XI. — MALADIES DE L'APPAREIL LOCOMOTEUR (OS, ARTICULATIONS, MUSCLES
1' Affections des membres.
L'élude, au point de vue de la mécanolliérapie, des an'edions des meiubres qui peuvent être de son ressort se divise en deux parties : l'une traitera des affections congénitales, l'autre des affections ac(]uises. A propos de chacune d'elles, nous envisagerons les indicalions et les contre-indications qui résuKent de la nature ineme des lésions. Nous grouperons dans un paragraphe généi*al (formulaire) la technique de la manipulation des appareils dans le traitement des divei'ses affections.
A. — Maladies congénitales.
Physiologie pathologique. — Indications thérapeutiques. — Pied bot et main bote. — Le pied bot congénital, d'origine osseuse, peut se traiter de deux manières : brusquement, ])ar réduction sous chloroforme (manuelle ou instrumentale), ouj)ar inlervenlion sanglante; et lentement, progressivement, par étapes. Dans ce dernier cas, la mécanothérapie ])eut être utile ; mais nous devons dire que ces indications sont assez rares, carie traitement lent n'agit guèie que chez le jeune enfant, et chez lui les manœuvres manuelles sont plutôt de mise que les manœuvres mécaniques. La mécanothérapie intervient efficacement, chez l'adulte, après les opé- .•ations sanglantes (tarsectomie, Phelps, etc.), car la mobilisation active et passive est nécessaire pour rendre au pied ses fonctions.
Dans le pied bot acquis (qui est dû le plus souvent à la paralysie infantile ou bien au rhumatisme), on sait que la cliviation du }»iedest maintenue parla rétraction des muscles et des tendons antagonistes des muscles paralysés. Suivant que le pied bot est variis, valgiis, talus ou équin, l'étendue des mouvements du pied se trouve limitée dans un sens déterminé. La mobilisation active et passive devra se faire dans ce sens. Le valgus est celui que l'on améliore le mieux. Quant au varus acquis, s'il est traité au début, si le traitement est continué pendant plusieurs mois, on peut quelquefois espérer se passer du traitement chirurgical ; sinon, comme pour le pied bot congénital, on aura recours à la tarsectomie, etc. ; puis, une fois la plaie guérie, lorsque ces manœuvres pourront être faites sans danger, on utilisera les apareils mécaniques pour restituer au pied ses divers mouvements, en mobilisant ses articulations, en restaurant
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los muscles airophiés, ou en favorisant au besoin leur suppléance par d'autres muscles d'action similaire. Ce traitement est long; il y faut une très grande persévérance.
Les indications sont les mêmes pour la main bote : on doit, par les mouvements passifs, s'efforcer de mobiliser les jointures et, pai- les appareils actifs, lutter contre l'atrophie musculaire.
Pied plat. — Le pied plat a tendance à provoquer des ankyloses
Fig. 2[. — Appareil pour la tiiobilisalion du coude.
dans les articulations du tarse. On aura donc recours avec iruit aux mouvements actifs et passifs pour lutter contre cette tendance, en s'aidant du massage. Ici, non plus, la mécanothérapie n'est pas toujours toute-puissante, et une opération peut devenir indispensable.
Luxation congénitale de la hanche. — Elle est curable ou incurable, suivant l'âge, la disposition anatomique, etc. Dans les luxaliom curables par le traitement chirurgical (réduction : Lorenz, Calot),
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la mécanothérapie intervient avant et après Fopération. Avant, la mobilisation assouplit les rétractions musculaires et ligamentaires et favorise la réduction. A'près, la mobilisation passive, les mouvements actifs interviennent pourlutter contre les raideurs articulaires, la rétraction des muscles et des ligaments qui sont de règle dans une articulation ainsi violentée, qui sont même nécessaires, puisque, en maintenant la tête fémorale au contact du cotyle qu'elle creuse, ces rétractions ont participé à la guérison. C'est dire qu'il ne faut recourir aux appareils mécaniques que lorsque la guérison analomique est assurée et quand la radiographie a montré qu'on nt; risquait plus de récidive. Les mouvements actifs agissent aussi contre l'atrophie constante des muscles de la hanche et de la cuisse. Cette mobilisation, qui doit être aidée delà gymnastique, du massage, de lelectricité, donne d'excellents résultats : elle permet de réaliser tous les bénéfices de l'intei vention.
Les luxations incurables, vieilles luxations irréductibles, ou luxations récentes dans lesquelles le traitement opératoire ne peut donner un résultat satisfaisant, sont aussi du ressort delà mécanothéraj)ie. Mobilisation passive et exercices aclifs aident à lutter contre les rétractions et les atrophies musculaires et ligamenlaires et facilitent la création et le jeu de la ncarthrose. Ce n'est qu'un palliatif, mais (|ui ])ermet d'atténuer Fimpotence. La niécanothérapie est imporlant(ï ici, car, évitant au malade les tricheries inconscientes et les sup[)léances par lesquelles il met enjeu, dans ses exercices personnels, non l'ai'ticulation (ou la néarthrose) et les muscles malades, mais les articulations auxiliaires et les muscles synergiques, elle permet de localiser au point précis, au point malade, l'action des appareils, et de donner à la jointure plus de fixité, aux mouvements plus d'amplitude.
Il va sans dire que le traitement est toujours tiès long et doit se compter par semaines et même par mois.
B. — Maladies acquises.
1° Maladies des os et des articulations.
Physiologie pathologique. — Indications thérapeutiques. — Fractures. — On sait, depuis les travaux de Lucas Championnière, l'importance, dans le traitement des fractures, du massage et de la mobilisation précoces; on ne s'étonnera donc pas que la mécanothérapie intervienne ici efficacement. Massage et exercice seront utiles pour aider à la résorption ou à la combustion des tissus graisseux,
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qui tendent à infiltrer les régions immobilisées, pour exciter l'activité nutritive de tous les tissus dans le membre fracturé. Us lutteront aussi contre les raideurs articulaires et les ankyloses qui menacent de compliquer les fractures, surtout si on les a longtemps immobilisées. Cela est encore plus vrai pour les fractures juxta ou inlraarficulaires ; on sait combien, soit par l'arthrite concomitante, soit par la constitution d'un cal vicieux ou exubérant, elles offrent des dangers pour l'intégrité articulaire. La mécanothérapie facilitera l'amplitude des mouvements, polira les rugosités osseuses, développera les muscles périarticulaires, qui tendent à s'atrophier.
De plus, elle sert à l'excitation des centres moteurs correspondants, dans le cerveau et dans la moelle, d"oii accroissement des facultés excito-motrices centrales, parallèle m-ent à l'augmentation de l'aptitude fonctionnelle des organes moteurs, rééducation du sens musculaire et effet psychique grâce auquel le malade prend une notion plus exacte des forces latentes qu'il possède et prend confiance pour les mettre en œuvre.
Ces dernières remarques s'appliquent non seulement aux fractures, mais à toutes les impotences d'ordre médical ou chirurgical, qui, si on ne les traite pas par des exercices appropriés, aboutissent à des infirmités définitives.
Entorses. — Le massage et les exercices passifs et actifs sont ici d'un emploi courant; on attendra que le gonflement n'augmente plus, et on s'inquiétera s'il n'existe pas d'épanchement sanguin ; puis, par exemple, dès le troisième jour, dans l'entorse simple tibiotarsienne, on commencera le traitement.
Luxations. — Ce que nous avons dit des fractures : qu'il fallait réduire l'immobilisation au strict minimum, s'applique avec encore plus de rigueur aux luxations. L'appareil appliqué après la réduction doit être fait de telle sorte qu'il permette le massage ; dès que la douleur aura disparu, on commencera les mouvements passifs, puis actifs. 11 faudra souvent (surtout pour les luxations du poignet et du tarse) s'assurer qu'il n'y a pas fracture concomitante.
Quant aux luxations anciennes, irréductibles, elles pourront être traitées soit par la mécanothérapie seule, soit par les exercices employés comme complément d'une intervention opératoire (résection, ostéotomie). Ce que nous avons déjà dit des luxations irréductibles congénitales de la hanche (efforts pour aboutir à la création et à l'amélioration fonctionnelle de la néarthrose) s'applique aussi aux luxations tiaumatiques.
Arthrites. — Dans les arthrites aiguës (rhumatismales, blennorragiques, traumatiques), la mécanothérapie sera utile, une fois
la poussée inflammatoire éteinte, pour prévenir Taukylose et luUei' contre les facteurs secondaires de déformation, en mobilisant la jointure, pour distendre les ligaments, les muscles et les tendons rétractés, assouplir les tissus fibreux qui ont tendance à s'encroûter de sels calcaires, exciter la nutrition de tous les tissus péri-articulaires des muscles atrophiés par Fimmobilisation.
Quant aux arthrites chroniques et aux raideurs articulaires, elles peuvent largement profiter du traitement mécanique. Toutefois, il donne peu de résultats, on le comprend, dans les arthropathies nerveuses; là, on doit lutter, non pas contre la lésion même, mais surtout contre l'atrophie musculaire et l'incoordination motrice. KnVm, principalement chez les sujets jeunes, on se méfiera toujours (examen radiographique) de la tuberculose articulaire. Les tumeurs blanches sont une contre-indication à peu près absolue à la mécanothérapie. 11 ne faut tout au moins y toucher qu'avec une extrême prudence, pour ne pas réveiller une poussée aiguë, l'ankylose étant le plus souvent le mode de guérison cherché. Tout au plus, et en vérifiant par la radiographie l'état des lésions, pourra-t-on, dans quelques cas où la tuberculose est refi oidie et les lésions guéries, essayer une mobilisation sage et légère. La mécanothérapie peut intervenii-, après résection ou ankylose de guérison, à titre palliatif, pour favoriser la suppléance des autres articulations et des muscles voisins. Ces réserves sont de moindre importance dans le rhumatisme déformant, même tuberculeux.
Ankyloses. — Qu'elles soient le résultat de traumatismes bien ou mal soignés (contusions, fractures juxta ou intraarticulaires, luxations) ou d'inflammations (rhumatismes, blennorragie, etc.), les ankyloses peuvent être complètes ou incomplètes.
Dans les ankyloses complètes, la mécanothérapie ne peut naturellement intervenir que comme palliatif. Il faut tendre à uliliser les suppléances musculaires et articulaires, les « tricheries » ; il faut, par les exercices passifs et surtout actifs appropriés à la région, demander aux articulations et aux muscles voisins d'augmenter l'amplitude de leurs mouvements normaux. Par exemple, l'articulation de l'épaule pourra suppléer l'ai ticulation du coude pour porter la main sur la tète. D'autre part, après les résections, la mécanothérapie est utile (Voy. plus haut) en mobilisant la néarlhrose et en facilitant les suppléances.
Dans les aukyloses incomplètes, la raideur est souvent occasionnée moins par les lésions des surfaces articulaires que par les troubles péri-articulaires (rétraction des muscles et ligaments, contracture réflexe des muscles). Cependant il se l'ait aussi, par l'immobilisation,
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(It'S altérations des cartilages articulaires : délaut de sécrélion de la synovie et dépôt de concrétions crétacées. Il sera quelquefois bon, avant de recourir à la mécano thérapie, pour faciliter son action, d'électrolyser la jointure atteinte. Dans les ankyloses incomplètes, améliorables ou curables, il faut avoir soin, plus que jamais, de limiter l'action de Fappareil à l'articulation malade, afin d'abolir le rôle des articulations synergiques. Les exercices passifs, puis actifs, assouplissent et allongent les tissus ligamenteux, rendent les suifaces articulaires plus lisses, activent la circulation vasculaire, excitent l'innervation et la nutrition des muscles; elles luttent contre l'atonie des muscles atrophiés et contre la conti'acture des muscles rétractés. Les résultats de ce traitement, prolongés suffisamment, sont excellents. 11 n'est pas exagéré de dire que le traitement des ankyloses est le triomphe de la mécanothérapie.
Brides cicatricielles. — Bien qu'il s'agisse plutôt d'une maladie des téguments, nous en dirons un mot ici. Dans ces brides de cicatrice qui surviennent à la suite de pertes de substance des tissus mous (peau et tissus sous-jacents), il faut combattre la tendance à la rétraction de ce tissu cicatriciel et les résultats fâcheux qu'amènerait dans les jointures l'immobilisation prolongée. Massage et exercices énergiques, prolongés longtemps, seront donc ici de mise. Il en est de même pour la rétraction de l'aponévrose palmaire et pour les rétractions qu'amène dans les tissus le p/t/e^woîj, (exemple : phlegmon de la main).
Accidents du travail. — La mécanothérapie dans le traitement des accidents du travail (dont les variétés anatomiques viennent d'être étudiées : fractures, luxations, etc.) est utile, même indispensable. Les avantages, dans ces cas particuliers, sont considérables. Elle ne saurait jamais être pour le blessé une cause d'etfort pénible, de douleurs ou de risque ; l'ouvrier ne peut donc s'y refuser valablement (Courtaultet Vermeulen). Ellé est un moyen éprouvé déjuger la capacité du travail et de déjouer la simulation. Sans que le sujet puisse le voir, il est facile de lui imposer des résistances plus ou moins fortes qu'il surmonte. Tel blessé qui se prétend seulement capable de soulever avec le bras un poids très faible prouve, à l'appareil, qu'il peut soulever un poids beaucoup plus fort. Les dates d'ordonnances des exercices donnentla preuve de l'amélioration progressive, de l'accroissement de la force des muscles et de l'amplitude des mouvements articulaires.
Contre-indications. — Précautions à prendre. — Vétat a'uju inflammatoire est, nous Lavons dit, la première des contre-indications. La tuberculose est aussi très importante. On devra toujours
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s'en méfier, dans les ankyloses et les raideurs arliculaires, surtout chez les sujets jeunes. La radiographie sera souvent utile. Cependant (Voy. plus haut), dans quelques cas, la contre-indication n'est pas absolue. Il en est de même de l'élément douleur, qu'il s'agisse d'une douleur succédant à un trauma ou à un état inflamm.atoire. 11 faut attendre, pour commencer le traitement, que la douleur ait cessé. Cependant, dans le premier cas, la contre-indication n'est pas toujours entière. La mécanothérapie étant une méthode de douceur, on peut toujours essayer. Il faut surtout envisager l'intensité de la douleur. On s'abstiendra de manœuvres qui la réveillent ou l'augmentent ; lorsqu'elle est légère et supportable pendant le premier mouvement et s'atténue par la continuation, on peut poursuivre le traitement. Il est toujours important de déterminer avant le traitement ce qu'on peut obtenir sans souffrances inutiles, sans récidive, sans aggravation. On recherche la capacité fonctionnelle active du malade, les mouvements qu'il peut exécuter seul, puis l'étendue des mouvements passifs ; et, àFaide des appareils passifs, puis, plus tard, des appareils actifs, on fait exécuter chaque jour, un certain nombre de fois, des mouvements moins étendus que ces mouvements réels ; on augmente ensuite peu à peu de séance en séance. .
Si la douleur était due à la myosite ou à la névralgie, on appliquerait le traitement spécial.
Il faut tenir compte aussi des contractures réflexes des muscles, qui rendent souvent très serrées en apparence des ankyloses assez lâches. On les combattra par des mouvements très doux, rythmés, répétés un grand nombre de fois, augmentant légèrement chaque fois; des balancements s'il s'agit de gynglymes (exemple : coude) ; des roulements, s'il s'agit d'énarthroses (exemple : épaule).
Dans tous les cas, on se garderabien de dépasser la limite normale des mouvements.
Formulaire. — Appareils à utiliser. — Le formulaire mécanothérapique est, d'une manière générale, le même pour une même région, qu'il s'agisse d'une affection congénitale ou d'une maladie acquise, d'une suite de traumatismes (fracture, luxation, ankylose, etc.), ou d'une séquence d'inflammation (arthrite, phlegmon). Dans chaque cas, on devra se fixer d'après les indications, contreindications et précautions générales indiquées ci-dessus.
Dans les cas de douleurs ou d'empâtement persistant, il est bon, avant et après chaque séance d'exercices, d'avoir recours, pendant quelques minutes, au massage soit manuel, soit instrumental : vibrations, trépidations (série F, ou sisryiothérapie élep^ t.ricjue).
MALADIES DE L'APPAREIL LOCOMOTEUR
Suivant la douleur, l'époque plus ou moins rapprochée du trauma ou de l'inflammation, les séances du début seront plus ou moins courtes. Elles auront lieu tous les jours ou tous les deux jours; au début, on ne laissera le malade que quelques minutes dans chaque appareil. On augmentera progressivement la longueur des séances, leur répétition, l'amplitude des mouvements et la résistance des leviers.
Pour l'épaule. — On i-ecourra pour le massage aux appareils de la série J ; ceux de la série Adonneront la flexion, l'extension des bras, l'écartement avec lancément des bras, l'élévation avec rotation, la circumduction (fig. 22).
Pour le coude. — La même série A donnera la flexion, l'extension, la rotation etla supination.
Signalons à
nouveau l'appa- , Fig. 22. — Appareil A7a : roulement des bras.
reil de Colombo.
Pour le poignet. — Le massage sera donné par les appareils des séries F et G ; les mouvements actifs par ceux de la série A; les mouvements passifs par ceux de la série E.
Pour les doigts. — Mêmes séries (A, actifs ; E, passifs).
Pour la hanche. — Le massage sous toutes ses formes est des plus nécessaires (vibrations, percussion, pétrissage, etc. ; séries F et G, vibrateur électrique). Les instruments de la série B donnent les mouvement actifs; ceux de la série E, les mouvements passifs. L'appareil E% qui donne le roulement des cuisses à l'articulation coxofémorale (tig. 16), est des plus employés,
58 FRAIKIN ET GRENIER DE CARDENAL. — MÊCANOTHÉRAPIPJ.
Pour le genou, les fractures des jambes, les troubles de Farticulatiou tibio-tarsiewie, les séries seront les mêmes : B et E, pour les mouvements; F, G et J, pour les massages.
U en est de même pour les affections congénitales ou acquises du pied. Nous recommandons surtout le B*^ (flexion et extension des pieds) et le B^- (roulement des pieds) pour le pied bot. On fera précéder les exercices par les frictions (.F), les tapotements (G''), les trépidations (F').
Moment où Von peut commencer le traitement. — Cela dépend des cas particuliers, et on ne peut donner que des rè(jles très f/éncrales. Ce qu'il faut bien retenir, c'est que les exercices doivent intervenir le plus tôt possible. Nous avons dit qu'il était important d'attendre, d'une manière générale, la disparition de la douleur. Le délai sera beaucoup plus long, on le conçoit, pour les fractures compliquées, comminutives, ou à déplacements considérables, que pour les fractures simples, surtout celles où l'os fracturé possède un tuteur naturel qui le maintient en place, comme à la jambe et à l'avant-bras. En principe, on commence le traitement mécanique quand, le déplacement ayant été réduit et la plaie refermée, le foyer du traumatisme est assez refroidi pour n'avoir plus à craindre le réveil de la douleur, du gonflement et de la mobilité anormale.
Les fractures des doigts, de la main, de l'avant-bras, peuvent être ti-aitées dès la première semaine. Pour le coude, il faut attendre un peu plus longtemps ; les fractures de l'humérus (extrémité inférieure), sans déplacement, et les luxations de l'épaule, peuvent être mobilisées prudemment dès le douzième ou quinzième jour. Les fractures du col anatomique de l'huméi'us, de son extrémité inférieure avec déplacement et celles de l'extrémité supérieure du radius attendront vingt à vingt-cinq jours ; il en faudra au moins trente pour les fractures de la diaphyse ou du col chirurgical de l'humérus. Dans les fractures des membres inférieurs, le blessé doit rester couché (ou bien déambuler avec un appareil de marche) jusqu'à consolidation de l'os. Cependant les fractures transversales de jambe sans déplacement, d'une seule malléole, du métatarse, toujours sans déplacement, peuvent être traitées de bonne heure. On attendra trois à quatre semaines pour les fractures du col ou de l'extrémité inférieure du fémur, d'une malléole avec déplacement, ou des deux malléoles sans dévialion ; (rente jours [)our les fractures bi-malléolaires avec déviation (CourtauU et Vermeulen).
Durée du traitement. — Elle est, a j)nori, impossible à déterminer. Elle dépend des cas particuliers. Le traitement sei'a d'autant plus court qu'il aura été commencé plus tôt.
MALADIES DE L'APPAREIL LOCOMOTEUR
2" Maladies des niiiscles.
Indications thérapeutiques. — Nous serons très brefs sui' ce chapitre. La mécaiiolhéra|)ie intervient avec fruit dans les atropides musculaires. On voudra bien se rapporter aux paragraphes où ces atrophies ont déjà été étudiées, avec les causes qui les provoquent (Voy. Maladies du système nerveux; paralysies; paralysie infantile, hémiplégie, névrites, etc.; voy. aussi les Maladies des os et des articulations, les déviations de la taille).
La mécanothérapie peut intervenir aussi dans Falrophie qui suit les maladies aiguës (fièvre typhoïde) et qui est due à l'immobilisation prolongée, à Tautophagie, à Faction destructive des bactéries et toxines ; elle n'a rien à faire, on le comprend, dans les atrophies consécutives à des lésions irrémédiables des vaisseaux, non plus que dans celles dues aux cachexies tuberculeuses ou cancéreuses. Si le muscle afifaibli est susceptible de recouvrer son aptitude fonctionnelle, on veillera, en l'exerçant, à abolir les muscles synergiques, les tricheries, les suppléances, afin de lui faire bénéfi^cier des résultats. Si, au contraire, son action est définitivement perdue, on cherchera à favoriser ces suppléances, à titre palliatif.
De même que les atrophies et les paralysies, les contractures et rétractures des muscles sont plus facilement curables quand elles sont consécutives à une affection du muscle ou à un traumatisme que lorsqu'elles dépendent d'un trouble nerveux. Tout fonctionnement actif d'un muscle se traduisant par son raccourcissement, il ne s'agit pas de provoquer des efforts dans les muscles malades ; il faut produire l'élongation du muscle contracturé par des mouvements passifs (par exemple: mettre en extension si le groupe fléchisseur est contracturé) et actifs (fai^re contracter les muscles antagonistes de ceux qui sont contracturés ; exemple : pied bot ; voy. le paragraphe spécial).
La mécanothérapie peut aussi intervenir efticacement dans les contractions douloureuses: crampes, rhumatismes, lumbago, torticolis, par le massage, les mouvements passifs, les mouvements actifs, provoqués par les muscles antagonistes. Par exemple, dans le lumbago, on provoquera la flexion forcée du tronc.
Disons quelques mots de la myosile aigué. Pendant la période aiguë, la galvanisation est indiquée (L. Régnier). Lorsque la douleur a cessé, on pratiquera le pétrissage et les mouvements passifs. On ne fera pas agir par des mouvements actifs les muscles endoloris, mais on fera travailler activement le groupe antagoniste. Plus tard, seulement, pour prévenir l'atrophie des muscles qui ont été malades, on leur demandera avec prudence des mouvements actifs.
60 FRAIKIN ET GRENIER DE CARDENAL. — MÉCANOTHÉRAPIE.
La céphalalgie est quelquefois simulée par une myosite chronique siégeant au niveau des insertions crâniennes des muscles du cou, ou sur celles du temporal. Les régions malades présentent une induration localisée aux muscles de la nuque. On se trouvera bien dans cette affection des vibrations et du pétrissage.
Appareils à utiliser. — Ils varient suivant la région atteinte. On voudra bien se reporter à la classification générale.
2° Déformations du tronc.
Généralités. — Nous n'aurons en vue ici que les déviations de la taille, d'origine non tuberculeuse ; le mal de Pott, à notre avis, n'a rien à voir avec un traitement mécanique à aucune de ses périodes.
La tige vertébrale peut présenter quatre modes de courbures anormales : flexion en avant [cyphose) ; en arriére (lordose) ; latérale droite ou gauche [scolioses) ; parfois, à la suite de la raideur des articulations rachidiennes, les courbures normales sont diminuées ou abolies [dos plat).
Les déviations sont dues à des troubles des membres inférieurs (déviations statiques) ; à des troubles pleuro-pulmonaires; à des maladies générales qui affaiblissent la nutrition (surtout le rachitisme congénital ou tardif, Kirmisson) ; à des troubles du nez ou des yeux. Poucet a voulu voir récemment, dans le rachitisme tardif, une manifestation tuberculeuse larvée. Ces causes sont souvent mises en valeur par des attitudes vicieuses professionnelles dans l'adolescence (écoliers, couturières, bureaucrates). D'une manière générale, on trouve dans toutes les déviations : un relâchement de certains groupes musculaires, une contracture des groupes opposés ; une élongation de certains ligaments vertébraux, un raccourcissement des ligaments opposés; une déformation des os : usure, inclinaison en pente des vertèbres, qu'accompagne plus tard, dans la scoliose, une torsion sur l'axe.
L — Tr.utement préventif.
Attitudes vicieuses. — Puériculture ortliopédique. — Les
attitudes vicieuses ont donc une grave importance dans l'étiologie des déviations. D'où, car il est toujours plus facile de prévenir que de guérir, la nécessité de les traiter.
La thérapeutique doit intervenir dès qu'on a constaté une « mauvaise tenue » chez un enfant un peu affaibli, dont le système musculaire est frêle, qui a grandi vite, ou qui a des antécédents rachitiques ; il ne faut pas attendre une déviation confirmée dans un sens ou dans l'autre. Cet enfant est un « candidat à l'orthopédie ; on fera chez lui la « puériculture orthopédique » ; on doit fortifier son
DÉFORMATIONS jDU TRONC.
état général et lutter contre Fatonio musculaire générale et locale, i La mécanothérapie (unie à la gymnastique, à l'hydrothérapie, au
massage) donne à cette période d'excellents résultats. Les appareils j respiratoires seront de mise ; l'appareil passif E*^, qui, par l'inspiration I passive, dilate le thorax en redressant le rachis, et les appareils
Fig. 23. — Appareil K' : suspension latérale.
actifs A'', A^ qui provoquent l'adduction et l'abduction,
l'abaissement et la 'flexion des bras.
Un excellent instrument est la toise orthopédique (Zander, Vermeulen); elle sert pour le grandissement et l'auto-redressement du malade. Dans les scolioses, elle sert également pour l'auto-correction (1).
(l) Voy. l'article do M°ie NAGEOTXE-WiLBOucHRwrrcH dans la Kinésithérapie
de la BIBI, OTHÈQUE DE THÉRAPEUTIQUE.
r,2 FRAI K IN ET GRENIER DE CARDENAL. ~
MÉCANOTITÉRAPIE
On emploiera aussi les appareils actifs qui font agir les muscles extenseurs du dos : A'^ (élévation des bras et extension active de la colonne vertébrale, C' (fig. 19), (lig. 2), C7' (fig. 27), qui provoque alternativement la contraction des fléchisseurs latéraux.
On utilisera aussi, en cas de raideur rachidienne, les appareils de mobilisation dont nous parlerons plus loin.
Le traitement des attitudes vicieuses n'a pas besoin d'elre très rigoureux (deux séances par semaine, d'une heure chacune, comprenant gymnastique et mécanothérapie) ; il doit être fait avec douceur, n'occasionnant pas de fatigue; mais il peut être nécessaire de le suivre pendant toute la période critique de croissance, en intercalant au besoin des périodes de repos de plusieurs semaines.