CHAPITRE III
CLASSIFICATION DES NEBULEUSES.
§ 381. Ne possédant que les résultats obtenus par les observations, les astronomes ne pouvaient avancer qne parallèlement avec les perfectionnements de leurs instruments. Depuis la découverte de la loi de pesanteur par Newton et des lois de Képler, on reconnut l’existence d’une autre voie conduisant aux découvertes de nouveaux faits que l’on ne peut pas obtenir directement par les observations. Pour expliquer l’origine du mouvement orbiculaire, Newton, manquant des connaissances de la physique céleste, a dû invoquer l’action suprême.
Les astronomes modernes, au lieu d’appliquer toute leur attention à la recherche de la cause physique du mouvement de rotation dès corps célestes et à celle de leur mouvement orbiculaire, et d’y reconnaître ur.e liaison physique, s’efforcèrent, même contre les raisonnements logiques, de se prouver à eux-mêmes qu’il y a identité entre le mouvement orbiculaire et le mouvement de rotation; ils ont voulu à toute force croire que la Lune de même que la Terre a un mouvement de rotation ; ils remplacèrent la physique par la dialectique, parce qu’il leur était impossible de découvrir ce que Newton lui-même avait cherché en vain.
Il a fallu que Képler existât pour que Newton parût ensuite ; de même il a fallu que les découvertes célestes d’Herschel, des astronomes modernes et surtout celles obtenues dans le télescope de lord Ross préexistassent, pour donner
naissance à la Physique céleste dans laquelle les faits découverts s'arrangent d’une manière qui rend évident le mode de leur production. Les matériaux accumulés ont servi à la composition d’une science basée sur la loi physique; ainsi, d’une part, ces matériaux étant connus, je les expose d’abord en cet état; et d’autre part l’Astrogonie étant déjà exposée, je ne ferai que disposer les matériaux de façon qu’il en résulte un ensemble dans lequel chaque corps céleste est une partie intégrante. L’Astrogonie résulta de faits découverts par Herschel et lord Ross, de même que la loi de la gravitation résulta des lois de Képler.
Les points lumineux découverts dans les nébuleuses résolubles, reçurent d’Hcrschel le nom impropre d 'étoile, et cela parce que les étoiles se présentent comme points lumineux. Avant de donner cette nomination aux points lumineux, Herschel négligea de prendre en considération la différence qui existe entre les amas composés d’étoiles réelles et ceux des points constituant les nébuleuses résolubles, ce sont les astronomes actuels qui ont rectifié la dénomination donné par Herschel ; ils nommèrent individus cosmiques les points lumineux pour les distinguer des étoiles réelles. Cette distinction, quoique purement nominale, auraitévitéà Herschel bien des erreurs s’il eût voulu la faire, car il est facile de faire comprendre au lecteur que les individus cosmiques sont des météores ou des corps non pas massifs comme les étoiles, mais composés de gros ballons dont les enveloppes sont celles des vessies de vapeur de forme ovalaire qui gelèreul en conservant celte forme.
En coordonnant l’aspect des individus cosmiques et les résultats des rayons traversant lesdits météores d’après la loi d’optique, chacun reste convaincu que ces corps de si gros volume ne sont pas massifs ni lumineux par euxmêmes. Une nébuleuse se trouvant dans la plus petite distance possible de la Terre et n’ayant pour diamètre que 1', serait d’une grandeur égale au système solaire. Ce corps
1 étant massif, exercerait des effets de pesanteur correspondants. Mais il y a des nébuleuses de diamètre de 1 B', de 30' et même de 2° et davantage ; ces nébuleuses étant massives, elles ne manqueraient pas de faire paraître les effets de la pesanteur, même à la distance où ces corps se trouvent.
D’autre part il est incontestable qu’il existe des météores qui se manifestent comme planétoïdes, bolides, étoiles filantes ou comètes de grand volume sans poids sensible : ce sont ces corps qui sont les individus cosmiques. Cette dénomination est ici tout à fait impropre, parce que ces corps qui circulent dans l’espace ont leur origine dans la masse ' empyrée pâteuse et visqueuse dont ils conservent le mouvei ment orbicuiaire; éloignés de la masse brûlante, les mété- I ores deviennent des individus comme les étoiles; ils n’y i existaient pas avant d’être produits des molécules de la i masse brûlante ou empyrée.
§ 382. Pour fixer les idées, j’indiquerai d’abord les états des nébuleuses qui ont servi de base à leur classification. Le nombre de nébuleuses avant Herschel n’était que d’une centaine; il s’éleva à 2300 dans le catalogue de cet infatigable observateur ; actuellement, en y comprenant les nébuleuses de l’hémisphère austral, le nombre des nébuleuses s’élève à 6000 ; cependant John Herschel rendit le nombre trop fort en y comprenant environ 400 nébuleuses exotiques composant les deux nuées de Magellan; de même les étoiles voisines sont considérées par le même astronome comme étant des nébuleuses réelles. Ici le nombre est indifférent, je veux indiquer d’abord la classification basée sur l’aspect des nébuleuses pour en faire ressortir la classification basée sur l’état physique de ces corps.
Herschel distingua et divisa les nébuleuses découvertes en huit classes :
I 288 nébuleuses lumineuses,
II 907 nébuleuses faibles,
in 978 nébuleuses très-faibles,
V 52 nébuleuses très-grandes,