DE L'AGE ET DU SEXB
Des matériaux nombreux dont la science s'est successivement enrichie, il est permis de conclure que les animaux parvenus h l'état adulte produisent plus de chaleur et résistent mieux aux causes extérieures de refroidissement que pendant les premières périodes de leur existence. L'influence du sexe a été moins étudiée;
âOS PHTSIQUB MÉDICALE.
nous ne connaissons d'autre travail entrepris dans cette direction que celui de M. le professeur Martins, cité plus haut (page 96). Il résulte de ses observations que^ dans Tespèce canard, la température moyenne des femelles est de /t2*',273 et «elle des mâles de /ii%962. Ces deux estimations différent très peu Tune de l'autre, elles restent comprises dans les limites d'oscillation compatible avec ce genre de recherches; tout porte donc à penser que, chez les animaux adultes, le sexe n'a qu'une influence très faible ou même nulle sur leur température propre.
Toutefois, la menstruation crée pour les femmes des conditions d'existence et de nutrition tellement spéciales, qu'il serait au moins imprudent d'étendre trop légèrement cette conclusion à l'espèce humaine. En vue de cette considération, de l'importance de l'a question et de l'abondance des travaux dont l'homme a été le but et le siyet, nous avons cru devoir consacrer un paragraphe particulier à l'étude comparative de la température et des phénomènes physico -chimiques de la respiration, dans l'espèce humaine.
§ X. — Kammifèret et oiseaux.
Edwards (1) a fait une belle étude de la température des mammifères et des oiseaux à des époques très rapprochées de leur naissance ; ces recherches ont montré la liaison intime qui existe entre le degré du développement organique de l'être et l'intensité des phénomènes de la calorification.
. (!) Influence des agents phys. sur la vie, p. i 32.
SOURCES m LA CHALEUR ANIMALE. 309
Placés près de leur mère^ les jeunes mammifères qui viennent au monde les yeux fermés^ si rapprochée que soit du moment de leur naissance l'époque à laquelle on les observe, ont et conservent à peu près la même température que les adultes de même espèce. Si, au lieu de les laisser en contact avec leur mère, on isole ces jeunes animaux, les résultats changent de nature. Bien qu'on ait soin de leur donner du lait de temps en temps, ces mammifères nouveau-nés, placés loin de leur mère dans une chambre dont la tanpérature est comprise entre 10 et 20 degrés, se refroidissent très rapidement et, dans l'espace de deux ou trois heures, leur température tombe à 2 ou 3 degrés au-dessus de celle de l'air environnant. Chez le jeune lapin, qui naît la peau presque nue, ce refroidissement pourrait être attribué à l'absence de fourrure protectrice ; mais une pareille cause ne peut être invoquée ni pour les jeunes chiens, ni pour les jeunes chats, qui viennent au monde la peau bien garnie. D'ailleurs, Edwards a constaté directement que l'abaissement de température se produit malgré le soin pris de compenser l'fibsence de fourrure par une enveloppe artificielle ; seulement, dans ce dernier cas, le refroidissement est plus lent. Les mammifères qui naissent les yeux fermés ne produisent donc pas assez de chaleur, dans les premiers jours qui suivent leur venue au monde, pour résister par eux-mêmes à l'action du milieu ambiant; ils ne peuvent pas se passer de l'abri que leur prête leur mère et lutter seuls contre les causes extérieures de refroidissement; abandonnés à leurs propres ressources, ils se conduisent commedes animaux infé-
310 PBYSIQUI MtmCàLB.
rieurs à température variable. D'ailleurs, le besoin qu'ils ont du secours de la mère est d'autant plus impérieux qu'on les observe à une époque plus rapprochée de leur naissance. Bientôt la marche de leur refî'oidissement se ralentit; peu après ils résistent encore mieux à l'action des agents extérieurs, et conservent une température plus élevée quand on les isole. Enfin, au bout de quinze jours environ, ils ont acquis la faculté de produire assez de chaleur pour vivre isolés et se maintenir à peu près au même degré que les adultes, dans un milieu de température modérée comprise entre 10 et 20 degrés.
Chez les jeunes mammifères, qui viennent au monde les yeux ouverts, les choses se passent autrement. Un cochon d'Inde nouveau-né, par exempte, a sensiblement la même température qu'un adulte de même espèce, et il ne se refroidit pas quand on l'isole, pourvu que l'air environnant ne soit pas au-dessous de iO degrés. Ces derniers animaux naissent donc avec la faculté de maintenir par eux-jobémes leur température propre.
Comnie le fait très justement observer Edwards, la circonstance d'avoir les yeux ouverts ou fermés ne peut exercer aucune influence directe ni indirecte sur la faculté de produire de la chaleur : ce ne peut être qu'un signe indicatif du degré pins ou moins avancé de développement organique atteint par le jeune animal , au moment de sa naissance.
Edwards a étendu ses recherches aux oiseaux et a rencontré, dans l'histoire de leur température, des faits de même ordre. Les moineaux, les éperviers et tous les autres oiseaux qui, comme eux, naissent sans plumes et
SOUACBS M U CHAUtim ANIMALB. 311
dépourw» de la faculté 4e marcher y se conduisent comme les mammifères qui viennent au monde U$ yeux fermés. Pans le nid, près de leur mère, ils ont et conservent une température à peu près égale à celle des Adultes de même espèce; mais isolés, et placés seule dans une chambre dont la température est comprise entre 10 et 20 degrés,. ils se refroidissent; leur température tombe très rapidement à 2 ou 3 degrés au*dessus de celle de Tair environnant. Peu à peu» à mesure qu'ils se développent, ils résistent mieux, par eul-mémes, à Taction des agents extérieurs ; au bout de trois semaines, un mois, ils peuvent vivre isolés sans se refroidir, ils sont devenus animaux é température constarUe, Edwards, en étudiant compara* tivement la température de ces jeunes oiseaux et celle d*adultes de même espèce qu'il avait dépouillés de toutes leurs plumes, a constaté que ce refroidissement ne peut pas être attribué à l'absence de leur enveloppe naturelle.
Au contraire, les oiseaux qui naissent le corps recouvert d'un épais duvet et avec la faculté de courir au sortir de l'oBufne passent pas par cette période de fadle refroidissement. Ils naissent au second âge de leur développement ; ils ont accompli le premier avant l'éclosion ; ils viennent an monde capables de maintenir par eux-mêmes leur température propre, dans une atmosphère qui ne s'abaisse pas au-dessous de 10 degrés.
Au moment de leur naissance, les mammifères et les oiseaux se partagent, par le degré de leur développement organique et de leur puissance de caloriflcation, en deux groupes bien distincts. Les uns viennent au monde avec des organes très imparfaits et des fonctions à l'état rudi-
312 PHYSIQUE IIÉDICALB.
nientaire; TassistaBce incessante de la mère leur est indispensable ; les débuts de leur existence en plein air ressemblent à une continuation de la vie foetale ; et nous voyons qu'ils sont d'abord incapables de lutter seWs contre les causes extérieures de refroidissement. Malgré la place très élevée qu'ils . occupent dans l'échelle zoologique, leur température est momentartément variable comme celle des animaux inférieurs; et, tant que leur température reste ainsi variable^ ils peuvent supporter impunément des degrés de refroidissement qui, plus tard, dans l'âge adulte, compromettraient infailliblement leur existence. Les autres, au contraire, ne naissent qu'après avoir parcouru, dans le sein de leur mère, toutes les phases de l'état fœtal ; leurs organes sont plus parfaits, leurs fonctions plus actives ; ils ont moins absolument besoin de secours étrangers ; ils sont animaux à température eon^ stante dès les premiers moments de leur existence aérienne. Ces études nous montrent à quel point la fa* cuite de produire de la chaleur est subordonnée au degré de perfection de l'organisme, et nous révèlent la nature des causes des différences si notables que nous avons signalées, entre la température propre des animaux supérieurs et celle des animaux inférieurs.
Nous venons de voir que les jeunes mammifères et les jeunes oiseaux peuvent tous, soit dès leur naissance, soit peu de temps après , maintenir leur température constante, dans une atmosphère à 10 degrés ou audessus. Observés dans ces circonstances , on serait tenté de les confondre avec des adultes de même espèce; cependant l'expérience nous apprend qu'il n'en est pas
ainsi. Edwards a étudié comparativement des animaux adultes, et de jeunes animaux de môme espèce qui ne se retroidissaient plus quand on les isolait ; il les a placés les uns et les autres dans des atmosphères artificiellement maintenues à une basse température. Dans une enceinte à U degrés, de jeunes pies perdirent, en une heure, 14 à 16 degrés de leur température; tandis que des pies adultes ne se refroidirent que de 3 degrés, dans les mêmes circonstances et dans le même temps. Un résultat identique fut obtenu avec des mammifères ; en une heure de séjour dans une enceinte à zéro, un cochon d'Inde de deux jours se refroidit de 11 degrés, un cochon dinde de un mois perdit 9 degrés, tandis que la température d'un cochon d'Inde adulte ne s'abaissa que de 2'',5. Après tous ces faits^ nous pouvons dire avec Edwards :
«En prenant donc une vue générale de toutes ces » expériences sur les animaux à sang chaud , nous arrix> vons à cette conclusion que la faculté de produire de la » chaleur est à son minimum à l'époque de leur nais- » sance et qu'elle s'accroît successivement jusqu'à l'âge » adulte. »
En même temps que, chez les très jeunes animaux, la puissance de calorificatiou est incomparablement moindre que chez les adultes de même espèce, l'observation et l'expérience nous enseignent que, chez eux aussi, la fonction pulmonaire est moins active et la consommation d'oxygène moins considérable. Buffon a consigné, dans son Histoire naturelle de l'homme^ une expérience très remarquable éminemment propre à démontrer avec
S1& raTSIQDI MiDICÀLK*
quelle énergie les mammifères résistent à Tasphyxie, au moment de leur naissance «
«Je fis, dit il, il y a environ dix ans, une expérience
Dsur de petits chiens; j'avais pris la précaution de
» mettre la mère, qui était une jeune chienne de Tespèce
»des grands lévriers, dans un baquet rempli d*eau
» chaude, et Payant attachée de manière que les par-
» ties de derrière trempaient dans Teau, elle mit bas
» trois chiens dans cette eau, et ces petits animaux se
f> trouvèrent au sortir de leurs enveloppes dans un liquide
» aussi chaud que celui d'où ils sortaient; on aida la
» mère dans Taccouchement , on accommoda et on lava
» dans cette eail les petits chiens, ensuite on les fit pas-
i> ser dans un petit baquet rempli de lait chaud , sans
» leur donner le temps de respirer. Je les fis mettre dans
» le lait au lieu de les laisser dans Teau, afin qu'ils pu»-
» sent prendre de la nourriture s'ils en avaient besoin ;
» on les retint dans le lait où ils étaient plongés, et ils y
» demeurèrent pendant plus d'une demi-heure^ après
» quoi les ayant retirés les uns après les autres, je les
» trouvai tous trois vivants ; ils commencèrent à respirer
»et à rendre quelque humeur par la gueale; je les
» laissai respirer pendant une demi-heure, et ensuite on
» les replongea dans le lait que l'on avait fait réchauffer
» pendant ce temps ; je les y laissai pendant une seconde
» demi-heure^ et les ayant ensuite retirés, il y en avait
» deux qui étaient vigoureux et qui ne paraissaient pas
» avoir souffert de la privation de l'air, mais le troisième
»> me paraissait être languissant ; je ne jugeai pas à pro-
» pos de le replonger une seconde fois, je le fis porter
SOURGBS DE LA CflAUUR ANIBIALE. 315
}j k la mère. Ce petit chien ^ qui était né dans Teau, qui » d*abord avait passé plus d*une demi-heure dans le lait
• » avant d'avoir respiré, et encore une autre demi-heure
• » après avoir respiré, n'en était pas fort incommodé, car p » il fut bientôt rétabli sous la mère, et il vécut. Je contii » nuai ces épreuves sur les deux autres, qui étaient dans p » le lait; je lei laissai respirer une seconde fois pendant K » une demi-heure environ ; ensuite je les fis mettre de r » nouveau dans le lait chaud , où ils se trouvèrent plon- I » gés pour la troisième fois ; je ne i^ais s'ils en avalèrent
» ou non ; ils restèrent dans ce liquide pendant une demi- » heure, et lorsqu'on les en tira, ils paraissaient être » presque aussi vigoureux qu'auparavant; cependant» » les ayant fait porter à la mère, l'un des deux mourut » le même jour ; mais je ne pus savoir si c'était par » accident ou pour avoir souffert dans le temps qu'il » était plongé dans la liqueur et qu'il était privé de Tair ; » l'autre vécut aussi bien que le premier, et ils prirent »tous deux autant d'accroissement que ceux qui » n'avaient pas subi cette épreuve. Je n'ai pas suivi ces » expériences plus loin, mais j'en ai assez vu pour être X) persuadé que la respiration n'est pas aussi absolument » nécessaire à l'animal nouyeau*né qu'à l'adulte. »
Des faits du même genre ont été constatés par Legal«lois. Cet habile physiologiste a cherché combien de tempis les jeunes lapins peuvent vivre sous l'eau à des époqù6s diverses de leur naissance. Les résultats de set recher^ ches sont con^gnés dans le tableau suivant (1) :
(1) Œuvres de Legalloii^ U I, p. 93.
316 PHTSIQOB MÉDICALB.