‹ Physique médicale [electronic resource]Chapitre 14 sur 46 · RÉSULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE BACK · texte numérisé non relu

RÉSULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE BACK

Température Température

DESIGNATION DE l'ANIMAL. de l'animal.

de 1 air.

Dinerence.

Gelinotte noire d'Amérique (mâle).

Id Id

Id Id

Lagopède des saules (mâle)

Id Id

§ IV. — Répartition de la température chez les animaux supérieurs.

Les diverses parties du corps d'un même animal n'ont pas toutes la même température. Dans ses recherclies , Martine a trouvé à la peau 1^ de moins que dans les viscères intérieurs, et daiis ceux-ci 1° de moins que dans le sang. Sur un chien, J. Hunter (2) a trouvé 38%06 dans le rectum, 38^20 dans le tissu du foie, 38% 33 dans Testomac et dans les cavités droites du cœur. Le même observateur (3), ayant exploré l'urètre à diverses profondeurs, trouva 33",33 dans le canal, à 1 pouce de l'extrémité du gland, 33%89 à 2 pouces, 34%^^ à U pouces, 36% 11 au niveau du bulbe. Par une température extérieure de 17%78, J. Hunter (4) constata, sur un loir bien

(1) Comptes rendus des séances de l'Acad. des sciences, t. II, p. 621.

(2j Loc, cit., t. IV, p. 219.

(3) Loc. cit., t. 1, p. 333.

(4) Loc. cit., t. I, p. 334.

éveillé, que le thermomètre montait à 23%33 dansle milieu de l'abdomen, à 27", 67 près du diaphragme, et à 37 ", 50 près du foie. Sur un cheval tué parla section de la moelle épinière, Garlisle trouva .*i6°,ll dans la vessie, 36o,67 dans le côlon, 38%33 dans l'estomac, 39%^Zt dans la rate. C'est surtout J. Davy (1) qui a publié de nombreux et importants résultats sur la distribution de la température dans les diverses parties du corps d'un même animal Sur cinq agneaux, au moment de la mort, il a trouvé moyennement 40%/i5 dans le rectum, /i0'',67 dans le ventricule droit du cœur, M\12 dans le ventricule gauche. Sur quatre agneaux récemment tués, la température du cerveau s'élevait moyennement à 40^53 et celle du rectum à U0\9\. Nous devons au même observateur le tableau suivant de la distribution de la température dans les diverses parties du corps d'un

agneau qu'on venait de tuer.

Sur l'os du tarse 32^22

Sur l'os du métatarse 36,11

Sur Tarticulation du genou 38,89

Vers le haut de la cuisse. 39,44

Sous ia hanche. 40,00

Au milieu de la matière cérébrale. . . 40,00

Rectum 40,56

Sang de la veine jugulaire 40,84

Vers la base du foie 41,11

Dans le ventricule droit du cœur. .. 41,11

Dans le parenchyme du foie 41,39

Dans le parenchyme pulmonaire. . . 41,39

Sang delà carotide 41,67

Dans le ventricule gauche du cœur. 41,67

(I) Bibliothèque britannique, 1815, t. LX, p. 115.

Les températures locales superficielles rapportées dans le tableau précédent ont été prises en plaçant le réservoir du thermomètre sous la peau au moyen d'une incision. La même précaution n'a pas pu être observée dans les recherches suivantes qui portent sur l'homme vivant ; cependant, bien qu'elles aient moins de valeur que les précédentes, nous croyons devoir les mentionner.

Sous la plante du pied 32,22

Entre la malléole interne et l'insertion du tendon d'Achille, sur l'artère 33,89

Sur le milieu du tibia 33,06

Sur le milieu du mollet 33,89

Sur l'artère poplitée au pli du genou 35,00

Sur la fémorale au milieu de la cuisse 3i,44

Sur le milieu du muscle droit 32,78

Sur les gros vaisseaux de la hanche, 35,84

1/i de pouce au-dessous du nombril 35,00

Sur la sixième côte gauche, sur le cœur, .... 34,44

Sur la sixième côle droite 33,89

Sous l'aisselle, où Von applique la surface entière du réservoir du thermomètre 36,67

La température relativement très élevée de l'aisselle tient évidemment à ce que le thermomètre s'est trouvé là seulement convenablement placé pour une bonne observation, parce que la totalité du réservoir était en contact avec des parties vivantes. Ce résultat prouve que, pour constater la température des parties superficielles, le thermomètre ne peut rendre que très peu de services.

Des tableaux et des résultats qui précèdent on peut conclure que : 1*^ La température va croissant à mesure K\m delapeau on pénètre dans l'intérieur de l'animal et

qu'on s'avance des extrémités des membres vers leurs racines; 2^ les parties contenues dans l'intérieur du crâne ont une température inférieure à celles des viscères du bassin ; y la température du tronc va croissant de ses deux extrémités vers le diaphragme; /i" le maximum de température existe dans le ventricule gauche du cœur.

Depuis Boerhaave, les physiologistes les plus recommandables ont admis que la température du sang artériel est supérieure à celle du sang veineux. J. Davy (1) a fourni sur ce sujet des documents d'une haute importance ; il a constaté que la température du sang de la carotide l'emportait moyennement sur celle du sang de la jugulaire de 0",67 chez cinq agneaux, de û%62 chez trois brebis, de 0%66 chez deux bœufs. Ces expériences ont été pratiquées sur des animaux vivants en introduisant (le très petits thermomètres dans les vaisseaux. Ce mode opératoire n'est point à l'abri de toute objection ; il peut en résulter un trouble notable dans la circulation. J. Davy dit aussi avoir constaté, sur des agneaux morts d'hémorrhagie, que les cavités gauches du cœur ont une température supérieure à celle des cavités droites.

M. Becquerel (2) a employé des aiguilles thermo-électriques pour étudier la distribution de la température dans le corps des animaux. Aprèsavoir vérifié l'exactitude des résultats obtenus par Davy, il a appliqué très heureusement cette méthode d'exploration très délicate et irréprochable à des questions dont le thermomètre à mer-

(1) Bibliothèque britannique f 1815, t. LX, p. 115.

(2) Ann. de chim et de phys,, 2^ série, LIX, p. 1 13.

cure n'aurait jamais pu fournir une solution satisfaisante. Les aiguilles thermo-électriques, en effet, peuvent être glissées dans les interstices des tissus sans les désorganiser ni les déchirer, et poussées dans les vaisseaux sanguins sans occasionner aucun trouble dans la circulation .

Supposons qu'il s'agisse de mesurer la température des masses musculaires du bras (fig. 27). M. Becquerel

Fig. 27.

commence par traverser le corps des muscles de cette région avec une aiguille thermo- électrique à soudure médiane ; il place dans la bouche la soudure delà seconde aiguille. Ces deux aiguilles, mises en communication avec le galvanomètre par leur extrémité cuivre, sont reliées l'une à l'autre par leur extrémité fer, à l'aide d'un fil de même métal. Le sujet en expérience respire par le nez ; un très petit thermomètre placé sous la langue indique la température de la bouche et prouve qu'elle reste constante pendant toute la durée de l'observation.

TEMPÉHATIJKE DES ANIMAUX. 107

Le sens de la déviation de Taiguille du galvanomètre indique de quel côté existe l'excès de température, et la table de réduction construite à l'avance sert à esti mer la valeur de cet excès en degrés du thermomètre à mercure.

Quand il s'agit de comparer la température de deux portions du corps, comme, par exemple, d'un muscle et du tissu cellulaire qui l'entoure, chacune de ces parties est transpercée avec une des deux aiguilles qu'on met ensuite en communication entre elles et avec le galvanomètre, et l'opération se termine comme précédemment par l'observation de la déviation et sa transformation en degrés centésimaux.

Les faits dont ces recherches de M. Becquerel (1) ont enrichi la science sont trop importants pour que nous n'en consignions pas ici les principales conséquences.

1" Le sang, soit artériel, soit veineux, est d'autant plus chaud qu'on l'examine plus près du cœur. Ainsi, dans la carotide, la température du sang est deO^lS au-dessus de celle du sang de l'artère crurale; la température du sang de la veine jugulaire l'emporte de 0%30 sur celle du sang de la veine crurale.

2° La température du sang artériel est toujours notablement supérieure à celle du sang veineux quand Texpérience porte sur des points correspondants de vaisseaux collatéraux. Ainsi, à l'origine de l'aorte, la température du sang l'emporte de 0%Sk sur celle du sang de la veine cave supérieure, au point où ce dernier vais^

(1) Traité de physique ^ t. Il, p. bi.

108 PHYSigUE MÉDICALE.

seau s'ouvre dans l'oreillette droite; la température du sang de l'artère crurale est moyennement supérieure de 0%9S à celle du sang de la veine crurale.

3° La température des muscles l'emporte considérablement sur celle du tissu cellulaire qui leur sert d'enveloppe. M. Becquerel a constaté directement ce fait sur l'homme et sur les animaux. Ainsi, chez l'homme, la moyenne de quatre expériences donne au biceps brachial au repos une température supérieure de 1%57 à celle du tissu cellulaire adjacent; sur un chien, la température d'un muscle de la cuisse au repos a été trouvée supérieure de r,i^O à celle du tissu cellulaire.

La question de la distribution de la température dans le sang artériel et dans le sang veineux des diverses parties de l'économie a été reprise dans ces derniers temps par M. le professeur Bernard; bien que ses recherches ne soient pas encore publiées, il a bien voulu nous en communiquer les principaux résultats. M. Bernard a opéré constamment sur des mammifères, sur des lapins, des chiens, des moutons et des chevaux; les thermomètres employés étaient des thermomètres métastatiques à mercure assez petits pour pouvoir être introduits directement dans les vaisseaux sur Tanimal vivant, sans arrêter la circulation, et assez sensibles pour permettre d'apprécier, à l'œil nu, nn vingtième de degré. Ces recherches , d'ailleurs, ont été faites en commun par MM. Bernard et Walferdin. Pour mettre de l'ordre dans l'exposition des résultats remarquables obtenus par ces deux éminents observateurs, il est nécessaire de diviser le système circulatoire en trois sections.

iô9

Première section, comprenant la veine caue supérieure et toutes les veines qui y aboutissent^ la crosse de V aorte et toutes les artères qui en émayient. — Dans toute rétendue de cette section, lorsque l'observation porle sur des portions de vaisseaux situées à la même distance du cœur, la température du sang veineux est constamment inférieure à celle du sang artériel. Ainsi le sang des veines des membres antérieurs et de la jugulaire est moins chaud que celui des artères des mêmes membres et de la carotide ; le sang de la veine cave supérieure jusqu'à son abouchement dans Foreillette droite est moins chaud que le sang de l'aorte ascendante.

Deuxième section, comprenant la circulation abdominale , la veine cave ascendante et toutes les veines qui y çàoutissent^ V aorte descendante et toutes les artères qui en émanent, — Dans cette section, les résultats sont complexes; ils varient suivant les régions explorées.

1" Le sang de la veine rénale est plus chaud que celui de l'artère rénale.

2" Le sang de la veine porte, en un point quelconque de son trajet avant son entrée dans le foie, est moins chaud que celui des veines sus-hépatiques.

V Le sang des veines sus-hépatiques est plus chaud que celui de l'aorte descendante immédiatement au-dessous du diaphragme.

4" Le sang des veines des membres inférieurs est moiiis chaud que celui des artères correspondantes. Il en est de même du sang des veines et des artères iliaques; le sang de la veine cave ascendante jusqu'à l'abouchement de la

veine rénale est aussi moins chaud que celui de l'aorte descendante au-dessous de l'origine des artères rénales.

5'' Le mélange du sang de la veine rénale avec celui qui revient des membres intérieurs entraîne ce résultat que , dans toute la portion de la veine cave comprise entre l'abouchement des veines rénales et le foie, le sang est plus chaud que dans la partie de l'aorte descendante qui s'étend du diaphr^igme à l'origine des artères rénales.

6° Au moment où les veines sus-hépatiques se dégorgent dans la veine cave ascendante, la température du sang de cette dernière veine s'élève encore et V emporte de beaucoup sur celle du sang de la partie correspondante de l'aorte. Le confluent des sus-hépatiques et de la veine cave est le lieu le plus chaud de l'économie ; c'est là que le sang atteint le maximum de température.

Troisième section. Cavités du cœur. — Dans l'oreillette droite, le sang très chaud àe la veine cave inférieure se mêle au sang de la veine cave supérieure ; sa température tombe au-dessous de ce qu'elle était au niveau du diaphragme, mais reste cependant supérieure à celle du sang de l'aorte descendante. 11 était curieux de constater l'influence du passage du sang dans les capillaires pulmonaires sur la température de ce liquide; à cet efl'et, M. Bernard a entrepris une très belle série d'expériences comparatives sur les cavités droites et les cavités gauches du cœur.

Sans ouvrir la poitrine, il a introduit successivement le même thermomètre dans le ventricule droit et dans le ventricule gauche, en faisant pénétrer l'instrument par la veine jugulaire et par le tronc brachiocéphalique. Cette opération a été pratiquée sur quinze moutons vivants.

Sept fois le thermomètre fut introduit d'abord dans le ventricule droit et puis dans le ventricule gauche ; huit fois l'exploration fut tentée dans l'ordre inverse.

Constamment le sang du ventricule droit du cœur, chez les animaux vivants, a été trouvé plus chaud que le sang du ventricule gauche.

M. Bernard a aussi opéré directement sur le cœur des animaux morts. Quand la poitrine est ouverte très rapidement et que les cavités du cœur sont explorées avec des instruments très sensibles, de manière qu'il s'écoule très peu de temps entre la mort de l'animal et l'indication thermométrique, les résultats sont les mêmes que sur le vivant, et la température du cœur droit est supérieureh. celle du cœur gauche. Mais, si le cœur est resté exposé quelque temps au contact de l'air, si l'opération n'est pas faite très vite, les résultats sont inverses et le cœur droit est moins chaud que le cœur gauche. Les expériences directes de M. Bernard sur la vitesse relative du refroidissement des liquides contenus dans le ventricule droit et dans le ventricule gauche du cœur exposé au contact de l'air donnent la clef de cette apparente contradiction. Il a plongé un cœur dans de l'eau légèrement échauffée après avoir introduit un thermomètre dans chacun de ses ventricules, et il a attendu que l'équilibre s'établît entre l'eau extérieure et les cavités de l'organe ; les deux thermomètres marquaient la même température. Il a alors retiré le cœur de l'eau, il l'a laissé au contact de l'air ; il a étudié la marche descendante des deux thermomètres, et il a vu que, en raison de la moindre épaisseur de ses parois, le ventricule droit se

lis msiQUË MÉDtiCÂLÊ.

refroidit plus vile que le gauche. Ceci nous explique pourquoi les observateurs qui, comme J. Davy, ont opéré sur des animaux morts, ont pu être induits en erreur et assigner au ventricule gauche une température supérieure à celle du ventricule droit.

Il résulte incontestablement des recherches de M. Bernard que le sang se refroidit en traversant le poumon, et que normalement la température des cavités gauches du cœur est inférieure à celle des cavités droites. Ce fait important avait déjà été découvert, en 1832, par M. Malgaigne, et publié dans un mémoire de M. Collard de Martigny, intitulé : De Vinfluence de la circulation générale et pidmonaire sur la dialeur du sang^ et de celle de ce fluide sur la chaleur animale (l). M. Malgaigne, d'ailleurs, avait, comme M. Bernard, poussé des thermomètres dans les cavités du cœur à travers Les gros vaisseaux du cou.

Nous devons nous contenter ici d'une simple exposition des résultats fournis par l'étude de la distribution de la température dans les diverses parties de l'économie; plus tard (chap. V, art. u), nous les reprendrons et nous les discuterons. Nous montrerons alors que tous ces faits, loin d'être en contradiction avec la doctrine qui place, dans les phénomènes physico-chimiques de la respiration, la véritable source de la chaleur animale, sont au contraire, dans leur ensemble, une démonstration complète à posteriori de la vérité de cette théorie.

(1) Joiirn. complém, des sciences méd,, t. XLIII, p. 286 et 287,

ARTICLE 11

Sous cette dénomination cVanimaux inférieurs, nous comprenons les deux dernières classes de vertébrés et tous les invertébrés. Quoique très différents par leur organisation, ces animaux se rapprochent par ce fait, que leur température ne se montre pas, comme celle des oiseaux et des mammifères, sensiblement constan!e et indépendante des circonstances extérieures , mais est sujette à des oscillations considérables qui traduisent les variations de celle du milieu (air ou eau) dans lequel ils vivent. Il ne s'agit donc pas de déterminer d'une uîanière absolue la température de ces animaux, mais de chercher dans quel sens et de combien leur état thermique diffère, dans un moment donné, de celui des corps environnants. Cette recherche présente souvent de grandes difficultés; il nous paraît nécessaire de passer d'abord en revue les procédés thermométriques employés , cette étude nous servira à déterminer le degré de confiance que méritent les résultats obtenus par les divers observateurs.

En général, c'est le thermomètre à mercure qui a été employé. Lorsque l'animal est assez volumineux pour pouvoir introduire l'instrument dans les cavités intérieures, soit par une ouverture naturelle, soit au moyen d'une incision, ce procédé peut donner de bons résultats. Encore, dans ce cas, s'expose-t-on à méconnaître complètement la production de chaleur dont l'animal est le

siège, si la boule du thermomètre est trop rapprochée des téguments et si l'expérieuce se fait en plein air. La peau de ces animaux, en effet, surtout de ceux qui ont été retirés de l'eau, est le siège d'une évaporation qui quelquefois entrame une déperdition de chaleur assez considérable pour que leur température tombe au-dessous de celle de l'air. Cela ne veut pas dire que l'animal ne produit pas de la chaleur, mais seulement qu'il n'en fournit pas assez pour compenser l'action réfrigérante de l'évaporation. C'est surtout cette cause d'erreur qu'il faut s'attacher à combattre, et dont il faut tenir compte toutes les fois qu'elle n'a pas été écartée sous peine de méconnaître la vraie signification des faits.

Pour les animaux de petit volume, les observateurs ont souvent employé un artifice particuUer qui consiste à en renfermer un certain nombre dans un vase de verre de petite capacité, de manière qu'ils soient accumulés autour de la boule d'un petit thermomètre. Cette pratique a l'avantage d'empêcher l'évaporation et le refroidissement qui en est la conséquence certaine. Quand il s'agit de prouver simplement que l'animal produit de la chaleur, ce procédé est suffisant, car il est bien certain que la température de l'inlérieur du vase ne peut s'élever au-dessus de la température extérieure qu'autant que l'animal est luimême une source de chaleur. Mais, comme moyen de mesurer exactement la tcmpéroture propre des animaux, ce procédé est fautif. L'air contenu dans le vase, en effet, s'échauffe au contact de l'animal, celui ci s'échauffe à son tour, comme cela lui arrive toutes les fois qu'il reçoit

plus de chaleur du dehors, et, dans cette réaction réciproque de l'animal sur l'air et de Tair sur l'animal, ce dernier s'élève à un degré qu'il n'aurait pas atteint si le milieu environnant avait conservé sa température initiale. En comparant alors le thermomètre intérieur au thermomètre extérieur, on s'expose à attribuer à l'animal une température propre beaucoup plus élevée que celle qu'il possède réellement. Toutefois, nous le répétons, si ce moyen ne donne pas une mesure exacte de l'intensité du phénomène, il n'en est pas moins excellent pour vider la question de savoir si l'animal produit ou non de la chaleur.

Newport(l), dans ses recherches sur la température des insectes, a employé un autre procédé. L'animal, saisi avec une pince, était appliqué et maintenu contre le réservoir du thermomètre. En agissant ainsi, cet habile observateur pensait se mettre complètement à l'abri de toute chaleur communiquée par les mains, soit au thermomètre, soit à l'animal lui-même. Il est douteux que, avec quelque soin qu'il ait opéré, il soit parvenu à faire complètement disparaître cette cause d'erreur. D'ailleurs, l'animal, saisi avec une pince, s'agite, frotte le verre de l'instrument avec ses pattes, et les divers articles de son corps les uns contre les autres. La collision de toutes ces parties dures doit nécessairement développer de la chaleur et influer sur la marche du thermomètre. Pour se mettre à l'abri du rayonnement extérieur et de l'évaporation, Newport avait la précau-

(1) Transaclhus pkVosjphiques, 1837, 2'' partie.

fi'ê PHYSIQUE MÉDICALE.

tion d'envelopper l'insecte et le réservoir du thermomètre avec une pièce de laine. Cette pratique estbonne sans doute, mais elle a l'inconvénient de créer autour des animaux une masse d'air confiné de très peu d'étendue, qui, en s'échauffant, peut, comme dans le cas de leur accumulation dans un vase fermé, réagir sur leur température.

Quand il s'agit de prendre la température d'un animal isolé, d'aussi faibles dimensions qu'un insecte, l'emploi du tliermomètre, quelques précautions que l'on prenne d'ailleurs, présente un très grand inconvénient. Bien qu'on puisse choisir un instrument à réservoir très petit, cependant la masse du verre et du mercure qu'il contient ne peut jamais être négligeable par rapport à celle de l'animal. Il en résulte que celui-ci est refroidi par le contact du thermomètre, qui, pour se mettre en équilibre de température, lui emprunte une portion sensible de sa chaleur propre. Cet inconvénient doit être évité avec d'autant plus de soin que, pour les animaux inférieurs, il s'agit de constater des différences de température ordinairement très faibles, et que, chez eux, toute perte de chaleur se répare avec une excessive lenteur. Toutes ces causes d'erreur réunies font que le thermomètre à mercure ne doit être employé qu'avec une certaine réserve pour l'exploration de la température des animaux inférieurs, et qu'on doit complètement renoncer à s'en servir quand l'observation porte sur un animal de très faibles dimensions.

Les instruments thermo-électriques, par leur sensibilité, la rapidité de leurs indications et leur faible volume

TEMPÉRATURE DES ANÏMaUX. ÎÎ7

qui permet de les introduire sans inconvénients dans le corps des plus petits animaux, sont destinés à rendre de grands services à la physiologie expérimentale. Us ont déjà été employés sous leurs deux formes principales; mais ce sont surtout les aiguilles thermo-électriques dont l'usage mérite d'être généralisé.

En 1831, Nobih et Melloni (1) appliquèrent leur pile thermo-électrique à la recherche de la température des insectes. A cet effet, ils fermèrent les deux appendices prismatiques de l'enveloppe de la pile avec deux miroirs sphériques de cuivre poli A et A' (fig. 28) ; de cette façon,

tout rayonnement extérieur était arrêté, et, les deux faces de la pile étant dans les mêmes conditions, l'aiguille du galvanomètre restait à zéro. Si, tout étant ainsi disposé, on place un insecte au foyer principal de l'un des petits miroirs réfléchissants, toute la chaleur rayonnée par la surface de son corps sera renvoyée vers la face correspondante de la pile, et, si l'animal est à mie température supérieure à celle de l'atmosphère, la déviation de l'aiguille du galvanomètre devra l'indiquer. Ce procédé arrête l'évaporation et empêche le rayonnement exté-

(1) Ann. de chim. et de phys , 2*^ section, t. XLVHI, p. 207.

rieur ; il sert à indiquer si l'insecte est une source de chaleur. Mais ici, comme sous la pièce de laine de New • port, la masse d'air confiné est beaucoup trop limitée, sa température peut s'élever sensiblement et réagir ensuite sur celle de l'animal. D'ailleurs, on n'a ainsi que la chaleur émise par rayonnement, et les résultats ne sont pas comparables à ceux qu'on obtiendrait par le contact de l'instrument et du corps de l'insecte.

M. Becquerel (1) s'est servi des aiguilles thermo-électriques pour étudier la répartition de la chaleur chez les animaux supérieurs ; il les a aussi appliquées à la recherche de la température propre des animaux inférieurs. Il est nécessaire de donner quelques détails sur la manière dont l'expérience est conduite en cas pareil. M. Becquerel prend deux boites de carton recouvertes de papier métallique en dedans et en dehors, afin d'augmenter le pouvob réfléchissant. Ces boîtes sont percées de trous qui permettent l'introduction des aiguilles. L'aiguille libre étant déposée dans une des boîtes ouvertes, la seconde aiguille est introduite dans l'animal en expérience préalablement logé dans la seconde boîte ; il place alors en même temps les deux couvercles, et il établit la communication entre les deux aiguilles comme à l'ordinaire. Avant de mettre les aiguilles en communication avec les fils du galvanomètre, il laisse écouler environ dix minutes pour leur donner le temps de perdre toute la chaleur qui aurait pu leur être communiquée par les mains. De cette façon, l'une des soudures se

(I) Traité de physique, t. IV, p. 51.

maintient à la température de l'air de la boîte vide, qui est la même que celle de l'air extérieur, tandis que l'autre soudure prend la température de l'animal. La marche du galvanomètre indique de quel côté est l'excès , et la valeur de cet excès en degrés centésimaux.

Dans ces expériences, l'animal est bien mis à l'abri du refroidissement causé par l'évaporation, mais il est placé dans un espace trop limité ; il peut, par la chaleur qu'il produit, élever la température de l'air de la boîtè, et par conséquent la sienne propre. Tout porte donc à penser que, dans la boite qui renferme l'animal, la température de l'air n'est pas au même degré que dans celle qui ne contient que la soudure de la première aiguille thermoélectrique. Cependant, pour que l'observation soit concluante, il faut de toute nécessité que ces deux masses d'air confiné se maintiennent au même degré, afin que le courant électrique produit provienne uniquement de la différence qui existe entre la température de l'animal et celle de l'air qui l'entoure. Le procédé de M. Becquerel nous paraît , pour toutes ces raisons , mériter moins de confiance que celui de M. Dutrochet. Dans des expériences où les différences à constater ne dépassent pas une fraction de degré centigrade, ces causes d'erreur, quelque minimes qu'elles paraissent, ne sauraient être négligées.

Ce dernier expérimentateur (1)a d'abord rejeté, avec raison, l'emploi des aiguilles à soudure médiane^ parce

(1) Ann. cVhist. nat.y 2* série, Zoologie, t. XIII, p. 5.

que, dans beaucoup de cas, il y a inconvénient à transpercer d'outre en outre le corps des animaux. Il leur a substitué les aiguilles à soudure angulo-terminale , qui n'ont besoin que d'être légèrement enfoncées par leur pointe dans les parties vivantes, et peuvent toujours être plongées à la même profondeur, à 5 millimètres par exemple, comme l'a toujours fait M. Dutrochet pour rendre toutes ses expériences rigoureusement comparables. Exposons maintenant les moyens à l'aide desquels il a mis ses résultats à l'abri de l'influence de toute cause perturbatrice extérieure.

Il se procurait deux animaux de même espèce et de même grosseur. L'un d'eux, au moment de l'expérience, était tué par l'immersion dans de l'eau à 50% puis plongé ^ dans de l'eau à la température

/"^ ' ambiante pour le refroidir.

L'animal vivant et l'animal mort étaient attacliés (fig. 29) chacun à une tige de bois sec d, d, et ces supports étaient implantés dans le sable fm dont était rempli un pot à fleurs a a ; le vase était recouvert d'une plaque de plâtre b b, percée à son centre d'une ouverture moindre que celle du pot. Les aiguilles à soudure angulo-terminale étaient alors enfoncées à 5 millimètres de profondeur, l'une dans le corps de l'animal vivant, l'autre dans

celui de Fanimal mort, et dans des points symétriquement places. Avant de mettre les aiguilles en communication avec le galvanomètre, il attendait un temps suffisant pour que toute la chaleur communiquée par la main eût disparu. De cette manière, rayonnement, action de l'air extérieur, tout était égalisé de part et d'autre, et la différence de température des deux soudures ne pouvait tenir qu'à ce que l'un des animaux était mort et l'autre vivant. Cependant, à la surface de ces deux animaux , il y avait une évaporation. Or rien ne prouve que l'évaporation soit rigoureusement la même chez un animal vivant que chez un animal de même espèce et de même taille récemment mort ; tout porte à penser, au contraire, que, chez ce dernier, le phénomène est plus intense. Pour éliminer cette cause d'erreur, M. Dutrochet humectait le sable du pot à fleurs et recouvrait les deux animaux d'une cloche de verre qui s'appuyait sur la plaque de plâtre b b, de manière à livrer passage aux bouts M et N des aiguilles. D ailleurs, pour rendre tout courant d'air impossible, il accumulait du sable autour des points par lesquels la cloche de verre s'appuyait sur la plaque de plâtre, et celle-ci sur les bords du pot h. fleurs. L'air de la cloche était ainsi promptement saturé d'humidité, toute évaporation devenait impossible, et la différence de température des deux soudures ne pouvait tenir qu'à ce que l'une plongeait dans le corps d'un animal vivant et l'autre dans celui d'un animal mort ; or c'est précisément cette influence qu'il s'agissait d'apprécier.

Toutes les fois qu'il est possible de se procurer deux

animaux de même espèce et de même grosseur, il vaut mieux opérer comme nous venons de le dire; cependant cette condition n'est pas indispensable pour faire une bonne observation. Sous la cloche, en effet, oii toute évaporation est rendue impossible, le corps de l'animal mort ne sert qu'à maintenir la soudure en équilibre de température avec l'air environnant en la mettant à l'abri de tout rayonnement extérieur. Or il est évident que cet office serait aussi bien rempli par un petit rouleau creux de papier sec dans lequel on enfoncerait la soudure de l'aiguille. M. Dutrochet a souvent employé ce dernier moyen pour remplacer le corps de l'animal mort, et les résultats ont été les mêmes dans l'un et l'autre cas. Il faut avoir soin, dans ces recherches, de se servir d'animaux tués au moment de l'expérience ; s'ils étaient morts depuis un certain temps, leurs corps deviendraient le siège de phénomènes de putréfaction qui dégageraient de la chaleur, altéreraient l'exactitude, et pourraient même changer le signe des résultats obtenus.

Le procédé que nous venons d'exposer, quand il est pratiqué avec toutes les précautions convenables, nous paraît à l'abri de toute cause d'erreur ; c'est certainement le plus parfait de tous ceux qui ont été proposés pour prendre la température des animaux inférieurs de petite taille.

§ I. — Température des reptiles et des poissons.

Reptiles. — La température des reptiles a été l'objet ] de recherches très nombreuses ; nous avons réuni dans

in tableau général les principaux résultats fournis par es observateurs.

Excès de la température

de l'animal Nom sur celle du milieu de l'observalcur, ambiant.

Gzermak (1).

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Becquerel (2).

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Walbaum (3).

Berthold (4).

Id.

Rudolphi (5).

Id.

(1) Journ, de phys. de Baumgartner, 1821.

(2) Traité de physique, t. II, p. 64.

(3) Chenolographiaf ilS2.

(4) Nouv. observ. sur la temp. des anim. à sang froid, 1835.

(5) Éléments de physiologie, 1821.

l2à PHYSIQUE MÉDICALE.

Excès de la Icnipci iiliiro

DÉSIGNATION DE L'ANIMAL. ,V^"?"^''^,. , ,, J^^"^

sur celle du milieu de roijseivatcur.

ambiant.

Vipère 5^56 J. Huntcr (l).

Grenouille 2,80 Id.

Crapaud 2,80 Id.

Lacerta agilis 0,21 Dutrochet (2).

Crapaud accoucheur .... 0,12 Id,

Grenouille 0,04 Id.

Tortue..... 2,88 Tiedemann (3).

Grenouille 1,50 Prévost et Dumas (4).

Tortue de l'Ascension 2,90 J. Davy (5).

Tortue géométrique 0,90 Id.

Id. id. 3,90 îd.

Iguane . - 1 ,22 Id.

Couleuvre verte i 3,90 Id.

Serpent brun 1,10 Id*

Plusieurs couleuvres 3,90 Id.

Grenouille 4,44 ^ Carlisle.

Tortue terrestre. 2,78 Martine (6).

Grenouille 2,70 Id.

Suivant le genre de vie habituel de l'animal, la température de son corps a été comparée à celle de l'air ou à celle de l'eau. Les résultats consignés dans le tableau précédent démontrent que les reptiles ne méritent pas la dénoqaination cV animaux à sang froid^ mais qu'ils produisent tous une certaine quantité de chaleur appréciable

(1) OEuvres complètes, t. IV, p. 220-221, et t. HI, p. 383.

(2) Ann. d'hist. nat., 2® série, Zoologie, t. XIII.

(3) Traité de physiologie.

(4) Ann, de chim. et de phys., 2^ série, t. XXIII, p. 64. Ann. de chim. et de phys., 2'' série, t. XXXIII, p. 193.

(6) Essays médical and philos. London, 17 40.

aux instruments de physique, quoique très inférieure h celle des mammifères et des oiseaux. Du reste, la température propre des reptiles, c'est-à-dire l'excès de la température de leur corps sur celle du milieu environnant, est très variable en raison des espèces animales observées et aussi en raison des circonstances e>itérieures ; elle peut prendre toutes les valeurs comprises entre les deux limites extrêmes 0^0^ (grenouille) et 8", 12 [Lacerta agilis).

Poissons. — Ce que nous avons dit des reptiles s'applique également aux poissons ; il suffit de parcourir le tableau suivant des faits empruntés aux divers observateurs pour être frappé de la similitude des résultats.

Page 1