‹ Physionomies de saintsChapitre 66 sur 72 · SAINT CHRISTOPHE 3S · texte numérisé non relu

SAINT CHRISTOPHE 3S

tueUîment Taccident et non l'exercice de leur vie. Chez saint Christophe, au contraire, la force paraît être la base de tout l'édifice !

Sa sainteté est fondée, à ce qu'il paraît, sur la force, et sa conversion sur le désir de la force.

Sa légende dit qu'il était Chananéen, c'est-àdire fils d'une race maudite. Elle ajoute que luimême portait un nom maudit. 11 s'appelait Reprobus : le Réprouvé.

Il faut donc supposer, pour entrer dans l'esprit de la tradition, que Christophe sentait sur ses épaules le poids de l'aiathème. Or, il lui vint à l'esprit, nous dit toujours la tradition, de chercher le souverain le plus puissant du monde, et de se mettre à son service.

Qui sait s'il ne cherchr.it pas secours, s*il ne voulait pas demander à cette puissance inconnue et suprême la délivrance, dont le poids de l'anathème lui faisait sentir la nécessité. Historiquement, je n'affirme rien, bien entendu ; philosophiquement, la chose est très belle. Il entend le nom d'un roi, cité comme le plus puissant du monde. Il va le trouver. Ce roi attachait, à ce qu'il paraît, une grande importance à le garder près de lui. jArrive un jongleur qui chantait en faisant son métier et qui dans sa chanson nommait le diable.

Quand le nom du diable était prononci*, le roi faisai; le signe de la Croix. Christophe, apparemment inquiet et mal persuadé de la toate-puissauce du souverain, lui demanda l'explicaiion de

ce signe. Le roi, qui sentait venir le dénouement, refusa de la donner. Insistance de Christophe. Refus du roi. Christophe, averti intérieurement que ce roi craignait quelque chose et per conséquent n'était pas maître de tout, lui déclara qu'il le quittait s'il ne s'expliquait pas. Le roi s'expliqua.

« Quandj'entends nommer le diable, dit-il, je fais le signe de la Croix,. pour ôter au diable le pouvoir de me nuire. — Comment, dit Christophe, vous avez peur du diable ? Ainsi il est plus puissant que vous ! Et moi qui me croN'^is au service du plus puissant seigneur ! Je vous quitte. »

Et Christophe partit. Il courut à travers le monde, cherchant le diable pour se donner à lui, puisque c'était le diable qui était le plus fort.

Gomme il cheminait à travers une solitude, il vit venir à lui un personnage d'un aspect terrible : — Où vas-tu, lui dit ce personnage ? Qui cherches-tu ?

— Je cherche le seigneur diable, répondit Christophe, car j'ai entendu dire que la puissance lui appartient.

— Je suis celui que (u cherches, répondit le personnage.

Et voilà Christophe, ou plutôt Reprobus, au service du diable, lui obéissant et le suivant. Mais tout à coup, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrent une croix. Le diable fait un détour.

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— Que signifie ceci, demande Christophe ? Pourquoi évites-tu la Croix ?

Le diable, qui connaissait ion homme, refuse de répondre.

— On dirait que tu as peur, dit Christophe.

Enfin, après les refus que la circonstance commandait, sur la menace formelle que lui fait Christophe de le quitter à jamais s'il ne s'explique pas à l'instant même, le diable avoue qu'il craint la Croix, depuis que Jésus-Christ est mort sur elle.

— Ah 1 tu as peur, répond Christophe. Tu n'es pas le plus puissant. Adiec. je vais marcher jusqu'à ce que je trouve Jésus-Christ. Jésus-Christ. Où est Jésus-Christ ?

— Allez-vous-en trouver cet ermite qui est làbas, lui dit quelqu'un. Il vous indiquera Jésus- Christ.

— Que faire pour roir Jésus-Christ f dit Christophe à l'ermite.

— Il faut jeûner, répond l'ermite.

— Jeûner ? répond Christophe, j'en suis incapable. Indique-moi autre chose. Je ne peux pas jeûner.

L'ermite indique d'autres exercices de piété.

— Impossible, répond Christophe, je suis incapable de tout cela.

— Ecoule, reprend alors l'ermite, vois-tu làbas ce fleuve dangereux? Ceux qui essayent d« le passer y laissent souvent leur rie.

— Je le vois, dit Christophe.

— Eh bienl répond l'ermite, installe-toi sur son bord ; ta taille énorme et ta force prodigieuse te serviront à transporter d'une rive à l'autre les voyageurs. Sois le serviteur de tout le monde, et tu verras le Roi Jésus-Christ.

— Oui, dit Christophe, je peux faire ceci, et je le ferai.

Il s'établit sur le bord du fleuve, s'y bâtit luimême une demeure, prit une perche pour bâton. Et. se soutenant sur l'eau à l'aide de cette perche, il transportait d'une rive à l'autre les voyageurs.

Ainsi se passa sa vie. Il était le serviteur de tout le monde. Un jour il se reposait dans sa demeure et le sommeil s'empara de lui. Il fut tout à coup réveillé par la voix d'un enfant qui criait: « Christophe, viens et porte-moi ! » Il sortit précipitamment, chercha et ne vit personne. Il rendra et tout à coup la même voix se fit entendre : -s Christophe, viens et porte-moi I » Fort étonné, Christophe se lève, sort encore, regarde et ne voit personne. Il rentre et tout à coup :

« — Christophe, viens et porte-moi ! »

Troisième appel de la même voix 1 Comme il était le serviteur de tout le monde, Christophe sort encore et cherche encore. Mais cette fois il trouve un enfant qui voulait passer le fleuve.

Christophe prend l'enfant sur son épaule et, se munissant de son bâton, entre .dans le fleuve pour le traverser.

Mais tout à coup l'enfant augmente de poids. l'eau du fleuve se soulève, et le poids de l'enfant

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