Gaume frères
f. Victor Palmé.
304 PHYSIONOMIKS DE SAINTS
plu S odieuse que le crime présent. Il y aune façon fégère et gaillarde de contempler son crime qui ne mérite pas l'indulgence, à laquelle la faiblesse qui mène au crime peut porter ie regard du spectateur et surtout l'âme du juge. La confession est un monde qui a deux pôles, marqués par saint Augustin et par Jean-Jacques Rousseau.
Un des caractères de la physionomie de saint Augustm, c'est de touch'r à toutes choses, et à toutes choses en même temps. C'est par là qu'elle est si protondément et si complètement humaine. Car l'homme est la créature qui, située au milieu des choses, les touche, les embrasse et les concerne toutes. Il a besoin de tout. Les choses de l'esprit et celles de la matière peuvent toutes lui devenir ou 'des secours ou des pièges. Elles ont été successivement pièges et secours pour saint Augustin. La rhétorique et la philosophie lui ont apporté, comme les passions du cœur, leurs faveurs et leurs illusions. Son égarement s'est promené sur foutes les grandes routes, par tous les sentiers, par toutes les rues des grandes villes, par tous les petits chemins détournés. Son égarement a tracé d'avance l'itinéraire de son repentir, qui s'est promené à son tour dans toutes les roufes, dans tous les sentiers, dan;^ toutes les rues, dans tous les chemins. L'un et l'au re ont suivi l'un après l'autre toutes les sinuosités de tous les rivages.
Saint Augustin s'est occupé de tout. La grande et belle édition de ses oeuvres que M. Guérin pu-
hlie à Bar-le-Duc est ua véritable service rendu aux choses humaines et aux choses divines. Grâce au concours actif des traducteurs les plus autorisés et les plus distintjués, cette traduction est devenue un monument public. Devant cette énorme quantité d'ouvrages, de récits, de sermons, de discussions, d'oraisons, de commentaires, de controverses; devant toutes ces études innombrables où l'Ecriture, le dogme, la morale et toutes les sciences passent sous nos yeux, le lecteur ne peut pa:5 se faire la question que l'antiquité s'est faite devant l'Iliade et l'Odyssée. Le lecteur ne peut pas se demander pour saint Augustin, comme pour Homère : Est-ce le même homme qui a fait tout cela ? — L'identité de l'auteur est évidente. Sa signature invisible est évidente après chaque sermon, uprès chaque commentaire, après chaque prière, après chaque discussion. Partout on sent l'homme, et partout on sent le même homme. Le saint Augustm qui raconte son âme dans les Co/tfessio/is est le même qui, dans les Commentaires sur saint Jea/i, raconte, s'il est permis de parler ainsi, la (jénération du Verbe éternel. Celui qui conte la misère et celui qui pense à la gloire, c'est le même saint Augustin. Celui qui soude les abîmes de l'homme et celui qui explore les abhnes de Dieu, c'est le même saint Augustin. Celui qui regarde en haut et celui qui regarde en bas, c'est le même aigle. Et comme il nous connaît, il ne nous effraye pas. En haut comme en bas, i/ est notre frère et notre ami.
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Un des caractères de rhomme, c'est la curiosité. Cette noie humaine ne manque pas à la voix de saint Auyustin. C'est le contraire de saint Joseph dç Cuperlino. La vie des saints nous montre les natures les plus différentes, les plus variées, les plus opposées mêmse. Toutes ces fleurs et tous ces arbres se sont assimilé le même soleil avec les différences que com^ portaient leurs natures propres et leurs aptitudes intérieures. C'est un univers où la variété éclate dans l'unité et l'unité dans la variété. Saint Augustin est un homme essentiellement compliqué, et la curiosité de son intelligence a été convertie, mais non pas abolie, quand il est entré dans l'Eylse sainte. L'évèque d'Hippone est aussi chercheur et aussi ardeut que l'étudiant d'autrefois. Seulement sa recherche et son ardeur ont changé de caractère et de direction. Elles ont changé de but. On pourrait même dire qu'elles ont changé d'origine. Car la charité les inspire aussi bien qu'elle les couronne. La charité est à leur point de départ comme à leur point d'arri^ vée. L'étudiant cherchait pour chercher. L« chrétien cherche pour mieux eavoir, afin de mieux aimer. E'évêque cherche pour mieux aimer et pour mieux enseiguer. La recherche d'Augustin s'est faite doctrine dans saint Augustin. L'ardeur d'Augustin s'est faite charité dans saint Augustin. Rien n'a péri. Tout s^est transformé. Il est facile de reconnaître les traces de l'ancien homme sous les traits du nouveau. Et
cependant c'est le nouvel homme qui vit et qui parle. Mais le vestige de ce qu'il fut apparaît dans ce qu'il est. Cette ressemblance qui vit dans le contraste est peut-être une des causes de cette affection publique qui se détourne très souvent des saints, et qui suit saint Augustin dans toute sa carrière, sans jamais perdre l'homme de vue. Son action, comme sa pensée, fut continuellement mêlée aux luttes de son siècle.
Ee christianisme était la vie même au peuple qu'il enseignait. Mais les secousses sociales faisaient trembler la terre sous les pieds du maître et sous les pieds des disciples. Tels discours de saint Augustin fut interrompu par l'arrivée des barbares. E'écroulement du monde romain retentissait par toute la terre. De toutes les montagnes tombaient des avalanches ; tous les abîmes se remplissaient de ruines et de débris. Le choc de ces ruines éveillait tous les échos. Les convulsions du monde qui mourait et celles du monde qui voulait naître se heurtaient et s'aggravaient et s'épouvantaient mutuellement. Tous ces ébranlements donnaient la fièvre aux travaux de l'esprit qui, dans leur subtilité même, avaient quelque chose de violent. La subtilité grecque et la force romaine se heurtaient réconciliées dans les domaines du christianisme, et se reconnaissaient comme d'anciennes ennemies devenues sœurs en Jésus-Christ.
Saint Augustin les a résumées jusqu'à un certain point, en même temps qu'il les dépasse et les couronne. Ce fut un homme-tjpe.Etce fut un Evêque