‹ Physionomies de saintsChapitre 63 sur 72 · AINT JBAN DE MATHA ET SAINT FELIX DE VALOIS · texte numérisé non relu

AINT JBAN DE MATHA ET SAINT FELIX DE VALOIS

biens furent répartis en plusieurs parts consacrées soit à l'entrelien des religieux, soit à la rédemption des captifs, soit au soulagement des pauvres.

Jean l'Anglais et Guillaume d*Ecosse, qui furent parmi les premiers disciples de Jean, furent les premiers vainqueurs qui rapportèrent en Europe le butin désiré. Ils revinrent du Maroc avec cent quatre-vingt-six esclaves libérés. La procession de ces captifs traversa Marseille. Ils traversaient deux à deux en casaque rouge ou brune, les mains encore meurtries de leurs chaînes, montrant aux populations les traces affreuses des mauvais traitements qu'ils avaient subis, puis rendant grâces à Dieu et à leurs libérateurs.

Mais saint Jean ne se contenta pas de leur délivrance. Il prit de nouvelles mesures et fit de nouvelles institutions pour les soigner, pour les nourrir, pour les conduire d'étapes en étapes jusqu'au lieu choisi par eux. Sa charité n'abandonnait pas les captifs délivrés à la misère, à la maladie, à l'isolement. Elle voulait la délivrance complète et elle conduisait à son foyer, à sa famille ou à son travail le captif libéré, soigné et guéri.

Jean de Matha partit lui-même pour Tunis. Malgré la dilTicullé et le danger de l'entreprise, malgré le prix énorme lixé par le souverain, dans une audience que le saint lui demanda, Jean put obtenir cent dix esclaves.

Les musulmans, malgré l'ordre du souverain,

ne respectèrent pas la convention passée entre Jean de Matha et lui. Ils s'emparèrent du saint, le frappèrent et le laissèrent sanglant sur la place.

Cependant Jean, que rien n'arrêtait, descendit lui-même dans les cachots, où les scènes les plus horribles s'offrirent à lui. Le récit des malheurs lointains est faible auprès de la vue des malheurs présents ; et l'idée que Jean s'était faite des prisons africaines était dépassée par la réalité qui frappait ses yeux. Pour comble de douleur, il fallait choisir. Il n'en pouvait délivrer que cent dix, et les portes du cachot allaient se refermer sur leurs frères. Jean emmena les plus misérables, les conduisit à Rome, et, à peine sauvé des effrayants périls d'une telle entreprise, il songea à la recommencer pour aller délivrer les autres malheureux.

Un second voyage fut bientôt résolu. L'infatigable libérateur repartit pour Tunis. Le gouverneur consentit encore à échanger quelques hommes contre Ijeaucoap d'or. Mais les Tunisiens se montrèrent plus féroces que leur maître. Ils s'ameutèrent contre le saint, l'accablèrent de coups et lui enlevèrent ses captifs. Jean les revendique avec la violence du dévouement qui ne veut pas avoir tout donné pour rien. Les Tunisiens demandent une nouvelle rançon. La prière de Jean lui procure la somme nécessaire. Les captifs sont remis en liberté. Mais la populace, que rien ne pouvait calmer, puisque son agitation venait de ba fureur interne, et non d'une circonstance exté-

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