CONVERSION DE SAÎXT PAUL
hommef» travailler dans la sphère de leur action.
Jésus-' 'hrist aurait pu, ayant ten-assé Paul, lui tout dire par lui-même, mais illui envoya Ananie. C'est Ananie qui répondra à la question delà première minute : « Seigneur, que faut-il que je fasse ? »
Jésus-Christ avait aveuglé Paul lui-même ; mais il se sert des mains d'Ananie pour lui rendre la vue.
Comparée à la première chose, la seconde, quoique miraculeuse, semblait humaine.
Recevoir la lumière devait sembler à Paul quelque chose d'humain quand il comparait cette lumière à l'obscurité des trois jours.
Le soleil dut lui paraître quelque chose de terne auprès de la grande ténèbre.
Jésus-Christ s'était réservé à lui-même le don de l'obscurité, qu'il lui fit sans intermédiaire.
Mais pour le don de la lumière, il se servit de quelqu'un
Les rues, à Damas, gardent longtemps leur nom.
En janvier 187^, la rue Droite s'appelle la rue Droite comme du temps de saint Paul. La maison d'Ananie est remplacée par un sanctuaire ; mais celle de Jude par une mosquée.
A dater de ce jour, tout fut fini. Si jamais converti ayant mis la main à la charrue ne regarda pas en arrière, ce fut saint Paul. Sa conversion fut radicale dans le sens étymologique du mot. Sa personne fut prise tout entière. Le cœur, qui était pharisien, cessa de l'être absolument. Toutes les
pensées, tous les sentiments, tous les actes intérieurs et extérieurs furent déracinés de leur ancienne terre et implantés dans la terre nouvelle. Cet homme, qui avait persécuté, jeta un défi solennel à tous les persécuteurs. Il déclara que rien ne le séparerait de Jésus-Christ; et il tint parole. Toutes les tempêtes de la création se déchaînèrent à la fois contre lui. Sa conversion fut le sjfinal de l'universelle fureur des hommes et des choses.
A peine rendu àlalumière du jour parles maing d'Ananie,il voit ses anciens amis, changés en ennemis mortels, préparer sa captivité et sa mort. On garde les portes de la ville pour lui en interdire la sortie. Les fidèles de Damas le descendent pendant la nuit dans une corbeille, par dessus les remparts.
Puis il se retire en Arabie; et après une prière profonde comme l'obscurité des trois jours, après une retraite digne de sa mission, il se lance dans cette guerre pacifique où il devait à la fois vaincre et mourir. Le monde pharisien, le monde romain, Tenfer et la nature entrèrent contre lui dans la même conspiration, réalisant la parole de Jésus- Christ à Ananie: « Je lui montrerai quelles souffrances il lui faudra supporter en mon nom. » Dix ans avant sa mort, Paul avait déjà été flagellé cinq fois par les Juifs. Malgré son titre de citoyen romain, il fut trois fois battu de verges. ALystres,le peuple, qui avait voulu l'adorer, tout à coup le lapida et le laissa pour mort. Dans ses voyages à travers le monde, il fit naufrage trois fois ; soutenu sur un débris de navire, il lui arriva de rester un jour et
une nuit au milieu de l'Océan. Les flots firent de lui, pendant vingt-quatre heures, en apparence, tout ce qu'ils voulurent. Il fut enchaîné ; sept fois il fut jeté en prison. Et sur sa tête pesait, au milieu de toutes les amjoisses ^physiques et morales, la sollicitude de toutes les Eglises. Il écrivait, soutenait, consolait, fortifiait, nourrissait, encourageait et enflammait les Romains, les Corinthiens, les Ephésiens, les Galates, les Hébreux. Cet homme eut vraiment le droit de déclarer cfu'il avait combattu un bon combat ; et quand sa tête tomba sous le glaive de Néron, ce dut être un moment solennel sur la terre comme dans les cieux.