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CHAPITRE XXXV

SAINT CHRISTOPHK,

Saïnt Christophe a existé. Son nora inscrit dans les martyrologes, les Eglises qui portent son nom, le culte dont il est robjet,interdisent le doute à cet égard. Mais quelle est sa part? Entre son histoire et sa légende bien des confusions sont possibles. Certaines choses sont historiques, particulièrement son martyre. Sa mort est plus connue que sa vie. Il fut persécuté sous l'empereur Dèce. Deux courtisanes furent envoyées dans sa prison ; au lieu de devenir leur vaincu, il devint leur vainqueur. Elles embrassèrent la foi et subirent elles-mêmes le martyre. On les appelait Nicelle et Aquiline. Le bâton de saint Christophe planté en terre fleurit merveilleusement ; sa parole plantée dans le cœur des deux courtisanes floirit aussi. Les fruits rouges du martyre illustrèrent cette tige ingrate.

Saint Christophe fut du nombre de ces martyrs sur qui furent essayés inutilement de nombreux supplices et qui ne succombèrent qu'à la décollation. Par une mystérieuse dispensation dei forces de la vie et de la mort, ceux qui étaient protégés contre les autres formes de supplice finissaient

leurs travaux quand le glaive approchait de leur tête. Les lois de la nature, suspendues pendant le corainenceraent de leur martyre, reprenaient vigueur à la Hn, et quand tous les instruments de mort avaient échoué, îe glaive faisait son œuvre. La célèbre prière de saint Christophe mourant a retenti dans tout le moyen-âge. fi pria d'avance pour tous ceux qui devaient un jour implorer la miséricorde divine par son mtercession, et demanda que cette miséricorde ne fût pas implorée en vain.

Saint Christophe est représenté d'une grandeur prodicjieuse, portant l'Enfant Jésus sur son épaule et passant une rivière.

Je ne vais pas m'arrêter à discuter l'authenticité historique des faits, ni me livrer à un travail de séparation absolument impossible entre l'histoire et la légende. Je vais chercher le sens <^e la vie de saiut Christophe dans la Légeade dorée. Ce livre, fort rare et fort intéressant, n'a pas d'autorité historique; mais les traditions qu'il contient sop.L du plus haut intérêt et nous donnent de précieuses indications sur la nature et le caractère secret de mille personnes et de mille choses.

Très ordinairement, les Saints se présentent à nous avec la physionomie de la douceur et de la patience plutôt qu'avec celle de la force. Ils ont contre eux-mêmes cette force énorme que produit \a paîi nce. Mais la force extérieure, la force qui domine, qui renverse, qui écrase, n'apparaît chez eux qu'à de très rares intervalles. Elle est ha])i-

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