ÉCRASEMENTS
redouter la bande, la réclamera au contraire. Bien entendu, on renouvellera le pansement tous les jours pour se rendre compte de Tétat de la plaie. Le pansement sera très simple ; il consistera le plus souvent à charger les compresses qui recouvrent la plaie et à les remplacer par de nouvelles. On trouvera peu ou pas de suppuration. Dans les endroits où on trouvera des parties mortifiées, on pourra employer Tiodoforme ; mais presque toujours il sera suffisant
Fig. 73. — Fracture compliquée de jambe traitée par la bande.
de tamponner la plaie avec des compresses stériles. On assistera ainsi à une sorte de momification des parties gangrenées, et la vaste plaie se recouvrira de bourgeons charnus, entre lesquels les débris de peau etd'épiderme reprendront leur vitalité, se fusionneront et ne tarderont pas à recouvrir la plaie. Il sera parfois utile, au cours de cette guérison, de faire quelque sacrifice, par' exemple d'enlever un doigt sphacélé, un lambeau de peau mortifiée, etc.. Mais, toujours dans ces interventions secondaires, on devra être très circonspect et agir avec la plus grande réserve. Bien entendu, il faudra mobiliser le membre le plus tôt possible. Pour cela, on se guidera sur la reconstitution du squelette osseux. Dès qu'on ne craindra plus de chevau-
DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER
chement des extrémités osseuses, on pourra commencer à mobiliser les doigts et les orteils en retirant le membre de son plâtre. Cette mobilisation devra se faire autant que possible pendant une des séances. Les manœuvres seront moins pénibles pour le malade. Quand le squelette du membre broyé sera consolidé, ce qui dépendra de Tos fracturé, des parties que l'on aura pu conserver, etc., on s'occupera des tendons et des articulations, et presque toujours on sera étonné de les trouver dans un état très satisfaisant et pour ainsi dire prêts à fonctionner. Il n'y aura plus alors qu'une sorte de revision à faire pour conserver définitivement ou, au contraire, supprimer tel ou tel organe trop mutilé ; parfois aussi il faudra pratiquer une ou deux greffes de Thiersch dans les parties restées dénudées, ce qui hâtera encore la guérison définitive. Dans des cas très graves, nous avons ainsi pu constater des guérisons parfaites au bout de six semaines pour le membre supérieur et au bout de deux mois pour la jambe. 11 est inutile de dire qu'il est indispensable de continuer les applications de la bande jusqu'à guérison complète. Elle remplace pour ainsi dire le massage et doit être employée aussi longtemps.
Puisque, dans les traumatismes graves, on peut obtenir des résultats parfaits et très rapides, on doit y avoir recours avec une certitude plus grande de succès dans les traumatismes moins importants. Nous voulons parler des plaies contuses et même des simples contusions. Là encore, nous devons comparer la stase hyperhémique au massage, qui, en somme, provoque dans les tissus une hyperhémie active. Nous savons tous les résultats merveilleux qu'en a retiré pour le traitement des fractures notre maître Lucas Championnière. Nous verrons plus loin que l'on peut, avec la stase hyperhémique, arriver à un résultat analogue et en quelque sorte superposable. Or n'est-il pas plus facile d'appliquer une bande que de faire un bon massage ?
6° Affections des artères et des veines. — Nous n'avons eu qu'une fois l'occasion de recourir à la stase hyperhémique pour un cas à'artérite chronique qui avait déterminé de la gangrène du gros orteil. Nous avons déjà signalé cette intéressante observation, et, si nous la rappelons ici, c'est seulement pour insister sur les eff'ets que l'on pourra obtenir en y ayant recours. A première vue, la compression pourrait paraître dangereuse pour des artères malades dont les parois presque comblées par les incrustations calcaires sont devenues friables et cassantes. Il n'en est rien cependant, surtout si on prend soin d'appliquer la constriction aussi loin que possible du foyer de gangrène. On verra alors la circulation devenir plus active