‹ Physique médicale [electronic resource]Chapitre 27 sur 46 · MS PHYSIQUE MÉDICALE · texte numérisé non relu

MS PHYSIQUE MÉDICALE

tenu dans la cloche suffit pour entretenir leur vie pendant 14 heures ^9 minutes 48 secondes. Des moineaux adultes enfermés dans le même vase ne vécurent que 1 heure 30 minutes. Dans une autre série d'expériences, il compara des moineaux adultes à de jeunes moineaux plus avancés en âge que les précédents et pris à cette époque où ils peuvent, seuls et isolés, maintenir leur température propre. Dans ce dernier cas, l'oxygène de la cloche fut suffisant pour entretenir la vie des jeunes moineaux pendant 2 heures 39 minutes, tandis que les adultes moururent en 1 heure 32 minutes. Edwards fait observer que de pareils résultats ne peuvent pas être attribués à la différence de volume des animaux; car, dans la première série d'expériences, le volume des adultes n'était que double de celui des jeunes moineaux, et, dans la deuxième série, le volume était exactement le même pour les uns et pour les autres.

Le procédé suivi pour les njammifères diffère notablement du précédent. Dans des vases d'un litre de capacité, renversés sur du mercure, Edv^ards plaça successivement de jeunes chiens âgés de un à deux jours et des cochons d'înde âgés de quinze jours. Les chiens restèrent en expérience pendant k heures 49 minutes, et' les cochons d'Inde pendant 1 heure 42 minutes. Au bout de ce temps, il mesura la quantité d'oxygène consommée de part et d'autre, et il la trouva sensiblement la même ; d'où résulte que, dans un même espace de temps, les jeunes cochons d'Inde, quinze jours après leur naissance, consomment à peu près quatre fois plus d'oxygène que les jeunes chiens âgés d'un à deux jours, et nous savons

déjà que les cochons d'Inde produisent, dans ces circonstanoes, beaucoup plus de chaleur que les chiens.

Ainsi, à mesure que les mammifères et les oiseaux s'éloignent de l'époque de leur naissance et avancent vers l'âge adulte, la quantité de chaleur qu'ils produisent augmente graduellement ; la manière dont ils résistent à l'asphyxie, et l'altération qu'ils font subir à une masse d'air confiné se réunissent pour démontrer que, chez eux, les phénomènes chimiques de la respiration suivent la même marche ascendante. En face de la vie si active des jeunes animaux, il paraît singulier de voir les phénomènes chimiques de la respiration avoir, chez eux, moins d'intensité que chez l'adulte. Cette contradiction est plus apparente que réelle. Chez les animaux très jeunes, en effet, ce qui domine c'est l'accroissement de volume et de masse des organes et, par suite, le travail d'assimilation. Ils prennent beaucoup aux aliments pour satisfaire à leur développement, et rejettent peu au dehors. Chez eux donc, l'élimination est au minimum et l'assimilation au maximum. Or les aliments fournissent des substances qui, pour être assimilées, n'ont pas besoin d'être transformées. Les phénomènes chimiques de la respiration, localisés surtout dans les capillaires, sont des actions oxydantes dont le but principal est de simplifier la molécule organique et même de ramener, dans beaucoup de cas, ses éléments à l'état minéral ; ce sont essentiellement des phénomènes d'élimination, de destruction et d'excrétion. 11 est donc tout simple que, chez le jeune animal, ces actions de combustion soient moins intenses que chez un sujet adulte, dont le corps a atteint tout

son développement, et qui, n'augmentant pas de poids, détruit nécessairement, par la combustion respiratoire, autant qu'il reçoit par la digestion.

Nous trouvons des faits d'une haute importance dans le Mémoire déjà si souvent cité de M . Regnault. Il résulte, en effet, de ses expériences, que, tandis qu'une jeune poule consommait 1§%^59 d'oxygène par kilogramme et par heure, une vieille poule m absorbait que 08^999 ; de même la consommation moyenne d'oxygène par kilogramme et par heure s'est élevée à ls' ,093 pour trois lapins âgés de quelques mois, tandis que des lapins plus vieux n'en absorbaient que 08^883. Ces résultats ne contredisent en aucune façon ceux que nous avons précédemment exposés; car évidemment, dans les recherches de M. Regnault, il ne s'agit que d'animaux déjà parvenus à râge adulte, tandis que, dans celles de Bufifon, Légal lois et Edwards, les animaux étaient pris à une période moins avancée de leur vie.

Dans les premiers temps qui suivent la naissance, nous avons vu la production de chaleur et l'absorption d'oxygène augmenter à mesure que l'animal avance en âge. Les faits de M. Regnault prouvent que ce mouvement ascensionnel se continue jusqu'à l'établissement de l'état adulte confirmé, et qu'ensuite les phénomènes physico-chimiques de la respiration suivent une marche inverse. Tous ces résultats établissent d'une manière incontestable que l'époque de la plus forte consommation d'oxygène coïncide avec celle où le corps de l'animal a atteint son développement complet, et qu'à partir de ce moment, la fonction respiratoire est d'autant plus faible,

SUUKCliS DE LA CUÂLEUK ANIMALE. 321

qu'on l'examine à un âge plus rapproché des deux extrêmes de la vie. La production de chaleur doit suivre une marche parallèle. Déjà nous avons vu que les observations faites sur les jeunes mammifères et les jeunes oiseaux, dans les premiers temps de leur existence, s'accordent avec ces prévisions de la théorie de Lavoisier ; en est-il de même pour l'animal qui a franchi l'époque du plus grand développement de ses forces pl^tysiques et s'achemine vers la vieillesse? Les observations nécessaires pour répondre à cette dernière question n'ont encore été faites que sur l'homme; les faits recueillis dans cette direction, quoique peu nombreux, sont dénature à démontrer que, à une époque quelconque de, la vie^ la solidarité la plus intime ne cesse jamais d'exister entre la production de la chaleur et les phénomènes physico- chimiques de la respiration.

§ II. — Animaux inférieurs.

Avant de passer à l'étude de l'homme, il nous semble utile de rapporter ici quelques bonnes observations relatives à la température et aux phénomènes physico-chimiques de la respiration des insectes considérés à leur état parfait et sous les diverses formes qui le précèdent. Newport a vu la température propre d'une larve de hanneton varier entre 0^,05 et 0%33, tandis que celle d'un '\\2iYimioxi parfait au repos éi^ài de 1%77. M. Dutrochet a trouvé 0%04 pour la température propre d'une larve de hanneton, et 0%25 pour celle d'un hanneton parfait au repos. Le même observateur a constaté que la température propre d'une/«ryedesphinxs^e//cf^ari/m, à uneépoque

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éloignée de la métamorphose, ne s'élevait qu'à 0%11, tandis que celle de l'insecte parfait au re/jos était de 0%29. Enfin M. Dutrocbet a trouvé une nymphe de sphinx du tilleul à 0%3/i, tandis que lacheniile du même animal, au moment de la métamorphose, avait 0°,/ï3 de température propre.

c( Pendant l'état de larve, ditNewport, l'appareil de la » respiration est plus faible que dans V insecte parfait, si » on le compare au volume du corps, aussi avons-nous » vu que la larve possède une température propre plus

basse... Dans la chrysalide, les organes respiratoires » sont plus vastes que dans la larve, mais, les conditions » physiologiques de l'animal étant inférieures, la respi- » ration est sans énergie. »

En ramenant les phénomènes à^ce qu'ils auraient été pour un kilogramme de matière animale vivante et une heure de temps, les belles recherches de M. Regnault prouvent que :

Les chrysalides de ver à soie ont absorbé

moyennement 0§»',242 d'oxygène.

Les chenilles de ver à soie à divers états de

développement 05'',899 Id.

Et les hannetons parfaits W,019 Id.

Toutes ces observations s'accordent donc pour prouver que, chez les animaux inférieurs, comme chez les mammifères et les oiseaux, il y a toujours un rapport direct entre l'intensité de la puissance de calorification et l'activité des phénomènes physico-chimiques de la respiration.

§ III, — Espèce humaine.

Placé dans un lieu à température douce, protégé d'ailleurs par ses vêtements, l'enfant nouveau-né vit très bien séparé de sa mère, et maintient par lui-même sa température sans secours étranger. Venant au monde les yeux ouverts, l'enfant se conduit donc comme les jeunes mammifères parvenus au même degré de développement à l'époque de leur naissance , cependant sa température propre n'est pas encore aussi élevée qu'elle le sera plus tard. Edwards a constaté que les jeunes mammifères qui naissent les yeux ouverts ont une température inférieure de 1 ou 2 degrés à celle de leur mère. Ses expérimentations sur les nouveau-nés lui ont fourni les mêmes résultats. Chez vingt adultes (1), la température varia entre 35%5 et 37% la moyenne fut de 36", 12 ; chez dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à deux jours, la température varia entre 34" et 35", 5, la moyenne ne s'éleva qu'à 34%75. D'après M. Despretz (2), la température moyenne de neuf hommes âgés de trente ans étant de 3 7% 4, celle de trois enfants mâles âgés d'un à deux jours ne s'éleva qu'à 35'', 06. M. Roger (3) a fait sur ce sujet des recherches très étendues et très intéressantes. Il a constamment pris la température des enfants dans le creux axillawe; il résulte de ces observations que :

(1) Inp.. des agents phy s. sur la vie, p. 235.

(2) Ann. dechim. et de phys., 2^ série, t. XXVf, p. 338.

(3) De la température ahez les enfants. Paris, 181 i.

PHYSIQDE MÉDICALE.

1" Chez neuf enfants naissants, dans la première demiheure de leur existence aérienne,

Chez un de ces enfants la température s'éleva à 37%75, mais il fut examiné dans la première minute qui suivit sa naissance; il est probable qu'il participait en- - core à la température de l'utérus de la mère.

T Chez 33 enfants nouveau-nés, âgés de un à sept jours,

La température moyenne était de 37", 08

La température maximum , . . 39°, 00

La température minimum 36'', 00

Dans ces 33 observations, la température desenfànts s'éleva trois fois à 38 degrés et une fois à 39 degrés. Ces chiffres nous paraissent un peu trop forts pour Tétat physiologique. M. Roger est lui-même frappé de ces résultats, et cependant il affirme que la santé de ces enfants était parfaite; nous nous demandons si la manière dont ils étaient emmaillottés dans leurs langes n'avait pas pu déterminer accidentellement une élévation anormale de la température du creux axillaire. Quoi qu'il en soit, la température de ces 33 enfants s'est répartie ainsi qu'il suit :

Pendant le 1'' jour après lanaissance, température moyenne. 36%83 Pendant le 2' — — 37%21

Pendant le 3' — — 36%55

Pendant le 4^^ — — 37^08

La température moyenne était de

La température maximum

La température minimum

Pendant le 5^ jour après la naissance, tempér. moyenne. 37,30

Pendant le 6*^ — — 37,08

Pendant le 7^ — — 37,75

3° Chez treize enfants âgés de quatre mois à six ans inclusivement :

La température moyenne était de 37, U

La température maximum 37,75

La température wmêmwm 36,75

Chez douze enfants ayant plus de six ans et quatorze ans au plus :

La température moyenne était de 37,31

La température ma^rimwm 37,75

La température îTîimwuw , 37,00

Les recherches de M. Roger s'accordent avec celles d'Edwards et de M. Despretz pour prouver que les enfants, dans les premiers temps qui suivent leur naissance, ont une température moins élevée que celle qu'ils atteindront plus tard. Mais il résulte, en outre, des observations précédentes un fait important. Nous voyons, en effet, que la différence entre la température maximum et la température mm/m^m est beaucoup plus élevée, dans les premiers jours qui suivent la naissance, que dans la première enfance, et, dans celle-ci, que dans la seconde enfance. Nous pouvons en conclure que, toutes choses égales d'ailleurs, la température des enfants est d'autant plus influencée par celle du milieu ambiant, et que leur puissance de calorification est d'autant plus faible, qu'on les observe à une époque plus rapprochée de leur naissance. Cette circonstance est de nature à rendre

compte de la différence qui existe entre les résultats de M. Rogeretceuxde ses prédécesseurs. L'hygiène desbôpitaux ne cesse de faire des progrès, et les enfants nouveaunés observés par M. Roger étaient certainement dans de meilleures conditions que ceux qui, de 1820 à 182^, servirent aux recherches d'Edwards et de M. Despretz. D'ailleurs, et ce fait a une grande importance, M. Roger a constaté que, à celte époque de la vie où les influences extérieures peuvent encore si profondément modifier l'état thermique des enfants, les plus vigoureux et les mieux constitués d'entre eux présentent toujours une température supérieure à celle des sujets dont la complexion est moins forte.

Nous devons à Edwards une observation très intéressante qui démontre à quel point la température des enfants dépend du degré de leur développement organique; chez un nouveau-né bien portant du reste, bien emmaillotté et placé devant un bon feu, mais venu au monde avant terme, à sept mois, le thermomètre placé dans le creux axillaire ne s'éleva qu'à 32 degrés. D'ailleurs, l'observation de tous les jours nous apprend que, pour empêcher les très jeunes entants de se refroidir, il est né^ cessaire de les entourer de soins continuels. Ainsi, des liotions empruntées à l'hygiène comme des résultats de l'expérimentation directe découle cette conclusion que, chez l'homme, la faculté de produire de la chaleur est moindre, dans les premiers temps de la vie, qu'à l'état adulte.

A l'autre extrême de la vie, dans la vieillesse, la température de l'homme présente des phénomènes qui mé-

ritent aussi de fixer notre attention. D'après les reclierches d'Edwards , la température des vieillards est inférieure à celle des adultes; chez les sexagénaires, elle varie entre 35 et 36 degrés ; chez les octogénaires, entre 3/t et 35 degrés. Ces faits sont sensiblement d'accord avec les résultats obtenus par M. Roger, qui, chez sept vieillards compris entre soixante-douze et quatrevingt-quinze ans, a trouvé :

La température moyenne à 36,23

La température maximum à 37.00

La température minimum à 35,50

Contrairement à ces deux observateurs, M. Despretz a fixé, ainsi qu'il suit, la température de l'homme à divers âges :

De pareilles divergences sont très regrettables , et pourraient faire douter sérieusement de la réalité et de la nature de l'influence de la vieillesse sur la température de l'homme, si un travail de J. Davy (1) ne nous en donnait pas l'explication. Dans le Westmoreland , il a pris neuf fois, sous la langue, la température de vieillards bien portants, âgés de quatre-vingt-sept à quatre-vingt-quinze ans. Au moment de l'observation, ils étaient assis au coin de leur feu, dans une chambre dont l'air s'est constamment maintenu entre 11°, 1 et 15%5. La température

A 18 ans A 30 ans A 68 ans

(!) Ann. de chim. et de phys.^ 3^ série, t, XII, p. 17 8.

(le ces vieillards a oscillé entre 36 degrés et 37», 5; la moyenne s'est élevée à 36", 7. On peut donc affirmer que, chez les vieillards placés dans de bonnes conditions de santé, et sous l'influence d'une chaleur extérieure douce et modérée, la température du corps ne diffère pas beaucoup de celle de l'adulte, mais lui est pourtant un peu inférieure; nous avonsvu, en effet, précédemment que J. Davy, d'après ses recherches propres, ne porte cette dernière qu'à 37%30, à la racine de la langue. Mais si, quand'ils sont convenablement protégés contre les causes extérieures de refroidissement, les vieillards se conduisent à peu près comme des hommes d'âge moyen, il n'en est plus de même lorsque la température extérieure s'abaisse autour d'eux ou lorsque leurs vêtements sont insuffisants. Chez un vieillard de quatre-vingt-huit ans observé par Davy, le thermomètre placé sous la langue marquait 37", 5 dans une chambre dont la température était de 15", 5; la chambre s'étant refroidie à 12", 8, le thermomètre placé sous la langue ne marqua plus que 36", 6, et enfin le thermomètre s'abaissa à 35", 5 lorsque l'air extérieur tomba lui-même à 6", 7. A Ceylan, J. Davy a fait des observations de même genre : un vieillard de cent ans accomplis, placé hors de son habitation et très légèrement vêtu, se plaignait d'une sensation de froid ^ bien que la température extérieui'c fût de 22^8 ; le thermomètre ne marquait que 35 degrés sous sa langue, et 33%7 sous son aisselle. Les recherches de J. Davy, en faisant connaître à quel point la température des vieillards est influencée par l'état thermique du milieu ambiant, ont donné l'explication des divergences que nous

avons signalées entre les résultats d'Edwards et de M. Roger et ceux de M. Despretz.

De tous ces faits, il est permis de conclure que, dans l'enfance et dans la vieillesse, l'homme résiste moins énergiquementaux causes extérieures de refroidissement, et produit en réalité moins de chaleur que dans la jeunesse et dans l'âge moyen.

Nous ne connaissons pas de séries d'expériences instituées dans le but d'apprécier l'influence du sexe sur la température de l'homme. De pareilles recherches, pour conduire à des résultats de quelque valeur, devraient reposer sur des nombres considérables de faits bien observés; le meilleur procédé à employer serait celui dont s'est servi J. Davy pour les vieillards. En appréciant ainsi comparativement, chez des hommes et chez des femmes de même âge, les modifications imprimées à leur température par des circonstances extérieures déterminées, on arriverait à connaître les rapports qui existent entre le sexe et la résistance aux causes de refroidissement. En Tabsence d'expériences directes, nous ne pouvons invoquer que des observations faites par quelques voyageurs dans des conditions toutes spéciales. La nuit, quand on traverse à cheval les hauts cols des montagnes, l'influence du froid se fait sentir très fortement et se traduit par une sorte d'engourdissement très difficile à combattre, auquel on ne s'abandonne pas sans danger. Toutes les relations d'ascensions de ce genre s'accordent pour dire que les femmes sont plus exposées que les hommes à éprouver cette espèce de torpeur. Ce fait suffit pour démontrer que, toutes choses égales d'ail-

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