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JEUX ET SPORTS

en parler en connaissance de cause, les voyant quotidiennement dans leurs sports, à Pau, ville des sports par excellence, — le Ironc n'acquiert pas le développement harmonieux que possède le tronc des Suédois, parce que la fonction modifie Torgane en sa faveur même, les mêmes mouvements et les mêmes attitudes imposant leur adaptation aux segments et à la partie du tronc sur lesquels les segments s'appuient. La silhouette générale du tronc de l'Anglais se livrant aux sports est légèrement épaissie à la partie supérieure ; la colonne vertébrale n'a pas la rectitude de ligne de celle du Suédois, la marche est moins souple ; la poitrine ne plastronne pas, parce que le sport ne s'adresse pas spécialement aux muscles extenseurs du dos et aux fixateurs des omoplates.

Celles-ci sont moins bien fixées rigidement chez les Anglais sportifs que chez les Suédois gymnastes. Les Suédois sportifs (fig. 38) sont plus beaux et plus forts que les Anglais sportifs, parce qu'ils ont entraîné méthodiquement tout leur corps et surtout le tronc par des gamines musculaires. Le sport n'est pour eux qu'une application très agréable d'ailleurs d'une règle gymnastique imposée et suivie dès le jeune âge, au foyer, à l'école et à la caserne. Les prouesses sportives des Suédois aux sports d'hiver, de glace et de neige; et aux sports d'été, le canotage, la natation, la voile, etc., sont d'une hardiesse et d'une force que l'entraînement au sport seul ne peut donner. Chaque muscle étant par avance entraîné méthodiquement répond à l'appel (le la volonté dans l'effort sportif à produire. Tout est affaire de méthode : commencer l'éducation physique parles jeux et lessports, c'est metti e la charrue avant les bœufs, c'est surtout courrir la chance de forcer des cœurs et de congestionner des poumons.

Voilà pourquoi le meilleur des sports ne vaut que par ce que vaut l'entraînement méthodique et préalable du corps par la gymnastique respiratoire de déveloi^pement, d'après les principes de la méthode de Ling. La respiration doit toujours être nasale.

Voilà pourquoi je répète, à dessein, après chaque jeu ou sport décrit, la nécessité absolue de ne s'y livrer qu'après s'être assuré du libre jeu delà cage thoracique, des poumons et du cœur.

,1e renvoie pour de plus amples détails sur les procédés que j'utilise en vue du développement de la cage thoracique, à mon Précis de gymnastique rationnelle et aux travaux de ma clinique de gymnastique respiratoire, publiés dans le Bulletin de la Société médicale de Pau.

Je divise les jeux elles sports d'après le mode de mise en fonction du corps dans le milieu.

Je parlerai :

Physiothérapie. IV. 8

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Fig. 38. — Équipe suédoise aux Jeux Olympiques d'Athènes, en 1905.

Mouvement d'extension complète du corps sur la pointe des pieds, en équilibre instable, les bras fortement tendus, élevés au-dessus de la tète dans le plan vertical parallèle à celui de Vaxe du corps (Fixe. Pointé. Invocation).

Cette attitude est la plus difficile à obtenir et à maintenir dans la pureté des formes du corps. Elle sert de mesure dans l'appréciation de la valeur éducative d'une méthode de gymnastique rationnellement et physiologiquement appliquée.

La rectitude de chaque groupe musculo-articulaire dépend de la rectitude synergique et antagoniste de mêmes groupes opposés. La rectitude des bras, fixés dans le plan vertical, dépend de la rectitude dans la fixation de toutes les articulations du corps, en partant du métatarse (tarse, cou-de-pied, genou, bassin, colonne vertébrale, épaule, tête, omoplates, coude, poignei). La fixation des omoplates en arrière ne peut être obtenue que par l'action des muscles rhomboïde, trapèze, grand dorsal, angulaire de l'omoplate. Grâce à cette fixation, le grand dentelé trouve à l'omoplate le point d'appui nécessaire au soulèvement des côtes avec action synergique et antagoniste du grand oblique, du grand droit de l'abdomen et de la ceinture musculaire abdominale, agissant sur le diaphragme. D'où élargissement de la cage thoracique de bas en haut et de dedans en dehors, libération du diaphragme et hématose plus profonde.

Nulle part, ailleurs qu'en Suède, on ne trouve de forme esthétique plus pure, due à la méthode de gymnastique physiologique de Ling appliquée dès le plus jeune âge.

cours d'un engin : tels la marche, la course, la chasse, à laquelle je joins le tn\ la natation ;

MARCHE ET ALPINISME

2° Des sports pratiqués soit individuellement, soit collectivement en plein air, avec le concours d'un agent de locomotion : machine ou animal, tels le vélocipède, l'automobile, l'aviron, le patinage, l'équitation ;

3° Des jeux ou des sports pratiqués soit individuellement, soit collectivement en plein air, avec le concours d'un objet : le foot-ball, la paume, les boules ;

4° Des sports pratiqués soit individuellement, soit collectivement, dans un local fermé avec ou sans engin : tels que la boxe et le chausson, la lutte, les poids lourds, la gymnastique allemande de suspension aux agrès que je place dans les sports à poids lourds, l'escrime, la danse.

I. — SPORTS PRATIQUÉS INDIVIDUELLEMENT EN PLEIN AIR SANS LE CONCOURS D'UN ENGIN.

. Marche et alpinisme.

11 faut considérer la marche sur terrain plat et sur terrain accidenté, en montagne. Dans l'un et l'autre cas, la marche est le meilleur des exercices de plein air, parce qu'elle fait partie de la fonction même de l'humanité. L'homme est fait pour marcher; il court par exception. Sa constitution anatomique ne lui permet pas de courir en dehors de certaines limites fixées par le développement de ses organes respiratoires. On court avec ses poumons, on galope avec son cœur, mais on marche avec ses muscles.

Le déplacement du centre de gravité du corps d'arrière en avant en plaine; de bas en haut et de haut en bas, en montagne, à l'aide des jambes, constitue la marche.

11 faut donc, dans laTnarche, porter son centre de gravité en avant, légèrement quand la marche se fait en terrain plat, fortement quand elle se fait en terrain accidenté. Dans la marche en montagne, le déplacement du centre de gravité en avant dépend du degré d'inclinaison du terrain : plus celui-ci possède une cote élevée, plus le corps doit être penché en avant. Il va sans dire que je parle ici de la marche sur route ou dans les sentiers de montagne et non du grimpement à l'aide des mains. L'erreur commise par tous les marcheurs de la plaine quand ils arrivent à la montagne est de progresser de bas en haut à l'aide des extenseurs : les jumeaux, le quadriceps fémoral et les fessiers, comme s'ils montaient un escalier. La fatigue arrive vite avec l'essoufflement. En montagne, on monte avec les muscles du massif lombaire, le corps étant penché en avant, afin de

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porter son centre de gravité en dehors de la base du parallélogramme de sustentation des pieds. Voici donc comment il faut procéder en abordant une côte : de la position fixe, on incline le corps en avant ; on porte ensuite le pied droit en avant, le pied reposant sur toute sa

plante ; la jambe est ainsi placée en crochet plus ou moins ouvert ou fermé selon la cote de l'inclinaison du terrain sur lequel le pied repose.

Cela fait, on penche le tronc sur la jambe droite fléchie, la jambe gauche étant tendue en arrière. Le mouvement de chute du tronc de haut en bas et d'arrière en avant sur la jambe droite fait basculer, par son poids même, la jambe gauche ; le corps constitue ainsi un système de levier du premier genre type balance {inter-appui). Le point d'appui est pris sur le pied droit; la résistance est dans la jambe gauche à soulever, et la puissance est dans le poids du corps lui-même situé dans le centre de gravité déplacé d'arrière en avant. La région musculaire qui entre en jeu dans ce mouvement est le massif dorso-lombaire (fig. 39).

Dans ce mouvement de balance, la jambe gauche, se pliant plus ou moins d'après l'inclinaison de la côte, vient se placer en flexion sans grand travail musculaire devant la jambe droite, le pied gauche reposant à plat sur le sol; le tronc s'incline alors en avant, passant par un mouvement de balancier de droite à gauche (tîg. 39 et 40) ; on déplace ainsi le centre de gravité sur deux plans différents : un plan postéro-antérieur, un plan latéral alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, selon que le pied droit ou le pied gauche

fPhot. du D'- Paul Seiupé.)

Fig. 39. — Ascension de côte en montagne. Marche en flexion en avant (cote de 35 p. 100).

Extension de la jambe gauche en arrière et du tronc en avant, flexion de la jambe droite. Poids du corps projeté de gauche à droite sur la jambe droite en flexion. Ce poids sert à soulever, par action opposée, le poids de la jambe gauche. Le poids de la tète tendue en avant, de gauche à droite, vient s'ajouter au poids du segment droit du corps. Le plus grand effort porte sur les muscles de la région lombaire droite, qui servent à soulever la jambe gauche. Celle-ci, en se pliant, vient placer le pied sans efl'ort sur le plan incliné supérieur de la côte. Pieds placés à angle droit.

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attaque le sol par sa plante. La jambe droite, tendue à son tour en arrière, est soulevée par le poids du tronc porté sur la jambe gauche. Ainsi de suite.

En montagne, on monte avec son râble en balançant le tronc dans une série de plans latéraux et en portant toujours le centre de gravité du corps d'arrière en avant.

La descente se fait autrement (fig.41 , 42 et 43). Le principe est d'assurer la station verticale du tronc et surtout de ]a tête, afin d'éviter les chutes, et pour être toujours très maître de son corps.

Les chutes en avant avec la tête qui tombe la première sont toujours dangereuses. Il faut s'ingénier à tomber sur les fesses ou sur le dos. On a alors le temps de s'accrocher avec les mains, les bras aussitôt ouverts en croix, les jambes ouvertes le plus possible afm d'offrir la plus grande surface de frottement contre le sol et d'arrêter ainsi l'élan du départ, ce qui est très important, car, une fois l'élan donné, l'arrêt devient plus difficile. .

Le buste doit donc être toujours maintenu dans la position verticale, la tête bien fixée par ses muscles

Fig. 40. — Ascension de côle en montagne. Marche en flexion en avant {cote de 35 p. 100).

Extension de la jambe droite en arrière et du tronc en avant, flexion de la jambe gauche. Poids du corps projeté de droite à gauche sur la jambe gauctie en flexion ; ce poids sert à soulever, par une action opposée, le poids de la jambe droite. Le poids de la tête tendue en avant, de droite à gauche, vient s'ajouter au poids du segment gauche du corps. Le plus grand eiïort porte sur les muscles de la région lombaire gauche, qui servent à soulever la jambe droite. Celle-ci, en se pliant, vient placer le pied, sans effort, sur le plan incliné supérieur de la côte. Pieds placés à angle droit.

extenseurs, la colonne vertébrale également bien fixée en bloc. Les jambes légèrement entr'ouvertes en losange doivent supporter le poids du corps qui tombe et amoindrir les chocs de la chute dans les articulations du cou-de-pied, des genoux et du bassin.

Les pieds doivent attaquer le sol avec la plante ; les vibrations du choc commencent à être détruites dans les articulations des massifs

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du métatarse et du tarse; elles le sont dans les angles formés par Tarticulation du cou-de-pied, par celle du genou et enfin par celle du bassin.

Si, dans la montée, la fatigue se localise dans les muscles dorsolombaires et surtout dans le massif lombaire, dans la descente la

fatigue se localise dans le quadriceps fémoral et surtout dans les tendons de la patte d'oie. C'est là que se produit la courbature.

En résumé, dans la descente, la tête doit être fixée dans le plan vertical du tronc ; les jambes doivent être légèrement entr'ouvertes en losange, les genoux portés en dehors et les talons en dedans. Ce système de sustentation sur ressort articulaire, en évitant les chocs, assure la station verticale du tronc; les bras doivent être placés le long du corps, tombant normalement.

J'ai parlé de la marche en montagne ; pour l'escalade, il en est autrement. Le corps s'adapte au terrain. Ici il n'y a pas de règle générale de marche à indiquer, puisqu'il s'agit de grimper. Il faut se confier au guide qu'on a choisi et obéir à toutes ses recom-

(Phot. du Dr Paul Sempé.)

Fig. 41. — Descente de côte eu montagne. Marche en flexion vue de face (cote de 35 p. 100). Jambes fléchies en losange ouvert, buste droit, perpendiculairement à l'horizontale, pieds en équerre. L'attitude de cette photographie a été intentionnellement amplifiée pour mieux faire comprendre l'importance de la flexion des jambes dans la descente d'une côte rapide. Le choc des vibrations est brisé dans les articulations du coude-pied, du genou et du bassin.

mandations.

La montagne est le meilleur des agrès de gymnastique en plein air; elle met tous les muscles du corps en action, parce qu'elle provoque à chaque instant des attitudes d'équilibre dans lesquelles toutes les articulations entrent en fonction directes ou synergiques. C'est pourquoi on ne saurait trop conseiller l'alpinisme. La montagne est la grande éducatricede la volonté ; elle donne l'esprit d'observation, la maîtrise de soi-même ; elle est une excellente école de patience.

Au point de vue physiologique, l'hématose y est plus large et plus

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profonde; le pouvoir de nutrition est augmenté par le travail plus grand des muscles et surtout par l'automassage gastro-intestinal, dans Faction alternative et synergique du psoas iliaque, des muscles de la ceinture musculaire abdominale et du diaphragme. Les éructations sont fréquentes à la montée et à la descente, dans lesquelles les intestins et l'estomac sont massés automatiquement par les muscles que je viens de citer.

La constipation est combattue par l'automassage du rectum, de l'S iliaque et du côlon descendant à l'aide du psoas iliaque gauche.

La marche en montagne peut être ordonnée aux deux sexes et à tout âge, à condition que le cœur et les poumons fonctionnent normalement.

La thérapeutique peut utiliser la montagne non seulement par la marche, mais surtout par le campement. Le campement permet de séjourner plusieurs jours en plein air, sous la tente, comme abri pour la nuit. On peut ainsi partir en caravane ou seul, avec un guide, changer de lieux tous les jours ou partir du campement ^ouv des excursions et des ascensions voisines. Outre le côté thérapeutique, le campement est plein d'imprévu et de poésie.

Il constitue un des éléments les plus heureux de la cure de terrain.

Les difïérences dépression et d'altitude doivent être envisagées dans la cure de terrain en montagne. La cure de terrain donne de bons résultats ; elle doit être appliquée par un spécialiste compétent, car, conseiller simplement la montagne à un cardiaque ou même à un artérioscléreux sans application posologique du mouvement et sans indication d'altitude, c'est ordonner un remède à effets violents et dangereux. 11 faut le manier avec beaucoup de prudence.

(Phol. du Dr Piiul Seiupe.)

Fig. 42. — Descente de côte en montagne. Marche en extension sur les talons (cote de 35 p. 100).

Les jambes sont tendues, le choc porte sur les talons au lieu de porter sur les genoux et le bassin en arrière comme dans la marche en flexion. Il se répercute à la tète, d'où ébranlement et fatigue du système nerveux central. Mauvaise attitude à ne pas adopter.

PH. TISSIÉ. — JEUX ETiSPORTS.

Le vertige dans Fascension en montagne paraît être une manifestation du subconscient. Il ne faut pas confondre le vertige avec la peur. La peur agit sur certains réflexes ;[le vertige, diaprés de grands alpinistes, serait dû à un effet de fatigue physique ou psychique.

La première manifestation du vertige serait localisée à l'articulation du cou-de-pied, qui deviendrait molle.

En cas de vertige, il faut aussitôt fermer les yeux et attendre. Par la volonté, on peut dominer l'émotion et la peur qui fatigue (1), C'est en cela que la montagne est la grande éducatrice.

Si, dans la marche en montagne, la fatigue se localise aux lombes à la montée ; aux tendons de la patte d'oie, à la descente; dans la marche en plaine, la fatigue se localise aux épaules et fort peu aux jambes. Cette fatigue est due au rythme synchronique du pas sur un plan toujours horizontal et par sa répétition uniforme. La projection de la tête en avant agit sur les muscles cervico-dorsaux (trapèze, splénius, peaucier, etc.). Le travail et la fatigue de la puissance musculaire cervico-dorsale est en raison directe de la somme de la résistance du poids de la tête, dans sa chute en avant. Les marcheurs possédant an long cou se fatiguent plus aux épaules que les marcheurs à cou court, la tige du levier étant plus courte. Le port du sac militaire augmente cette fatigue par Faction des bretelles.

Dans l'entraînement de la marche en plaine et en montagne, il faut toujours progresser de moins à plus. 11 ne faut jamais partir vite,

(1) D"" Ph. Tissik, La fatigue et rentrainement physique, 3« édit., Paris, 1908.

(Fhot. du Dr Paul Sempé.)

Fi-.

t3. — Descente d'un plan très incliné en montagne {cote de 61 p. 100).

Jambes alternativement tendues et très fléchies. Appui sur les talons et sur le bâton ferré, par la pression d'un bras. Le bâton doit être toujours appliqué au sol en arrière du centre de gravité du corps et jamais en avant ; il sert ainsi de crampon pour retenir dans la chute du corps en avant.

Le bâton de ces photographies est défectueux. Le bout le plus gros doit être ferré ; ici, c'est le bout le plus mince. Ces bâtons sont mauvais, parce que leur point d'appui, étant moins résistant, peut manquer tout à coup par rupture.

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il faut marcher lentement au début et conserver tous ses moyens pour la lin de la marche. Dans les longues épreuves, le plus grand effort doit pouvoir être fourni à la fin de la journée. Quand on reprend la marche après le repas de midi, il faut marcher plus lentement qu'au début du matin ; puis progressivement, quand la digestion stomacale est terminée, on doit accélérer progressivement Fallure. On n'a alors que le plaisir d^agir, car l'économie est soutenue par la nourriture prise et bien digérée.

La marche est un des meilleurs exercices sportifs qui existent, à la condition de ne pas le faire dégénérer en concours violents. 11 y a quelques années, un journal du matin organisa une grande marche, dite Idi Marche de l'Armée. Cette épreuve groupa près de deux mille concurrents militaires pris dans les divers régiments de France. Les résultats en furent désastreux, ainsi que je l'ai établi (1). J'ai pu, à ce sujet, observer sept soldats du 18° régiment d'infanterie, à Pau, qui s'entraînaient en vue du concours. La sélection avait porté sur cent hommes volontaires venant de toutes les compagnies, puis sur vingt hommes. Unè première marche d'épreuve de 40 kilomètres dégagea quatre hommes supérieurs ; ils furent désignés comme concurrents. Restait à pourvoir aux huit autres, dont deux remplaçants. Ceux-ci furent pris dans la moyenne. Cette moyenne, qui s'était fatiguée dans la première épreuve, se fatigua davantage dans la seconde. Voici les observations que j'ai prises, après la seconde marche d'essai de 50 kilomètres fournie à Pau, en six heures vingt-neuf minutes (de cinq heures à onze heures du matin), avec une température de SO*' à l'ombre et de 52^^ au soleil, à partir de dix heures du matin.

La fatigue s'accuse par une diminution dans la force de traction lombaire et dans la force de pression manuelle dynamométrique. Le pouls est faible et déprimé; la température sublinguale atteint jusqu'à 39°, 9 ; la capacité pulmonaire est diminuée de 200 à 700 centimètres cubes, ce qui indique une congestion des poumons ; le réflexe rotulien est aboli chez tous les concurrents; le poids a diminué jusqu'à 10 kilogrammes en quelques jours.

Je conseillai le repos relatif pendant les huit jours qui précédèrent le concours à Paris, avec suralimentation surtout azotée.

On connaît les résultats de ce grand concours. Ils furent mortels.

Le 20 mai 1904, à deux heures et demie de l'après-midi, àl'ambulance de la Galerie des Machines, 800 concurrents environ étaient arrivés; sur ces 800 hommes, on en comptait à peu près 500 fourbus, étendus sur la paille; sur ces 500, la moitié étaient incapables de mouvements;

(1) D"" Pli. TissiÉ, Réflexions sur la « Marche de l'Armée », in Revue des jeux scolaires, Pau, 1904, p. 48.

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sur ces 250, plus de 70 malades furent évacués dans les hôpitaux, et sur ces 70 hommes, on comptait 1 mort, un caporal emporté par une congestion pulmonaire; un cas très sérieux, six cas graves et une trentaine de perclus assez fortement atteints. Et pourtant cette marche avait groupé l'élite sélectionnée de l'armée. Une grosse erreur physiologique fut commise. On peut admettre qu'au moins en France, pour 2 000 soldats appelés à concourir, 4 000 avaient subi au régiment un entraînement intensif, ainsi que je l'ai constaté à Pau. Soient 4000 cœurs mis en fonction aiguë pendant plusieurs semaines avec les conséquences pathologiques sournoises et lointaines sur la fibre musculaire de ces cœurs forcés. Tout le monde a cru bien faire, et tout le monde s'est trompé par défaut de méthode. La confusion des pouvoirs conduit à l'anarchie. En éducation physique, l'anarchie conduit trop souvent au hluff, au surmenage et à la mort (1). On ne doit pas fréquenter la science en commis voyageur réclamiste.

J'ai également observé cinq guides dans une marche forcée en montagne, à Cauterets, portant sur 58 kilomètres avec une ascension verticale de 2 373 mètres, de l'esplanade des Œufs (altitude 925 mètres) au sommet du Grand Vignemale (altitude 3298 mètres) (2).

La perte du poids varia entre 4 kilogrammes et 4''8,500, la température rectale s'éleva de 38°, 6 à 40°; la capacité respiratoire diminua de 0',150 à li,350. La tension sanguine diminua de 20 millimètres à 50 millimètres. L'hypertension nerveuse se révéla par l'abolition presque constante des réflexes rotuliens ; le spasme des réflexes des vaso-moteurs ; le tremblement fibrillaire des muscles. L'autophagie se révéla par la destruction d'un grand nombre d'hématies; la

(1) La Marche de V Armée a été une erreur sportive, éducative, patriotique et surtout physiologique. « J'estime, dit M. Demeny, ex-préparateur de Marey, professeur de physiologie appliquée à l'Ecole normale de gymnastique militaire de Joinville-le-Pont, dirigeant scientifique de l'éducation physique à V Union des Sociétés de gymnastique de France, que tout ce que l'on fera pour appeler l'attention sur la nécessité d'apprendre à bien marcher sera oeuvre utile. C'est pour cela que j'applaudis à la pensée que le Matin a eue d'organiser un concours de marche (*). » — « Je tiens à vous exprimer au nom des gymnastes français mes chaudes et reconnaissantes félicitations pour le succès de votre marche et pour la fécondité certaine de vos efforts patriotiques, » disait par dépèche au Matin le président de l'Union des Sociétés de gymnastique de France, iM. Ch. Cazalet, négociant (**), à l'heure même où le caporal Raconnet, surmené, mourait de congestion pulmonaire.

La marche n'est pas ignorée dans l'armée, les grandes manœuvres prouvent suffisamment que le troupier français est un excellent marcheur, très résistant. Et alors, puisqu'il sait marcher, pourquoi vouloir lui apprendre à marcher ?

Une erreur physiologique a donc été commise.

(2) D"" Philippe Tissié (de Pau) et Alfred Blumeinthal (de Bruxelles), Contribution à l'étude de la fatigue dans la course en montagne {Académie de médecine, juin 1907, et Archives de physiologie normale et pathologique, 13 mars 1908).

(*) Lavis d'un savant (le Matin du 20 mai 1904). (**) Un télégramme (Je Matin du 30 mai 1904).

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diminution du taux de l'hémoglobine qui fut détruite dans le plasma; l'intoxication due aux produits de déchets se révéla par l'afflux d'un nombre considérable de leucocytes polynucléaires ; l'intensité de la polynucléose fut en raison directe de l'augmentation du nombre des leucocytes.

Autant la marche est un exercice salutaire quand elle est pratiquée rationnellement, autant elle peut devenir une cause de surmenage, d'auto-intoxication et de congestions diverses quand elle donne lieu à des concours violents.

Sous prétexte d'entraîner la jeunesse au service militaire, on lance sur la route, des jeunes gens à poitrines aplaties. On surmène ainsi des cœurs, on congestionne des poumons ; les cas de mort ne sont pas rares par forçage du cœur. On ne doit donc jamais autoriser un jeune homme à poitrine étroite à se livrer à des concours de marche tels que par exemple les concours dits (( tours de ville ».

Avant tout, il faut libérer le cœur et les poumons en développant la cage thoracique par la gymnastique respiratoire suédoise.

Le costume pour là marche et pour l'alpinisme doit être ample. La chemise de flanelle ou le maillot de laine à larges mailles laissant circuler l'air sont tout indiqués. L'abdomen ne doit pas être comprimé par une ceinture. Un châle ou une pèlerine en laine, le tout très léger, serviront à se couvrir aux arrêts. Le mouchoir de poche posé sur la tête, sous la coiffure, chapeau mou ou béret, servira de couvre-nuque. Il est bon de le mouiller quand on marche avec la chaleur. L'évaporation de l'eau entretient la fraîcheur autour de la tête et de la nuque. On doit porter dans son sac d'alpiniste (le sac tyrolien de préférence) un maillot de flanelle de rechange. La chaussure joue le rôle le plus important dans la marche. Il faut qu'elle soit large et bien adaptée aux pieds ; les semelles doivent être fortes, débordantes ; le cuir doit être souple et imperméable. Dans l'alpinisme, les clous doivent être solidement fixés. Les pieds doivent être chaussés de bas ou de chaussettes de laine très épaisse. On évite ainsi les ampoules. Celles-ci doivent être piquées avec une aiguille passée à la flamme d'alcool. Le liquide étant évacué, la peau revient sur ellemême, formant ainsi un pansement naturel. On peut placer un petit tampon d'ouate sur l'ampoule ainsi vidée. La question du transport des tentes du campement est très importante ; on trouve difficilement des porteurs, ou il faut les payer cher en montagne. Aussi allège-t-on ses bagages, autant que possible. Quelques pyrénéistes ont adopté un système de couverture formé d'un sac fait en peau de mouton, la laine placée en dedans : c'est comme un long doigt de gant fourré dans lec[uel on glisse tout son corps. Un capuchon

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également fourré se rabat sur la tète. On peut ainsi s'endormir sous un rocher et, le matin venu, plier sa couchette, rempaqueter, la mettre sur son dos et repartir. Ce sac dit « sac Russell », du nom de son inventeur, le comte Henry Russell, pèse 3 kilogrammes.

L'homme est fait pour marcher; il ne court qu'accidentellement. Sa structure anatomique et l'élasticité de sa cage thoracique ne lui permettent pas de progresser autrement que par la marche. L'essoufflement arrive rapidement dans la course ; le cœur et les poumons fonctionnent intensivement. « On court avec ses poumons, on galope avec son cœur. » S'il était permis au champ d'épandage pulmonaire d'élargir sa surface en raison de la quantité du sang qu'y projette le cœur droit dans la course vive, il est probable que l'essoufflement n'aurait pas lieu, car, entre les deux vases communiquants constitués par le ventricule droit et les poumons, la pression serait équilibrée ; la nappe sanguine pulmonaire s'écoulerait normalement, et l'hématose serait assurée. Mais il en est autrement : les poumons sont enfermés dans une cage thoracique à élasticité relative, d'où compression mécanique et pression sanguine. Le cœur droit travaille d'autant plus que la circulation de retour est plus active et que les poumons ne peuvent se dégager rapidement par la circulation d'aller aboutissant à l'oreille gauche.

La course peut donc provoquer des désordres graves du côté du cœur et des poumons chez les sujets à cage thoracique peu développée ou aplatie.

11 faut, avant tout, libérer les poumons et le cœur; cela fait, on peut permettre la course, mais à condition de la régler d'après l'état de ces deux organes.

Dans les courses, il faut considérer les épreuves de vitesse intensive et les épreuves de fond. Les courses de vitesse se pratiquent sur une distance de 100 mètres. Le coureur donne le maximum d'effort; la durée de la course est brève; elle varie entre dix et onze secondes environ pour les bons coureurs, et douze à treize secondes pour les coureurs de force moyenne (1).

(1) Voici les vitesses des très bons coureurs :

Courses.

100 mètres

parcourus en 10"

(10 mètres par seconde).

S04'",50 (1/2) mille) 1 609 — (le mille) 16 090 — (10 milles)

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