DES DIVERSES PARTIES DU CORPS DES ANIMAUX ET DE LEUR SITUATION
L'observation directe nous a montré (page 102) que chaque partie du corps d'un animal a sa température propre, dont l'élévation dépend de sa distance aux grands centres de la vie de nutrition et de sa position plus ou moins superficielle. Cette inégale répartition de la température est la conséquence nécessaire des variations d'intensité que, suivant les régions de l'économie, éprouvent les sources de chaleur et les causes de refroidissement. Or, tandis que la combustion des matériaux du
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sang se passe daus la profondeur des tissus et des organes; révaporation, le rayonnement et le contact du milieu ambiant agissent exclusivement à la périphérie. Tout animal est donc placé dans la situation d'un corps dont la chaleur se renouvelle à l'intérieur et s'écoule au d(v hors par sa surface. Les lois de la conductibilité, d'accord avec les résultats de l'observation directe, veulent qu'en cas pareil, la température des diverses couches successives du corps des animaux soit croissante avec la profondeur de leur situation. Cette inégalité de température est surtout très prononcée dans les corps qui, comme les matières organisées, sont de mauvais conducteurs de la chaleur. Les membres et les divers appendices des animaux ont, chacun en particulier, un volume moindre que le tronc; ils sont, par ce fait même, exposés à une plus forte déperdition de chaleur, puisqu'ils offrent plus de prise aux causes extérieures de refroidissement. Ajoutons encore que la combustion des matériaux du sang est peu énergique dans le système osseux, à cause de la lenteur de son mouvement nutritif. Ainsi , d'une part , les membres, en raison de leur moindre volume, perdent plus facilement et plus vite leur chaleur ; d'autre part , ils en produisent moins à cause de la prédominance de leur charpente osseuse, surtout vers leurs extrémités ; leur température propre doit donc, comme le prouve l'observation directe, être moins élevée que celle du tronc et aller croissant de leur partie libre à leur racine. Après avoir considéré cette question dans son ensemble, et avoir trouvé la distribution générale de la température conforme aux lois de la physique et aux
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prévisions de la théorie de la combustion, nous devons poursuivre, jusque dans les moindres détails, l'analyse I des faits précédemment exposés ( page 102 ). Cette étude
i nous fournira les plus fortes et les plus éclatantes confir-
mations de l'exactitude des grandes vues de Lavoisier. \ Les vaisseaux sanguins, artériels et veineux , participent
i à la température des régions d'où le sang leur arrive, et
I à celle des parties qu'ils parcourent; le liquide qu'ils
renferment doit , en effet , tendre continuellement à se mettre en équilibre avec les tis$us qu'il traverse dans sa course, tantôt leur empruntant , tantôt leur cédant de la chaleur.
Pris dans le cerveau, dans les membres, dans les organes du thorax ou dans ceux de l'abdomen, le sang artériel est partout le même : sa couleur et sa composition ne varient pas. Les artères sont de simples canaux destinés à distribuer le liquide nourricier dans toute l'économie ; entre le cœur et les capillaires, le sang rouge ne fait que se mouvoir plus ou moins vite, sans que ses principes constituants réagissent en aucune manière les uns sur les autres. Hais, à mesure que le sang artériel s'éloigne du cœur, dans quelque direction qu'il chemine, il passe d'une partie plus chaude à une partie plus froide ; il est donc tout simple que les observateurs aient trouvé sa température d'autant moins élevée qu'ils l'ont examiné dans des vaisseaux plus éloignés du centre circulatoire.
Les phénomènes de combustion ne sont localisés nulle part ; ils se passent dans la trame des capillaires généraux, c'est-k-dire dans l'épaisseur de tous les tissus et dans la profondeur de tous les organes. Il n'y a donc
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pas dans l'économie un centre linique où se développe et d'où émaçe la chaleur ; mais, dans chaque région du corps, la quantité de chaleur produite dépend de l'activite du mouvement nutritif, et là température d'une partie quelconque dépend , à son tour, de l'intensité des combustions dont elle est le siège et de la manière dont elle est protégée contre les causes extérieures de refroidissement ou exposée à leur action.
A la peau, la chaleur dégagée est sans doute considé* rable ; mais aussi c'est sur cette surface qu'agissent l'éva* poration, le rayonnement et le contact du milieu ambiant ; et les tissus sous-jacents, situés à une faible profondeur» tendent eux^^mémes à se refroidir par voie de conductibilité. Quelle que soit donc leur activité, les combustions accomplies dans les capillaires des parois du tronc, de la tête et des membres, ne peuvent pas échauffer le sang qui les traverse : elles ne doivent servir qu'à maintenir la température de ces parties. Ces prévisions de la théorie sont d'accord avec les résultats de l'observa^ tion directe ; nous avons vu, en effet, que le sang des veines du cou et des membres U*averse des régions de plus en plus chaudes, et acquiert une température de plus en plus élevée à mesure qu'il se rapproche du tronc; tandis que le sang artériel , en cheminant du cœur à la peau, est poussé, par un mouvement centrifuge, vers des parties de moins en moins chaudes, et va sans cesse se refroidissant, Nous savons en outre que, aux membres et au cou, le sang des artères a toujours une température plus élevée que celle du sang des veines collatérales. Ces faits n'ont rien qui puisse nous surprendre, puisque, en
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un point quelconque de ces régions, pour se mettre en équilibre avec les tissus environnants, le sang veineux leur emprunte de la chaleur, tandis que le sang artériel leur en cède.
Les recherches de M. le professeur Bernard ( page 108) nous ont montré, au^^contraire, qu'au sortir du rein et du foie, le sang veineux a une température supérieure à celle du sang artériel qui se rend à ces organes. Ce fait important est uiie des plus belles confirmations de la vérité de la théorie des combustions. Dans les capillaires de ces glandes, Toxygone agit sur les matériaux du sang pour donner naissance à de nombreux produits de sécrétions qui sont tous des résultats de combustions plus ou moins avancées. Les organes, au sein desquels s'effectuent ces réactions chimiques, sont placés profondément et à Tabri de Févaporation, du contact du milieu ambiant, et du rayonnement. La chaleur, ainsi dégagée, sert à élever la température du sang, et celui-ci, cheminant loin des causes extérieures de refroidissement, sort des cafnilaires plus chaud qu'il n'y est entré. L'activité et la corn-plexité des fonctions du foie nous expliquent, d'ailleurs, pourquoi l'intérieur des veines sus^hépaliques est la région la plus chaude de l'économie.
Contrairement à l'opinion généralement admise par les physiologistes, l'expérience déjà ancienne de M. Malgaigne et les observations plus récentes de M. Bernard (page 111) ont démontré que le sang des cavités droites du cœur est, chez l'animal vivant, plus chaud que celui des cavités gauches. Ces faits prouvent irrésistiblement qu'en traversant les organes respiratoires, le
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liquide sanguin se refroidit. Depuis que ^allanzani a démontré que les combustions se passent réellement dans les capillaires généraux, ce résultat , loin de paraître extraordinaire, pouvait et devait même être prévu. Dans le poumon, en effet, le sang laisse échapper de Tazote et de Tacide carbonique squs forme gazeuse, et emprunte à Tair un volume à peu près équivalent d'oxygène ; cet échange de gaz ne peut agir en aucune Taçon sur la température du sang. L*oxygène absorbé, il est vrai , se combine sur place avec les globules du sang ; mais cette combinaison est tellement faible, tellement instable, que la chaleur ainsi produite ne doit pas dépasser des proportions complètement négligeables. Dans les capillaires pulmonaires, au contraire, le sang est exposé à deux puissantes causes de réfrigération. D'une part, Tair, au moment où il pénètre dans la cavité thoracique, a toujours une température plus basse que les gaz expirés; la circulation gazeuse des voies respiratoires est donc déjà, pour le sang qui les traverse, une source de déperdition de chaleur. Mais, d'autre part, le poumon est le siège d'une évaporation considérable, et toute évaporation entraîné après elle un refroidissement inévitable. Pour fixer les idées, supposons qu'il s'agisse d'un homme adulte, normalement constitué, placé dans les conditions de la température moyenne et de l'état hygrométrique moyen du climat de Paris.
En admettant, avec M. le professeur Bérard(i), que le volume d'une expiration soit de un demi-litre^ cet
(1) Cours de physMogie, t. HI, p. 336.
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homme, à raison de 16 inspiraticms par mkiute, fera passer, en une heure^ à travers sa cavité tboracique, &80 litres de gaz. Cet air, inspiré à la température de lO^^^S et à moitié saturation, ne contenait, au moment de son introduction, que 2^1^,362 dejirapeur d'eau. Il est expiré à la température de 38 degrés et complètement saturé; il emporte donc avec lui 2l6r,985 de vapeur d'eau. Il en résulte que, en une heure^ Tévaporation pulmonaire a été assez intense chez cet homme pour produire 198i^,623 de vapeur d'eau à 38 degrés. En prenant, pour valeur de la calorie {i\ la quantité de chaleur nécessaire pour élever de un degré la température d'un kilogramme d'eau distillée, l'évaporation pulmonaire ferait perdre, en une heure, au sang qui traverse le poumon,
0,019623 (3S + 536,215) = 11 ,268 calories.
En évaluant, d'après M. le professeur Bérard(2), le poids du sang à 10 kilogrammes, chez un homme bien constitué, l'évaporation pulmonaire sufiBrait pour abaisser la température de la masse totale du liquide san^guin de 1%13, dans l'espace d'une heure. Les prévisions de la théorie s'accordent donc avec les observations directes de MM. Malgaigne et Bernard pour démontrer que les phénomènes respiratoires, localisés dans le pou* mon, sont, pour le sang qui le traverse, une cause puissante et incessante de refroidissement.
(1) Dans les calcnls qae nous feroos, nous prendrons toujours, pour unité de chaleur ou calorie, la quantité de chaleur nécessaire pour élever de l"" la température d*un kilogramme d*eau distillée.
(2) Cours de physiologie, U III, p. 13.
5tN} t»HTfttQC« MiDIGAtS.
Les récherehai ^trepriaes, par M. Becquerel , à Taide des aiguilles thermo^électriques ont démontré que la température des muscles Vemportë toujours sur celle dû tissu cellulaire environnant. Nous n'avoï)s pas besoin d'insister sur la véritable cause.de cette différence; elle résulte évidemment de la riche vascularisation et de Factivité de la nutritioti du système musculaire.
C'est ici le lieu de rapporter un fait important découvert par M. Becquerel. Expérimentant avec ses aiguilles thermo-électriques, il a constaté (1) que, pendant sa contraction, la température d'un muscle augmente constamment, et peut s'élever à un degré au-dessus de ce qu'elle est dans ce même muscle à Téfat dé relâchement. Or, la contraction a pour effet immédiat d'activer la circulation, défaire, par conséquent, qu'en un temps donné une plus grande quantité de sang passe à travers le tissu et qu'une plus forte somme de chaleur soit produite dans l'intérieur du muscle en expérience. A l'appui de cette observation, nous en citerons une seconde due aussi à M. Becquerel. Dans le cours de ses recherches, 11 a souvent constaté qu'il suffit de comprimer une grosse artère pour abaisser immédiatement la température des muscles qu'elle alimente. Ce dernier fait est parftiitement d'accord avec les phénomènes de refroidissement constatés par les chirurgiens à la suite de la ligature d'une grosse artère, re*froidissement qui, d'ailleurs, disparait du moment où la circulation capillaire est rétablie.
Dans la période de rut^ les parties génitales des fe-
(1) Traité dephysique^ t. U, p. 54.
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moUes des animaux sont congestionnées et traversées, dans un temps donné, par une plus grande quantité de sang qu'à Tétat normal. Pendant notre séjour à Técole d'AIfort en i8/i2, nous avons eu occasion de prendre, comparativement et à la même heure de la même journée, ht température de brebis en rut et de brebis de même espèce qui ne témoignaient aucune t^adance à Taccouplement : toujours nous avons trouvé la tempe* rature du vagin des premières à un demi-degré et môme un degré au-dessus de celle du vagin des secondes.
Ainsi donc, à la condition de tenir compte de l'action des causes extériei^res de refroidissement sur les diverses parties de l'économie en raison de leur volume et de leur position plus ou moins superficielle^ et de faire la part de la quantité de chaleur enlevée par Tévaporation, nous trouvons que la température d'une région quel^ conque du corps d'un animal se maintient toujours d'ao^ cord avec la richesse de son système capillaire sanguin, la rapidité de la circulation et Tintensité des réactions chimiques dont elle est le siège.
ARTICLE m.