GYMNASTIQUE AUX AGRÈS
sont mauvais et doivent être supprimés au point de vue éducatif, hygiénique et surtout thérapeutique.
Si on demande à un médecin quels sont les exercices de gymnastique qu'il faut pratiquer pour redresser la colonne' vertébrale et pour développer la cage thoracique, il y a beaucoup de chance pour qu'il réponde aussitôt : faites des anneaux, de la barre fixe, des barres parallèles, du trapèze, etc. En cela il fait erreur; il ordonne tout simplement un exercice athlétique à poids lourds et qui mieux est, un exercice exécuté au-dessus du point d'appui normal des pieds sur le sol et pratiqué en l'air avec attraction de tout le corps vers le centre de la terre, le point d'appui étant pris sur les mains au lieu d'être pris sur les pieds, comme pour les poids lourds. Ainsi le médecin ordonne du sport incohérent, antiphysiologique et non de la gymnastique raisonnée. L'homme n'est pas fait pour vivre dans les arbres, il ne possède pas, comme le singe, quatre mains et une queue., cinquième main pour s'accrocher en l'air. Sa station est bipède. La gymnastique aux agrès de suspension est une gymnastique de singe, c'est du sport aérien à poids lourds. A ce titre elle ne peut être conseillée au point de vue éducatif, hygiénique ou thérapeutique (1).
Prenons par exemple l'exercice aux anneaux (fig. 65), et comparons-le à l'exercice aux poids lourds (tig. 64). Le point d'appui du corps soulevé au-dessus du sol est pris sur les mains; celles-ci prennent le point d'appui sur les avant-bras; ceux-ci sur les bras, et les bras sur les épaules, c'est-à-dire sur la partie thoracique où les muscles élévateurs des bras prennent leur point d'appui fixe. Or ce point d'appui, dans le soulèvement du corps par les bras, est déplacé ; il est porté à l'humérus, mais le deltoïde et ses muscles auxiliaires immobilisent la cage thoracique afin de prendre le point d'appui nécessaire à son soulèvement. Nous nous trouvons donc en présence d'un exercice de poids lourd, puisque le poids du corps entre en lutte avec la contraction musculaire. Cette lutte s'établit au-dessus du sol, c'est-à-dire au-dessus du point d'appui pris normalement par les pieds. D'autre part, dans la suspension par les mains, le corps ne tombe pas verticalement; il s'infléchit en avant, la colonne vertébrale n'étant pas fixée dans le plan vertical par un appui rigide. Chaque vertèbre prend la position que lui permettent de prendre ses ligaments et les muscles. 11 n'en est pas ainsi en Suède, où le corps suspendu est étalonné contre un mur, à l'espalier (fig. 1) ; la colonne vertébrale est forcée de prendre une attitude verticale; alors seulement son redressement est com-
(1) D"" Ph. TissiÉ, La fatigue et rentraînement physique (Chapitre : De la méthode en gymnastique), Paris, 3« édition, 1908.
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plet. Le redressement rationnel ne peut se faire à l'aide du trapèze, des anneaux, de la barre fixe, etc.
Circonstance aggravante, cette gymnastique des poids lourds est appliquée à Fenfance et à l'adolescence sans s'inquiéter tout d'abord de leur pouvoir musculaire vis-à-vis de l'antagonisme de leur corps à l'égard de l'attraction terrestre.
Aussi toutes les attitudes de compensation sont-elles prises par l'exécutant; il utilise le poids même de son corps par le déplacement de son centre de gravité placé à la onzième vertèbre dorsale, en faveur du mouvement à produire. Instinctivement, l'exécutant s'ingénie à vaincre la difficulté de diverses façons; c'est ainsi qu'il utilise le balancement; car celui-ci, une fois obtenu, déplace plus facilement le poids par la vitesse acquise autour de la barre mobile du trapèze, autour des anneaux mobiles, de la barre fixe, ou des barres parallèles. Il truque.
Un coup de rein donné au moment voulu porte le poids du corps dans telle ou telle direction par le déplacement de son centre de gravité. Le point d'appui étant pris sur les mains, celles-ci ont une tendance à se placer le plus possible dans le plan médian et vertical de Taxe du corps, au niveau de la onzième vertèbre dorsale. Cette flexion est imposée par le grand pectoral, dont le point d'appui thoracique ramène les bras en dedans, et par le petit pectoral, qui fait basculer l'omoplate de haut en bas, d'avant en arrière et de dedans en dehors par sa traction sur l'apophyse coracoïde, quand le point d'appui est pris sur le thorax.
Ainsi se voûtent les épaules avec attirance des moignons en avant et en dedans, et projection par bascule de l'angle inférieur des omoplates.
La silhouette d'un gymnaste aux agrès allemands est tourmentée; elle est surtout voûtée en avant.
Nous constatons, d'autre part, qu'ainsi que pour les poids lourds l'agrès établit la sélection. Seuls les gymnastes de taille peu élevée et trapus, aux bras et aux jambes courtes, peuvent continuer à s'entraîner aux agrès de suspension. Ils répondent au principe de mécanique qui veut que ce qu'on gagne en vitesse soit perdu en force, et vice versa, que ce qu'on gagne en force soit perdu en vitesse ou en amplitude. Les roues des locomotives des trains de marchandises devant produire de la force et non de la vitesse sont basses ; les roues des locomotives des trains rapides sont élevées, parce qu'elles doivent fournir de la vitesse. La vitesse et la force ne peuvent s'obtenir en même temps que par un travail plus grand de la chaufferie. Il en est de même pour la machine humaine. La fatigue est plus grande
Fig. 65. — Gymnastique aux agrès de suspension. Dans la gymnastique aux agrès de suspension au-dessus du sol, le poids lourd n'est plusplacé à l'extrémité des bras, mais dans le plan vertical même du corps. Le système du levier est le même, il est interpuissant ; le point d'appui seul a changé de place. Dans les poid& lourds, il est placé aux pieds, reposant sur le sol ; dans la gymnastique aux agrès comme par exemple avec les anneaux (fig. 65), le trapèze, les barres parallèles, la barre fixe, il est placé aux mains; mais la puissance est toujours située dans le bloc articulaire scapulo-brachial,. comme dans les poids lourds : en dehors de la résistance. La résistance n'est plus au bout des bras, elle est dans le poids même du corps suspendu en l'air et attiré vers le centre de la terre dans le sens des flèches RR. Ce poids est fixe, puisque c'est celui du corps. 11 est également antagoniste du diaphragme, parce qu'il resserre sa périphérie dans le sens des flèches (10). La force opposée à la chute du corps, de haut en bas, est située sur le point d'appui A dans la direction des flèches (H) de bas en haut. L'équilibre s'établit pendant un temps plus ou moins long d'après la valeur dynamique des muscles du massif scapulo-brachial, 1, 2, 3, 4, 5, 6, qui ont à supporter le poids du corps ; mais il est rompu en faveur de l'attraction terrestre, d'autant plus rapidement que le poids du corps est plus lourd, car, si on peut graduer la; résistance, c'est-à-dire l'effort, avec les poids lourds ou légers, on ne peut la graduer avec le poids du corps qu'il faut subir en entier. De même que pour les poids lourds, l'agrès de suspension établit une sélection en sa faveur. Il élimine les gymnastes de taille élevée, il ne conserve que les gymnastes de petite taille pouvant fournir de la force, mais pas de grande amplitude des mouvements. Comme avec les poids lourds , la cage thoracique est transformée en manchon à air comprimé pour le soulèvement du poids lourd du corps, au moyen des deux mors formés par la pince scapulo-claviculaire {Votj. la fig. 64 pour la légende).
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chez les gymnastes de taille élevée, qui doivent produire à la fois de l'amplitude et du poids, que chez les gymnastes de petite taille, où la vitesse, c'est-à-dire l'amplitude du mouvement, est restreinte à la longueur de leurs bras de leviers courts.
La gymnastique aux agrès de suspension congestionne les épiphyses osseuses ; elle provoque plus rapidement l'ossification du tissu cartilagineux. L'agrès crée un type particulier de gymnaste. Il enraie l'évolution de la stature chez les enfants et. chez les adolescents qui s'y adonnent. La fonction crée l'organe.
Ce sport athlétique impose la fixation de l'abdomen par une ceinture munie d'un anneau pour soutenir le gymnaste; la ceinture supprime le libre jeu du diaphragme à la région sus-ombilicale. Loin de fixer les intestins, elle les refoule dans la région sous-ombilicale. Cette région doit être immobilisée; la région sus-ombilicale doit être laissée libre. Dans l'inspiration, quand les cinq vertèbres lombaires ont été préalablement fixées par la contraction des muscles du massif lombaire, extenseur de la colonne vertébrale, et que le muscle grand droit de fabdomen a été contracté, la région sus-ombilicale joue légèrement sous la poussée de la voûte diaphragmatique, qui, en s'abaissant, refoule en avant l'estomac et le foie. La ceinture est dans ce cas un mauvais antagoniste du diaphragme. D'autre part, elle facilite la paresse des muscles de la sangle abdominale. Ceux-ci se reposent dynamiquement, étant soutenus statiquement par la ceinture.
La gymnastique éducative consiste à réduire le périmètre abdominal afin de mieux développer le périmètre thoracique. Le périmètre abdominal ne peut être réduit que par l'entraînement des muscles de la ceinture abdominale. Ceux-ci acquièrent ainsi une tonicité plus grande par le travail localisé à chaque groupe de la sangle musculaire : grand droit de l'abdomen, tranverse, carré des lombes, grand dorsal, grands et petits obliques, fonctionnant dans leurs plans entre-croisés, vertical, horizontal, transversal, oblique. Les Suédois n'utilisent pas la ceinture de gymnastique, et en cela ils ont raison.
Ce que je viens de dire suffit à établir que la gymnastique aux agrès de suspension : trapèze, anneaux, barre fixe, barres parallèles, etc., ne peut entrer dans un programme rationnel éducatif, pédagogique, esthétique, hygiénique et thérapeutique.
Cette gymnastique des poids lourds (le poids du corps de l'enfant ou de l'homme peut vai'ier entre 30 et 120 kilogrammes) appartient au sport aérien aux poids lourds, dans lequel les conditions statiques du corps vis-à-vis de l'attraction terrestre sont très dures