SAINTE CATHERINE DE GÊNES
« Et l'esprit étant lui-même attiré par Dieu, quoique sans le savoir, attira tout à lui avec impétuosité, et l'âme fut consumée avec tous les sentiments corporels, et la créature demeura noyée en Dieu.
« Et l'âme s'écria ; 0 langue, pourquoi parlestu, puisque tu n'as pas de mots pour exprimer l'amour ?
« 0 mon cœur, pourquoi nç me consumes-tu pas ? Seigneur, vous m'avez montré une lumière nouvelle par laquelle j'ai vu que tout mon précédent amour n'était qu'amour-propre. Mes opérations étaient souillées, elles demeuraient cachées en moi, je les abritais sous votre ombre, et je me les appropriais ! Que dire de l'amour ? Je suis surmontée, je le sens opérer en moi et je ne comprends pas l'opération. Je me sens brûlée, et je ne vois pas le feu. 0 amour, tu m'as fermé la bouche. Je ne sais, je ne puis plus parler. Je ne veux plus chercher ce qui ne se peut trouver, »
Et après un silence, elle recommence à crier •*
« 0 amour, celui qui te sent ne te comprend pas, et celui qui veut te connaître ne peut te comprendre. 0 cœur navré, tu es incurable, et, conduit à la mort, lu recommences à vivre ! Si je pouvais exprimer l'amour, il me semble que tous les cœurs s'enflammeraient. Avant de quitter cette vie, je voudrais être capable d'en parler une fois. Quelle chose délicieuse ce serait de parler de l'amour, si l'on trouvait des paroles I L'amour re-
dresse les choses tortueuses et unit les contraires. 0 amour, comment appelez-vous les âmes qui vous sont chères ? »
Et le Seigneur répondit : « Ego dixi^ dil est/' s et filii Excelsi orrmes. Je l'ai dit : vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut. »
Après vingt-cinq ans, Dieu adressa Catherine à Cattaneo. Elle alla vers lui et lui dit : « J'ai persévéré vingt-cinq ans dans la voie spiritizelie ; maintenant je ne puis supporter la violence des assauts intérieurs et extérieurs; c'est pourquoi j'ai été pourvue de vous. Je crois que Dieu vous a confié le soin de ma personne toute seule et que vous ne devriez vous occuper que de moi. >
Et, parlant à un de ses enfants spirituels : « Si je parle de l'amour, disait-elle, il me semble que je l'insulte, tant mes paroles sont loin de la -réalité. Sachez seulement que si une goutte de ce que contient mon cœur tombait en enfer, l'enfer serait changé en paradis. »
Tel est le langage de sainte Catherine de Gênes. Ce sont des discours, des cris, des sanglots et des silences, et chacune de ces choses appelle les autres à son secours, comme pour triompher avec leur aide des faiblesses de sa nature.