SAINT PIERRE CÉLESTIN
voix des rois et des hommes, pour qu'il osât monter sur le trône.
Quand il fallut quitter la solitude et faire le voyage, Pierre monta sur un âne, et l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem dut se présenter au souvenir des populations. Quand Pierre descendit de sa monture, un paysan plaça sur l'âne son fils boiteux des deux jambes, et l'enfant fut guéri.
Le couronnement du Pape eut lieu le jour de saint Jean-Baptiste, et saint Jean-Baptiste avait toujours été le saint de sa prédilection.
Il fallut s'occuper d'affaires. Pierre ne recula pas. Il trouvait tous les courages dans la charité.
Il créa des cardinaux, parmi lesquels beaucoup de cardinaux français : par exemple, Bérault de Jour, archevêque de Lyon; Simon de Beaulieu, archev^êque de Bourges ; Jean Lemoine, du diocèse d'Amiens ; Guillaume Ferrier, prévôt de Marseille; Nicolas de Nonancourt, parisien; Robert, vingt-huitième abbé de Gîteaux, et Simon, prieur de la Gharité-sur-Loire. Thomas de l'Abruzze, et Pierre d'Aqnila, religieux de son ordre, furent promus à la même dignité.
Pierre Gélestin s'était résigné à l'administration. II tint des consistoires, il distribua des bénéfices. Il gouverna et subit les honneurs du gouvernement. Cependant le bruit qui l'entourait était dominé en lui par la voix plus haute de son grand silence intérieur, et il lui semblait que cette voix sans parole le rappelait dans la solitude. Il acceptait le trône comme une épreuve, mais il ne
tarda pas à se demander si Dieu lui imposait pour toujours cette épreuve dont il ne sentait en luimême ni la nécessité ni la saveur. Il lui semblait que sa vie nouvelle avait diminué dans son âme la profondeur qui vient de la solitude.
Pierre' ne se sentait plus si doucement et si profondément enivré des parfums du désert.
Les parfums du désert étaient restés pour lui ce qu'ils avaient été toujours, la passion divine de sa vie et la préparation de la béatitude.
Il ne se trouvait pas à sa place parmi le tumulte des honneurs.
Que faire? Fallait-il abdiquer? Comme toujours, il consulta.' Plus un homme a de lumière, plus il se défie de lui-même. Les avis furent partagés. Ceux qui désiraient son trône lui conseillaient d'en descendre. Le roi de Naples combattit ce projet de toutes ses forces. L'Eçjlise avait été troublée plus de deux ans par l'absence du souverain pontife; n'allait-elle pas retomber dans la même agitation ? Pierre Célestin avait-il le droit d'abandonner le poste que Dieu lui avait confié, et de préférer son repos au repos du monde?
Cependant la pente de son esprit entraînait Pierre, et le regret intérieur des choses d'autre- /ois donnait du poids aux conseils et lui donnaient le droit de se retirer. Il tint un dernier consisfoire, réforma le luxe, confirma son ordre, donna à ses religieux le nom de Célestins, et déclara lui même qu'un pape qui ne se sentait pas
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propre au souverain pontificat avait le droit de Tabdiquer.
Le peuple désolé se mit en prière. L'archevêque de Naples, à la tête d'une procession, demanda au Pape sa bénédiction, et quand Pierre parut à sa fenêtre, on le supplia de demeurer père du genre humain, et de ne pas abandonner sa famille. — Je resterai, fit répondre le saint, à moins que ma conscience ne m'oblige à vous quitter.
Il délibéra encore un jour, puis, le 17 décembre 1294, il abdiqua. Aucun pape ne lui avait donné l'exemple, et son exemple n'a pflséié suivi.
Voici à peu près en quels termes il renonça au souverain pontificat.
« Moi Célestin V, pape, mû par plusieurs raisons légitimes, par le désir d'un état plus humble et d'une vie plus parfaite, par la crainte d'engager ma conscience, par la vue de ma fîiiblesse et de mon incapacité, considérant aussi la malice des hommes et mes infirmités, désirant le repos et la consolation spirituelle dont je jouissais avant mon exaltation;
« Je renonce librement et de mon plein gré au souverain pontificat, j'abandonne la dignité et la charge qui y sont attachées;
« Je donne dès à présent plein pouvoir au collège des cardinaux d'élire par les voies canoniques, mais par elles seules, un pasteur pour l'Eglise uni\erselle. »
Pierre lut devant l'assemblée des cardinaux
cette abdication qui s'appela : le Grand Refus. Ayant refusé la souveraineté pontificale, il se mit à genoux devant les Pères, et leur demanda la permission de se retirer.
On la lui «i'onna en pleurant.
Si cette scène appartenait à une autre histoire qu'à l'histoire ecclésiastique, si elle n'était pas ignorée parce qu'elle fait partie de la vie des saints, elle eût certainement tenté le talent des peintres, et, tombée dans le domaine de l'art, elle fût devenue populaire.
Le soleil n'a guère éclairé de drames plus grç."û" dioses. Mais comme ce drame est suspeci d'avoisiner les choses divines, les hommes lui ont toujours préféré Brutus, les trois Horaces et Léonidas.
Redevenu Pierre de Morron, il partit, faisant des miracles. Il prit la fuite, et guérit, en fuyant, une jeune fille paralytique. Il voulut fuir plus loin; mais partout trahi par sa gloire, et arrêté par le flot des populations, il ne put échapper à l'admiration universelle. Les enfants trahissaient innocemment la présence illustre du thaumaturge fugitif, et criaient sur son passage : Voilà Pierre de Morron!
L'ordre des Célestins dura jusqu'à la fin du siècle dernier, et voici qu'il va revivre. Le P. Aurélien le rétablit en France, à Bar-le-Duc. Supérieur actuel de l'ordre qu'il rétablit, le P. Aurélien a publié une très intéressante histoire de saint Pierre Gélesùu Tondatcur des Célestins.