SAINT JEAN DE HATHA ET SAINT FELIX DE VALOIS
C'était dans ce siècle troublé et cependant plein de foi où François d'Assise avait entendu une voix lui dire : « François, relève ma maison qui tombe en ruines. » Les hérésies étaient actives ; les vices et les crimes étaient nombreux. Cependant, au fond de l'âme humaine, une foi vivace et inexterminable vivait et régnait. On se livrait aux passions, mais on ne les adorait pas; on tombait et on se relevait. On faisait le mal, mais on ne le prenait pas pour le bien. Les choses avaient gardé leur nom.
Trois grands reconstructeurs s'élevèrent au milieu des ruines: saint Dominique, saint François, saint Jean de Matha. Le premier se consacra aux captifs de l'erreur, le second aux captifs de la pauvreté, le troisième aux captifs des prisons.
Jean de Matha naquit vers l'an. ii.^*^. Son père Euphrèmc rt sa mûre Marthe étaient chrétiens. Le père destinait son fils à la science ; il étudia en effet et vit à Marseille le monde des riches. Mais, en môme temps, sa mère elle-même le cou duisait dans le monde des pauvres ; ce couiraste
frappa le jeune homme qui méditait et cherchait sa voie.
Il arriva à Paris rers l*an 1180. Attendu et accueilli par plusieurs éminents personnages amis de sa famille, il sentit néanmoins le vide. Un ennui secret s'empara de son âme. II regretta son enfance. Comme il priait dans l'abbaye de Sainte- Geneviève, il entendit distinctement une voix qui prononça trois fois ces paroles de l'Ecriture : Stude sapientiœ, fili mi^ et lœtifica cor meum.
« Etudiez la sagesse, mon fils, et réjouissez mon cœur. »
Quand Jean sortit de l'église, il avait fait son choix et consacré sa vie.
L'étude de la théologie le posséda dès lors tout entier. La prière et le travail remplirent son existence.
Il fit connaissance arec an gentilhomme italien nommé Jean Lothaire; et, un jour, dans une confidence intime, le Jean français dit au Jean italien : « Tu seras bientôt assis sur le trône de saint Pierre. »
La prophétie se réalisa contre toute apparence.
Jean Lothaire gouverna le monde catholique sous le nom d'Innocent III.
Le moment solennel arrivait où Jean de Math i allait dire sa première messe. A cette époque, sa réputation de sainteté s'étendait d ms le public. Maintenant, quand elle existe, elle se circonscrit et ne va pas dans la foule ; autrefois elle y allait.