‹ Physionomies de saintsChapitre 69 sur 72 · I. Viiinn* et révélctiona d'Angèle de Foligno · texte numérisé non relu

I. Viiinn* et révélctiona d'Angèle de Foligno

mire beaucoup. L'imagination de sainte Thérèse est ardente et son esprit est subtil.

Mais Marie Alacocque est un défi jeté à l'esprit humain. Personne n'eût songé à la choisir, personne excepté Dieu, qui voulut priver ici son instrument de toutes les splendeurs humaines, sans en excepter une. Aussi pauvre d'intelligence que de forlune, elle ne sait comment rendre compte de ce qui se passe en elle. Son dévouement est sans bornes, son amour est généreux jusqu'au p^us complet et au plus déchirant sacrifice d'elleniume tout entière. Et cependant son biographe, le R. Père Giraud, supérii:ur des missionnaires de la Salette, dit à propos d'une de ses révélations :

€ Ce langage paraîtra peut-être au pieux lecteur peu digne de Notre-Seigneur. Il faut l'éclaircir sur ce point, afin de dissiper en lui toute impression défavorable,..

«Ce qui a paru peiitet puéril dans l'expression, au jugement de quelques censeurs, ne sera pas attribué à Jésus-Christ, mais à la simplicité de la personne qui fait parler Jésus-Glirist, et on n'attribuera au divin Maître que e fond et la substance des pensées et des sentiments.»

Pour les détails de sa vie, nous renvoyons le lecteur au livre du père Giraud (i), qui, s'effa-

I. La Vie de la bienheareute Marguerite-Marie, religieuse de la Visitation, écrite pur elle-même. Texte authentique de ce précieux écrit, accompagné de notes historiques et théologiques, et suivi du récit des dernières années de la vie de la Bienheureuse et d'une neuvaine en son honneur, par le Père S. M. Giraud.

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çant autant que possible, a laissé parler la Bienheareuse elle-même, s'appliquant seulement à expliquer et à commenter sa vie et ses paroles. Il serait difficile de rencontrer un plus digne commentateur ; car l'esprit de la Bienheureuse le pénètre si parfaitement que c'est à peine si elle cesse de parler, quand le père Giraud parle.

Cette pauvre fille, absolument dépourvue d'imagination, voit Jésus-Christ et l'entend lui dire :

« Mon divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes et pour toi en particulier, que ne pouvant contenir en soi les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen. »

Quelques-uns croiront que la pauvre religieuse travaillait à s'exalter et qu'on travaillait autour d'elle à l'exalter ; c'est le contraire qui arrivait.

Ses voies extraordinaires ne convenaient pas, lui disait-on à la Visitation de Sainte-Marie, et il fallait y renoncer.

On lui donne à garder une .'inesse et son ânon, pour occuper et distraire son esprit. Elle répond: « Puisque Saûl, en gardant des ânesses, a trouvé le royaume d'Israël, il faut que j'acquière le royaume du ciel en courant après de tels animaux. »

Suivant la remarque intéressante du père Giraud, cette pauvre fille, qui ne sait rien, cite sans

cesse l'Ecriture. Elle en a même une intelligence tout à fait au-dessus de sa nature.

On attribue tantôt à la nature, tantôt au démon les phénomènes qui se passent en elle. On lutte par tous les moyens possibles contre elle et contre eux. Elle se fait, par obéissance, la complice des erreurs que l'on commet sur elle. Tout conspire contre elle, y compris elle-même. Elle n'a ni talent, ni intelligence, ni- autorité, ni prestige. Qn intéresse sa conscience à lutter contre ses visions.

Contre elle, elle a tout. Pour elle, elle n'a rien. Cependant elle a triomphé, elle triomphe et surtout elle triomphera. Sans armes, sans industrie, sans génie, sans allié, elle a conquis la gloire, qu'elle fuyait. La gloire la fuyait ; elle fuyait la gloire, et cependant les voilà unies l'une à l'autre dans le temps et dans l'éternité.

Son nom est connu partout ; beaucoup s'en moquent, il est vrai. Mais ceux-là mê'me le connaissent. Leur moquerie, comme leur colère, est un hommage d'autant plus frappant qu'il est involontaire. C'est un hommage rendu de force à cette inconcevable célébrité, qui n'a pas d'explication humaine. Si ce n'est pas Dieu qui l'a glorifiée, qui donc l'a glorifiée, et par quel prodige une telle petite fille, si parfaitement dépourvue de dons naturels, par sa pauvreté intellectuelle, par sa pau^'reté sociale, par sa pauvreté religieuse, incapable de toutes les manières, désirant en O'jtre l'obscurité Q\n semblait à tous les points

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de vue lui être assurée; comment cette pauvre fille, dont nous ne devrions pas savoir le nom est- elle à la fois glorieuse et célèbre, glorieuse dans l'Eglise, célèbre dans le monde ? On se moque d'elle, b en entendu. Mais, si el'e eût été livrée à l'oubli naturel qui l'attendait nécessairement, il serait aussi impossible de s'en moquer que de la vanter. Car on ne se moque pas, après deux siècles, dans le monde entier, de la première petite fille venue. On l'ignore, et voilà tout. Si Marie Alacocque etit cherché, par une maladresse insigne, la réputation, jamais elle ne l'eût rencontrée. Par dessus toutes les disgr.1ces réunies de la nature et de la socif^té, elle porte un nom qui dit lui-même une disgrâce. Ce mot : Alacocque, prête à la plaisanterie.

Toute la vie de la bienheureuse Marguerite- Marie Alacocque est une lutte entre la grossièreté de sa nature e' l'élévation qui lui est conférée. Un jour, elle veut faire une pénitence corporelle sur la nature de laquelle elle ne s'explique pas, mais qui lui donnait, dit-elle, graud appétit par sa rigueur. Jésus-Christ le lui défend ; car, diteUe, étant Esprit^ il veut aussi les sacrifices de V Esprit.

C'est simple et clair ; mais elle était incapable de penser cela naturellemeut.

Une autre fois, Jésus-Christ lui dit : « Je te rendrai si pauvre, si vile et si abjecte à tes yeux, et je te détruirai si fort dans la pensée de ton cixur, que je pourrai m'édifier sur ce néant ».

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Remarquez ce mot : dans la pensée de ton cœur : <^'est le style de l'Ecriture. Voilà Marguerite-Marie qui parle admirablement. Comment donc s'y prend-elle ? Et qui donc lui apprend à penser comme saint Paul ?

Mais qui donc lui apprend aussi à penser comme Moïse ?

Jésus-Christ lui montre un jour les châtiments qu'il réserve à certaines âmes, ennemies de Marguerite-Marie.

« Je me jetai, reprend Marguerite-Marie, à ses pieds sacrés, en lui disant : — 0 mon Sauveur ! déchargez sur moi toute votre colère, et m'effacez du livre de vie plutôt que de perdre ces âmes qui vous ont coûté si cher ! Et il me répondit : — Mais elles ne t'aiment pas et ne cesseront pas de t'affliger. — Il n'importe, mon Dieu ! pourvu qu'elles vous aiment, je ne veux cesser de vous prier de leur pardonner. — Laisse-moi faire, je ne les peux souffrir davantage. — Et l'embrassant encore plus fortement : Non, mon Seigneur, je ne vous quitterai point que vous ne leur ayez pardonné. — Et il me disait : Je le veux bien si tu veux répondre pour elles. — Oui, mon Dieu, mais je ne vous paierai toujours qu'avec vos propres biens, qui sont les trésors de votre Sacré Cœur. — C'est de quoi il se tint content. »

Ne reconnaissez-vous pas Moïse? «Lâche-moi? — • Non je ne vous lâcherai pas. »

La vie de la bienheureuse Marguerite-Marie,

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commencée par elle, est terminée par le P. Giraud. /l n'eût pas été facile de choisir un plus digne historien. On pourrait croire que le P. Giraud a été le directeur de la Bienheureuse, tant il la connaît profondément. Il ne la connaît pas seulement avec la pensée de son esprit, il la connaît avec la pensée de son cœur. II a puisé aux mêmes sources. Il ne faut pas insister plus longtemps sur lui, dans la crainte de lui déplaire, «ar il est de ceux qui aiment le secret.

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