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LA FIN DE MARS

de l'impiété des hommes ou des colères du Seigneur. Mais le rire ordinaire, le rire proprement dit, ne reparaît pas, je crois, après la naissance d'Jsaac, qui est un des premiers faits df» l'histoire humaine racontés par l'Ecriture.

Qu'a rriva-t-il sur la montagne du sacrifice? C'est ce que personne ne sait précisément. Jusqu'où alla la douleur d'Abraham? Ce Fils si longtemps désiré, ce Fils tellement inespéré que la promesse de sa naissance faisait rire Sara, ce Fils dont la naissance était le chef-d'œuvre de l'Invraisemblable, ce Fils éfait celui qu'il fallait immoler ! Sa naissance avait ressemblé aune victoire de Dieu sur les lois de la nature. Et quand ce Fils bienaimé, né contre la vraisemblance, est devenu un jeune homme, il faut lui donner la mort, à lui qui porte l'Espérance et la Promesse d'une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel ! Il faut tuer ce germe de vie si chèrement acheté, si désiré, si précieux.

Quelles pensées tumultueuses devaient gronder au fond d'Abraham ! quelle tempête ! Cependant il obéit avec une telle simphcité, que cette simplicité remplit seule le récit de l'Ecriture. Pas de réflexions, rien que le fait; mais le fait est si terrible qu'il sous-entend tous les sentiments humains.

Saint Ephrem fait une remarque intéressante.

Abraham, quand il voit la montagne du sacrifice, dit auxservileurs : Attendez ici avec l'àne; moi et l'enfant, quand nous aurons adoré, nous reviendrons vers vous.

Abraham ne croyait pas ce qu'il disait. Et cependant il disait la vérité, mais la disait sans la connaître. Il avait l'intention de tuer l'enfant. Il né savait pas que l'enfant reviendrait avec lui. Et cependant il le disait, comme s'il avait prévu le aenouement qu'il ne prévoyait pas. 11 prophétisait sans le savoir. Ses lèvres, dit saint Ephrem, prononçaient ce que son esprit ne savait pas. Et elles prononçaient la vérité.

Un instant après, seul avec son père, Isaac fait une question déchirante pour Abraham.

Mon père 1 — Que veux-tu mon fils ? — Voici le feu et le bois; mais où donc est la victime? — Dieu se fournira à lui-même la victime, mon fils.

Abraham prophétise encore et prophétise sans le savoir. Il annonce l'apparition de l'ange et la rencontre du bélier qu'il ignorait toutes les deux.

L'Ecriture est tellement féconde, qu'elle apparaît constamment jeune. Le sacrifice d'Abraham est un drame, dont l'émotion a traversé les siècles sans diminuer. Il est impossible de constater comme elle le mérite la simplicité du rccit. Cette simplicité est redoutable. Moins elle dit de choses, plus elle en fait deviner. La question d*Isaac est d'une ignorance qui déchire le cœur. La réponse d'Abraham est d'une science qui le déchire aussi. Car cette science; prophétique n'était que sur ses lèvres; et ses paroles, quoique vraies, ne pénétraient pas son esprit.

D'Isaac au bon Larron il n'y a pas de transition visible. Ces deux personnages ne se ressemblent

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