SAINT JEAN-BAPTISTE
En général l'Ecriture est très sobre de paroles, mais surtout très sobre de jugements. L'Evangile contient fort peu d'appréciations sur les personnages même les plus importants. Marie et Joseph sont tous deux sous un voile. L'Evangile est vis-à-vis de saint Pierre d'une singulière sévérité. Je me rappelle à ce sujet une importante observation d'un grand hébraîsant. 11 me disait un jour que saint Pierre avait veillé lui-mérae à ce que toutes ses fautes fussent soigneusement écrites et détaillées dans les Evangiles. C'est surtout saint Marc, ajoutait-il, qui est l'historien rigoureux des faiblesses de saint Pierlre. Or, saint Marc était le disciple particulier, l'ami intime et le confident de saint Pierre. L'Evangile de saint Marc a été écrit sous les yeux de saint Pierre, et l'étude approfondie que j'ai faite des évangélistes m'autorise à affirmer que plus un homme était voisin de saint Pierre, plus il était sévère pour saint Pierre, par la volonté expresse du chef des Apôtres. C'est pourquoi saint Marc, qui écrivait presque sous sa dictée, n'omet rien de ce qui peut
nous avertir des faiblesses du Père commun. — La malveillance pouvait facilement tirer parti contre saint Pierre des sévérités de l'Evangile, et l'observation de ce savant fait tourner ces sévérités mêmes à la gloire de saint Pierre, et leur récit détaillé devient une des pierres précieuses de la couronne du grapd apôtre.
Cette sobriété et cette sévérité des récits évangéliques donnent à saint Jean-Baptiste un caractère singulier et tout à fait exceptionnel. Dès qu'il s'agit de lui, la louange éclate. Il a pQur panégyristes l'Ange et l'Homme-Dieu, Gabriel et Jésus. « Il viendra d^ns l'Esprit et dans la Yert\i d'Elie ^,4^ l'Ange, et Elie est précisément un de ce^-x qui font éclater le Saint-Esprit en louanges. EUe e^ saint Jean-Baptiste, les deux précurseurs des (iett^ avènepnents, ont été célébrés par l^s lè^yes ^e Dieu.
« Bienheureux, dit l'Esprit-Saint parlant à EUe, bienheureux ceux qui t^ont Yui Bienheureux ceux qui ont eu H gloire de ton amitié ! »
Et Jésus-Christ, parlant de Je^n^Baptiste ; « Qui êles-vous î^llé voir ? Un praphète. Je vous le disi en vérité, plus qu'un prophète. »
Parmi les enfants des hommes, aucun ne s'est élevé plus gr^and que Jean-BapMste.
Elie et Jean-Baptiste semblent donc avoir reçu c^ singulier privilège ; ils font, jusqu'à un certain point, sortir l'Ecritnre sainte de son extrême rér. serve. Leur gloire semble faire violence k cetta parole divine si sobre et si sévère.
SAINT JEAN-BAPTI91B !M5'
Puisque la fête de sainfe Pierre est sîprès de celle de saint Jean, rappelons ici quelques-unes des mystérieuses harmonies que ces deux fêtes nous présentent. Un saint nous guidera à travers les splendeurs des deux autres saints. Saint François de Sales nous aidera à parler de saint Pierre et de saint Jean.
L'Eglise célèbre le 24 juin la naissance de saint Jean, et le ag juin la naissance de saint Pierre. Dans le langage des hommes, la naissance de saint Jean est encore une naissance ; mais la naissance de Pierre, célébrée le ag juin, s'appellerait une mort dans le langage des hommes. L'Eglise célèbre la mort de saint Pierre, sous le nom de sa naissance, parce qu'il mourut saint, et naquit à la vie éternelle. Elle célèbre la naissance de saint Jean, parce qu'il naq; it sainte ayant été sanctifié dans le sein de sa mère.
Mais écoutons saint François de Sales lui-même ;
« Certes, quand j'ai lu à la Genèse, dit-il, que « Dieu fit deux grands luminaires au ciel, l'un pour « présider et éclairer le jour, et l'autre pour prési- « der à la nuit, incontinent j'ai pensé que c'étaient « ces deux fjrandssaints,saint Jean et saint Pierre ; « car ne vous semble-t-il pas que saint Jean soit « le grand luminaire de la loi mosaïque, laquelle « n'était qu'une ombre el comme une nuit au re- « gard de la clarté de la loi de grâce, puisqu'il « était plus que prophète, encore qu'il ne fût pas « lumière.. Et vous s mble-t-il pas que saint « Pierre soit le grand luminaire de l'Evaugile,
« puisque c'est lui qui préside au jour de la loi « évangélique ? »
Saint François de Sales, qui donne un tour gracieux aux vérités les plus austères, poursuit de son regard naïf les analogies profondes et cachées qui échapperaient à un regard moins simple.
Il y avait autour du propitiatoire deux chérubins qui se regardaient. On ferait Un volume superbe, en étalant les splendeurs qui ont été inspirées aux Pères de l'Eglise par ces deux chéru» bins. Le symbolisme de l'ancienne loi leur a livré des secrets superbes, autrefois célébrés, savourés, goû'és par l'âme humaine, maintenant oubliés et méprisés.
Le propitiatoire représentait celui qui est la propitiation elle-même ! il représentait Jésus-Christ. Les deux chérubins s'entre-re gardaient, l'un à droite, l'autre à gauche. Est-ce que saint Jean et saint Pierre ne se regardent pas? Leurs regards se rencontrent, puisqu'ils sont dirigés, de deux points différents, sur Jésus-Christ.
Ecoutez saint Jean :
« Voici, dit-il, l'Agneau de Dieu. »
Ecoutez saint Pierre :
« Tu es le Chrisf, fils du Dieu vivant. »
Voilà les deux confessions. Ne partent-elles pas de deux grands luminaires ? Et ne restentelles pas fidèles aux harmonies signalées pfir saint François de Sales ? Ainsi, quand saint Jean dit : « Voicil'Agneaude Dieu», il parle encore en figure. II reste dans le symbolisme ; il célèbre l'Agneau.