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FISTULES

étudier son action dans les mastoïdites, les orchites, les fistules, les métrites et la blennorragie.

Otites et mastoïdites. — Bier traite les otites et les mastoïdites en plaçant un ruban élastique autour du cou. Nous n'avons pas essayé de ce procédé, mais nous avons eu recours aux applications de ventouses placées sur la région mastoïdienne et englobant toute Foreille. Dans deux cas avec rougeur rétro-articulaire, nous avons obtenu la guérison avec une simple paracentèse du tympan. Dans un cas où il y avait du pus collecté, nous avons fait un simple ponction au bistouri, puis nous avons appliqué la ventouse, et notre malade a guéri. Enfin, récemment, dans un cas très grave avec des symptômes cérébraux, nous avons fait Févidement rétro-mastoïdien, et, aussitôt après, nous avons appliqué la ventouse sur la région. Les résultats ont été surprenants : cessation immédiate des accidents cérébraux, chute de la température, etc. Guyot, à Genève, emploie une méthode analogue à la nôtre et en obtient d'excellents résultats. Il applique un appareil qui a la forme d'une demi-coquille sur l'oreille et la région et il y fait le vide. La ventouse ne doit pas être laissée en place plus de cinq à six minutes, mais il faut la replacer plusieurs fois. En général, le malade ne supporte que trois ou quatre applications successives, mais on peut faire deux ou trois séances par jour. Lorsque le tympan n'est pas perforé, nous croyons qu'il est utile de faire la paracentèse pour que l'aspiration puisse drainer les liquides contenus dans la caisse. D'ailleurs, dès que la ventouse est appliquée, on voit le liquide remplir peu à peu le conduit auditif et ensuite la conque. C'est un liquide séro-purulent,qui, dès la deuxième ou la troisième application, devient simplement séreux. En général, il faut une huitaine de jours pour que tous les accidents cessent. Alors on ne trouve plus de liquide dans l'oreille, et il suffit de faire chaque jour un petit pansement sec avec une petite mèche de gaze.

Orchites. — Les orchites sont rapidement améliorées par la stase hyperhémique. On peut employer un simple tube en caoutchouc, qu'on enroule autour des bourses et qu'on serre plus ou moins, soit en faisant un simple nœud, soit en tendant le caoutchouc et en saisissant ses deux extrémités avec une pince. Dans notre service, nous employons une sonde de Nélaton que nous confions au malade, il l'applique lui-même d'autant plus volontiers qu'il en éprouve un soulagement considérable. En général, en faisant trois séances de stase par jour, le malade est presque guéri au bout de quatre ou cinq jours, et, huit jours plus tard, sa guérison est complète.

Fistules. — Nous avons eu l'occasion d'employer l'aspiration au moyen de ventouses pour le traitement de fistules purulentes et

DELAGENIÈRE. — MÉTHODE DE BIER

stercorales. Nous avons constaté une diminution de la sécrétion purulente. Dans les cas de fistules opératoires, nous avons obtenu la guérison. Quant aux fistules stercorales, nous n'avons pas encore eu de guérison qui puisse plaider en faveur de la méthode.

Métrites. — Clément (de Fribourg) s'est montré partisan de Faspiration pour le traitement des métrites ; il emploie un appareil aspirateur, qui n'est autre qu un tube en verre dont une des extrémités s'applique dans le cul-de-sac péricervical. L'autre extrémité est munie d'un obturateur mobile pour le nettoyage et pour faciliter l'application. Nous n'avons pas encore essayé la méthode.

Blennorragie. — Pour le traitement de la blennorragie, Bier emploie un appareil semblable à celui qui est utilisé pour le panaris. Le D^" Meyer, qui l'a expérimenté, ne s'en montre pas très partisan, il reproche à l'appareil d'exercer une constriction trop grande à la racine de la verge quand on y fait le vide. Le manchon de caoutchouc se laisse trop fortement déprimer par la pression atmosphérique, et il en résulte une sorte d'infiltration douloureuse des parois de l'urètre.

Comment agit l'hyperhémie.

Cette question n'est pas facile à résoudre, et il est presque impossible de trouver une explication qui puisse expliquer tous les phénomènes qu'on obsei^e dans la pratique. Bier, lui-même, ne s'est pas encore prononcé entre les nombreuses hypothèses qui ont été émises. Pour Hamburger, les phénomènes observés lorsque l'on provoque l'hyperhémie seraient dus à l'alcalinité du sang et à sa richesse en acide carbonique. Pour Buchner, l'hyperhémie provoquerait une sécrétion intense des « enzymes » par les leucocytes dans les parties malades, ce qui favoriserait la résorption des toxines et des microbes eux-mêmes. Heller va encore plus loin. La stase sanguine retient au voisinage des microbes les toxines, qui les intoxiquent à leur tour et les rendent inoffensifs. Enfin, pour Cornet, la stase provoque dans le tissu cellulaire une excitation dont la conséquence est une prolifération cellulaire servant à encapsuler les microbes nuisibles et à les faire disparaître.

Il est probable que la vérité se trouve dans une de ces théories, ou même est contenue dans toutes. Nous avons déjà eu l'occasion de faire connaître notre opinion à ce sujet ; mais nous ne pouvons pas apporter de preuves scientifiques de ce que nous avançons.

L'hyperhémie, de quelque façon qu'elle soit provoquée, favorise la phagocytose en faisant affluer dans les parties infectées des leucocytes polynucléaires, qui vont englober les microbes et les résorber.

COMMENT AGIT L'HYPERHÊMIE.

Si Fafflux leucocytaire est considérable, la résorption microbienne sera très grande; si le phénomène est fréquemment répété, les microbes seront rapidement détruits. On peut ainsi expliquer qu'une articulation infectée par du staphylocoque devienne stérile en quelques jours de traitement par la méthode. La destruction des microbes explique la rapide disparition des phénomènes inflammatoires, tels que la douleur, la fièvre et les autres symptômes généraux ; mais elle rend moins bien compte de la résorption rapide de tous les exsudais. Faut-il faire intervenir maintenant un autre facteur de résorption, la macrophagie, que notre collègue Lacapère a étudiée récemment dans sa thèse ? La réponse à cette question ne nous paraît pas douteuse, et voici Texplication du phénomène qui nous paraît la plus plausible :

Les « macrophages » sont des cellules lympho-conjonctives, qui ont été décrites par Dominici dans les ganglions et dans d'autres tissus. On en trouve aussi dans la lymphe. Quoiqu'il en soit, lorsque les globules blancs- ont déjà commencé leur rôle phagocytaire et ont englobé, pour les détruire, les microbes de la région infectée, on voit apparaître des cellules blanches à noyau plus ou moins ovulairc, à proloplasma vacuolaire, qui englobent les microbes encore libres et, avec eux, les polynucléaires qui ont succombé dans la lutte contre l'infection. Ces grandes cellules sont les macrophages, qui peuvent englober en outre les hématies extravasées et peut-être aussi les cellules frappées de mort autour de la lésion. La macrophagie se juxtapose pour ainsi dire à la phagocytose, et les deux phénomènes ainsi surajoutés rendent compte de ce qui se passe lorsqu'on provoque Fhyperhémie dans une région. En effet, les accidents imflammatoires cessent ti'ès vite, et les exsudais sont rapidement résorbés. Nous avons cru remarquer enfin que certains troubles trophiques, d'origine circulatoire, étaient ainsi influencés heureusement par la stase hyperhémique. Ces résultats s'expliqueraient peut-être par l'action directe de la stase sur les vaisseaux.

Les conclusions qui doivent être tirées de ce qui précède sont que la méthode de Bier constitue, à l'heure actuelle, un procédé thérapeutique très important et très efficace pour combattre toutes les affections aiguës des membres et de la peau. Elle donne des résultats remarquables pour tous les cas de phlegmons, pour la réparation des plaies contuses, pour le traitement de tous les abcès. Elle constitue, en somme, une découverte considérable et, comme le dit Kuster, elle est peut-être le plus grand progrès qu'ait fait la thérapeutique chirurgicale depuis les découvertes de. Lister.

DELAGENIPJRE. — MÉTHODE DE BIER

Malheureusement, Tapplication de la méthode est délicate ; il faut agir avec tâtonnement et avec patience pour arriver à un bon résultat, et c'est peut-être notre inexpérience qui ne nous a pas permis d'avoir des résultats aussi bons que ceux qui ont été publiés par d'autres. Mais, tels qu'ils sont, ils nous paraissent quand même excellents et, en tout cas, de nature à encourager les recherches pour arriver à définir une technique à la portée de tous les praticiens. Pour mettre en relief l'importance de cette technique, nous ne pouvons faire mieux que de laisser la parole à Bier lui-même :

« 11 faut convenir, dit-il, que la technique de la méthode est difficile. J'ai un assistant qui la possède en maître, de sorte que nous avons pris l'habitude de lui passer les cas réfractaires, et il en vient à bout en quelques jours ; il en fut ainsi pour un malade atteint de tendo-vaginite gonococcique, qui avait été traité par l'hyperhémie depuis des semaines sans le moindre succès; mon assistant le guérit en trois jours. »

Sur ce point, nous citerons encore l'opinion de Bardenheuer :

» Je n'ai eu de résultats vraiment bons qu'à partir du moment où un assistant de M. Bier est venu nous montrer l'application de ce mode de traitement selon les règles de l'inventeur. »

Le professeur Garré nous dit la même chose concernant son service.

On ne doit pas s'étonner d'un tel état de choses. Il faut laisser l'expérience se faire, et nous ne doutons pas qu'avant longtemps la méthode de Bier ne soit adoptée, plus ou moins modifiée, par tous les chirurgiens.

On a bien signalé quelques accidents, mais sans gravité et qui étaient dus le plus souvent à l'inexpérience de ceux qui appliquaient la méthode. C'est ainsi que l'on a accusé la compression de causer des paresthésies ou des anesthésies, des œdèmes chroniques. Nous avons parfois observé un état œdémateux de la peau, mais qui a toujours été sans importance. Quant aux thromboses veineuses citées par quelques auteurs, nous avons vu des phlyctènes se développer audessus de la bande chez les eczémateux, ou quand la bande était laissée trop longtemps en place. Ces phlyctènes s'accompagnaient parfois d'une coloration rouge sombre de la peau qui persistait quelques jours.

Nous n'avons pas non plus constaté d'atrophie musculaire, de glossy skin, ni de complications inflammatoires, telles que lymphangites, érysipèlcs, adénites etfistulisation de foyers tuberculeux fermés. Ces accidents, décrits par quelques-uns comme dus à la stase hyperhémique, n'ont-ils pas plutôt un autre point de départ ? L'avenir jugera ces questions.

le PARISET

Docteur ès-sciences de l'Université de Paris, Directeur des Services hydrothérapiques à l'établissement thermal de Vichy.

PREMIÈRl^ PARTIE

ACTION PHYSIOLOGIQUE ET TECHNIQUE DES PROCÉDÉS HYDROTHÉRAPIQUES ET DE LEURS ADJUVANTS

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