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L INVENTION DE LA SAINTE CROIX

Le récit de l'invention de la vraie croix est connu. Il est essentiellement historique. Eusèbe, saint Cyrille, saint Ambroise, Théophane, Rufin, Paulin, Nicéphore, Callixte,etc.,etc, , sont là pour lui donner toutes les garanties de l'authenticité la plus indiscutable.

Mais ce qui est fort ignoré et fort intéressant, ce sont les détails qui nous sont fournis par l'érudition sur la croix elle-même, sa forme, sa nature, et sur les autres instruments de la Passion. Luther et Calvin se sont beaucoup moqués du trop grand nombre de parcelles détachées de la vraie croix. Cinquante hommes, dit celui-ci, ne porteraient pas le bois qu'on nous fait prendre pour le bois de la vraie croix. De tous ces morceaux de bois réunis, dit celui-là, on ferait la charpente d'un immense bâtiment.

Of,un tableau a été fait de toutes les parcelles de la vraie croix dispersées dans le monde.

Ces parcelles sont généralement presque imperceptibles. Leur nombre et leur volume ont été déterminés. Le total des reliques connues donne environ cinq millions de millimètres. Les reliques inconnues, celles qui se trouvent dans de petites éghseset chez beaucoup de particuliers, sont sans doute pl:is nombreuses ; mais elles sont aussi beaucoup plus imperceptibles. Pour les évaluer approximativement, on a triplé le chiffre qui était fourni par les reliques connues. On avait cinq millions ; on a porté le chiffre approximatif à quinze millions.

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Mais voici où la recherche prend un intérêt historique très sérieux. D'après de nombreuses données, très autlientiques et très précises, puisées aux sources et vérifiées par l'examen, la croix de Jésus-Christ, dont l'énormité est mesurée et attestée par la grosseur de quelques-uns de ses fragments, la croix de Jésus-Christ devai't avoir environ cent soixante dix-huit millions de millimètres cubes.

Donc, les quinze millions de millimètres auxquels on peut évaluer à peu près la somme des reliques existantes ne feraient pas la dixième partie de ia croix totale.

D'après une tradition très ancienne, rapportée par Fretser, le montant de la croix avait près de cinq mètres de hauteur et la traverse près de trois mètres.

D'après des calculs fort ingénieux, appuyés sur de judicieuses considérations, le poids de la croix devait être d'environ quatre-vingt-dix kilogrammes.

D'après une tradition rappelée par la table qui se trouve dans le cloître de Saint-Jean de Latran, Jésus-Christ était d'une très haute stature.

Le calcul de cette stature s'exprimerait dans notre langage actuel par un mètre quatre-vingtquatre centimètres. Simon le Cyrénéen, plus petit, était placé derrière Jésus.

M. Rohault, auquel nous devons la plupart des travaux qui ont pour but â' explorer, s'il est permis de s'exprimer ainsi, les reliques de la

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Passion, a consacré une partie de sa vie à ces intéressantes recherches.

Il a fouillé toute l'histoire, il a fait revivre mille figures oubliées. Il leur a demandé compte de tout ce qu'elles avaient vu passer devant elles. Il a littéralement interrogé les siècles, et les siècles ont répondu.

La correspondance d'Auseau et de Solon, alors archevêque de Paris, donne de précieuses indications sur l'état des reliques de la Passion au septième siècle. D'après les documents qu'elle nous fournit, après la mort d'Héraclius en 636, l'église du Saint-Sépulcre fut en partie brûlée par les ennemis ; les Chrétiens, pour sauver la vraie croix, la divisèrent et la partagèrent entre plusieurs pays. Cette première division donna de grandes reliques à Constantiuople, à l'île de Chypre, à l'île de Crète, à Antioche, à Edesse, à Alexandrie, à Ascalon, à Damas, à Jérusalem, à la Géorgie.

En 1181, à la bataille de Tibériade, les musulmans s'emparèrent de la croix de Saint-Jeand'Acre, portée par l'évèque. Morand, dans son histoire delà Sainte-Chapelle, raconte les malheurs de cette journée. En 1191, après la prise de Saint- Jean-d'Acre, Philippe-Auguste et Richard se firent remettre cette croix. Au sac de Constantiuople, en 1204, les spoliateurs dédaignèrent les reliques ; mais la partie chrétienne de la population les recueillit et les abrita, mais les abrita en les partageant encore.

Le doge de Venise, Dandolo, prit cette partie

de la vraie croix que Constantin avait, dit-on, l'habitude de porter sur lui dans la guerre.

Raoul, patriarche de Jérusalem, partit d'Acre, emportant avec lui une autre portion de la vraie croix.

Les siècles ne pouvaient augmenter le trésor des reliques insignes; mais ils ont pu le diminuer et ils l'ont fait. L'impiété et l'indifférence, le crime, la guerre et le sacrilège, en mutilant le corps mystique du Christ, qui est l'Eglise, ont mutilé aussi sa croix. Plus ils ont dispersé et dissipé les âmes rachetées par son sang, plus ils ont dispersé et dissipé les reliques de sa croix, tachées de son sang. Dépositaires infidèles, les siècles ne rendent pas tout ce qu'ils ont reçu ; les trésors qu'on leur a confiés ont diminué entre leurs mains.

Sainte Hélène, pendant la tempête qu'elle rencontra en traversant l'Adriatique, jeta dans la mfer un des clous delà Passion, un de ces clous qu'elle avait rapportés, avec la croix, de.Iérusalem. C'était pour calmer la mer, et la mer se calma.

D'après saintAmbroise, Constantin plaça un des autres clous dans le diadème qu'il portait aux jours solennels.

L'église métropolitaine de Paris possède deux clous : l'un provient de l'abbaye de Saint-Denis, l'autre de J'abbaye de Saint-Germain de.* Prés.

Au moment où il entra en possession decesdons, Mgr de Quélen, archevêque de Paris, remarqua un petit morceau de bois adhérant à l'un d'eux.

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Ce petit morceau de bois fut examiné à la loupe et reconnu pour être de même nature exactement que le bois de la vraie croix qui appartient à l'église métropolitaine.

Le bois de la vraie croix est d'essence résineuse. La croix du bon larron a été reconnue comme appartenant à l'espèce du sapin. Il est à peu près certain que la croix de Jésus-Christ, taillée en même temps et dans le même lieu, vient de la même espèce d'arbre.

L'histoire de la couronne d'épines est assez' connue dans son ensemble, mais fort ignorée dans ses détails. Ici encore M. Rohault de Fleury a rendu de grands services à l'érudition.

La couronne d'épines, conquise par Baudouin à la prise de Constantinople, en 1205, engagée aux Vénitiens en 1228 ; fut reçue par saint Louis près Sens, le 10 août 12.39.

Portée à la Bibliothèque nationale en 1794, elle fut restituée à l'église métropolitaine, par ordre du gouvernement, le 26 octobre i8o4.

D'après M. Rohault de Fleury, la couronne que possède iVotre-Oame est plutôtune couronne de joncs qu'une couronne d'épines. Le cercle de joncs, trop large pour être adapté seul à la tête de Jésus-Christ, servit seulement de support à la couronne dépines. Celle-ci, toujours d'après les recherches très scientifiques et très spéciales de M. Rohault de Fleury, couvrait toute la tête et se rattachait au cercle de joncs.

Cette découverte intéressante réfuterait ceux

qui nient l'authenticité de la couronne possédée par Notre-Dame, déclarant que d'au'res épines se trouvent dans d'autres églises, et que celle-ci n'a pas d'authenticité, puisqu'elle n'est pas partagée et que la vraie couronne d'épines a été partagée Celle-ci est entière, parce qu'il y en avait deux. Les épines proprement dites, qui se trouvent particulièrement à Pise, à Trêves, à Bruges, ne sont pas de même nature que la couronne de Notre- Dame. Elles appartiennentau végétal quiporte le nom de Bhamnus.

Et voici quelque chose de fort remarquable : cette constatation scientifique est faite par l'Ecriture, au livre des Juges, chap. ix, verset i4 : Dixeruiitque om/iia ligna ad Hfiamnum : Veni et imper a super nos.

Les arbres, dans la parabole de Jonathan, cherchent unroi. Ils s'adressent à l'olivier et lui offrent l'empire. L'olivier refuse. Ils s'adressent au figuier : le figuier refuse. Ils s'adressent à la vigne : la vigne refuse. Ils s'adressentau Rhamnus : le Rhamnus accepte.

Il y a quelque chose de tout à fait singulier dans cette souveraineté végétale donnée au Rhamnus ; et le Rhamnus est devenu l'instrument qui a écrit autour du front de Jésus-Christ sa souveraineté en lettres de sang. La couronne de Notre- Dame se compose de petits joncs réunis en faisceaux. Les joncs sont reliés par quinze ou seize attaches. Un fil d'or court au milieu des attaches pour tout consolider..

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On sait que l'escalier du palais de Plîate fut transporté à Rome par sainte Hélène en 826. L'habitude de le monter à genoux date de saint Léon

Quant au roseau de dérision placé, en guise de sceptre, entre les mains de Jésus-Christ, Florer.ce et la Bavière en possèdent quelques fragments. Mais en réunissant tous les fragments connus, on est bien loin d'avoir un roseau complet.

Ici donCj comme ailleurs, nous trouvons ce ca«ractère général : les reliques se perdent au lieu de se multiplier. Au lieu d'en avoir trop, nous n'en avons pas assez.

Selon Grégoire de Tours, la sainte lance fut transportée de Jérusalem à Constantinople du temps d'Héraclius. En 1492, Bajazet envoya une partie de la lance à Innocent VIII, qui la plaça à Saint-Pierre de Rome. La pointe manquait. Elle est en France, dit Bajazet, Benoît XIV réussit à faire venir de Paris la pointe, que Baudouin avait en effet donnée à saint Louis : on adapta la pointe à la lance, et l'adaptation fut satisfaisante.

D'après saint Grégoire de Nazianze, saint Paulin, saint Gréjoire de Tours, la colonne à laquelle Jésus-Christ fut lié pendant la flagellation était gardée à Jérusalem, sur le mont Sion. Maintenant cette colonne se voit à Rome, à travers un grillage de fer, dans l'église de Sainte-Praxède.

Une relique moins célèbre est le bandeau dont on couvrit les yeux de Jésus-Chrit dans la maison do Caïphe.

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Cette scène est quelquefois oubliée, à cause de l'horreur des scènes qui la suivent. On commença à lui voiler la ("ace, à le souffleter et à lui demander qui le frappait.

La cruauté et l'ironie ne se quittent jamais l'une l'autre dans les scènes de la Passion. La cruauté fait quelquefois oublier l'ironie. Mais l'ironie est toujours là. Oui t'a frappé? Cette question ajoute à l'horreur du soufflet.

C'est la petite église de Saint-Julien de Seinegarde qui possède depuis plusieurs siècles la relique insigne du saint bandeau.

Le temps passe, le monde vieillit, chaque siècle fait des ruines. 11 est important de considérer ce qui est parvenu jusqu'à nous et de rappeler au souvenir des hommes celles de leurs richesses auxquelles ils pensent le moins.

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