CHAPITRE IV
Des diverses manières de considérer les corps.
§ I. Le système dynamique est maintenant fort en usage en Allemagne, et celui des alornes obtient le même avantage en France. Nous ne devons donc pas nc'gliser d’en donner une courte exposi-
(1) L’auteur veut sans cloute parler ici de la chaleur qui se dégage, en effet, du mélange, lorsque les deux gaz qui le composent entrent en combinaison et forment de l’eau. J’ai prouvé par une expérience directe que la transmission de l’étincelle électrique n’est point nécessaire pour la formation de l’eau. Car en enfermant les deux gaz dans un canon de fusil, et en les comprimant avec rapidité, la seule chaleur qui s’en dégage, les enflamme et détermine leur combinaison. Mais il faut prendre quelques précautions en faisant cette expérience ; car le tube de fer éclate souvent par la force de l’explosion.
DES CORPS EN GENERAL. l3
tion. Tous deux sont des tentatives de l'esprit humain, pour se représenter autant que possible l’essence intime des corps.
Système des atomes . (i)
$ 2. Les partisans de ce système supposent chaque corps composé de particules indivisibles et impénétrables, qu’ils nomment atomes ; elles sont d’une petitesse presqu’infinie, laissent entre elles des espaces vides, et rendent ainsi la porosité une propriété nécessaire des corps. Elles ne se touchent point, mais sont maintenues à distance par de certaines forces attractives et répulsives qui existent entre elles : de là vient que, dans le volume de chaque corps , il y a beaucoup plus d’espace vide que de matière. On peut, avec ce système , expliquer les variétés matérielles des corps, soit par une différence matérielle des atomes, soit par une différence dans leur forme, leur grandeur, leur position et leur distance. Lorsque deux substances se combinent chimiquement, les atomes de Lune pénètrent dans les interstices de l’autre, et les atomes des deux substances se combinent si parfaitement , qu’ils deviennent ensemble comme de nouvelles espèces de particules constituantes, à cela près qu’elles ne sont pas simples, mais composées.
Système dynamique .
§ 3. Dans ce système, on regarde chaque corps comme un espace rempli d’une matière continue. La porosité devient alors une propriété accidentelle de la matière ; mais la compressibilité et la dilatabilité en sont des qualités essentielles. L’état d’un corps ne dépend que de certaines forces attractives ou répulsives, et son volume doit changer aussitôt que les rapports de ces forces ne sont plus les memes. On explique les variétés matérielles, en admettant l’existence de quelques substances primitives simples dont les combinaisons différentes produisent tous les corps. Lorsque deux substances se combi-
(i) Le système atomistique de Dation , semble indiquer que les atomes, ou les dernières particules de la matière, ont, pour chaque corps différent, un poids relatif qui fait partie de leurs propriétés immuables. Dans ce système, tous les corps simples sont formés d’atomes de poids fixes et différens : on ne connaît pas le poids absolu de chaque atome , mais bien le rapport qui existe entre ces différens poids.
lient chimiquement, les partisans de ce système doivent admettre absolument qu’elles se pénètrent dans leur essence la plus intime.
Co nsidératiojis emp i 1 iques .
5 4* L’histoire de la science apprend que les considérations purement spéculatives ont toujours égaré. Le véritable physicien ne doit donc s’astreindre ni au système des atomes , ni au système dynamique : la nature intime des corps nous restera toujours cachée. Ce que nous connaissons de leurs parties extérieures, nous le devons entièrement à une observation attentive, et à une critique prudente de ce que nos sens nous indiquent. Les Mathématiques elles -mêmes nous égarent, lorsqu’elles n’ont pour fondement que des hypothèses ingénieuses et non des principes établis sur les faits mêmes. Le physicien doit donc ne reconnaître pour véritable, que ce qui a été prouvé par l'expérience. Il peut cependant, il doit même employer des hypothèses; mais il faut qu’elles puissent être essayées à la pierre de touche de l’observation. Toute hypothèse qui ne peut être confirmée ou renversée par l’expérience, n’est qu’un jeu d’esprit et une véritable subtilité. Cependant, de telles hypothèses peuvent être quelquefois employées comme des moyens de se représenter les choses réelles ; mais alors il faut toujours se souvenir que ce sont seulement des fictions accommodées à la faiblesse de notre esprit.
Cette manière d’étudier la nature, est ce que je nomme la considération empirique , et je la regarde comme le seul moyen exact d’avancer dans sa connaissance.