LA FIN DE MARS
pas et sont séparés par bien des siècles. Mais tout se tient tellement dans l'économie de la Rédemption, que l^art heureux des transitions y est absolument inutile. Isaac est la figure du pécheur racheté.
Et le bon Larron n'est-il pas le type du pécheur pardonné? Isaac était innocent, le Larron était coupable. Le coupable est près de Jésus-Christ physiquement, dans le temps et dans l'espace. L'innocent symbolise Jésus-Christ de loin, à travers le temps et l'espace.
D'après la tradition, le bon Larron s'appelait Dismas.
Saint Anselme raconte son histoire, non comme un fait authentique, mais comme une légende très accréditée.
D'après le récit de saint Anselme, Dismas vivait dans une forêt au moment de la fuite en Egypte. II était fils du chef des assassins qui étaient là, en bfinde, dévalisant les voyageurs. La Sainte Famille paraît. Voyant l'homme, la femme et l'enfant, il se prépara à les attaquer. Mais quand il approche, il est saisi d'un respect affectueux et tendre; il offre l'hospitalité aux voyageurs ; il leur donne tout ce qui leur est nécessaire; il accable l'enfant de caresses. Marie le remercie et lui promet une grande récompense,
Jésus-Christ mourant tient la promesse de sa Mère. Dismas fut récompensé sur la croix des procédés qu'il avait eus dans la forêt.
Quoi qu'il en soit de la légende racontée p^af
saint Anselme, le bon Larron est une des figures les plus singulières de l'histoire des Saints. Voleur et assassin, il est canonisé par les lèvres de Jésus- Christ. Il est placé à la droite du Fils; par là il représente tous les élus.
Le Calvaire figure le jugement dernier. Donc le bon Larron est la figure du peuple prédestiné. Ouvrier de la dernière heure, il éprouve la magnificence de Celui qu'il invoque et qu'il adore. Il reconnaît le Crucifié,- son voisin, comme juge des vivants et des morts. Et le Crucifié répond.
D'après le Père Ventura, les deux Larrons donnent aux hommes deux leçons capitales. Le bon Larron, chargé de crimes et armé seulement d'un repentir ti es court, dit au genre humain :
Il ne faut jamais désespérer.
Le mauvais larron, dans des conditions en apparence identiques, meurt tout près de Jésus et dit au genre humain :
Il ne faut jamais présumer.
Le bon Larron est spécialement invoqué contre la torture, contre l'impénitence finale et contre les voleurs.