BAINS DE LUMIÈRE
A cette action lumineuse, on a tenté d'attribuer une propriété sur la fonction sudorale de la peau. Certains auteurs affirment que, dans le bain de lumière « à 37" seulement et au bout de cinq à dix minutes, la transpiration commence; elle est profuse, bien qu'il n'y ait pas de très grande excitation du cœur (1) ». Or il est physiologiquement impossible que la sudation s'établisse lorsque la température extérieure n'est pas sensiblement supérieure à celle du malade.
Fig. 100. — Bain de lumière avec lampes à incandescence.
Nous admettons bien que la chaleur lumineuse, ayant la propriété physique de se fixer sur les corps qu'elle rencontre et qui sont suffisamment absorbants, puisse, beaucoup plus rapidement que la chaleur obscure, qui doit chauffer l'air de proche en proche, élever la température du corps humain ; mais encore faut-il que la chaleur ainsi emmagasinée élève sensiblement la température interne, qui est supérieure normalement à 37°. Ce fait paradoxal repose sur une erreur de technique.
En effet, les auteurs que nous citons ne paraissent pas avoir men-
(1) L.-R. Régnier, Radiothérapie et pholothérapie, Actualités médicales, Paris, 190:2. Physiothérapie. IV. 18
PARISET. — HYDROTHÉRAPIE
tionné l'emploi de thermomètres spéciaux pour la mesure des températures dans les bains de lumière. Or le thermomètre ordinaire, à mercure, offre aux rayons lumineux une surface polie, qui joue le rôle de réflecteur et n'absorbe qu'une partie de la lumière qu'il reçoit. On sait, en effet, que plus une surface est brillante, plus son pouvoir réflecteur est grand ; or le pouvoir absorbant n'est que complémentaire du pouvoir réflecteur. Le thermomètre à cuvette polie n'absorbe donc qu'une partie de la température du rayon lumineux incident et réfléchit l'autre. Au contraire, le thermomètre à cuvette noircie au noir de fumée absorbe tout le faisceau lumineux incident, car le pouvoir absorbant du noir de fumée est égal à l'unité. La démonstration de ces principes de physique est très simple ; nous l'avons faite de la façon suivante (1) :
Dans le bain de lumière, deux thermomètres placés en même temps, l'un à cuvette polie, l'autre à cuvette noircie au noir de fumée, indiquent, au bout de quinze minutes, le premier 77*^, le second 110°. Les mêmes thermomètres, dans un bassin d'eau chaude, s'arrêtent tous les deux à 58°. Au soleil, le thermomètre à cuvette polie indique 31° et l'autre 45°, au bout de quinze minutes. Ces chiffres sont démonstratifs et font comprendre à quelle erreur on s'expose quand on mesure la température des bains de lumière avec des thermomètres non noircis au noir de fumée.
Cette erreur de technique explique l'erreur de doctrine qui a fait admettre la sudation à basse température, certains constructeurs mettant en vente des appareils capables de faire transpirer les malades u à 25°, à une température inférieure à celle du sang ».
Ces erreurs sont préjudiciables aux malades, car sur la foi de ces indications inexactes, on soumet à la sudation des malades délicats, des cardiaques, auxquels on fait supporter des températures beaucoup plus élevées que le thermomètre ne l'indique. Cela prouve d'abord qu'on se fait généralement une idée fausse de la résistance des cardiaques, qui peuvent supporter avec avantage beaucoup mieux qu'on ne le croit les agents physiques, l'hydrothérapie en particulier, comme nous le verrons plus loin.
Bains d'air chaud et sec (chaleur obscure). — On peut obtenir de l'air chaud et sec avec des sources de chaleur obscure, donnant une température moins élevée et des effets moins complets que les bains de lumière, mais réalisant cependant de très bons agents de thermothérapie.
(1) Pariset, Thermométrie des bains de lumière (Société de biologie, 29 juin 1907, et Congj'és de physiothérapie, Rome, 1907). — Pariset, Du choix d'un agent physique en thermothérapie. Les bains de lumière, leur thermométrie.