informé de la vie de Thaïs et du scandale universel, prit de l'argent, revêtit un habit séculier et se rendit dans la ville où habitait la pécheresse.

II se présenta chez elle :

— Sans doute, lui dit-il, cette chambre est retirée et secrète. Cependant elle ne me convient pas parfaitement. J'en voudrais une plus retirée et plus secrète.

— Je vous assure, répondit Thaïs, que nous sommes ici parfaitement à l'abri des regards des hommes.

— Sans doute, dit Paphnuce, mais cela ne me suffit pas. Je vous prie de vouloir bien me conduire dans une chambre où nous soyons à l'abri des regards de Dieu.

Thaïs fut troublée au fond de l'âme. La conversation continua. Paphnuce lui demanda comment

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elle osait faire devant Dieu ce qu'elle n'osait pas faire devant les hommes. Enfin, telle fut son éloquence, telle fut la puissance donnée à ses paroles, que Thaïs ne voulut ()as sortir de la chambre où ils étaient enfermés avant d'avoir obtenu de lui pardon et pénitence.

— J'irai, lui dit-elle, passer ma vie où vous me l'ordonnerez. Donnez-moi seulement trois heures ; dans trois heures, je suis à vous, et vous ordonnerez de moi et; que vous voudrez.

Thaïs sortit, prit tous les meubles et objets qui avaient été le prix de ses péchés, les fît porter sur la place publique, puis elle les brûla en présence de tout le peuple, et annonça publiquement son repentir et sa conversion.

Ceci fait, elle se rendit au lieu où l'attendait Paphnuce.

— Maintenant, lui dit-elle, je suis à vos ordres. Paphnuce la conduisit dans un monastère de

vierges, et l'enferma dans une cellule dont il boucha l'entrée avec du plomb, laissant seulement une petite fenêtre par où les sœurs devaient lui passer, tous les jours, du pain et de l'eau.

Entre les hommes d'alors et les hommes d'aujourd'hui la différence est énorme Mœurs, habitudes, tempérament physique, tout a changé. La nature de nos tentations n'est plus la même. Les remèdes ont changé comme l'état des mnlades ; mais nous ne devons pas plus nous étonner des rigueurs de nos pères que de leur force physique et des armures qu'ils portaient.

— De quelle façon dois-je prier? dit ThaTs â Paphnuce qui s'en allait.

— Vous n'êtes pas digne de prononcer le nom de Dieu, répondit Paphnuce, et je vous défends de lever les bras vers le ciel. Dites seulement ces paroles : « Vous qui m'avez faite, ayez pitié de moi ». Et telle fut, pendant trois ans, la seule prière de Thaïs !

Au bout de trois ans, Paphnuce, à qui saint Antoine raconta la vision de Paul son disciple, alla au monastère des vieryes et ouvrit la cellule où Thaïs était renfermée. Mais Thaïs ne voulait pas sortir.

— Sortez, dit Paphnuce; car vos péchés sont pardonnes.

•^ Depuis que je suis ici, répondit Thaïs, je le« ai mis devant mes yeux, comme un monceau, et je n'ai pas cessé de les regarder.

— C'est pour ce regard, dit Paphnuce, et non à cause de votre pénitence extérieure et matérielle, que Dieu vous a pardonné.

Tha-'s sortit de sa cellule, et mourut quinze jours après.

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