B30 PHYSIQUE MÉDICALE
leurs, la femme oppose moins de résistance que l'homme aux causes extérieures de refroidissement , et, par suite, jouit à un moindre degré de la faculté de produire de la chaleur.
Travaux de La^oi^ier. — Lavoisier a fait des expé- . riences directes pour déterminer la quantité d'oxygène consominé et en même temps les proportions de carbone et d'hydrogène brûlés par l'homme; le résultat de ses recherches est publié dans un beau Mémoire sur la respiration, dont nous avons déjà eu bien souvent occasion de parler (1). Pour donner plus de clarté au langage, nous substituerons les nouvelles unités de capacité et de poids à celles dont il s'est servi. Toutes ces. expériences ont été faites sur son collaborateur Séguin; il en résulte que (2) :
' 1° Un homme au repos et à jeun, par une température extérieure de 32", 5, consomme par heure 24^'S002 d'oxygène ;
2^" Un homme au 7'epos et à jeun, par une température extérieure de 15 degrés, consomme par heure 26'i^660 d'oxygène ;
y Un homme, pendant la digestion, consomme par heure 37*^^689 d'oxygène;
/t" Un homme à jeun, pendant qu'il accomplit le travail nécessaire pour élever, en quinze minutes, un poids de à une hauteur de 199'", 776, consomme par
heure 63^'V477 d'oxygène;
(1) Mém. de VAcad. des sciences, 1789, p. 567.
(2) Loc. cit., p. 575. •
5" Un homme, pendant la digestion, accomplissant le travail nécessaire pour élever, en quinze minutes, un poids de 7'''',3/;o à une hauteur de 211"',l/t6, consomme par heure 91 ''',2^8 d'oxygène,
Nous reviendrons plus tard sur ces résultats remarquables, qui traduisent si nettement rinfluence exercée, sur l'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration, par les diverses conditions de température extérieure, d'abstinence, de repos ou de mouvement. Nous ne voulons insister ici que sur les déterminations, fournies par Lavoisier lui-même, des proportions de carbone et d'hydrogène converties en acide carbonique et en eau, pendant la respiration. Ici nous avons dû faire subir une correction aux calculs qu'il a employés : pour lui, 100 parties en poids d'acide carbonique contenaient 72 parties d'oxygène et 28 de carbone, 100 parties en poids d'eau contenaient 85 parties d'oxygène et 15 d'hydrogène. Si la composition de l'acide carbonique est à très peu près exacte, il n'en est pas de même de celle de l'eau. Nous avons dû, tout en admettant avec Lavoisier que l'oxygène absorbé est tout entier employé à faire de l'acide carbonique et de l'eau, et, en adoptant les nombres que l'expérience lui a donnés, nous servir de la véritable composition de l'eau pour calculer l'hydrogène brûlé. Cela posé, Lavoisier annonce (1) que, chez l'homme pris dans les conditions ordinaires de son existence, la respiration fournit les résultats suivants :
(1) Mém. de VAcad. des sciences, 1789, p. 577.
PHYSIQUE JIÉDICALE.
Consommation d'oxygène par heure. ...... 42.225
Kxhalation d'acide carbonique par heure. . . . 47,803
Il résulte de là que les effets produits par la respiration chez l'homme, en une heure de temps, se traduisent ainsi :
, / Acide carbonique ( Oxygène 34,765 gr.
Oxygène exhalé. 47g«-,803 Carbone brûlé 13,038
absorbe. {
42S'-,225/ (Oxygène • 7,460
" ( produite Sg'^, 393 j Hydrogène brûlé ^,933
Oxygène absorbé en ime heure de temps .. . 42,225
Nous devons signaler ici une très remarquable vérification de l'exactitude des résultats précédents. M. Regnault a trouvé que, chez les chiens nourris exclusivement avec de la viande, le rapport de la quantité d'oxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé à la totalité de l'oxygène consommé est de 0,703, et que ce rapport s'élève à 0,928 chez les chiens nourris avec une pâtée faite avec dit pain et des eaux grasses. L'homme, en sa qualité çV omnivore, dort nécessairement fournir des résultats intermédiaires aux deux précédents ; et , en effet , le tableau des évaluations de Lavoisier nous donne 0,823 pour la valeur de ce même rapport. Nous verrons plus tard que la quantité de carbone brûlé par l'homme est la même que celle que nous ont fournie, en 18/^3, des recherches faites en commun avec M. le professeur And ral .
En 1797, on publia un dernier volume de la collection des Mémoires de l'Académie des sciences sous ce titre : Mémoires de V Académie des sciences^ année 1790, tirés des
registres de cette académie. Ce volume contient un travail de Lavoisier et Séguin sur la transpiration de l'homme, dans lequel on donne, pour les quantités de carbone et d'hydrogène briilés, des nombres qui diffèrent notablement des précédents. Ce Mémoire, lu dans la séance du li avril 1790, se compose de deux parties bien distinctes : l'une, consacrée aux phénomènes chimiques de la respiration, est une analyse rapide, un véritable extrait du Mémoire de 1789, et ne contient aucune détermination nouvelle; l'autre expose les résultats de recherches faites avec Séguin pour mesurer la quantité d'eau évaporée sur les surfaces cutanée et pulmonaire. On trouve, dans ce Mémoire, de très belles pages évidemment sorties de la plume de Lavoisier ; la quantité d'oxygène consommé en vingt- quatre heures est empruntée au Mémoire de 1789 ; le calcul de la détermination des éléments des pertes effectuées, en vingtquatre heures, par le poumon et par la peau, repose sur des principes incontestables, mais les détails en sont inadmissibles. D'abord , la quantité d'oxygène consommé en vingt-quatre heures excède de 25§',53 la somme de l'oxygène employé à faire de l'eau et de l'oxygène com- I biné avec le carbone, ce qui est en contradiction avec la 1 donnée première qui sert de point de départ. En second lieu, contrairement à toutes les analyses de Lavoisier, l'acide carbonique contiendrait, d'après ce Mémoire, 32,85 de carbone pour 100. Enfm, la proportion d'oxygène combinée avec l'hydrogène est i^vesque. double de la proportion d'oxygène employée à brûler le carbone. Ce partage de l'oxygène absorbé entre les éléments
33/t PHYSIQUE MÉDICALE.
combustibles du sang est en contradiction flagrante avec les résultats contenus dans les Ménnoires de 1785 et 1789, avec tous les travaux de Lavoisier sur la respiration, avec toutes les incertitudes qu'il avait traversées et toutes les difficultés d'analyse qu'il avait surmontées avant d'admettre et de démontrer que l'acide carbonique exhalé ne renferme pas la totalité de l'oxygène consommé. Ces erreurs de détail , rapprochées de cette circonstance que le Mémoire de 1790 n'a été réellement imprimé que trois ans après la mort de Lavoisier, prouvent qu'il n'a pas été livré au public tel qu'il était sorti de sa plume. Le Mémoire de 1789 nous paraît devoir être considéré comme la dernière et la plus haute expression des idées de Lavoisier sur les phénomènes physico-chimiques de la respiration. Quant à celui de 1790 et à un second travail sur la transpiration inséré dans la troisième éditioo de son Traité de Chimie (1801), nous pensons qu'on ne doit les consulter qu'avec une très grande réserve : Séguin, en les portant à la connaissance du public, a certainement et fatalement usé de sa position de collaborateur pour faire passer, sous le nom de Lavoisier, des idées qu'il n'est pas permis de lui attribuer. De ce nombre est la prétendue exsudation d'hydrogène carboné à la surface des bronches; emprunt malheureux fait à la doctrine de Crawfort par un collaborateur maladroit qui croyait compléter la théorie de Lavoisier, et ne s'apercevait pas qu'il lui imputait gratuitement une pensée erronée, en contradiction avec les principes fondamentaux du beau Mémoire de 1789. Recherches de Goodw^n et de Mendies. — Hallé
nous a donné la traduction d'un travail de Goodwyn, publié à Londres en 1789, sous ce titre : La connexion de la vie avec la respirotioyi. Le physiologiste anglais s'y occupe de la respiration de l'homme et déduit de ses expériences les conclusions suivantes : T dans chaque inspiration, un homme introduit dans le poumon de 0^^S196 à O^^V^^^ d'air atmosphérique; 2" dans chaque inspiration, l'air cède une proportion d'oxygène égale aux 13 centièmes de son volume, et le sang rend 11 pour 100 d'acide carbonique, en volume; 3" dans chaque inspiration, une proportion d'oxygène, représentant les 2 centièmes de l'air introduit dans la poitrine, est fixée par le sang et ne se retrouve pas dans l'acide carbonique exhalé; ^" l'azote n'est ni absorbé ni exhalé pendant la respiration. Goodwyn, en inspirant plusieurs fois successivement une quantité déterminée d'air, a prouvé qu'à chaque inspiration, il y a une nouvelle absorption d'oxygène et une nouvelle exhalation d'acide carbonique. Enfin, il a fait de bonnes expériences pour prouver que le changement de Couleur du sang dans le poumon est dti à l'action de l'oxygène absorbé.
En même temps, Hallé a publié la traduction d'une Dissertation du docteur Menzies sur la respiration, imprimée à Edimbourg en 1796. L'auteur a cherché aussi à déterminer la quantité d'air introduit dans le thorax par une inspiration ordinaire. Conformément à ce qui avait déjà été dit par Jurin^ il fixe cette valeur à 0''S655 ; le nombre des in^ spirations étant pour lui de 18 par minute, il en résulte qu'un homme, en une heure, inspire 707^^^^ d'air. Et comme d'ailleurs ses expériences lui ont indiqué que
l'air chassé du poumon contient 5 pour 100 d'acide carbonique, il en conclut qu'un homme expire, par heure, 35^'^37 d'acide carbonique. Cette estimation est évidemment trop élevée ; les résultats de Lavoisier et ceux qu'ont obtenus depuis les meilleurs observateurs prouvent que la quantité d'acide carbonique, expiré en une heure par un homme adulte et bien constitué, ne dépasse certainement pas 25 litres. Cette circonstance nous dispense de discuter les calculs auxquels se livre Menzies, à la fm de son Mémoire, pour déterminer la quantité de chaleur produite par la respiration.
Rccherehes de H. Bavy. — Dans ses recherches relatives à la respiration de l'oxyde nitreux et d'autres gaz par les animaux, Humpliry Davy s'est occupé de la respiration de l'homme (1). Opérant sur lui-même, il exécutait des inspirations successives dont le volume s'élevait à 0''^-,213 et le nombre à 26 par minute ; il résulte de 20 expériences qu'en moyenne :
3" Il absorbait par heure. . . . 5,109 d'azote.
L'acide carbonique contenant un volume d'oxygène égal au sien, il disparaissait donc, par heure, 2*^'-, 755 d'oxygène qui se combinaient avec l'hydrogène du sang.
Dans une autre série d'expériences faites sur luimême, après avoir vidé complètement son poumon, il fit une expiration forcée, et aspira ainsi 2'»^-, 673 d'air. Il répéta cette manœuvre 19 fois, m une minute^ sur le
lit.
1" 11 absorbait par heure 2'' Il exhalait par heure.
30,654 d'oxygène.
28,099 d'acide carbonique.
(I) Bihliolh. britannique, 1802, t. XXI, p. 241.
même gaz. En comparant la composition de l'air avant et après l'opération, et en étendant les résultats à ce qu'ils auraient été en une heure, on trouve que, dans cette série d'expirations forcées portant sur une môme masse de gaz :
lit.
1" Il aurait absorbé en une heure. . . 19,060 d'oxygène.
T 11 aurait exhalé en une heure. . . . 15,523 d'acide carboniq.
3" 11 aurait absorbé en une heure. . . 5,305 d'azote.
Il aurait donc disparu en une heure 3^i^ ,537 d'oxygène qui, ne se retrouvant pas dans l'acide carbonique, se seraient combinés avec l'hydrogène du sang.
Dans cette seconde série d'expériences, les quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé ont été moindres que dans la première. Ce résultat était facile à prévoir : dans le premier mode, en effet, il passait par le poumon 5^^^-, 538 d'air, par minute; tandis que, dans le second, la respiration n'agissait, pendant le même temps, que sur 2^*'^',673 d'air.
De ses expériences sur les souris, Davy conclut que, chez ces animaux comme chez l'homme, Vabsorption d'azote est constarde.
Enfin Davy a constaté, sur lui-même et sur des souris, que , lorsqu'on remplace l'air atmosphérique par de I Voxygène pw\ l'exhalation d'acide carbonique et la consommation d'oxygène deviennent notablement moin- I dres qu'à l'état normal .
f Quelque imposante que soit l'autorité du grand nom i de H. Davy, ces résultats ne peuvent pas être acceptés [ sans examen. Déjà Lavoisier avait annoncé que, dans