p. 629; t. IV, p
IV. Pendant un autre laps de temps, exprimé par le quatrième jour, eut lieu l’accroissement de l’épaisseur de l’atmosphère, dont résultèrent les changements de saisons et des climats, faits d’une nécessité absolue pour la production des vertébrés, car les animaux invertébrés existaient déjà avec les plantes (Phys., t. IV, p. 318).
V. La production des vertébrés commença par les poissons et les oiseaux : il n'est pas fait mention des quadrupèdes: ainsi se termina le cinquième jour (Pk ys.,\. IV, p. 841).
VI. Les animaux mammifères de la terre et les animaux domestiques ont été produits après les poissons et les oiseaux. L’homme n’a d’autre ressemblance avec Dieu que le langage ; c’est donc au moyen du langage que l’homme se distingue des animaux et ressemble au Créateur; ce langage lui était nécessaire pour fonder sa domination sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur les animaux domestiques, et enfin sur toute la terre. L’homme était destiné à se nourrir de substances végétales, c’est-à-dire de di-
verses herbes et des fruits des arbres; c’est pour cette raison que l’homme est, 1* bipèdq, pour recueillir les herbes, et 2’ bimane, pour monter sur les arbres et s’en approprier les fruits.
Chap. ii. Il est très-important de répéter ici les détails des objets dont la production est indiquée daDS le chapitre précédent.
« I. Dieu fit toutes les plantes des champs avant qu’il y en « eût dans la terre, et toutes les herbes des champs avant a qu’elles eussent poussé. Car l’éternel Dieu ne faisait point « pleuvoir sur la terre, et il n’y avait point d’homme pour « cultiver la terre. Et aucune vapeur ne montait do la terre «qui arrosât toute la surface de la terre (Phys., t. III, « p. 8, 760). »
Le lecteur trouvera dans la physique pourquoi la pluie manquait, et quels sont les champs où la végétation se trouva en vigueur avant l’apparition des pluies ; ces champs sont le Phijiostrome (t. IV, p. 875), qui est une couche épaisse de restes de plantes aquatiques. Il y végétait des herbes et des arbrisseaux dont se nourrissaient les insectes, les reptiles, les quadrumanes et les oiseaux : l’humidité provenait de l’eau de la mer.
II. Détails de la création d’Ève. Un naturaliste n’aurait point hésité à dire que, comme Adam, Ève a été également créée, tandis qu’il est dit :
« Et l’éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur « Adam, et il s’endormit, et Dieu prit une de ses côtes et il a resserra la chair à la place.
« Et l’éternel Dieu forma une femme de la côte, qu’it « avait prise d’Adam, et la fit venir vers Adam.
« Alors Adam dit : «A celte fois, celle-ci est l’os de mes « os et la chair de ma chair.
« C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère et il se joindra à sa femme et ils seront une même chair. »
Dans la Physique, t. IV, p. 879, est indiqué que lorsque
262 CHAP. IU— OPINIONS DES ASTRONOMES SUR LES KÉBL'LEl'SES.
Adam fut en âge de puberté, l’expermatose lui arrivait durant son sommeil ; de son spermo fut donc produite Eve au moyen d’un animal auxiliaire, lequel absorba la semence. Côte est donc ici pour la verge d’Adam, et son rapprochement avec Eve est annoncé dès qu’il l’a vue. Les détails du premier accouplement sont exposés d’une manière très-naturelle en faisant la comparaison do la verge d’Adam avec un serpent, comme elle paraissait aux yeux d’Ëve; car, pendant que les autres parties d’Adam restaient en un état invariable, sa verge changeait de grandeur et de forme. Ces détails deviennent clairs par la précaution que le couple prit, afin de se préserver à l’avenir contre la tentation produite par l’aspect des parties génitales.
Cuap. 111. Le serpent était un des animaux des champs (phylostrome, où vivaient les reptiles et les quadrumanes avant l’apparition des pluies) : or les animaux ne parlent pas; mais pour indiquer ce qui se passait dans l’esprit d'Ève à l’aspect de la verge d’Adam, c’est cette verge personnifiée qui produit la tentation d’Ève. C’est la saveur du fruit qui est employée pour indiquer le sentiment agréable que produit, pendant le coït, la rencontre des courants électriques venant, les positifs de l’homme avec le sperme, pour se neutraliser avec les négatifs venant do la femme. Dès que ce fluide s’éloigne, l’homme et la femme arrivent en un état entièrement différent : cet état est annoncé de la manière suivante :
« Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connu- « rent qu’ils étaient uns , et ils cousirent ensemble des « feuilles de figuiers, et ils s’en firent des ceintures. »
Il n’est plus question du serpent : on aurait dû s’attendre à ce qu’Adam et Eve commenceraient contre les serpents une guerre d’extermination : mais cela n’a pas lieu: le Créateur seul dit au serpent :
« Parce que tu as fuit cela, tu seras maudit entre tous les « animaux et entre toutes les bêtes des champs : tu mar-
« cheras sur ton ventre et tu mangeras la poussière tous les «jours de ta vie.
« Et je mettrai l’inimitié entre loi et la femme, entre ta « postérité et la postérité de la femme ; cette postérité t’écra- « sera la tête, et tu la blesseras au talon. »
Tous ces détails ne servent qu’à éloigner l’attention du lecteur du fait accompli; car, de même que les autres reptiles, le serpent marchait déjà précédemment sur le ventre. Il u’y a à remarquer que l’indication d’une différence entre tous les animaux et entre toutes les bêtes des champs (Plnjs., t. IV, p. 854). 5^ .. ,
La conception d’Ève, produite du sperme d’Adam, a eu lieu lorsque Adam avait l’âge de puberté : pour être en état d’éprouver la tentation, Éve devait être aussi déjà arrivée à cet âge; alors l’âge d’Adam était mûr : ce rapport naturel existe entre l’homme et la femme qui se connaissent pour la première fois.
Chap. iv. Lorsque manquaient les pluies, Adam trouvait sa nourriture dans l’Eden arrosé des fleuves; car, pour que lui et ses descendants puissent vivre sur les continents, les pluies n’y devaient plus manquer : elles apparurent plus tard.
Chap. v. La postérité d’Adam , déjà nombreuse, indique l’état de prospérité du genre humain répandu déjà sur les continents où il trouvait en abondance sa nourriture végétale : les pluies arrosaient alors les continents.
, Chap. vi, vu, vui. Délcce. Or il arriva que quand les hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre et qu’ils eurent engendré des ûlles,
, Les fils de Dieu voyant que les filles des hommes étaient belles, en prirent pour leurs femmes de toutes celles qu’ils choisirent.
Et l’Elernel dit : Mon esprit ne contestera point à toujours avec les hommes, car aussi ne sont-ils que chair ; leurs jours seront donc de six-vingts ans. Cela prouve qu’en effet
26i CHAP. III.— OPINIONS DES ASTRONOMES SUR LES NÉBULEUSES.
c la vie était avant le déluge environ dix fois plus longue.
« En ce temps-là il y avait des géants sur la terre, et cela « après que les fils de Dieu se furent joints avec les filles « des hommes et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce « sont ces puissants hommes qui, de tout temps, ont été des « gens de renom.
« Et l’Éternel voyant que la malice des hommes était « très-grande sur la terre et que toute l’imagination des « pensées de leur cœur n’était que mal en tout temps. Il se «repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il en eut un « grand déplaisir dans son cœur.
t Et l’Éternel dit : J’exterminerai de dessus la terre les « hommes jusqu’au bétail, jusqu’à tout ce<pii rampe, môme « jusqu’aux oiseaux des cieux, caf je me repens de les avoir < faits.
« Mais Noé trouva grâce devant l’Êternel. »
Ensuite est indiquée à Noé la construction d’une arche pour y entrer lui et sa famille, et y introduire une paire de chaque espèce d’animaux. Aucune mention n’est faite des plantes : on voit ainsi qu’après le déluge, la production primitive des plantes n’a pas été interrompue, tandis qu’une telle production primitive ou spontanée a dû être interceptée pour les animaux.
Chap. vii. « En l’an six cents de la vie de Noé, au second « mois, au dix-septièmo jour du mois, en ce jour-là toutes « les fontaines du grand abîme furent rompues et les bondes « des cieux furent ouvertes.
« Et le déluge se répandit pendant quarante jours sur la « terre.
« Et toute chair qui se mouvait sur la terre expira, tant « des oiseaux que du bétail, des bêtes et de tous les reptiles « qui se traînent sur la terre, et tous les hommes.
«Et les eaux se maintinrent sur la terre pendant cent « cinquante jours. »
Chap. vin. « Et Dieu fit passer un vent sur la terre et les
ET DES OllDKES DE COSMOGONIES. ‘.>65
« eaux s’arrêtèrent. Car les sources de l’abîme et les bondes « des cieux avaient été fermées. »
Les détails exposés ici ont un rapport avec les déluges précédents, comme cola devient évident d’après le niveau des eaux ; car toutes les plus hautes montagnes qui étaient sons les cieux furent couvertes; les eaux s’élevèrent de quinze coudées plus haut qu’elles.
Les eaux se retiraient de plus en plus de dessus la terre; c’est dans la Phys., t. IV, p. 89, 701 , 849, qu’il est prouvé que c’est par l’exaérose que les eaux se retiraient de la surface de la terre après chaque déluge; et ensuite deu’xaéço* cônes se détachaient de la terre pour devenir deux comètes , dont les orbites ont leur périhélie entre la Terre et Vénus. Le dernier déluge du temps de Noé a eu également pour cause la séparation des deux aérocônes; la pression des deux aérocônes polaires exercée sur les mers des deux hémisphères faisait élever leur niveau dans les régions équatoriales, où se trouvait le grand abîme. Cela est prouvé par la direction du mouvement de l’arche qui, des régions de l’Euphrate, où était Noé, s’avança vers la montagne d’Ararat, poussée par les eaux venant du sud, du côté équatorial.
Chap. ix. < Dieu parla ainsi à Noé et à ses 61s qui étaient « avec lui, disant :
«Quant à moi, voici que j’établis mon alliance avec vous « et avec votre postérité après vous ;
« Et avec tout animal vivant qui est avec vous, tant des « oiseaux que des animaux domestiques et de toutes les « bêtes de la terre, qui sont avec vous, et toutes celles qui «sont sorties de l’arche, jusqu'à toutes les bêtes de la « terre.
« J’établis donc mon alliance avec vous et nulle chair ne « sera plus exterminée par les eaux du déluge, et il n’y « aura plus de déluge pour détruire la terre.
« Je mettrai mon arc dans la nuée, et il sera ponr signe de « l’alliance que j’ai faite avec vous.
« L’arc donc sera dans la nuée, et je le regarderai, afin u qu’il me souvienne de l’alliance perpétuelle qui est entre « Dieu et tout animal vivant. »
Les pluies commencèrent après la création de l’homme; elles n’ont plus été interrompues après le déluge; il n’en avait pas été ainsi pour les déluges précédents ; alors les eaux se reliraient do la terre par l'exaérose, et de gros aérocônes se produisant rendaient inévitable un nouveau déluge. C’est donc au moyen de l’ exlujdalose de l’air ou de sa transformation en eau que, après le déluge, se trouva gpl pêchée l’accumulation do .l’air dans les régions polaires, et que; par suite, devint impossible le retour d’un nouveau deluge. Le veut qui passe iudique la séparation des aérocônes.
L’arc-en-ciel résulte, non pas des vésicules de vapeur qui se présentent sous forme de nuages, mais des gouttelettes d’eau qui résultent des enveloppes de vésicules (Phys., t. II, p. 658, 663); ce sont donc les pluies indiquées par l’arc-enciel, lequel devait être le véritable signe de l’alliance.
Et afin de ne pas confondre la matière avec l’intelligence, celle-ci no périssant jamais, il est dit que c’est la chair qui est détruite.
B. Cosmogonies logiques.
§ 205. C’est au moyen des organes des sens que les images de chaque objet du monde peuvent être rassemblées, et c’est le langage qui leur fournit les représentants. Les objets du monde, de môme quo leurs images, subsistent d’une manière permanente ; il n’y a que leurs dispositions qui peuvent varier, et cela au moyen des paroles qui n’ont au monde aucune existence propre : seulement, à chaque objet réel est donné un représentant pour le rendre logique. Il n’y a donc aucune liaison physique entre 1 ° le mode de la production des faits par l’expansion du fiuide éleclre opérée
par l’accroissement du volume de ses molécules et 2° la production des représentants logiques de ces faits.
Possédant dans son intelligence les images des objets cosmiques à l’état logique, l’homme les combine suivant les lois
logiques basées sur des objets connus, objets qui sont toujours limités, et par suite il n’eu peut jamais résulter une loi logique invariable. Pour composer une cosmogonie, les auteurs n’employaieut que des combinaisons logiques des représentants des faits et des objets. La loi logique étant basée sur le nombro des images de faits, elle change aussi avec celui-ci ; c’est ainsi que chaque découverte des objets fait changer les arrangements logiques opérés sur un nombre moindre de faits.
Pour faire augmenter le nombre de faits, il faut un grand nombre d’expérimentateurs et d’observateurs; ainsi donc, pour obtenir par les combinaisons, non pas une loi logique, mais la seule loi physique, qui est en môme temps logique, il faut se borner à étudier les faits et les objets de l’ensemble des sciences découvertes depuis tous les siècles par des milliers d’individus. Ainsi chacun restera convaincu que, dans la production de chaque fait, il ne faut que mouvement et aflinité : 1° le mouvement se trouve dans les accroissements indéfinis des molécules de l’électre ; 2° l 'affinité se trouve dans l’inégale densité de ces molécules d’électre : 1° des molécules plus denses sont composées les équivalentes de l’électricité positive, et 2* des molécules les moins denses sont composés les équivalents de l’électricité négative (§ 1 9).
Chaque expansion des molécules ne s’opère pas par une cause qui exerce sur elles une poussée, mais elle commence spontanément dès qu’il s’opère l’éloignement de la résistance qui empêchait l’expansion. Le lecteur, connaissant ce qu’ignoraient les auteurs des cosmogonies, jugera facilement qu’il leur était absolument impossible de parvenir au but qu’ils se proposaient. Comme exemples, je cite ici les
expositions du système du monde faites par Buffon et par Laplace; car, étant les plus récentes, elles sont considérées comme ayant le plus d’autorité.
1* Système de Buffon.
§ 20G. Tous les naturalistes ont reconnu qu’il y a eu une cause commune qui produisit en même temps, 4° le rapprochement des orbites des planètes du plan équatorial du Soleil, et 2° le même sens de la direction des mouvements orbiculairesdes planètes et du mouvement de rotation du Soleil. Ces faits, classés dans l’esprit de BufTon, lui ont fait connaître que la masse des planètes faisait autrefois partie de celle du Soleil. La difficulté se réduit à connaître la cause et le mode de la séparation des jets de masse brûlante de celle du Soleil ; de plus, il fallait encore prouver comment il s’est fait que les masses qui ont été séparées du Soleil n’y pouvaient plus retourner, question que Newton ne put résoudre; il fit intervenir l’action suprême pour exercer le choc tangentiel, et il se trouva par suite à l’abri de toute objection.
Voulant aller plus loin que Newton, Buffon admit que le choc a été exercé par la masse d’une comète précipitée sur le Soleil. C’est par un pur oubli que Buffon, pour apprécier cette hypothèse, n’a pas rapporté comme exemple les étoiles nouvelles, dont l’apparition subite rend évidente l’identité des faits, et pour Laplace, cette comparaison serait très-instructive; vu que la constitution physique du Soleil était inconnue, il était facile à Laplace de réfuter le système de Buffon par l’inconséquence qui se présente dans le sens de la direction de la rotation des planètes et surtout d’Ura nus, et celle du mouvement orbiculaire des satellites autour des planètes. Bnffon de son côté n’osait pas faire intervenir de nouvelles comètes pour faire séparer de la masse de chaque planète celle de ses satellites.
Le choc qu’exercerait une comète est insignifiant à cause
do son poids extrêmement petit par rapport à son volume; de l’autre part, uu choc pareil ne produirait que le détachement ou le déplacement d’une partie insignifiante de la masse du Soleil, partie dont la grandeur est des millions de fois supérieure à celle de la comète. En admettant même, comme BufTon le faisait, une telle séparation des jets de masse brûlante, Laplace prouva qu'il fallait que l'excentricité des planètes fût analogue à celle des comètes, et cependant Laplace ignorait la cause physique de la grande excentricité des orbites des comètes.
2° Hypothèse de Laplace sur la formation de notre système planétaire.
§ 207. Après avoir facilement réfuté eu partie le système de Ballon, Laplace, guidé parles découvertes des nébuleuses faites par Herschel, se proposa de faire ressortir le Soleil en même temps que les planètes et les satellites de la matière primitive contenue dans une nébuleuse, ayant pour rayon la distance qui sépare Neptune du Soleil ; mais à cette époque Neptune n’étant pas connu, Laplace devait admettre pour rayon de la nébuleuse la distance entre Uranus et le Soleil. Ayant pour données la matière primitive et l’état final du système planétaire, Laplace, ainsi que Buflon, entreprit de résoudre le grand problème, se croyant en état de relier les deux extrémités par une série d’actions que ce mathématicien déduisait des calculs basés sur les mouvements observés, car il ignorait que les actions résultent de l’expansion spontanée des volumes des molécules de l’éleclre , expansion qui apparaît par l’éloignement de l’obstacle qui l’empêche; de plus, la matière des nébuleuses n’est qu’un amas de météores tout à fait inconnus à Herschel et à Laplace.
Il a donc fallu que Laplace employât une série d’hypothèses pour parvenir aux faits connus, en partant, par exemple, d'une matière hypothétique précédemment ié-
270 CHAP. ni.— OPINIONS DES ASTRONOMES SUR LES NÉBULEUSES.
pandue dans l’espace, et puis accumulée par l’attraction en un espace inférieur entourée d’un vide des millions de fois plus grand que celui occupé par la nébuleuse. L’espace vide autour de notre système planétaire est cependant trouvé d’une trop grande étendue par rapport à celui qui sépare les systèmes des planètes lumineuses.
Pour composer notre système planétaire, Laplace admit la série des hypothèses suivantes dont il ignore l’origine.
1* La matière de la nébuleuse, accumulée par l’attraction, se trouva en un mouvement de rotation autour d’un axe ; la cause d’une telle rotation est inconnue.
2° Le froid de l’espace est évalué à 160 degrés, et cependant la matière nébuleuse ne se refroidit pas , se trouvant précédemment dans cet espace, mais elle resta brûlante comme elle est dans le Soleil et comme elle est admise dans les nébuleuses; la cause de cette persistance de la chaleur est inconnue.
3* Le refroidissement de la matière nébuleuse gazeuse produit une condensation des molécules des couches superficielles ; il en résulte une masse solide ; cette masse ne reste pas en place comme une enveloppe solide séparant le froid de l’espace des couches inférieures brûlantes, mais en gros morceaux solides, elle doit traverser tout l’espace entre Neptune et le Soleil pour aller se placer à son centre et faire ainsi résulter un noyau destiné à servir de centre de gravitation. Cette précipitation des masses solidifiées doit, suivant Laplace, s’élre opérée d’après la même loi physique qui fait tomber les gouttes d’eau résultant de la condensation de la vapeur contenue dans l’atmosphère. Quant à expliquer pourquoi les masses solidifiées par le froid, n’ont plus été réduites en vapeur et comment elles ont été sollicitées vers le centre de la nébuleuse, voilà ce qu’ignorait Laplace.
4' Des masses ainsi sollicitées de la surface au centre , 1° n’obéissent uniquement qu’à l’attraction de celles des
deux pôles de la nébuleuse : la vitesse do leur chute augmente proportionnellement avec les carrés de temps écoulés; 2° toutes les autres molécules de la masse avaient un mouvement périphérique dont les rayons augmentaient des deux pôles vers l’équateur; par suite, chacune de ces molécules parcourait en une unité de temps des arcs dont les longueurs étaient proportionnelles aux rayons ou aux distances de l’axe. En se rapprochant du centre et par suite de l’axe, chaque molécule devait terminer une périphérie de longueur égale à celle de l’arc qui était parcouru en un même espace de temps. Suivant la loi de Képler, jamais la pesanteur ne peut faire précipiter les corps périphériques sur le corps central : quant à savoir comment s’opéra la précipitation admise par Laplace, la cause lui en est inconnue, ou, pour mieux dire, c’est par oubli que Laplace a introduit des hypothèses contradictoires entre elles et avec la loi de Képler.
Après avoir obtenu la formation du Soleil au moyen de la série des hypothèses indiquées, Laplace en introduit une autre série pour faire ressortir neuf anneaux du petit reste de la nébuleuse. Dans cette nouvelle série de faits entrent comme causes physiques deux forces, l’une résultant de l’attraction et l’autre centrifuge; Laplace ignorait cependant en quoi consiste uno force.
Après la subdivision du reste de la matière en neuf anneaux concentriques, au moyen de ces deux forces, commença le refroidissement des molécules superficielles de chaque masse annulaire; les masses condensées, en se précipitant au milieu de l’épaisseur de chaque anneau, ont rompu l’équilibre; ainsi, au moyen de la force d’attraction, la matière s’accumula en grande partie en un seul espace, de façon que de chaque anneau résultât une planète.
Du petit reste de matière subsistant dans chaque anneau planétaire ont dô se former huit anneaux concentriques. Comme exemple de la production de tels anneaux, Laplace cite les anneaux de Saturne, qui se sont conservés sans se
272 Cil AP. 111.— OPINIONS DES ASTRONOMES SUR LES NÉBULEUSES.
transformer en satellites : la cause de ce fait a été attribuée à un équilibre où se sont exceptionnellement trouvées les molécules matérielles de ces anneaux. En composant sou système planétaire, Laplace croyait voir, dans les anneaux conservés de Saturne, une preuve directe de l’existence d’autres anneaux pareils autour des planètes aussi bien qu’autour du Soleil.
Sans doute, Laplace se fût abstenu d’établir un pareil système s’il eût vécu à notre époque, et eût pu voir, dans le télescope de lord Ross, que, parmi les nébuleuses irrésolubles d’IIerschel, plusieurs se présentent composées de huit bandes spirales dont les quatre intérieures séparées par un espace vide des quatre extérieures. Il y a, en effet, un rapport entre le nombre de planètes et celui de ces bandes : cependant les bandes se présentent sous forme spirale et non pas sous forme circulaire.
Laplace serait plus étonné encore lorsqu’il se verrait forcé de reconnaître l’illusion optique produite par le sillon équatorial de Saturne, et qui fait apparaître les anneaux dont la réalité paraissait incontestable.
Si, basé sur les faits actuellement connus, quelqu'un entreprenait la composition d’une cosmogonie par l’introduction d’hypothèses logiques, ou peut être sûr qu’au bout de peu de temps, par suite de la découverte de faits nouveaux, cet ouvrage serait réfuté par quelque nouvel auteur qui composerait à son tour une cosmogonie dont les défauts seraient bientôt mis en lumière.
Aujourd’hui les hypothèses, les théories ou les systèmes n'ont aucune valeur réelle : ce ne sont que des espèces de fables ayant quelque rapport avec les faits cosmiques. Plusieurs auteurs se bornent à rapporter les opinions des autres, et quand ils ont eu la chance de découvrir un fait, ils cherchent, à force d’hypothèses, à en exagérer l’importance, et à lui donner, avant tout, un but d’utilité industrielle.
ET DES OnnnES DE cosmogomes.