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ANTHRAX

dans la poire aspiratrice. Cette manière de faire est infiniment moins douloureuse que la pression que l'on a coutume d'exercer avec les doigts, après avoir incisé les furoncles. Suivant l'âge du furoncle, le bourbillon sort à cette première séance ou à la suivante. Dans l'intervalle des séances, on recouvre le furoncle avec une petite compresse imbibée d'alcool boriquéet d'un peu de ouate. En général, à la séance suivante, la petite plaie de la ponction faite au bistouri est fermée par une petite croûte qui obture le cratère ; il suffit de soulever cette petite croûte avec un stylet ou une pointe de ciseaux; puis on applique la ventouse, qu'on laisse comme d'habitude cinq à six minutes, pour l'enlever ensuite et la réappliquer plusieurs fois pendant toute la séance. Après chaque application, il faut avoir soin de laver dans de l'eau chaude le verre de la ventouse, après l'avoir débarrassée du pus qu'elle contenait. Dans certains furoncles phlegmoneux, l'application de la ventouse est douloureuse. Dans ce cas, il ne faut pas insister, mais avoir recours à la bande électrique pendant une séance, quand cela est possible, ou, quand l'application de la bande n'est pas possible, comme par exemple sur le dos ou sur l'abdomen, on doit employer une très large ventouse, comme celle dont on se sert pour les abcès du sein. 11 est rare qu'un furoncle ainsi traité reste douloureux plus de deux ou trois jours. Le sixième jour environ, il n'y a plus de suppuration, la peau est violacée, indolente, et l'aspiration ne fait sourdre par le cratère qu'une goutte ou deux de sérosité. En moyenne, la guérison complète est obtenue du huitième au dixième jour.

Les anthrax guérissent de la même façon et dans le même laps de temps. Les ventouses employées sont plus grandes. Au lieu d'une simple ponction au bistouri, il peut être nécessaire d'en faire deux ou trois dans les points où l'on voit saillir les bourbillons.

L'acné est rapidement modifiée par l'application d'une ventouse. Dans un cas d'acné rosacée de la pommette, le traitement par les ventouses fut suivi de guérison.

Toutes les inoculations de la peau sont susceptibles d'être traitées par la même méthode. Nous en avons fait l'expérience sur nousmême pour une foUiculite d'inoculation. La guérison fut obtenue en vingt-quatre heures.

Certaines piqûres de vipères et d'insectes infectées ont été guéries par des applications de ventouses ( Klapp). Nous-mêmc, et depuis d'autres chirurgiens, avons eu un succès dans un cas de piqûre de vipère très grave, de sorte qu'aujourd'hui on a, dans l'application des ventouses de Bier, un procédé simple et commode, à la portée

DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER

de tout le monde, pour soigner les piqûres de vipère et les piqûres d'insectes.

2° Affections du tissu cellulaire et des lymphatiques.

— Tous les abcès chauds devront être traités par la méthode hyperhémique, car toujours le malade en tirera un grand profil : cessation rapide de la douleur, absence de toutes les complications habituelles et surtout une guérison plus rapide et plus certaine. L'abcès chaud devra être traité de la façon suivante : la peau sera bien lavée et nettoyée à Falcool, puis, si le pus est collecté, on fera une ponction au bistouri de 1 à 2 centimètres, et on appliquera sur l'abcès une ventouse qui devra être assez grande pour dépasser les limites de la zone enflammée. La ventouse sera laissée en place pendant six minutes environ, puis on l'enlèvera pour la nettoyer et pour laisser la peau se reposer; on la replacera ensuite pour six minutes encore et ainsi de suite pendant une heure, matin et soir. 11 est inutile de drainer un abcès ainsi traité ; il suffira, la plupart du temps, d'écarter les lèvres de la petite plaie avant de renouveler le traitement. La douleur sera calmée dès la première séance et, dès la seconde, on ne trouvera presque plus de pus. La région de l'abcès sera devenue presque indolente. Quelquefois, au bout de deux ou trois jours, l'abcès paraît guéri, mais il est plus prudent de continuer encore les applications de ventouses, car il nous est arrivé de voir, chez des malades qui avaient cessé trop tôt le traitement, une nouvelle culture se faire et un deuxième abcès en être la conséquence. 11 faut en moyenne dix à douze jours pour qu'un abcès guérisse.

Pour les abcès des membres, nous nous sommes également bien trouvé de l'emploi de la bande, et nous avons même pu employer, dans quelques cas, les longues séances de vingt-deux heures par jour. Dans ces cas, on peut voir un vaste abcès lymphangitique guérir en trois ou quatre jours et souvent sans incisions.

Pour les abcès des gencives, on emploie une petite ventouse spéciale terminée par un petit tube en verre qu'on apphque sur la gencive; de même, pour les abcès rétro-pharyngiens et amygdaliens, il faut des ventouses spéciales qui puissent être introduites dans la bouche.

Certains abcès froids peuvent bénéficier de la méthode. On incise l'abcès et on applique une ventouse comme pour un abcès chaud. Il faut une ventouse avec un réservoir pour le pus, pour pouvoir laisser la ventouse assez longtemps et obtenir une hyperhémie suffisante. Au bout de quelques applications, on ne trouvera plus de pus, mais seulement une fistule qu'il faudra continuer à traiter de la même façon et qui guérira plus vite que par les moyens ordinaires.

LYMPHANGITES.

Les lymphangites aiguës, accompagnées d'un état général grave, devront être traitées de la manière suivante : après avoir fait baigner et avoir nettoyé la peau du malade, on cherchera quels sont les limites du mal, l'état des ganglions, Texistence ou l'absence d'abcès, et puis, à la racine du membre malade, on appliquera la bande autant que possible en parties saines. Si la lymphangite avait déjà gagné le tronc, il ne faudrait pas pour cela renoncer à la méthode, mais placer la bande aussi haut que possible à la racine du membre. Comme dans ces cas, la bande devra rester très longtemps en place, il sera bon de l'appliquer sur une mince couche d'ouate, ainsi que l'a recommandé dernièrement notre ami Tuffier. Pendant les premières minutes, le malade éprouvera quelques douleurs, et il faudra surveiller l'état de sa peau pour éviter la formation de phlyctènes audessous de la constriction. Quand on sera assuré que la bande est bien supportée, on la laissera pendant cinq à six heures pour commencer ; avant de la réappliquer, on examinera avec soin l'état de la peau, et, si elle ne présente pas d'excoriations ni de phlyctènes, on placera de nouveau la bande et on la laissera en place jusqu'au lendemain matin. Nous conseillons plutôt deux séances de onze heures qu'une seule séance de vingt-deux heures. On peut ainsi beaucoup mieux surveiller la peau. Quoi qu'il en soit, dès les premières heures d'application, le malade se sent soulagé; les traînées rouges qui existaient s'effacent, la peau prend une coloration violacée uniforme, la température tombe, les ganglions qui étaient douloureux deviennent indolents et, dès le troisième ou quatrième jour, la lymphangite paraît guérie. Comme pour les abcès chauds, il faut continuer le traitement, car on pourrait observer une autre poussée de lymphangite. Au bout de huit jours en général, la lymphangite sera guérie. Nous venons d'en observer une à l'hôpital qui a été guérie en trois jours. Bien entendu, s'il y a des abcès superficiels, il faudra les ponctionner au bistouri, et la . durée du traitement sera prolongée de quelques jours.

Vérysipèle serait également influencé heureusement par la méthode. Les avis sur ce point sont cependant partagés. Nous n'avons pas encore eu l'occasion d'essayer, mais nous n'hésiterons pas à le faire si nous avons à soigner un érysipèle sur un membre ou une partie du corps où la méthode puisse être appliquée. Nous sommes persuadé que nous pourrons enrayer, dans une certaine mesure, l'extension du mal, absolument comme nous avons pu le constater dans deux cas très graves de gangrène gazeuse.

En effet, chez deux malades atteints de gangrènes gazeuses graves après des traumatismes, nous avons pu empêcher la gangrène de

DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER

progresser pendant un certain temps ; nous l'avons ainsi localisée en quelque sorte sans augmenter les accidents infectieux. Ayant pu ainsi constater ce résultat, nous avons pratiqué chez ces deux malades l'amputation dans des limites bien plus restreintes que d'habitude, en ce sens que nous avons amputé dans des parties infiltrées de gaz. Après l'opération, nous avons continué les applications de la bande

Fig. 71. — Bande appliquée sur la cuisse amputée pour gangrène gazeuse.

au-dessous du moignon, et, dans les deux cas, nous avons obtenu deux guérisons par première intention (fig. 71).

Dans un cas de gangrène sénile par artérite, nous avons pratiqué une désarticulation du gros orteil gangrené juste aux limites de la gangrène, et, en faisant des applications de bande, nous avons obtenu une guérison avec une bonne cicatrice. Or, bien souvent, dans ces cas-là, la gangrène s'étend aux lambeaux, et, quand elle se limite, la cicatrisation ne se fait pas ou seulement très lentement.

Le panaris se traite avec une ventouse spéciale. C'est un petit appareil en verre muni d'un ajutage en caoutchouc et dans lequel on fait

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