V. — Aphasies
Il faudrait, pour pouvoir aborder la question des aphasies et de la réacquisition des fonctions du langage, de longs développements qui n'ont pas ici leur place; aussi devrons-nous nous contenter d'indications très succinctes et pour cela nous en tenir à la distinction classique, un peu schématique mais commode, des aphasies motrices et des aphasies sensorielles pures; ce qui, dans tous ces cas, crée une difficulté importante au point de vue pratique, c'est la non-intégrité habituelle des territoires plus ou moins voisins de la lésion cause directe de l'aphasie, d'où, le plus souvent, atteinte portée aux fonctions intellectuelles et existence de types cliniques mixtes ; c'est ce qui fait aussi que tous les aphasiques ne sont pas également justiciables de la rééducation et que celle-ci doit être appropriée à chaque cas.
Aphasies motrices. — Dans l'aphasie motrice pure, qu'il s'agisse d'aphémie ou d'agraphie, si on suppose que réellement l'intelligence et l'idéation sont peu touchées et que, d autre part, il y a non pas paralysie des mouvements de la bouche ou de la main, mais seulement suppression de la spécialisation de ces mouvements aux fonctions du langage, le problème se bornera à réapprendre au sujet à associer tel mouvement graphique ou d'articulation à l'idée que ce mouvement doit par convention exprimer. Les procédés et les exercices employés pour arriver à ce résultat n'ont rien de spécial ; ils ne sont qu'une réédition de ceux qui, dans l'enfance, nous ont à tous appris une première fois à parler et à écrire.
Aphasies sensorielles. — 11 en serait à peu près de même dans les cas supposés purs de cécité ou de surdité verbale. Il suffirait alors de rétablir par l'exercice l'association entre les sensations visuelles ou auditives que donnent les mots écrits ou prononcés et l'idée que ces sensations doivent invoquer.
Mais, nous le répétons à dessein, ce sont là des conditions théoriques et trop simples qui ne se rencontrent guère en clinique. Le plus souvent la situation est compliquée par l'intervention d'un ou de plusieurs des facteurs suivants :
a. Plusieurs des quatre types schématiques d'aphasie sont associés ;
G. CONSTENSOUX. — RÉÉDUCATION MOTRICE.
6. Les troubles de réception ou d'expression du langage s'accompagnent de troubles notables de l'intelligence ;
c. Ce ne sont pas seulement les mouvements coordonnés spéciaux nécessaires au langage qui sont abolis, mais il existe aussi une paralysie plus ou moins complète de la face ou du bras. C'est ce qu'on observe notamment dans l'hémiplégie.
On comprend aisément combien de semblables conditions peuvent compliquer le problème et la technique de la rééducation des aphasiques. Mais il n'en est pas moins vrai que la méthode de rééducation demeure la seule capable de venir en aide à ces malades et que bien souvent en effet elle leur rend d'importants services.
Si on excepte les cas de lésions cérébrales diffuses ou de déchéance intellectuelle marquée, on doit toujours y avoir recours et ne pas oublier qu'on est en droit de beaucoup attendre des suppléances nerveuses. Un malade peut retrouver l'usage de la parole même après une atteinte profonde intéressant l'hémisphère gauche ; c'est sans doute qu'il y supplée alors avec son cerveau droit. De même encore, en cas d'hémiplégie droite trop complète, il conviendra de l'exercer à l'écriture de la main gauche.