I. — Maladies du cœur et des vaisseaux
Les maladies du cœur et des vaisseaux, qui ont passé longtemps pour réaliser les contre-indications les plus complètes à l'hydrothérapie, deviennent de plus en plus accessibles à ce traitement d'une façon très heureuse pour le malade.
Ce préjugé provenait en partie de l'emploi presque absolu de l'eau froide en hydrothérapie et de l'ignorance où l'on était des aptitudes réactives des malades atteints de troubles cardio-vasculaires. De nos jours, des travaux nombreux ont montré que ces malades avaient tout avantage à se soumettre à une hydrothérapie rationnelle.
Maladies du cœur. — Une condition essentielle de succès est de bien déterminer leur état, et cela non plus au point de vue clinique tel qu'on l'entend, c'est-à-dire par une observation détaillée de leurs moindres signes d'auscultation. Il faut surtout déterminer la qualité réactive de leurs vaisseaux, l'aisance des malades à etïectuer des mouvements, leur capacité fonctionnelle cardio-vasculaire. Le chiffre de la pression artérielle et le tracé du pouls donnent, à qui sait les interpréter, des notions d'une précision que n'atteint pas l'examen clinique et qui viennent compléter ce dernier. Pour le démontrer immédiatement, nous commencerons aussitôt l'étude du traitement hydrothérapique de ^'hypertension artérielle.
Hypertension artérielle. — Le traitement diffère selonla cause, et la cause ne peut être déterminée par le chiffre seul de la tension artérielle.
Artériosclérose. — Voici un hypertendu ; le manomètre donne 20, 22 ; son pouls est dur, on sent que l'artère garde sa forme pendant la phase diastolique ; le pouls est plutôt lent (60 pulsations) ; au cœur, on perçoit un second bruit claquant, ou un bruit de galop ; on trouve un peu d'albumine dans les urines, et le malade accuse de la dyspnée, parfois des symptômes angineux.
Évidemment, il s'agit d'une hypertension chez un artérioscléreux, et le tracé du pouls comporte un plateau.
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A ce malade, il faut donner des douches chaudes, 34 à 36«, de une à deux minutes, en déhulant par les membres inférieurs, pour éviter toute hypertension, môme passagère, dans la région Ihoracique, et
Fi^. 103. — Artériosclérose. Pression artériefle, 19 ; pouls, 68, avant la douche.
quelquefois dès la première douche, plus souvent, au boutde quelques jours, on constate un abaissement de la tension de 1, 2, 3° en
Fig. 104. — x\.rlériosclérose ; le même malade que celui de la figure 103. dix minutes après une douche tiède progressive.
même temps que le tracé est plus ample, plus aigu, avec dicrotisme plus accusé, lorsque la sclérose n'est pas trop avancée (fig. 103 et 104).
Spasme vasculaire. — Un autre malade présente également de l'hypertension ; mais son pouls est plusrapide que celui duprécédent: 70, 75, 80 pulsations; il est plus jeune, les bruits du cœur ne sont pas modifiés sauf peut-être le second, un peu plus net; il a parfois les pieds froids, des maux de tête ; l'artère est tendue, mais moins dure, ce n'est pas un scléreux, c'est un hypertendu par spasme artériel; son tracé présente un plateau moins net; le dicrotisme peut exister.
Avec une douche progressive (33 à 25°), on modifie totalement ce malade ; sa pression s'abaisse immédiatement; le pouls devient plus
Fig. 105. — iS'eurasthénie avec hypertension spasmodique. Pression artérielle, 24; pouls, 80.
fréquent et donne un tracé de grande amplitude à crochet accusé, avec dicrotisme net. Uy a euvaso-dilatation des artères périphériques {fig. 105 et 106).
MALADIES CIRCULATOIRES : HYPERTENSION. 305
Les malades porteurs d'hyperlension arlériclle par S[)asme vasciilaire sont très souvent des intoxiqués, des arthri jques, dont l'élimination se fait mal, et qui sont destinés, au bout d'un temps plus ou moins long, à présenter des symptômes d'insuffisance hépatique et rénale, de l'artériosclérose. Ce sont aussi très souvent des neurasthéniques par troubles de la nutrition.
On doit, chez ces malades, qui ont encore les artères souples et un appareil cardio-vasculaire résistant, employer la sudation avant la
Fig. 106. — Le même malade dix minutes après une douche tiède. Pression artérielle, 20;
pouls, 92.
douche pour augmenter la vaso-dilatation périphérique, qui produit l'hypotension, pour faire fonctionner la peau et contribuer à l'élimination générale. ■
Chez un malade de meaie type clinique, on peut constater une hypertension s'accompagnant d'un pouls assez violent, ou bien assez rapide, parfois présentant ces deux caractères.
Cet hypertendu, qui paraît très différent du piemier, en est très voisin : c'est un sujet plus nerveux, dont le cœur, excité par la résistance due au spasme vasculaire périphérique, réagit en renforçant ou en accélérant ses pulsations.
Son tracé est ample, assez aigu. La douche tiède progressive le modifie peu ; elle accentue cependant le dicrotisme et diminue la fréquence du pouls, contrairement à ce qu'elle produit chez le malade précédent.
Hypertension portale. — Voici un malade avec pression artérielle élevée, pouls ample, mais jamais lent. Il ressemble beaucoup au 'malade précédent; mais nous l'en distinguerons d'après le tracé, qui est ici très ample, avec un dicrotisme très net indiquant une artère souple. L'hypertension constatée n'est donc pas d'origine artérielle. Ce malade n'est pas nerveux, son cœur est calme, ne témoigne d'aucune excitation. 11 semble que cette hypertension soit une erreur, et cependant le manomètre indique 20.
On remarque alors que ce malade est un obèse ; l'analyse de ses urines indique des troubles du foie, qui déborde les fausses côtes et peut cependant ne pas être douloureux. On soumet ce malade à la douche progressive ;la pression s'abaisse très peu à chaque douche; Physiothérapie. IV. 20
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l'amplitude de son tracé est plutôt un peu augmentée et le dicrotisme encore plus net ; le traitement semble nep as agir sur l'hypertension. Mais qu'on soumette ce malade à un traitement capable d'agir sur son foie (cure de Vichy, laxatifs), qu'on lui applique des douches locales hépatiques (douche en jet, douche sous-marine), on verra peu à peu la pression s'abaisser de 2 à 3°, le pouls devenir moins ample, en môme temps que l'obésité abdominale diminue et que les fonctions du foie reprennent des tendances à la normale. îl s'agissait d'une hypertension portale : ralentissement du cours du sang dans la veine porte, formant obstacle à la circulation, ce qui explique l'hypertension par exagération de la systole, les artères périphériques restant normales.
Hypertension rénale. — On pourrait observer les mêmes faits chez un malade atteint de troubles de la circulation rénale. Nous connaissons beaucoup moins ces cas, et nous croyons que les altérations rénales capables de gêner la circulation sont fonction d'artériosclérose et rentrent dans cette classe, déjà étudiée plus haut.
Hypertension des diabétiques ou par pléthore sanguine.— \o\c'i encore un malade porteur d'hypertension (20 à 25), avec artère et pouls normaux. Sa circulation ne présente rien d'anormal, si ce n'est cette hypertension, que rien ne semble pouvoir expliquer et qui est due simplement au volume considérable de sang contenu dans ses vaisseaux, du fait de Texcès de sucre. Ce malade, qui a des vaisseaux souples, un cœur sain, prendra la douche froide, à laquelle il réagira normalement, et, s'il suit eh même temps un traitement capable de diminuer son sucre, sa tension diminuera.
Disons que nombre de ces diabétiques ont un gros foie et peuvent joindre à l'hypertension de leur diabète une hypertension d'origine portale.
Hypertension par trouble nerveux cardiaque. — Enhn, en dehors de ces malades, dont l'hypertension est causée par un obstacle au cours du sang ou par un excès de masse sanguine, il en est qui présentent de l'hypertension par simple excitation cardiaque le plus souvent d'origine sympathique, et dont la plus typique est l'hypertension du goitre exophtalmique. Ils présentent alors une tachycardie très accusée et sont justifiables de l'eau froide ou, à son défaut, de grands bains chauds, de piscines chaudes à eau courante (34«) (fig. 107 à 110).
On peut améliorer la plupart des hypertendus par la douche en jet bien maniée, qui a l'avantage de pouvoir être administrée par un médecin à un grand nombre de malades et de les soumettre
MALADIES CIRCULATOIRES : HYPOTENSION.
ainsi à la surveillance minutieuse dont ils ont besoin. La grande précaution à observer chez eux est d'éviter toute exagération, même
Fig. 107. — Goitre exophtalmique. Tachycar die. Hypertension artérielle. Pression artérielle, 20; pouls, 152.
passagère, de l'hypertension déjà existante. Pour cela, on commence par l'eau tiède, et on frappe d'abord les membres inférieurs, où l'on
Fig. lOS. — Le môme malade que la figure 107, dix minutes après une iluuche froide sédative. Pression artérielle, 17 ; pouls, 132.
crée une dérivation sanguine qui permet d'agir ensuite sans danger sur le reste du corps, jusqu'à ce qu'on obtienne une certaine rougeur
Fig. 109. — Hyperchlorhydrie avec crises de tachycardie et d'hypertension artérielle. Pression artérielle, 27; pouls, 120.
de la peau. Chez les spasmodiques, on donnera la douche avec une percussion très modérée et un rythme assez lent. Elle sera un peu
Fig. 110. — Le même malade que la figure 109, dix minutes après une douche tiède progressive sédative. Pression artérielle, 22 ; pouls, 104.
plus chaude chez les scléreux, mais sans arriver à provoquer aucune excitation vasculaire.
Le but à réaliser est la vaso-dilatation.
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HYDKOTHÉRAPIE.
A défaut (le la douche, on peut conseiller les grands bains chauds (34°, 36°), les piscines à eau courante à 36°, le massage sous Teau. Dans certains cas, le séjour dans le bain de lumière ou d'air sec jusqu'à légère transpiration, suivi de la douche tiède, augmente Teflet du traitement. On y a surtout recours lorsque les vaisseaux sont résistants et que les malades présentent de l'intoxication, ce qui est fréquent chez les arthritiques.
Angine de poitrine. — A Thypertension artérielle, nous rattacherons l'angine de poitrine, parce qu'elle existe fréquemment chez les hypertendus. Sa présence ne modifie pas sensiblement le traitement; elle commande une prudence extrême, des précautions très grandes; mais, en dehors des crises, et même pendant les états subaigus avec gène rétro-sternale légère, la douche tiède progressive soulage généralement les malades, qui respirent mieux ensuite et peuvent se livrer à la marche plus facilement.
Au moment de l'accès, on appliquera sur la région précordiale des compresses froides, lorsque l'angine est d'origine inflammatoire (aortite, névrite) et des compresses très chaudes, si on l'attribue à un rétrécissement des coronaires ou à des réflexes d'origine digestive.
Hypotension artérielle. — L'hypotension artérielle est fréquemment améliorée par l'hydrothérapie. On distingue plusieurs cas :
Premier cas. — Elle est un effet de la vaso-dilatation périphérique que l'on rencontre, par exemple, chez les neurasthéniques déprimés, et le tracé est assez ample, avec dicrotisme, indiquant une artère souple. Dans ce cas, on a recours à l'eau froide, à laquelle on habitue les malades par les douches progressives froides. Le tracé se resserre et la pression artérielle augmente.
Deuxième cas. — L'hypotension est due à l'entéroptose et s'explique à l'aide du balancement circulatoire qui a lieu entre les vaisseaux de l'abdomen et ceux de la périphérie; ceux-ci, se trouvant assez pauvres de sang, donnent un tracé de peu d'amplitude. L'eau froide en applications locales d'abord sur l'abdomen, lorsque des phénomènes douloureux ne l'empêchent pas, puis générale sur tout le corps, augmente la pression et élève le tracé (fig. 111 à 114).
Troisième eus. — L'hypotension est due à une insuffisance cardiovasculaire dont l'étude va être faite.
Insuffisance cardio-vasculaire. — A proprement parler, elle est plutôt cardiaque, bien qu'elle puisse débuter par des insuffisances vasculaires localisées à certains viscères : asystolie rénale, hépatique, pulmonaire. Mais, quand elle est constituée, c'est vraiment le cœur qui est touché, et l'hypotension artérielle, pleinement réalisée par l'asystolie, en est le symptôme prémonitoire.