FRACTURES
dans toutes les parties sous-jacentes; les veines se distendront et la peau prendra un aspect de vitalité plus grande. C'est qu'en effet les échanges seront favorisés ainsi que la résorption des exsudais qui entravent la fonction des vaisseaux.
7° Affections des os. — Les fractures devront au premier chef bénéficier de la méthode. Nous avons un assez grand nombre de cas pour pouvoir dès maintenant donner les indications nécessaires pour obtenir le meilleur résultat. Nous avons déjà fait un rapprochement entre le traitement par le massage et par la bande. Nous avons dit ([ue les deux méthodes pouvaient, en quelque sorte, se superposer, loin de s'exclure. Elles ont chacune leur période d'application dans le traitement des fractures, mais la prédominance reste certainement à la stase hyperhémique. C'est à elle qu'on aura d'abord recours ; puis,quandon commencera les massages, on continuera quand même les séances. Ces affirmations demandent quelques explications. Un des principaux reproches que l'on adresse aujourd'hui au traitement des fractures par la mobilisation précoce et le massage d'après les règles si magistralement posées par Lucas Championnière, c'est que la correction est parfois sacrifiée à la fonction. Certes, il n'y a pour nous aucune comparaison à établir entre les deux, et, disciple fidèle de notre maître, nous nous sommes toujours attaché à conserver avant tout la fonction du membre fracturé. JVJais n'est-il pas ])ossible d'arriver aux deux résultats à la fois ? Surtout maintenant (jue la loi sur les accidents du travail suscite des conflits fréquents, uniquement basés sur une radiographie qui montre un cal vicieux, alors que le membre rempht parfaitement ses fonctions ! Or nous croyons que la méthode hyperhémique nous permettra d'atteindre ce double but : et la correction la plus grande et la conservation de la fonction. Pour éviter d'entrer dans trop de détails, nous allons passer rapidement en revue les différentes fractures que l'on aura à traiter.
a. Fracture de cuisse. — Nous employons l'appareil d'Hennequin, que nous appliquons dans toute sa rigueur. Chaque matin, en vérifiant l'appareil, nous appliquons, après avoir enlevé la petite attelle antérieure, une bande élastique à la racine de la cuisse. Nous laissons cette bande une heure en place. Pendant ce temps, nous faisons exécuter deux ou trois mouvements de flexion du genou. Vers le vingtième jour chez les enfants et le trente-cinquième jour chez les adultes, nous retirons la gouttière de contention et nous continuons l'extension elles séances de la bande. Toujours nous entretenons les mouvements du genou et du cou-de-pied. Dès que le cal est solide nous enlevons la botte d'extension, et nous faisons alors quelques massages pour redonner aux muscles leur souplesse et conserver les
DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER
mouvements des articulations. Les massages, faits à cette période, après les séances de bande, sont faciles à exécuter, absolument indolores, et ils n'ont pas besoin d'être continués plus de quelques jours. En effet, la marche peut quelquefois être commencée dès le trentetroisième jour chez certains enfants et au bout de six semaines chez les adultes.
6. Fracture de jambe. — L'appareil plâtré remontant jusqu'au creux poplité doit être employé exclusivement. Il permet facilement d'appliquer la bande en bonne position au-dessus du genou, à la partie moyenne de la cuisse. S'il y a une plaie, il faudra la nettoyer, la tamponner et réserver dans l'appareil une fenêtre pour les pansements. On fera deux applications de la bande chaque jour sans défaire l'appareil, s'il n'y a pas de plaie. S'il existe une plaie, elle devra être soignée comme en toute circonstance et surveillée comme à l'ordinaire. L'appareil plâtré doit être appliqué dès l'accident, quitte à le remplacer au bout de quelques jours, s'il est devenu trop large par retrait du gonflement. 11 faudra, bien entendu, se .garder contre le gonflement qui se produira sans doute et qui pourrait avoir des conséquences graves, si l'appareil était trop serré. Nous avons l'habitude, dès que le plâtre est sec, de supprimer les bandes de contention de l'appareil et d'exercer une douce compression avec une forte couche de coton placée tout autour du membre fracturé, de telle sorte que le plâtre et les parties molles restées libres se trouvent également enveloppées et comprimées. Jamais nous n'avons eu à déplorer d'accident grave en agissant ainsi, et, au contraire, nous avons pu presque toujours éviter ces gonflements considérables, qui deviennent, au bout de quelques jours, un obstacle aux bonnes réductions. La bande élastique doit être mise de suite dès que l'appareil plâtré est sec. Nous avons remarqué qu'elle était le meilleur moyen de combattre le gonflement et, de ce chef, constituait déjà un gain considérable pour la durée du traitement. Entre le vingt-cinquième et le trentième jour, nous enlevons le plâtre et nous nous rendons compte de l'état de la fracture. Nous en profit-ons pour faire agir les articulations du pied, que' nous trouvons toujours indemnes quand la bande a été bien appliquée. Si la consolidation est complète, ce que nous avons observé quelquefois chez les jeunes sujets, nous supprimons l'appareil, mais laissons encore le malade au lit pendant une semaine, et nous continuons les séances de bande et les massages. Si la fracture n'est pas encore consolidée, nous faisons un massage des articulations, replaçons l'appareil plâtié et continuons ainsi jusqu'à consolidation complète qui, même chez les malades âgés, ne se fait guère attendre au delà
OSTÉITES TUBERCULEUSES.
du quarante-cinquième jour. Chez ces malades, nous prescrivons également une semaine de traitement au lit sans appareil, et ce n'est qu-au bout de ce temps que nous faisons commencer la marche. C'est alors que Ton peut se rendre compte du bénéfice de la méthode. Dès le premier jour, le malade peut faire quelques pas sans roideurs, sans douleurs et souvent même sans gonflement. C'est une sorte de guérison d'emblée, au lieu d'une entrée en convalescence plus ou moins pénible et longue.
c. Fracture du bras. — Pour le bras, les résultats que nous obtenons avec l'appareil de Hennequin sont tellement parfaits que nous n'avons pas cru devoir modifier cet appareil pour pouvoir appliquer la bande. Peut-être pourrait-on avoir recours à une sorte de garrot; mais nous n'en avons pas fait l'essai.
d. Fracture de l'avant-bras. — Nous suivons exactement les mêmes règles que pour la jambe : appareil plâtré, séances de bande matin et soir, massages légers dès que la consolidation est obtenue, et reprise de l'usage du membre une semaine environ après.
Pour les fractures de l'extrémité inférieure du radius, nous réduisons la fracture aussi complètement que possible ; puis nous appliquons un plâtre et commençons les séances de bande. Au bout de huit jours, nous commençons les massages, et, huit jours plus tard, nous laissons le malade se servir de sa main.
e. Fracture des métatarsiens et métacarpiens. — Les fractures des métatarsiens et des métacarpiens se soigneront par le massage et par les séances de bande, avec ou sans appareil plâtré, suivant les cas.
Les ostéites et les ostéomyélites devront toujours être traitées par la stase hyperhémique. D'après Bier, on pourrait même faire avorter des ostéomyélites par des applications de la bande sans opération.
Nous n'avons pas encore osé essayer dans des cas aigus ; mais, dans des cas chroniques oif subaigus, nous avons vu les douleurs cesser rapidement et les autres symptômes infectieux rétrocéder. Cependant nous n'avons pas obtenu encore de guérison complète, et nous avons toujours dû finir par opérer nos malades. Aussi nous sommes-nous arrêté à la façon suivante : dans les ostéomyélites aiguës ou subaiguës, nous faisons un évidement complet du foyer sous chloroforme. Nous appliquons la bande matin et soir, et sans réaction, sans douleur et sans fièvre, nous obtenons une guérison rapide.
Pour les ostéites tuberculeuses, les spina ventosa, nous agissons de la même manière et avec des résultats aussi bons. Nous évidons le foyer et appliquons la méthode. Nous avons ainsi guéri des ostéites du calcanéum, des spina ventosa des extrémités inférieures du tibia, du radius et des doigts. Dans les cas à ostéoarthrites du pied ou de
DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER
la main, nous associons souvent à la méthode de Bier les injections interstitielles d'éther iodoformé, ou d'autres liquides modificateurs. Nous reviendrons plus loin, à propos des articulations, sur cette manière de faire.
80 Affections des articulations. — La stase hyperhémique favorise la résorption des épanchements articulaires. Nous avons pu ainsi traiter des hydarthroses chroniques avec succès. Dans ces cas,
Fig. 76. — Bande appliquée pour arthrite suppurée de l'index.
la stase semble encore agir comme le massage. Nous avons aussi eu un très beau succès dans une hémarthrose de Farticulation du genou. Dans les arthrites aiguës blennorragiques, les résultats semblent excellents. La douleur cesse dès la première ou la deuxième application; Farticulation dégonfle rapidement, et on arrive vite à une période subaiguë, bien moins pénible pour le malade et qui, ellemême, se termine par une guérison complète.
Les avis sont très partagés au sujet des résultats obtenus dans les arthrites tuberculeuses. Nous pensons comme Davèse que la méthode soulage et améliore les tuberculoses articulaires. Il ne faut
ARTHRITES TUBERCULEUSES.
pas, certes, lui demander une guérison radicale de Faffection, mais se rappeler que Fhyperhémie combat utilement le bacille de Koch, en provoquant de la congestion dans les parties infectées. En outre, sMl existe des fistules, les applications de ventouses favoriseront la résorption des exsudais. Ces deux actions éminemment utiles sont indéniables, de sorte que nous sommes résolument partisan de la
Fig. 77. — Bande appliquée pour hémarthrose du genou.
méthode dans le traitement de toutes les articulations tuberculeuses accessibles à son action. Cette action, assurément limitée, doit être considérée comme un auxiliaire précieux des autres méthodes chirurgicales employées dans ces cas. Nous pensons même que, grâce à elle, les interventions sur les articulations seront beaucoup plus limitées. Ainsi, au lieu d'une résection, dans nombre de cas, on pourra se contenter d'évidements partiels des points osseux et d'injections interstitielles pour amener une guérison. Nous avons ainsi pu
DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER
éviter deux fois une résection du genou chez des adultes, et, chez les enfants, la méthode nous a toujours réussi, en y adjoignant des injections intra-articulaires ou de petits évidements osseux très limités.
Dans les poussées aiguës articulaires des arthrites tuberculeuses, Tapplication de la bande a un effet remarquable. La douleur, la rougeur et tous les phénomènes inflammatoires disparaissent rapidement, absolument comme dans les adénites. Il est vrai que, ces
Fig. 78. — Baiide appliquée pour arthrite suppurée.
accidents passés, l'articulation reste malade, et la maladie continue son cours, si on n'intervient pas chirurgicalement. C'est alors que l'on devra immobiliser l'articulation dans un appareil plâtré, recourir aux injections interstitielles, aux évidements partiels et enfin, dans très peu de cas très graves, et seulement chez des adultes, aux grandes résections articulaires. Toujours on devra continuer les séances de stase ; dans tous les cas, elles seront un adjuvant des plus utiles.
9° Affections diverses. — Nous voulons parler ici de certains résultats obtenus par la méthode dans des affections qui n'ont pas été classées dans les chapitres précédents. Nous allons successivement