‹ Physionomies de saintsChapitre 41 sur 72 · CHAPITRE XXÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏ

éAïMt ooaH.

P^èsqliè toujours un personnagie historique se présente à l imagination dans une certaine altitude qui répond à l'un des faits de sa vie. Chacun des hommes qui se gravent dans la mémoire des autres hommes y entre et s'y étabht avec un attribut particulier qui Itii vient d'un des moments de son histoire, et lé reste de sa vie apparaît presque Comme un détail. Ce point- là domine tout, lé reste est dans l'ombre^ Les clefs et la croix renversée caractérisent toujours saint Pierre; l'aigle et la plume ne quittent pas saint Jean ; saint Roch et saint Charles Boromée,sont inséparables des peâliférés qu'ilâ Soignaient') La2are est l'immortelle image de la réisurrection, et Madeleine de la pénitence. Madele ne ne peut plus être détachée de seâ larmes par le souvenir historique que Lazare du mouvement par lequel il s'est levé dii lOttibeaiî.

Si quelqu'un cherchait par quelle attitude est caractérisé saint Goar, si un peintre me demandait à quel moment de sa vie B'adresser pour le

fixer sur la toile, je répondrais à l'artiste, si je le croyais de force à réaliser mon projet :

— Représente saint Goar accrochant son manteau à un rayon du soleil.

Il n'y a rien de plus simple au monde, et c'est là que serait pour le peintre l'immense difficulté. C'est là que doit viser l'esprit, la simplicité.

Et je reviens sur cette vérité historique, que j'ai déjà énoncée quelque part : c'est presque toujours à la foi et à la simplicité, plus qu'aux autres vertus, qu'est attribué l'acte thaumaturgique. Quand Jésus-Christ choisit saint Pierre pour sa fonction suprême, il lui dit : « Pierre, m'aimezvous ? > Mais quand il s'adresse aux malades, la question est tout autre.

Il ne dit pas aux malades: M'aimez-vous? Il dit: Croyez-vous ? C'est en général la foi qu'il excite, non pas l'amour, quand il s'agit de faire éclater sa puissance. Et les plus grands thaumaturges ne sont peut-être pas les plus grands contemplateurs, ce sont peut-être les croyants les plus simples.

Saint Goar était contemporain de Clotaire I*', fils de Clovis. Il faut remonter un peu plus haut dans les siècles pour retrouver l'histoire de cet homme calomnie. Mais les siècles, quand il s'agit des saints, semblent supprimer la distance, au lieu de la grandir. On les voit mieux de très loin. La proximité les cache ; l'éloigement les montre. Nul n'est prophète en son pays; le rapprochement qui vient du temps produit le même effet que le

rapprochement qui vient de l'espace : il cache et diminue les choses extraordinaires. Saint Goar était donc contemporain de Clotaire.

Saint Goar déjà prêtre, voulut se faire ermite. Il se fît bâtir un ermitage surSes bords du Pvhin, à quelques lieues de Trêves. L'idolâtrie faisait encore autour de lui beaucoup de dupes et de victimes. Le pays était presque barbare.

Saint Goar prêcha et guérit. Le signe de la croix et l'invocation du nom de Jésus étaient ses armes choisies.

Son ermitage était très fréquenté des pèlerins.

Saint Goar avait pour l'hospitalité une disposition particulière. Sans doute il se souvenait de la parole de saint Paul. Il recevait, il aimait à recevoir les pèlerins ; il les introduisait dans le secret de sa demeure et de son âme. Après la messe, il les invitait à sa table; il mangeait avec eux et causait des choses divines.

Ce fut cette circonstance qui fît éclater autour de saint Goar l'obscurité d'abord, ensuite la lumière. Deux individus, qui avaient vu autour de sa table la multitude des pèlerins, adressèrent contre lui un rapport à l'évêque.

«Goar, disaient-ils, fait de son ermitage un honnête cabaret. Contrairement à la coutume des ermites, qui ne mangent habitueMemeal qu'à midi, ou même après vêpres, celui-ci mange de bon matin, avec une foule de voyageurs, et prend part aux excellents festins qu'il sert à ses hôtes. Il prêche, il est vrai; mais sa prédication cache aux yeux des

hommes sonintempérance, peut-être son ivrognerie. II faut que l'évêque avise, appelle Goar, l'interroge et mette fin à ce relâciiemeut qui s'étendrait dans tout le diocèse. »

Mais il arriva une chose bizarre : les deux zélés personnages perdirent en route les aliments qu'ils avaient emportés : ils furent dévorés par la faim et la soif; la lassitude les empêchait de piquer leurs chevaux ; l'un d'eux tomba à terre à demi-mort, et tous deux attendirent le passage de leur victime, qui arrivait à pied. Goar les fortifia, les guérit, les engagea à estimer désormais la charité. Ils firent en chemin le repas qu'ils n'avaient pas voulu faire à l'ermitage, et coururent à Trêves célébrer les vertus de Goar. L'évoque, qui les avait vus partir ennemis du saint, et qui les voyait revenir admirateurs de ce même saint, ordonna de faire entref Goar dans la chambre de son conseil, au miheu de son clergé réuni. Goar, arrivant à Trêves, s'était rendu d'abord à l'église.

Après avoir prié, il sereidit au palais épiscopal ; il paraît qu'il entra d'abord dans une antichanibre où il voulut laisser sa chape ; mais, ne sachant paf très bien à quoi l'arcrocher, il l'accrocha à un rayor de soleil, et la cliape resta suspendue, aux yeux de tous les assistants. Voilà la scène étrange et simple que nous pou\ons méditer à travers le temps et l'espace. Saint Goar, et c'est ici que la simplicité a quelque chose à nous apprendre, saint Goar ne s'était pas aperçu de ce qu'il a\ait fait. Il avait accroché sa chape au premier objet veiiu, sans re-

garder. II avait cru que c'était un bâton. Il s© trouva que c'était un rayon de soleil. Mais il est bien permis de se tromper de cette manière-là.

Quant aux déjeuners servis aux pèlerins, saint Goar déclara que c'était une erreur de placer la perlection tout entière dans le jeûne et l'abstinence, et que la miséricorde leur était infiniment préférable.

Vaudelbert, célèbre religieux, a écrit sa vie ; c'est son témoignage que le père Giry invoque spécialement. Surius a écrit aussi une longue vie de saint Goar ; toute la tradition ecclésiastique est pleine de châtiments célèbres qui ont frappé ceux qui méprisaient le saint pendant sa vie ou après sa mort. On bâtit d'abord près de son ermitage une petite église où on l'enterra. Puis Pépin le Bref, père de Gharlemagne, en fit construire une plus grande. La tradition, citée et recueillie par le père Giry, raconte que ceux qui passaient près de ce temple sans rendre leurs hommages au saint étaient punis de leur négligence. Il paraît que Gharlemagne éprouva la vérité de cette tradition. Ses deux fils et l'impératrice éprouvèrent en sens inverse le pouvoir de saint Goar. L'impératrice fut délivrée dans son église d'un horrible et incurable mal de dents.

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