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ABCÈS DU SEIN

1 OU 2 centimètres, et la stase agira comme dans les phlegmons ne présentant pas de pus collecté.

Le phlegmon chronique se traite parles séances d'une heure, répétées plusieurs fois par jour. Il faut au moins deux séances par vingtquatre heures, et trois et quatre séances vaudront mieux encore. Quand la bande est en place, nous conseillons au malade de faire agir ses doigts pour éviter les raideurs pendant la convalescence. Les mouvements seront d'abord assez pénibles et douloureux, mais, au bout de quelques minutes d'hyperhémie, la sensibilité disparaît peu à peu, et les mouvements, d'abord impossibles, peuvent se faire sans peine. 11 faudra surveiller l'état de la peau et voir s'il ne se forme pas de collection purulente afin de l'évacuer. La plupart du temps, on n'aura pas besoin de recourir au bistouri, et la guérison se fera seule et sans à-coups. Parfois le membre prendra un aspect œdématié et une teinte livide légère, mais l'amélioration commencée continuera, et peu à peu laguérison parfaite et complète sera obtenue. Ce qui frappe surtout dans le résultat définitif, c'est l'absence presque complète de raideurs, surtout si on a pris soin de faire remuer les doigts du malade pendant les séances. 11 faut en général quinze à vingt jours pour obtenir la guérison complète d'un phlegmon des gaines et de la paume de la main.

Nous avons dit que les incisions dans le phlegmon pouvaient n'être pas utiles, et de fait on les évitera souvent. Cependant il ne faudra pas hésiter à en pratiquer de petites chaque fois que le pus aura l'air de se collecter. Ces incisions devront pénétrer jusque dans le foyer purulent ; mais il sera utile de placer des drains dans l'incision. On pourra aspirer le pus avec une ventouse ou même, comme nous avons coutume de le faire, simplement appliquer la bande et laisser le pus sortir seul.

Au cou, dans l'aisselTe et le pli de l'aine, le phlegmon ne peut être traité que par les ventouses.

Les abcès du sein devront nous arrêter quelque temps ; leur traitement par la méthode de Bier est spécial et est, à l'heure actuelle, le meilleur de tous ceux qui ont été préconisés. On emploie une cloche en verre destinée à recouvrir tout le sein, comme une grande ventouse. On y fait le vide au moyen d'un appareil aspirateur. Les petits, les gros abcès du sein se traitent tous de la même manière. On lave d'abord la région avec soin, et on dégraisse la peau comme pour une opération, puis on applique la ventouse sur le sein, après avoir mouillé légèrement les bords. On y fait alors le vide tout doucement, afin d'éviter de provoquer des douleurs, en proportionnant l'aspiration à l'effet à obtenir. La peau rougira d'abord, puis

DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER

se violacera et prendra une teinte livide, à laquelle il faudra s'en tenir pour éviter des extravasations sanguines. Au bout de cinq à six minutes, on lavera la ventouse si elle renferme du pus et du lait, puis, après avoir laissé la peau quelques instants tranquille, on replacera Fappareil, et ainsi de suite pendant une heure. Entre les séances, on appliquera un pansement légèrement compressif sur le sein.

S11 y duiastite aiguë sans formation d'abcès proprement dit, on pourra guérir la malade sans incisions, en appliquant immédiatement

Fig. 73. — Ventouse spéciale prenant sous le sein, appliquée pour une mastite chronique.

deux ou trois fois par jour la grande ventouse (fig. 73). Il sera bon d'avoir une tétrelle si la sécrétion lactée existe toujours ; on amorcera ainsi les conduits galactophores, et Fécoulement du lait se fera dans la ventouse. Klapp recommande de porter une très grande attention à la rétention du lait et de faire entre les séances des applications fréquentes de la tétrelle. On soulagera ainsi beaucoup la malade, et la résolution de Fabcès sera plus rapide. On devra, dans ces mastites aiguës, pousser l'aspiration jusqu'au rouge sombre, ou s'en rapporter aux indications fournies par la malade. On arrêtera alors l'aspiration et on laissera Fappareil en place pendant quelques minutes, tant que la malade supportera l'aspiration. A ce moment, on laissera rentrer l'air dans la ventouse, et on la nettoiera pour la débarrasser du pus et du lait qu'elle pourra contenir. Les séances^devront être

ADÉNITES AIGUËS.

fréquemment répétées : trois et même quatre séances par vingtquatre heures donneront un résultat meilleur que seulement deux séances. Souvent, dès le pi emier jour, la douleur cesse dans le sein; la région devient plus souple et la température baisse. Les accidents infectieux semblent s'arrêter, et, au bout de quelques jours, la malade entre en convalescence. La guérison complète peut être obtenue en dix ou douze jours.

Si la mastite aiguë a atteint la période de suppuration^ nous sommes d'avis d'inciser franchement la glande et, sans pratiquer le drainage, de faire des séances de ventouses.

Dans les mastites chroniques, nous agissons de même et nous avons obtenu dernièrement d'excellents résultats.

3° Affections des ganglions. — 11 ne sera question dans ce qui va suivre que des adénites aiguës.

Presque toujours nous avons eu recours, pour l'application de la méthode, aux appareils aspirateurs et aux ventouses, parce que les adénites que nous avons traitées étaient presque toutes situées dans la région du cou et- du pli de l'aine. Cependant nous avons pu recourir à la bande pour des cas d'adénites infectieuses des ganglions sus-épitrochléens et du creux poplité, et, dans ces conditions, nous avons obtenu les mêmes résultats qu'avec les ventouses.

Voici la technique que nous avons suivie : la peau doit être lavée et préparée comme pour une opération chirurgicale. Si le ganglion n'est pas suppuré, nous appliquons la ventouse exactement comme s'il s'agissait d'un furoncle non suppuré. Mais, si le ganglion est ramolli et suppuré, nous cherchons avec soin le point ramolli ou fluctuant, et, en cet endroit, nous faisons une petite ponction de 1 ou 2 centimètres, en ayant bien soin de pénétrer dans le foyer suppuré. Dès que l'incision est faite, nous appliquons la ventouse, sans avoir exercé aucune pression sur le ganglion, ce qui est pénible pour le malade et est parfaitement inutile. Nous laissons la ventouse en place, en nous conformant aux règles générales que nous avons énoncées plus haut. Il est important de ne pas faire une aspiration trop prolongée pour éviter les extravasations sanguines qui se produisent facilement, surtout au cou, chez les jeunes sujets.

Les résultats obtenus dans les adénites aiguës sont parfois remarquables. Il n'est pas exceptionnel de voir la douleur disparaître dès la première application. Après la deuxième ou troisième séance, il n'y a plus de suppuration ; la rougeur a fait place à une teinte livide des téguments, sur lesquels on peut exercer des pressions sans provoquer la moindre douleur. Deux ou trois jours plus tard, toute

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trace de Finflammation a disparu, et il ne reste que Fadénite primitive qui a été le point de départ de la poussée inflammatoire et qui se comportera selon sa nature même.

S'il s'agit d'une infection aiguë des ganglions par uneplaie, par exemple d'une adénite du pli de Faine par suite d'une plaie enflammée de la jambe, Faction de la stase hyperhémique est plus intéressante encore. Dans ce cas, bien souvent, il suffira de traiter la plaie infectée sans se préoccuper des ganglions. Nous avons plusieurs observations de malades guéris rapidement dans ces conditions. Nous nous sommes contenté d'appliquer la bande de caoutchouc à la racine du membre, même au-dessous des ganglions infectés, ce qui, apparemment, limitait notre action hyperhémique aux tissus sous-jacents, et nous avons vu, en même temps que la guérison de la plaie infectée, celle de l'adénite, qui lui était consécutive. Il suffisait dans ces cas de huit à dix jours de traitement.

Les adénites peuvent également bénéficier de la méthode, mais il faut s'entendre. Nous ne croyons pas, d'après nos observations, que la marche de Faffection elle-même soit très influencée, et cela pour cette raison qu'une adénite quelconque n'est en somme qu'une manifestation à distance d'un foyer infecté primitif. Or si, à cause du siège de ce foyer primitif, il n'est pas possible d'agir en même temps et sur le foyer et sur les ganglions pris secondairement, il n'est pas étonnant que la méthode semble échouer. Cette explication semble démontrée par ce fait que, si une poussée inflammatoire se manifeste dans des ganglions tuberculeux, Fapplication d'une ventouse d'après les règles ordinaires fait disparaître immédiatement les accidents aigus. En quelques jours, il n'y a plus d'inflammation; les ganglions ne sont plus douloureux, mais ils persistent à peu près dans le même état qu'avant les accidents aigus. Un autre fait nous paraît utile à mentionner pour solutionner cette question encore controversée de Futilité de la méthode de Bier dans les adénites tuberculeuses. Un jeune enfant atteint d'ostéite tuberculeuse du tarse présentait en même temps une adénite tuberculeuse non ouverte, du creux poplité, et pas encore suppurée. Des applications de la bande à la racine de la cuisse amenèrent la guérison en trois semaines environ de Fostéite et en même temps de l'adénite. La stase, dans ce cas particulier, avait pu être exercée à la fois sur la lésion primitive et sur l'adénite consécutive. La conclusion que nous croyons donc pouvoir tirer de ces faits est que l'on doit recourir à la méthode avec presque certitude de succès, si on peut agir sur la lésion primitive en même temps que sur Fadénite. Si la lésion primitive ne peut être influencée par la stase hyperhémique, les applications de ventouses

AFFECTIONS TRAUMATIQUES. 193

ne seront vraiment utiles que pour faire cesser les poussées inflammatoires aiguës.

4° Affections des muscles et des tendons. — Nous avons déjà fait remarquer, à propos du phlegmon, Tinfluence particulièrement heureuse exercée sur les tendons et sur leurs gaines. Bier(l) a insisté sur ce point et a rapporté une statistique de vingt-cinq cas de tendons dénudés et baignant dans le pus, avec dix-sept guérisons fonctionnelles. Les tendons s'étaient donc reconstitués et avaient recouvré leurs fonctions normales. Nous avons maintenant plusieurs faits semblables à ajouter à ceux de Bier ; mais nous avons poussé plus loin la méthode. Puisqu'un tendon, dépourvu de sa gaine, infecté, atteint dans sa nutrition, peut se réparer complètement sous l'influence de la stase hyperhémique, nous nous sommes proposé d'agir de la mênie manière dans les cas de synovites fongueuses à grains riziformes après avoir disséqué les tendons et les avoir dépouillés de leur gaine. Nous avons actuellement quatre observations, toutes suivies de succès. La guérison opératoire a été obtenue rapidement ; les tendons se sont sans doute reconstitué une gaine, car les mouvements des doigts ont été chez ces quatre malades conservés presque intégralement.

Affections traumatiques. — Nous attirons particulièrement l'attention des praticiens sur ce chapitre des traumatismes. Nous sommes persuadé, en effet, que la stase hyperhémique est appelée à jouer un rôle considérable dans tous les accidents. C'est la méthode de conservation par excellence, qui permet de tenter la reconstitution des tissus au delà des limites permises, parce quelle est sans danger et que, en même temps qu'elle agit pour conserver les tissus compromis, elle met la malade à l'abri de la plupart des complications redoutables telles que l'infection aiguë, les lymphangites et la septicémie. Or, quand on pense que la plupart des traumatismes s'exercent sur les membres et que, dans presque tous les cas, il suffira, poui appliquer la méthode, que le praticien ait à sa disposition une bande élastique, on pourra facilement se rendre compte de son importance.

Nous avons pu ainsi conserver des membres qui paraissaient absolumentperdus. Dans des cas d'écrasement dans des engrenages, quand la peau était hachée, les tendons dénudés, les muscles en bouillie, les battements des artères introuvables, nous avons tenté avec succès la conservation, au lieu de pratiquer une amputation immédiate, comme c'était indiqué. Dans des cas de broiement de la janïbe

(1) Voy. XXXV^ Congrès de la Société allemande de chirurgie. Physiothérapie. IV.

DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER

par des roues de voiture, avec menace de gangrène, nous avons agi delà même façon et presque toujours avec succès.

Voici comment nous conseillons de s'y prendre. Le'membre broyé doit être examiné avec soin et les parties écrasées et débarrassées de tous les corps étrangers qu'elles contiennent. 11 vaut mieux ne pas faire usage de solutions antiseptiques trop fortes, qui pourraient compromettre la vitalité déjà si compromise des tissus à réparer. Quand, en nettoyant, on s'aperçoit qu'une suture osseuse est nécessaire, il n'y a pas d'inconvénient à la pratiquer de suite, mais de la

Fig. 74. — Main écrasée traitée par la méthode de Bier.

façon la plus simple. Un cerclage, une cheville pour aider à ilîaintenir la réduction seront suffisants la plupart du temps. On placera ensuite le membre dans une gouttière plâtrée, de façon à maintenir la réduction des fragments osseux et aussi pour permettre de bouger le malade et d'appliquer facilement la bande élastique. Il est indispensable que le plâtre ait la forme d'une gouttière, afin de laisser les tissus facilement accessibles à la vue. On peut appliquer la bande sans défaire le pansement, ce qui est important. En effet, les séances devront être longues et fréquentes. La bande devra rester en place au moins une heure, et on devra faire, dans les cas graves, une séance toutes les six heures. Dans les cas ordinaires, deux séances par jour seront suffisantes. Un des premiers résultats (jue l'on constatera sera la disparition de la douleur, surtout après que la bande aura été appliquée, de sorte que le malade, loin de

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