‹ Physionomies de saintsChapitre 58 sur 72 · I. Le Jour du. Soigneur, par Erne*t Hollo · texte numérisé non relu

I. Le Jour du. Soigneur, par Erne*t Hollo

VU le Seigneur face à face», elle se trouva enveloppée dans un éclat de lumière si éblouissant qu'il lui sembla voir une face collée contre la sienne. II lui semblait voir le regard des deux yeux, semblables à deux soleils, dirigés sur ses yeux, et comme ces choses sont inexprimables, elle emprunte, pour les faire entendre, la parole de saint Bernard. Cette splendeur n'était renfermée sous aucune forme, mais donnait la forme à tout être ; elle ne surprenait pas les yeux du corps, mais les yeux de l'âme.

« Toute l'éloquence du monde, ajoute-t-elle, n'eût jamais pu me persuader qu'une créature pût vous voir, d'une façon si sublime, ô mon Dieu, même dans la gloire céleste. Il fallait votre amour, ô mou Dieu, pour me persuader, par mon expérience, qu'une telle chose était possible. »

Sainte Gertrude eut, le 27 décembre, une apparition de saint Jean :« Que sentiez-vous, lui dit-elle, dans votre âme quand vous reposiez, au jour de la Gène, sur le sein de .Jésus ? »

Saint Jean fit entendre quelque chose de la profonde immersion de son âme dans l'âme de Jésus-Ghrist, et du feu ardent dont il fut consumé.

— Et pourquoi, reprit sainte Gertrude, avec cette familiarité qui la caractérisait, pourquoi n'avez-vous rien dit et rien écrit de tout cela ?

— C'est, répondit saint Jean, que j'étais chargé seulement d'exposer à l'Eglise naissante la doctrine du Verbe, et d'en faire passer la vérité de

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siècle en siècle, clans la mesure où ces siècles sont capa})les de la comprendre ; car personne ne le fait complètement. Quant à ces délices inefïables^ dont je fus abreuvé sur le cœur de Jésus, je me suis réservé d'en parler plus tard, afin que la charité refroidie et la langueur du monde vieillissant soient un jour réchauffées et réveillées par la nouvelle de ces douceurs incomparables. »

Ces dernières paroles semblent aujourd'hui prendre un intérêt spécial, un intérêt direct et relatif à nous. Le Sacré-Cœur, qu'on voudrait faire passer pour une nouveauté imprudente, avait déjà chargé saint Jean de parler de lui à sainte Gertrude et d'annoncer que son jour viendrait, le jour de sa plénitude.

Ces temps sont accomplis. La riei'lesse du monde, prédite par saint Jean, est arrivée. Toutes les voix la constatent, les voix de la sainteté et les autres. Tout ce qui parle, bien ou mal, affirme cette décrépitude. Les temps sont accomplis. Voici l'heure des lumières réservées que Dieu gardait pour les derniers temps. Toutes les voix saintes, qui ne s'étaient pourtant pas donné le mot, et qui, éparpillées dans le temps et dans l'espace, ont parlé de siècle en siècle, sans se répondre, sans se connaître, se sont rencontrées d;ins cette promesse, comme dans un rendez-vous mystérieux.

Voici le soir : rester avec nou9. Si jamais la terre a dû répéter cotff parnlo. c'est aujourd'hui.

Si jamais elle eut besoin de lumière et de réjouissement, c'est aujourd'hui. Si jamais elle eut besoin des secrets du cœur, c'est aujourd'hui.

Sainte Gertrude mourut en prononçant et en répétant un seul mot: ^Spiritus meus, mon esprit I » Ce mot résume toute sa vie et toute sa mort.

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