‹ Physionomies de saintsChapitre 40 sur 72 · SAINT JEAN BAPTISTE · texte numérisé non relu

SAINT JEAN BAPTISTE

Mais quand saint Pierre s'écrie : « Tu es le Christ, fils du Dieu vivant », il déchire le voile. U parle ouvertement.

Au commencement du monde, l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux, et il les fécondait.

Et quand il s'agit de la Rédemption, Jésus- Christ féconda les eaux quand il marcha sur les bords de la mer de Galilée. Ce fut là qu'il dit à André et à Pierre : « Suivez-moi I » et ce fut aussi sur le bord de l'eau que saint Jean vit pour la première fois, de son regard ardent, l'Agneau de Dieu.

Moïse fut sauvé des eaux par la fille de Pharaon, et il devint le chef du peuple de Dieu Saint Pierre fut tiré des eaux de la mer, auprès de Césarée, et il devint le chef du peuple de Dieu. Le pécheur de poissons fut fait pêcheur d'hommes.

La naissance humaine de saint Jean et la naissance céleste de saint Pierre ont encore cette ressemblance remarquable : elles ont été prédites toutes les deux. C'est l'ange qui prédit la naissance humaine de saint Jean : Plusieurs se réjouiront en sa nativité. La naissance céleste de saint Pierre fut prédite par Jésus-Christ lui-même, et l'instrument même qui devait le conduire à la (jloire fut indiqué.

Zacharie, qui reçut la promesse relative à saint Jean, était celui qui offrait l'encens.

Celui qui reçut la promesse relative à saint Pierre, ce fut saint Pierre lui-même ; ce fut celui

^tti disait : « SeigneuF, vous savez que je yous aime ».

C'était sa manière d'offrir l'encens.

Saint Jean fut sanctifié dans le sein de sa mère, et en présence de la sainte Vierge ; saint Pierre fut sanctifié dans le sein de l'Eglise militante, au cénacle, en présence de la sainte Vierge.

Saint Jean tressaillit de joie à l'arrivé© de la Vierge ; l'enfant tressaillit. Enfant se dit en latin: hfifaiis, celui qui ne parle pas. Et n^i peuf-on pas dire de saint Pierre, au cénacle, que l'enfant tressaillit, que celui qui ne parlait pas tressaillit, puisqu'il n^avait pas osé confesser Jésus-Christ devant une servante, et puisque tout à coup, après le cénacle, il ouvrit la bouche !

Avec saint Jean-Baptiste se termina, dit un grand saint, la prédication mosaïque. Avec saint Pierre commença la prédication évangélique.

^and l'ange fit à Zachapie l'a promesse solennelle, quand il dit au père de Jean, parlant de Jean : « Celui-ci marchera da/ts l'esprit et la vertu (PElie, » Zacharie avait douté et Zachafie était devenu muet.

Ceci est rempli d'enseignement. J'ai cru, c'est pourquoi j*ai parlé, dit le Psalmiste. La foi est mère de la parole. Le doute produit le silence, non pas lo silence profond qui est au-delà de la parole, maiu le silence morne et terne, le silence du tombeau, le silence du désespoir. C'est le d'oute qui fait mourir ta parole, parce que la parole est la lumière. La parole est une explosion

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de oroyaace ; tout verbo est une affirmation. L^ parole meurt dans la mesuFeoùmeurtla crovance. L'homrne qui ne croirait plus absoluBfîcul à rien se trouverait, vis-à-vis du langage hunaain, comme uu souverain qui a perdu son royaume.

La Vierge, en présence de l'ange, prononce aussi le mot : Comment? Comment cela se fera-til ?■ -T- Mais 06 comment n*est pas un doute. Ce comment procède de la foi. Il est prononcé dans l'esprit d'adhésion. Il précède et prépaie le fickt qui Ya venir.

Zac harie avait été intimidé parce que l'esprit d'Elie était promis à son fils. Pourquoi donc ? Ah S pourquoi donc \ Parce que nui n'est prophète en soo pays. Il est très dilfieile à l'homme de croire un autre homme qui est son voisin, son contemporain, aussi grand que les hommes du passé. Et ai ce contemporain est son fils, la difficuUé va en augmentant. Plus l'homme extraordinaire est notre voisin, plus il nousi est difficile de le croire ©jctraordinaire. Comment ? cet homm« que nous coudoyons dans la rue, qui est jeune, ittconnu, sans autorité et sans histoire écrite, qui ne figure pas encore dans les annales du genre humain, serait l'égal de ceux qui rempHs- Sienl toutes les mémoires l L'homme répugne à le croire. Et pourquoi donc % Est-ce que Dieu, qui dciunait aux anciens, ne peut pas donner aux saodernos? Sans doute. !\Iais cette timidité humaine tient à l'orgueil humain. Nous ne voulons pas croir« à la grandeur d'un conteinp£)raiu, parce

que nous ne voulons pas reconnaître et sentir que, dans le passé comme dans le présent, tout don vient de Dieu.

Et plus tard on alla demander à Jean lui-même s'il était Elie. Et on alla lui demander le baptême comme on était allé demander la pluie à Elie.

Jean-Baptiste fut l'homme du désert. Par là il prépara la grande réunion de l'avenir. Qu'est-ce que le désert, sinon le vide ? Ceux-là sont remplis par la plénitude qui font le vide en eux, et qui deviennent eux-mêmes des déserts.

Dans le monde visible aussi, c'est le vide qui attire les masses. Le désert mène à Jérusalem.

Saint Jean-Baptiste est allé au désert extérieur comme au désert intérieur. Il s'est absenté de luimême et du monde pour entendre la parole et pour devenir la voix. Pour nous indiquer l'endroit où retentit la parole de vérité, il s'est appelé la voix de Celui qui crie dans le désert. Jean, l'homme du désert, prépara la route à Celui qui devait tirer à lui toutes les choses.

La Croix, placée hors de la ville, entre le ciel et la terre, est le désert par excellence. C'est pourquoi le crucifix est devenu la proie universelle, la pâture divine des aigles, race royale qui dévore, et aussi leur rendez-vous.

Etes-vous le Christ? Etes-vous Elie? Saint Jean répond toujours : Non, non, je ne le suis pas. Enfin, obligé de dire son nom, d'une façon quelconque, il déclare être une voix. Il ne déclare

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pas même être la voix qui cr'e, mais la voix de Celui qui crie. Il est la voix d'un autre 0 est la voix de celui qui est la parole. Jean <ît Jésus sont dans des relations singulières. Leurs conceptions et leurs nativi'és coupent l'année de trois mois en trois mois, aux solstices et aux équinoxes.

Jean passe son enfance au désert, Jésus chez saint Joseph. N'est-ce pas un autre désert?

Dans l'ordre physique, le son de la voix est entendu avant que la parole n'ait pleinement pénétré l'âme.

Saint Jean parle avant Jésus Christ.

Le précurseur déclare qu'il doit diminuer, et que Jésus doit grandir. Puis il dis- araît.

Ainsi, quand la vérité a éclairé l'esprit, le son de la voix se dissipe dans l'air.

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