‹ Physionomies de saintsChapitre 26 sur 72 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

On i/ublie trop les saints de l'Ancien Testament. Il ne sera peut-être pas inutile d'esquisser la grande figure d'Ezéchiel, que le martyrologe romain célèbre le lo avril.

Ezéchiel veut dire Force de Dieu, ou Empire de Dieu. Il est souvent appelé Fils de l'Homme, car il fut l'image de Jésus-Christ.

Il est caractérisé dans l'Ecriture par une parole rarement prononcée, parole courte et mystérieuse qui lui donne une place à part parmi les grands élus,

Ezechiely qui vidi coiispectum gloriœ.

Ezéchiel qui contempla l'aspect de la gloire! Quel homme était-il donc pour avoir été ainsi désigné par la parole sobre de l'Ecriture, à qui l'emphase est inconnue ?

On croit \:|u'Ezéchiel naquit en Fan du monde 34i 1 . n avait vingt-quatre ans quand il fut conduit captif à Babylone avec le roi Jéchonias.

Pendant qu'Ezéchiel partait pour Babylone, Jérémie restait à Jérusalem. Mais il se passa entre

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eux un merveilleux phénomène de lumière qui est très oublié.

Ezéchiel voyait à Babylone ce que Jérémie voyait à Jérusalem. La même désolation remplissait leurs deux âmes; les mêmes horreurs étaient placées devant les yeux de leur esprit. L'un était en Chaldée, l'autre en Judée, mais les menaces qui partaient de la Chaldée et les menaces qui partaient de la Judée étaient les mêmes menaces. L'esprit prophétique disait à l'oreille d'Ezéchiel, le captif de Babylone, les mêmes plaintes et les mêmes imprécations qu'à l'oreille de Jérémie, le désolé de Jérusalem.

Ezéchiel voyait en esprit ce qui se passait à Jérusalem et lançait sur les crimes de sa patrie, qu'il voyait par les yeux de l'âme, les mêmes anathèmes que Jérémie, qui les voyait par les yeux du corps.

Ezéchiel était captif depuis cinq ans, quand le don de prophétie lui fut fait.

Il était au milieu des captifs, quand les cieux lui furent ouverts. Il avait vingt-neuf à trente ans, et l'on peut voir ici, entre cet âge et l'âge de Jésus-Christ, une certaine ressemblance qui n'est pas sans mystère. Saint Jean-Baptiste et Jésus-Christ avaient trente ans quand ils commencèrent à prêcher. Ezéchiel avait trente ans quand il commença à voir. Voir pour lui, c'était prêcher.

Il demeura à Babylone, au milieu des Juifs endurcis et captifs, captif comme eux, non pas

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endurci comme eux. La présence des Juifs à Babyloue était un châtiment. La présence d'Ezéchiel au milieu des Juifs était une miséricorde. Il était là pour adoucir par sa captivité l'horreur de la captivité des autres. Il était là pour avertir que Dieu n'avait pas oublié son peuple.

Il était, dit le Saint-Esprit, le prodige de son siècle, et le signe donné à la maison d'Israël. Par sa voix, le souffle de Dieu passait encore sur la tête de ce peuple infidèle, puni, rappelé, averti, caressé, menacé. Saint Jérôme nous dit que les prophéties de Jérémie étaient envoyées de Jérusalem à Babylone, et les prophéties d'Ezéchiel de Babylone à Jérusalem.

Ainsi les Juifs éctangaient leurs trésors. Les coups et les contre-a Dups de la lumière allaient de la terre d'exil à la terre de la patrie, et de la terre de la patrie à la terre d'exil. Et, par une magnifique concordance, les échos de Babylone et les échos de Jérusalem se renvoyaient les uns aux autres les mêmes lamentations, les mêmes supplications, les mêmes imprécations et les mêmes espérances.

Dans le langage symbolique, Jérusalem représente la cité de Dieu ; Babylone, la cité de Satan.

Jérusalem et Babylone sont les deux pôles du monde moral.

Ces deux voix discordantes ont été, pour un moment, réduites à l'harmonie. C'est qu'à ce raoment-là, Ezéchiel était à Babylone, dépositaire

sacré de l'esprit de Jérusalem. Et à ce momentlà, Jérémie,qui était à Jérusalem, lançait sur elle ses foudres, parce qu'il reconnaissait en elle l'esprit de Babylone.

L'esprit de Babylone avait envahi Jérusalem, et c*est pourquoi les habitants de Jérusalem furent condamnés à Babylone.

Mais parmi ces captifs, voici Ezéchiel. Et, par lui, l'esprit de Jérusalem envahit Babylone, et les Juifs, à la fois instruits et confondus, virent fondre sur eux, de droite et de yauche, la même lumière et la même foudre.

Les deux nuages portaient les mêmes mystères.

Les deux tonnerres avaient les mêmes grondements.

Saint Grégoire dit qu'Ezéchiel n'est pas seulement prophète, mais docteur. Ses prophéties ont le caractère de prédications. Et, comme s'il eût voulu donner aux prédicateurs futurs un enseignement muet et profond, Ezéchiel, avant de parler, pleura sept jours en silence.

Il décrit le lieu où il osa enfin élever la voix. C'était près du fleuve Chobar, qui verse ses eaux dans l'Euphrate, non loin de Circésium.

David semblait avoir prophétisé ce prophète quand il disait : Nous nous sommes assis et nous avons pleuré le long dos fleuves de Babylone.

Super Jl ami na Babylonis illic sedirnus et fievimus.

On dirait que la tristesse d'Ezéchiel avait été

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devinée par l'âme de David et le fleuve Chobar entrevu par les yeux de son esprit.

On dirait que la mélancolie du captif contemplait dans l'eau courante la rapidité du torrent qui emporte les choses humaines.

Le langage d'Ezéchiel est superbe de liberté. Des imbéciles en ont ri au siècle dernier ; mais leur rire ne s'entend plus. Et la parole d'Ezéchiel retentit toujours,

La vision du char mystérieux traîné par quatre animaux promène de siècle en siècle les mystères dont elle est remplie. Et si les échos de Jérusalem répondaient instantanément aux échos de Babylone, par la voix de Jérémie, les échos de Pathmos-leur ont répondu plus tard, par la voi.N de saint Jean.

La résurrection universelle apparut au prophète. Ezéchiel vit d'avance l'heure solennelle où les terres et les océans rendront leurs morts.

« La main de Jéhova se reposa sur moi et me transporta dans une plaine couverte d'ossements. »

Voici quelques traits de cette scène ^"'^'ir^iose:

« — Fils de l'homme, me demanda Jéûova, ces « restes desséchés revivront-ils?

« Seigneur, vous le savez.

« — Adresse-leur la parole. Dis-leur : Osse- « ments arides, écoutez l'ordre de Jéhova. Voici « ce qu'a dit TEternel : Mon souffle va vous pé- « nétrer et vous vivrez. J'étendrai sur vous des « nerfs comme un réseau : je ferai croître les

« chairs ; j'inspirerai en vous l'EsprU de Vie et « vous ressusciterez,

« — Je pris la parole et je répétai l'ordre.

« A mt voix un cliquetis sonore retentit parmi « les ossements. Les os se rapprochaient des os; « ils se couvrirent de leur réseau nerveux ; voici « la peau; voici des chairs nouvelles. Mais ils « n'avaient pas encore l'Esprit de Vie, et Jéhova « me dit : — Fils de l'homme, parle à l'Esprit. « Dis-lui : Voici la parole du seigneur Adonaï : « Esprit, accours des quatre vents du ciel 1 Souffle « sur ces morts et qu'ils revivent !

« Ma voix répéta l'ordre, et l'Esprit de Vie pé- « nétra les cadavres; ils ressuscitèrent, et se « dressant sur leurs pieds, ils parurent devant « moi comme une armée innombrable. >

D'après une tradition recueillie par saint Isidore et saint Epiphane, Ezéchiel eutle don des miracles. D'après cette tradition, il aurait conduit le peuple juif qui l'aurait suivi à pied sec par le milieu du fleuve Chobar, comme autrefois MoFse à travers la mer Rouge ; il aurait, dans une famine, suscité tout à coup un nombre immense de poissons, etc. Mais l'Ecriture est muette sur cette tradition.

Enfin Ezéchiel mourut martyr.

L'ouvrage attribué à saint Epiphane sur la vie et la mort des martyrs, la tradition de saint Isidore, évéque de Séville et le martyrologe romain, nous apprennent qu'il fut tué à Babylone, parce qu'il reprochait son idolâtrie au magistrat charité de juger Israël captif.

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Le martyrologe ajoute qu'il fut enterré dans la sépulture de Sem et d'Arphaxad, qui étaient les ancêtres d'Abraham.

Saint Athanasc, dans son livre de l'Incarnation du Verbe, dit qu'Ezéchiel est mort pour la cause du peuple. On ne sait s'il fut lapidé ou écartelé. Andricominius,dans son Théâtre de la terre sainte, adopte ce dernier sentiment.

On voit encore aujourd'hui, au lieu nommé Kiffel, le tombeau du prophète. Le lieutenant Lepich, chargé par les Etats-Unis d'une mission en Pales- Une, rapporte sur ce tombeau d'intéressants détails cités par M. l'abbé Darras, dans son Histoire de l'Eglise (t. III, p. 344).

Le chef des tribus qui habitent ce pays conduit les voyageurs dans une grande salle soutenue par des colonnes. Au fond de cette salle une grande boîte contient une copie des cinq livres de Moïse écrite sur un seul rouleau. Au sud, une pièce plus petite contient le tombeau d'Ezéchiel. Le dôme de cette chambre est doré, et continuellement illuminé par une grande quantité de lampes qui ne s'éteignent ni jour ni nuit.

Telle est, dans sa forme historique, et vue du côté de la terre, du côté des ténèbres, la grande figure d'Ezéchiel.

Une certaine obscurité plane sur les détails, comme il arrive aux hommes qui sont plus haut que les lieux qui fixent ordinairement les yeux et le cœur de l'iiistoire.

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