TEMPÉRATURE MOYENNE
Pendant le V tiers de la durée
de l'inanition
Pendant le 2*^ tiers
Pendant le 3^ tiers
Oscillation A miJi. A minuit, quotidienne.
11 résulte de ce tableau que, soit de jour, soit de nuit, l'abaissement de la température de l'animal va croissant depuis le début jusqu'au dernier terme de l'inanition; l'oscillation quotidienne suit la même loi. Ainsi, le refroidissement de l'animal est d'autant plus grand , et en même temps la différence entre la température de midi et celle de minuit est d'autant plus considérable que l'inanition dure depuis plus longtemps.
Dans le cours de ses recherches, M. Chossat a eu occasion de constater un fait très intéressant. Lorsque, après avoir pris la température à minuit, il continuait à tenir l'animal éveillé, et à l'exciter ; celui-ci se réchauffait gra^
duellement de manière à atteindre très vite, à très peu de chose près , le même degré tliermométriqae qu'à midi. Cette observation prouve que, si l'animal produit moins de chaleur pendant la nuit, cela ne dépend pas des circonstances extérieures, mais de l'état de moindre action dans laquelle tombent toutes les fonctions, pendant le repos et le sommeil.
Alimentation insuffisante. — Chez leS animaUX SOU-
mis à une alimentation insuffisante, la température • a aussi graduellement baissé, soit à midi, soit à minuit, depuis le début del'observation jusqu'au jour de la mort ; l'oscillation quotidienne est allée aussi croissant à mesure qu'on s'éloignait du commencement de l'expérience. Les résultats ont donc été, en somme, les mêmes que chez les animaux complètement privés d'aliments et de boissons ; seulement les faits se sont succédé avec moins de régularité. Chez les pigeons et les tourterelles soumis à l'influence d'une alimentation insuffisante, la marche descendante de la température a été coupée par des périodes pendant lesquelles l'animal est remonté au degré thermométrique normal, et même un peu audessus.
Jour fie la mort. — M. tlhossat a donné, dans son Mémoire, des tableaux très intéressants qui permettent de comparer la température des animaux au moment même où commence Texpérience à ce qu'elle devient dans les trois derniers jours de leur existence. Sans entrer dans les détails des faits, nous devons rapporter ici les résultats définitifs.
TILMPliRATURE MOYENNE.
o Oi
o ^ CJ ^
1 ' ' jour de rexpérience . .
Antépéuultième jour ....
Au moment de la mort. .
Procédant par moyennes, nous déduisons de ce tableau que :
Oiseiuix. Mamiîiifères
La température s'est abaissée chez les animaux
à l'inanition, du 1^"^ jour de l'expérience au „ o moment de la mort, de. 14,17 13,25
Du 1^' au pénultième jour de l'expérience, de. 2,47 1,95
Du pénultième jour de l'expérience au moment
de la mort, de. . . . 11,70 11,30
L'influence de l'inanition et de l'alimentation insuffisante produit, chez les oiseaux et chez les mammifères, des effets identiques par leur nature et leur intensité. L'abaissement de température subi par ces animaux, depuis le commencement de l'expérience jusqu'à la mort, est sensiblement le même, 1^%17 pour les premiers, 13%25 pour les seconds. L'identité se retrouve encore dans la loi suivant laquelle ce refroidissement s'opère dans le cours de l'observation; chez les uns comme chez les autres, c'est dans les derniers moments de leur existence que l'abaissement de température, jusque-là très lent, prend une marche très rapide. Ainsi, en représentant psirVunité la diminution totale de la température de ces animaux
depuis le premier jour de l'expérience jusqu'à la mort, la perte a été :
Oiscuux. Mainrnifères.
Du I"* au pénultième jour de l'observation. . . 0,17 0,15 Du pénultième jour au moment de la mort. . . 0,83 0,85
Comidustions i^espîrsitoires. — Tous les observateurs sont d'accord sur ce fait que, pendant le travail de la digestion, l'exhalation d'acide carbonique et l'absorption d'oxygène sont plus considérables qu'avant le repas. D'après Lavoisier (1), un homme qui, àjeun^ consommait 26 ''^-,660 d'oxygène par heure , en absorbait dans le même temps 37 "^,689 pendant la digestion. Spallanzani (2) a constaté que les limaçons bien nourris exhalent plus d'acide carbonique que pendant l'abstinence. Newport dit positivement qu'à la suite d'un repas copieux, les insectes absorbent plus d'oxygène, exhalent plus d'acide carbonique, et ont une température plus élevée. Valentin, Brunner et Scharling ont obtenu, pour l'homme, des résultats de même nature. Vierordt (3) a directement constaté, que la respiration s'accélère, et que la quantité de gaz expiré dans un temps donné augmente chez l'homme après le repas : d'après lui, pendant la digestion, la proportion d'acide carbonique diminue dan î le gaz expiré, mais la quantité absolue d'acide carbonique exhalé dans un temps donné est plus considérable. Ces résultats de Vierordt nous expliquent pourquoi Goa-
(1) Mém, del'Âcad. (les sciences^ 1789, p. 575.
(2) Mém. sur la respiration, p. 219.
(3) Dictionnaire de physiol, par Rudolph Wagner, t. 11^ p. 883.
thupe (1), ne tenant compte que de la proportion d'acide carbonique, a pu croire, à tort, que la digestion et toutes les excitations, quelle que soit leur nature, ont pour effet de diminuer l'intensité des combustions respiratoires.
Les travaux de MM. Regnault, Boussingault et Marcband ont jeté un grand jour sur les pbénomènes cbimiques de la respiration pendant l'inanition. Dans son Mémoire déjà si souvent cité, M. Regnault a déterminé les quantités de gaz absorbés et exbalés par les mêmes animaux successivement soumis à leur régime habituel et à l'inanition. Le tableau suivant contient les résultats fournis par les mammifères et par les oiseaux.
Rapport de roxyi^èiie y ' contenu
Oxygène consomme ^^xxi^ par kiloerrainme ,, ••, n .
* ^ f 1 acide cai'bonique
et par heure. , , ^
^ al oxygène
consommé.
* l^a 1 inanition.
^. . ( nourri avec d( Chien I , ,,.
I a 1 inanition .
' à l'inanition.
L'effet constant de l'inanition a donc été de diminuer la quantité d'oxygène consommé par l'animal. Mais, en même temps, chez les animaux à l'inanition, une moins forte proportion de ce gaz s'est unie au carbone du sang,
(1) Bibliothèque universelle de Genève, 1839, t. XXlt, p. 190.
/lOO PHYSIQUE MÉDICALE.
et, par suite, la portion d'oxygène absorbé combinée avec l'hydrogène s'est trouvée augmentée. xVvec une moindre absorption d'oxygène, l'animal à l'inanition a donc pu produire à peu près autant de chaleur qu'à l'état normal, et maintenir sa température sensiblement stationnaire, ainsi que nous l'indiquent les observations do M. Chossat, pendant les premiers jours qui suivent la privation de nourriture. Comme on pouvait le prévoir, chez un animal réduit à, ne rien recevoir par les voies digestives et vivant aux dépens de sa propre substance, les phénomènes de combustion se rapprochent complètement de ce qu'ils sont sous l'influence du régime de la chair crue, c'est-à-dire qu'il y a moins de carbone et plus d'hydrogène brûlés que pendant l'alimentation végétale. Nous avons vu que l'animal bien nourri exhale constamment de l'azote; les expériences de M. Regnault prouvent que, pendant l'inanition, une certaine quantité de l'azote de l'air est absorbée^ en sorte que les animaux privés de toute nourriture empruntent à l'atmosphère un élément essentiel qui, dans l'état physiologique, leur est exclusivemjcnt fourni par les- aliments ingérés. Faisons observer, d'ailleurs, que, dans les recherches de M. Regnault, l'inanition n'a jamais duré plus de trois ou quatre jours, et n'a jamais été poussée assez loin pour compromettre la vie des animaux.
Dans son Mémoire, M. Chossat a prouvé que, sauf la durée de la vie beaucoup plus longue chez les animaux inférieurs que chez les animaux supérieurs, les phénomènes généraux de l'inanition sont les mêmes chez les batraciens, les reptiles et les poissons que chez les mammi-
SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE. /iOl
fères et les oiseaux. Bien que M. Chossat n'ait pas étudié la température propre des animaux intérieurs, l'analogie permet d'admettre que les batraciens privés de toute nourriture produisent moins de chaleur qu'à l'état normal ; il était donc intéressant de savoir ce que devient la respiration chez ces animaux sous l'influence de l'inanition. Vierordt, dans son article Respikation (1), rapporte les résultats obtenus par Marchand dans trois séries d'expériences :
1*^ Des grenouilles prises le 3 juin furent mises dans de l'eau de puits renouvelée tous les deux ou trois jours. Ces grenouilles, en vingt-quatre heures et par kilogramme :
Le 24 juin. Le 1 1 auùl.
gr. gr.
Absorbaient 3,980 0,956 d'oxygène.
Brûlaient 1,260 0,350 decarbone.
T Des grenouilles prises le 9 juin furent mises dans de l'eau de puits renouvelée tous les deux ou trois jours. Ces grenouilles, en vingt-quatre heures et par îdlogramme :
Le 4 jui lel. Le 9 iioTil.
Absorbaient 2,580 J,705 d'oxygène.
Brûlaient 0,802 0,552 decarbone.
3° Des grenouilles prises le 11 juillet furent mises dans de l'eau de puits renouvelée tous les deux ou trois jours. Ces grenouilles, en vingt-quatre heures et par kilogramme : -
(1) Dictionnaire de physiol., par Rudolph Wagner, t. Il, p. 885.
Ut 1-2 juillet.
Lo 12 aonl.
Absorbaient Brûlaient. ,
1,468 d'oxygène.
0,448 de carbone.
Chez les batraciens donc, comme chez les mammifères et chez les oiseaux, Tinfluence de l'inanition est traduite par une diminution de l'intensité des phénomènes physico-chimiques delà respiration.
M. Boussingault (1) a soumis à l'inanition une tourterelle du poids de 186ê'',8; elle était privée de tout aliment solide, etquoiqu'elle^eût de l'eau distillée à discrétion, elle n'en consomma qu'une quantité insignifiante; ]a température de la pièce qu'elle habitait fut maintenue entre 7 et 12 degrés. Elle resta sept jours à ce régime; elle perdit dans cet espace de temps 53s',9, c'est-à-dire les 289 millièmes de son poids initial ; quand l'opération fat arrêtée, elle n'était pas parvenue au dernier degré de l'inanition, puisque, selon M. Chossat, la perte nrioyenne pour les tourterelles s'élève, à ce moment, aux 379 millièmes de leur poids initial.
Dans l'expérience de M. Boussingault, la perte de poids de la tourterelle suivit une marche régulière et uniforme : l'observation directe prouva, en effet, que la perte quotidienne , en vingt-quatre heures , oscillait entre 6s'',70 et 8s'',78, valeurs très rapprochées du nombre 7s'\7, qui représente la diminution moyenne et quotidienne du poids de l'animal. Pendant la durée de l'observation, cette tourterelle a donc régulièrement détruit, et éliminé par les excréments, la peau et le pou-
(I) Ann. de chim, et de phys., 3*^ série, t. XI, p. 446.
SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE. UOo
mon, (les quantités égales des éléments de son propre corps, dans des temps égaux.
Si nous comparons les excréments fournis par la tourterelle à l'inanition, à ceux qu'elle expulsait pendant qu'elle était nourrie à discrétion avec du millet, nous trouvons que :
La tourterelle a fourni moyennement [ avant l'inanition.. 3,2880 en 24 heures, en excréments secs. . ( pendant l'inanition 0,393:)
La composition élémentaire de ces excréments était la suivante :
Avant rinanilion. Pendant rinanilion.
Carbone 40,7847 ...c 31,94 il
Hydrogène 4,9878 4,3456
Oxygène 34,1241 28,3100
Azote 9,0936 24,7522
Sels 11,0098 10,6481
Ainsi, pendant l'inanition, le poids moyen des matières solides rendues, en vingt- quatre heures, par les excréments ne représente que le dixième environ de ce qu'il était pendant Talimentation au millet. La composition de ces excréments prouve d'ailleurs que, dans cette expérience, la tourterelle, outre les graisses accumulées dans ses tissus, a détruit une grande quantité des matières albuminoïdes de son sang et de ses organes, car l'azote éliminé par cette voie est proportionnellement de deux à trois fois plus abondant qu'à l'état normal. Ce résultat s'accorde avec les expériences de M. Regnault pour démontrer que l'action de l'oxygène porte sur des
hOk PHYSIQUE MÉDICALE.
matériaux organiques de même nature, chez les animaux soumis à l'inanition et chez les animaux nourris avec de la viande.
M. Boussingault , en même temps qu'il analysait les excréments de cette tourterelle, a étudié directement les gaz exhalés par le poumon et par la peau. En ramenant les résultats à ce qu'ils auraient été dans l'unité de temps, il a trouvé que celte tourterelle brûlait par hc'itre ;
Do jour. De nuit.
Après 24 heures d'inanition... 0,114 de carb.
Au 4*^ jour de l'inanition 0.124 — gr.
Au 5^ jour de l'inanition 0,072 de carb.
Au 6'' jour de l'inanition 0,113 — —
Somme 0,351 — —
Moyenne 0,117 — 0,072 —
Les pesées successives de l'animal nous ont prouvé que les pertes de poids étaient égales dans des temps égaux; le tableau précédent nous prouve aussi que, dans un temps donné, il brûlait des quantités égales de carbone à toutes les époques de l'expérience. Remarquons, d'ailleurs, que les analyses de M. Boussingault correspondent à cette période de l'inanition pendant laquelle, d'après les recherches de M. Chossat, le refroidissement est extrêmement lent et la température se maintient à peu près uniforme. Enfin, la diminution qu'éprouve la combustion du carbone, pendant la nuit, concorde très bien avec ce que nous savons de l'oscillation quotidienne de la température animale.
SOURCES DE LA CHALELUl ANIMALE.
M. Boiissingault ayant étudié les gaz de l'expira tion chez cette tourterelle pendant qu'elle était soumise à son alimentation normale, nous pouvons constater Fin- Iluenceque l'inanition a exercée sur les phénomènes de la respiration. Nous trouvons ainsi que, en une heure :
En même temps que, pendant l'inanition, la température de l'animal s'abaisse, les phénomènes physico-chimiques de la respiration deviennent moins intenses; cependant, en ne tenant compte que de la production de l'acide carbonique, on serait amené à cette conclusion que la diminution d'intensité des combustions respiratoires est hors de proportion avec l'abaissement de la température qui, nous le savons, est assez faible dans les premiers jours de la privation d'aliments. Pour interpréter convenablement ces faits, il faut se rappeler ce que nous avons dit précédemment à propos des expériences de M. Regnault. Si, sous l'influence de la privation d'aliments, la quantité d'acide carbonique exhalé devient moindre, cela dépend surtout de ce<|u'une plus forte proportion d'oxygène est employée à faire de l'eau, et non des faibles variations qu'éprouve l'absorption de ce gaz. Cette tourterelle à l'inanition, quoique brûlant beaucoup n:oins de carbone, brûlait, en réalité, plus d'hydrogène qu'à l'état normal, et ainsi la chaleur, résultant de raction de l'oxygène absorbé sur les graisses
La tourterelle nourrie avec du millet a brûlé.
La tourterelle à Tinanition a brûlé
De jour. De nuit.
0,255 de carb. 0,1G2 de carb.
/iQÔ PHYSIQUE MÉDICALE.
et les autres matériaux combustibles de l'économie, était produite en assez grande quantité pour maintenir sa température sensiblement stationnaire et rendre le refroidissement très lent. La comparaison des résultats précédents démontre qu'un des effets de l'inanition est d'abaisser le rappoTt du carbone brûlé pendant la nuit au carbone brûlé pendant le jour. Chez la tourterelle privée d'aliments, la diminution de la combustion du carbone pendant la nuit est donc un peu plus forte que chez la tourterelle suffisamment nourrie; ce fait est d'accord avec l'accroissement qu'éprouve l'oscillation quotidienne de la température, pendant toute la durée de l'inanition.
Le Mémoire de M. Boussingault contient l'histoire d'une autre tourterelle mise aussi à l'inanhion. Les faits constatés dans cette expérience confirment pleinement les précédents; nous nous contenterons de les rapporter sous forme de tableau. Cette seconde tourterelle, du poids de 176 grammes, brûlait par heure :
De jour.
De nuit.
Après 11 heures d'inanition..
0,095 de carb.
36 heures d'inanition..
48 heures d'inanition..
. 0§'",1 14 de carb.
60 heures d'inanition..
84 heures d'inanition..
96 heures d'inanition..
108 heures d'inanition. .
0,235 de carb.
0,387 de carb.
Il serait difficile de trouver, en physiologie, des expériences dont les résultats présentent une concordance
SOUUCliS Dlî LA CHALEUR AiNlMALE. /|07
plus complète; les moyennes déduites de ces deux observations sont physiologiquemeni identiques.
M. Boussingault n'a pas poussé l'inanition jusqu'à ses dernières limites; aucun de ses animaux n'a succombé; il a même suffi de leur rendre leur nourriture habituelle pour les voir revenir très rapidement à leur état normal. Pendant que s'effectue cette réparation successive de tous les éléments perdus et de tous les organes en souffrance, il est curieux de suivre les augmentations rapides de poids de l'animal, et la marche ascendante des combustions respiratoires. Pour ne pas prolonger outre mesure cette discussion, nous nous contenterons d'emprunter au Mémoire de M. Boussingault un exemple très détaillé et très remarquable qui prouve avec quelle facilité, même après une inanition très prolongée, les fonctions de l'économie se rétablissent sous l'influence d'une alimentation suffisante.
Il s'agit encore d'une tourterelle :
Carbone brùlc' .Poids eu une heurt',
de l'ticimal. De jour.
Avant Tcxpérience 175,6 0,232
Après 9 jours d'inanition 112,5 »
On rend à la tourterelle des aliments à discrétion : .
Après 24 heures d'alimentation » ♦ 0,168
Après 72 heures d'alimentation » 0,206
Au milieu du 4" jour 143,7 0,249
Le 5^ jour 144,5 »
Au milieu du 6*^ jour. 148,0 0,259
Le 12" jour 154,0 0,250
Le 20' jour 157,3 »
Zi08 PHYSIQUE MÉDICALE.
Ce tableau nous démontre que la respiration, encore très faible vingt-quatre heures après la restitution des aliments , avait déjà repris son type normal dès le quatrième jour. Les combustions respiratoires, continuant à s'élever, dépassèrent leur intensité physiologique entre le quatrième et le sixième jour, pour ensuite redescendre graduellement , comme l'indique la comparaison des résultats du sixième et du douzième jour. Quant au poids de l'animal, il augmenta très rapidement dans les quatre premiers jours; puis sa marche ascensionnelle se ralentit du quatrième au douzième jour, et ne fit plus que des progrès presque insensibles du douzième au vingtième jour.
Phénomènes généraux «le rînanition. — Complétons
maintenant l'histoire de l'inanition par le tableau qu'a tracé M. Chossat(i) des symptômes généraux présentés par les animaux privés de toute nourriture : , (( Restés calmes pendant une partie plus ou moins » grande de l'expérience, par exemple pendant la pre- » mière moUié, les deux tiers ou la presque totalité de » celle-ci , ils deviennent ensuite plus ou moins agités, j) et cette agitation continue aussi longtemps que la cha- » leur animale reste élevée; quelquefois l'agitation com- )) menée dès le début. -
» Le dernier jour de la vie, l'agitation cesse et est » remplacée par un état de stupeur; l'animal, mis en » liberté, tantôt regarde avec étonnement autour de » lui, sans chercher à s'envoler, tantôt ferme les yeux,
(1) Loc. cit., p. 569.
)) comme dans un état de sommeil. Cet état de stupeur » s'accompagne d'un affaiblissement graduellement crois- » sant; la station devient vacillante et la tête branlante; » les orteils, froids et livides, se mettent en boule et em- )) pèchent l'animal de se fixer solidement sur le sol , )) quoiqu'il puisse encore se tenir debout en s'appuyant » sur le ventre et les ailes ; mais bientôt il tombe sur le » côté, et il y reste couché, immobile, comme on l'y » place, et sans pouvoir se relever.
» Enfm, l'animal s'affaiblit de plus en plus, la respi- )) ration se ralentit , la sensibilité diminue graduellement ; » la pupille se dilate, et la vie s'éteint tantôt d'une ma- » nière calme et tranquille , tantôt après quelques » spasmes, de légères convulsions des ailes, et de la rigi- » dité opisthotonique du corps. »
A l'autopsie, on trouve tous les organes pâles, décolorés, diminués de poids et de volume; mais leur texture est restée normale, et l'on ne rencontre nulle part de lésion matérielle capable de compromettre la vie. Il semble qu'une partie des éléments constituants des divers organes se soit résorbée molécule à molécule, sans porter la moindre atteinte ni à la composition intime, ni à la forme de ce qui a échappé à ce travail lent et progressif de destruction. Chaque organe a perdu une portion de chacun de ses éléments; mais ce qui reste est sain. « On n'imaginerait pas combien les parties intérieures se » trouvent belles et saines chez les animaux qui sont » morts de faim, » avait dit depuis longtemps un grand observateur (1). L'épithélium de l'estomac a seul, et par
(1) Redi, Collection académique {T^SiViiQ étrangère), t. IV, p. 499.
txM) PHYSIQUE î\iÉDlCALE.
places, perdu de sa consistance, et encore ce ramollissement ne s'est pas étendu aux couches sous-jacentes. Du reste, toutes les parties de l'économie ne sont pas également attaquées ; M. Cliossat a donné un tableau très important (1) des pertes de poids éprouvées par les divers organes et lés principaux systèmes :
Le corps dans son ensemble ayant perdu les. . 0,400 de son poids.
La graisse a perdu les 0,933
Le sang 0,750
La rate 0,714
Le pancréas 0,641
Le foie 0,520
Le cœur 0,448
L'intestin 0,424
, Les muscles locomoteurs 0,423
L'estomac 0,397
Le pharynx et l'œsophage 0,342
La peau 0,333
Les reins 0,319
L'appareil respiratoire , 0,222
Le système osseux 0,167
Les yeux 0,100
Le système nerveux » . . . . 0,019
Les graisses ont donc presque complètement disparu; le sang, le foie et le système musculaire ont subides pertes énormes, tandis que l'appareil respiratoire, le système osseux, et surtout le système nerveux^ ont été à peine atteints.
De ses expériences sur les animaux supérieurs ( oiseaux et mammifères] et sur les animaux inférieurs (balra-
(I) Loc cil , p. 530.
SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE. ^lll
ciens, reptiles et poissons), M. Cliossat(l) a déduit les résuitats suivants :
Animaux Animaux supérieurs, iiifei ieiu s.
Durée moyenne de la vie . . , 9 io»»'S68 226 i^ws.
Fraction du poids initial perdue par jour. .. . 0,0420 0,0021 FracUon du poids initial perdue au moment
delà mort 0,397 0,404
Les expériences de M. Boussingault sur la tourterelle confirment les résultats de M. Chossat; nous avons vu, en effet (page ^02), qu'une tourterelle du poids initial de 186§%8, ayant été mise à l'inanition, perdit par jour 7^'',7 de son poids, c'est-à-dire les 0,0412 de son poids initial.
La comparaison de ces résultats nous permet d'établir en principe que, chez les animaux cà l'inanition, la mort n'arrive que quand ils ont perdu une portion de leur poids initial sensiblement la même pour tous, et qui s'élève moyennement à 0,/i; par conséquent, la durée de leur vie est en raison inverse de la fraction de leur poids initial qu'ils perdent chaque jour.
Conclusions. — L'interprétation de ces faits se présente d'elle-même. L'animal privé de nourriture continue à absorber de l'oxygène; il brûle successivement ses graisses, son sang, ses propres tissus; la quantité de chaleur produite est moindre qu'à l'état normal , assez grande encore cependant pour maintenir sa température à un degré élevé et rendre le refroidissement très lent;
(») Loc. cit., p. 48i.
/j12 physique médicale.
mais l'animal se détruit lui-même pièce à pièce, et ses forces s'affaiblissent. Si, à l'exemple de M. Boussingault, on arrête l'expérience alors que cette destruction des organes de l'animal n'est pas encore assez considérable pour que les fonctions les plus importantes soient suspendues, et alors que sa température est encore assez élevée, il suffit de lui rendre les aliments pour le voir revenir très rapidement à l'état normal.
Mais, si l'on pousse plus loin l'inanition, il arrive bientôt un moment où Fanimal a éliminé, par le poumon, la peau et les diverses voies d'excrétion, une portion énor,me des éléments organiques de son corps; à cet état, il a perdu de 3 à 5 dixièmes de son poids initial. Alors l'élément combustible manque pour entretenir la fonction respiratoire, la production de chaleur diminue considérablement, le refroidissement prend une marche très rapide, la température tombe au-dessous du degré nécessaire au jeu des organes; l'animal meurt par arrêt successif de , toutes ses fonctions et sans lésion matérielle importante. Jl meurt de fimd, comme l'a dit M. Chossat; et le froid provient de ce qu'il ne trouve plus, dans son corps, de quoi fournir des matériaux combustibles à l'oxygène incessamment introduit par les voies respiratoires intactes.
Lorsque l'animal est ainsi parvenu au dernier degré de marasme par inanition, quand la mort est imminente, il est encore possible de le rappeler à la vie, à la santé; mais il ne suffit pas de lui présenter les aliments : ses organes sont trop refroidis, il ne peut pas exécuter les mouvements nécessaires pour les saisir. Il ne suffit pas même de gaver les pigeons ou les tourterelles; la tempé-
rature du corps s'est trop abaissée pour que la digestion s'opère, l'aliment reste intact, rien ne pénètre dans le torrent circulatoire ; l'inanition continue, bien que leur jabot soit plein de grains de maïs. Mais, si alors on place l'animal dans une étuve, si l'on rend arti ficiellement à ses organes cette température qu'il ne peut plus leur donner lui-même et qui cependant est nécessaire pour qu'ils agissent, peu à peu les fonctions suspendues se rétablissent, l'aliment est attaqué, digéré, des éléments combustibles et des éléments plastiques sont introduits dans le torrent circulatoire; l'animal assimile, se nourrit, brûle une partie des matériaux que lui fournit la digestion, et commence à se réchauffer lui-même. Bientôt il devient capable de maintenir sa température sans le secours de la chaleur de l'étuve; alors il reprend le libre exercice de toutes ses fonctions, répare ses pertes et remonte graduellement à son poids initial. M. Chossat , en entretenant , pendant quelques jours, une température élevée autour de ses animaux arrivés à Vétat de mort imminente, et en leur rendant leur nourriture habituelle en quantité suffisante, est parvenu à les rétablir d'une manière complète.
Les phénomènes de température et de combustion chez les animaux soumis à l'inanition, la manière dont, sans subir d'altération de texture, leurs organes perdent successivement leurs éléments constituants, le refroidissement rapide et l'arrêt successif de toutes les fonctions dans les derniers moments de leur existence, la nécessité d'un réchauffement artificiel pour leur rendre la possibilité de digérer et de maintenir eux-mêmes leur tempé-
kïU PHYSIQUE MÉDICALE.
rature, la facilité et la rapidité avec lesquelles ils reviennent à leur état normal, lorsqu'ils n'ont pas encore perdu, ou que, sous l'influence d'un réchauffement artificiel, ils ont recouvré la faculté d'introduire, par la digestion, des éléments combustibles dans le torrent circulatoire, constituent un ensemble de faits qui nous paraissent la confirmation la plus belle et la plus décisive des grandes vues physiologiques de Lavoisier.
ARTICLE VIII