FOOT-BALL
Le foot-ball est l'image de la lutte pour la vie ; c'est l'image du combat, par les deux camps opposés qui recherchent la primauté. Au point de vue physiologique, le foot-ball comprenant les courses, les sauts, la lutte meten jeu toutes les parties du corps, c'est un exercice respiratoire au premier chef, parce qu'il se pratique en plein air et en hiver. Il aguerrit donc la peau et les bronches ; il facilite l'élargissement des poitrines. Au point de vue psychique, le foot-ball réclame une grande attention, beaucoup de décision, d'audace, de ruse et de volonté. Savoir supporter un choc quelquefois violent, se relever et continuer la lutte pour défendre les couleurs de l'équipe, c'est mettre la volonté, le caractère, le jugement, l'intelligence en fonction. Au poipt de vue social, la devise est : <( Un pour tous, tous pour un. » Chaque équipier fait abnégation de sa personnalité égoïste en faveur de la personnalité collective de l'équipe, c'est-à-dire de la ville ou de la nation que cette équipe représente sur la pelouse. Au point de vue de la stratégie du combat et de la formation de l'homme en vue du service militaire, le foot-ball permet aux caractères de se révéler, aux tempéraments des chefs de s'affirmer. Le foot-ball est l'école de l'obéissance dans la libre initiative. Il répond au tempérament de notre race ; c'est pourquoi il est adopté à l'heure actuelle par la jeunesse française.
La grande erreur des introducteurs du foot-ball en France a été d'imposer à des adolescents des règles établies pour des adultes. La Ligne girondine de Véducation physique a atténué le foot-ball en faveur des adolescents, élèves des écoles, des collèges et des lycées ; elle le désigne sous le nom de bavette. L'émulation est grande, aussi la nécessité d'un bon arbitre s'impose dans toute partie ; celui-ci empêche les accidents que la fougue des joueurs peut provoquer. Dans ce duel entre deux équipes de quinze joueurs par camp, l'arbitre veille aux mauvais coups, d'ailleurs défendus par les règlements.
Les accidents sont d'ordre locomoteur : les plus fréquents sont des crampes musculaires aux mollets et à la cuisse; les crampes des mollets surviennent généralement quand les bas ou les chaussettes sont maintenus par une jarretière qui serre trop la jambe, ralentissant ainsi la circulation de retour. Après les crampes, viennent les coups de fouet et les tractions des ligaments à leur point d'insertion articulaire, les foulures et les entorses, l'inhibition par choc.
Les luxations et les fractures sont plus rares. Elles n'arrivent généralement que chez les joueurs qui débutent ou chez les adultes professionnels qui jouent avec brutalité. Ces accidents sont assez fréquents en Amérique; ils le sont moins en Angleterre; ils sont très rares en France, où l'aménité de la race se révèle dans le
PH. TISSIÊ. — JEUX ET SPORTS
jeu. Dis-moi comment tu joues, je te dirai comment tu penses.
Les fractures les plus fréquentes sont celles de la clavicule par chute sur un bras, celles du radius à sa partie inférieure par chute sur la main. Les fractures du péroné sont rares, de même que celles du tibia et du fémur : les luxations de l'épaule, du coude et de la hanche dépenrlent de la façon de tomber. Les fractures des côtes sont rares. 11 y a eu des cas de mort à la suite de luxation de larticulation occipito-atloïdienne dans les mellées de ce jeu. Tous les sports ont leur danger ; ceux du foot-ball sont moins grands que ceux de l'équitation, par exemple, et même de Fescrime.
Le foot-ball est la manifestation sportive athlétique du jeu enfantin de la poursuite. Dans le premier âge, les enfants courent les uns après les autres, cherchant à s'attraper mutuellement, c'est la poursuite libre, individuelle, égoïste. Plus tard, vers l'âge de neuf à dix ans, l'enfant ayant évolué mentalement ressent le besoin de régler cette poursuite; un petit groupement se forme, c'est l'ébauche de la lutte collective, et le jeu des barrées est institué. Deux camps vont lutter avec quelques règles simples.
Quelques années plus tard, vers douze à treize ans, l'adolescent éprouve le besoin de donner plus d'intensité à son action ; un ballon est lancé entre les deux camps, avec des règles plus serrées.
Enfin l'adulte se spécialise dans ce jeu; il en faitun sport auquel il demande le maximum d'actioQ et d'émotion, c'est le foot-ball.
Ainsi le foot-ball est l'évolution ultime de la poursuite ou jeu éducatifs des barres ou jeu intensif, et de la barette {fooi-hall atténué) ou exercice sportif.
Le foot-ball est le meilleur des agents de lutte, au moins en France, contre l'alcoolisme.
Les jeunes gens savent par expérience que l'alcool leur casse les jambes; aussi n'en boivent-ils pas, afin de mieux jouer et de mieux vaincre leurs partenaires. Dans le repos obligatoire de dix minutes entre les mi-temps de quarante minutes chaque, les joueurs sucent des citrons, mais ne boivent pas. A ce titre, le football doit être encouragé, à la condition expresse de ne pas l'imposer à Tenfant ou à l'adolescent, mais de les y préparer en développant r ationnellement leur poitrine par la gymnastique éducative respiratoire.
Ce jeu ne peut être pratiqué que par les hommes, par les adolescents bien entraînés ; il est trop violent pour les enfants. D'ailleurs ceux-ci n'y portent pas le degré d'attention nécessaire.
Le foot-ball comprend le rugby et V association ; les règles du jeu sont (lifTérentes. Celles du rugby sont plus dures que celles de