APIM8 ASPHTXlis PAR SCniEltSlON
Age. Hâtée de la vie. .
1 jour • 27 ïnînuies.
5 jours 16 —
10 jours 5 1/2 —
45 jours 4 -^
20 jours .*.....• 3i/2 —
25 jours 2 3/4 —
30 jours 21/2 —
Ces faits démontrent d'une manière incontestable que, chez les mammifères, la résistance à l'asphyxie diminue a mesure que, s'éloignant de Tépoque de leur naissance, ces animaux résistent mieux aux causes extérieures de refroidissement et produisent plus de chaleur.
L'expérience de Bufifon et celles de Legallois portent sur cette catégorie de mammifères qui naissent les yeux fermés et qui, pendant les quinze premiers jours de leur vie, ne peuvent pas maintenir leur température quand ils sont séparés de la mère. Le tableau de Legallois prouve d'ailleurs qu'à partir du quinzième jour, âge auquel nous savons qu'ils commencent à vivre comme des animaux à température constante, les jeunes lapins ne résistent à l'asphyxie qu'une ou deux minutes de plus que les adultes de même espèce. Edwards, en reprenant ces recherches (1), a constaté que le cochon d'Inde, à sa naissance, ne résiste guère que cinq à six minutes à l'asphyxie par submersion ; tandis qu'il a vu, exceptionnellement il est vrai, les jeunes chiens vivre
(1) Influence des agents phys, sur la vie, p. i70.
cinquante-quatre minutes sous l'eau (1). Ce fait, rapproché de cette circonstance que le cochon d'Inde appartient à la catégorie des animaux qui , dès leur naissance, ont la propriété de conserver leur température constante, est une preuve évidente de la liaison intime qui existe entre l'activité de la fonction respiratoire et l'intensité de la production de chaleur. Edwards a soumis des oiseaux aux mêmes expériences ; il a trouvé que, en général, la résistance à l'asphyxie est d'autant plus prononcée que l'animal est pris à une époque plus rapprochée de réclosion , et que, toutes choses égales d'ailleurs , les oiseaux nés sans plumes vivent sous l'eau beaucoup plus longtemps que les autres.
Les faits précédents suffisent pour démontrer que, dans un temps donné, le jeune animal consomme réellement moins d'oxygène que l'adulte; cependant il était désirable que l'expérience directe vint confnrmer cette déduction. Edwards a fait, à ce sujet, une série de recherches (2).
Les animaux, placés dans un vase de verre de la capacité d'un litre et renversé sur une dissolution de potassé afin d'absorber l'acide carbonique à mesure qu'il était exhalé, étaient maintenus au-dessus du liquide par un diaphragme de gaze. Il commença par expérimenter sur des moineaux de huit jours , c'est-à-dire pris à un âge tel qu'ils se refroidissent quand on les sépare de leur mère; en moyenne, la quantité d'oxygène con-
(1) Loc. cit., p. 268.
(2) Loc. de., p. 189.
518 PHTSlQUg MBDIULK.
tenu dans la cloche suffit pour entretenir leur vie pendant ik heures l\9 minutes ^8 secondes. De» aimneaux adultes enfermés dans le mdme vase ne vécurent ,que 1 heure 30 minutes. Dans une autre série d'expériences, il compara des moineaux adultes à de jeunes moineaux plus avancés en âge que les précédents et pris à cette époque où ils peuvent, seuls et isolés, maintenir leur température propre. Dans ce dernier cas, Toxygène de la cloche fut suffisant pour entretenir la vie des jeunes moineaux pendant 2 heures 39 minutes, tandis que les adultes moururent en 1 heure 32 minutes. Edwards fait observer que de pareils résultats ne peuvent pas être attribués à la différence de volume des animaux; car, dans la première série d'expériences, le volume des adultes n'était que double de celui des jeunes moineaux, et, dans la deuxième série, le volume était exactement le même pour les uns et pour les autres.
Le procédé suivi pour les mammifères diffère notablement du précédent. Dans des vases d'un litre de capacité, renversés sur du mercure, Edwards plaça successivement de jeunes chiens âgés de un à deux Jours et des cochons d'Inde âgés de quinze jours. Les chiens restèrent en expérience pendant U heures (i9 minutes, et les cochons d'Inde pendant 1 heure /i2 minutes. Au bout de ce temps, il mesura la quantité d'oxygène consommée de part et d'autre, et il la trouva sensiblement la même ; d'où résulte que, dans un même espace de temps, les jeunes cochons d'Inde, quinze jours après leur naissance, consomment à peu près quatre fois plus d'oxygène que les jeunes chiens à^és d'un à deux jours, et nous savons
SOURCES M LA CHALKUt ANIMALE. Sl9
déjà que tes cochona d'Ind« produisent) dans ces olroonslanfies, beaucoup plus de chaleur que les chiens.
Ainsi, à mesure que les mammifères^ et les oiseaux s'éloignent de TépoquedeJeur naissance et avancent vers Tàge adulte, la quantité de chaleur qu'ils produisent augmente graduellement ; la manière dont ils résistent à Taspbyxie, et Taltération qu'ils font subir à une masse d'air confiné se réunissent pour démontrer que, ches eux, les phénomènes chimiques de la respiration suivent la même marche ascendante. En face de la vie si active des jeunes animaux, il parait singulier de voir les phénomènes chimiques de la respiration avoir, chez eux, moins d'intensité que chez l'adulte. Cette contradiction est plus apparente que réelle. Chez les animaux très jeunes, en effet, ce qui domine c'est l'accroissement de volume et de masse des organes et, par suite, le travail d'assimilation. Ils prennent beaucoup aux aliments pour satisfaireà leur développement, et rejettent peu au dehors. Cliez eux donc, l'élimination est au minimum et Tassimilation au maximum. Or les aliments fournissent des substances qui, pour être assimilées, n'ont pas besoin d'être transformées. Les phénomènes chimiques de la respira* tion, localisés surtout dans les capillaires, sont des actions oxydantes dont le but principal est de simplifier la molécule organique et même de ramener, dans beaucoup de cas, ses éléments à Tétât minéral ; ce sont essentiellement des phénomènes d'élimination, de destruction et d'excrétion. Il est donc tout simple que, chez le jeune animal, ces actions de combustion soient moins intenses que chez un sujet adulte, dont le corps a atteint tout
son développement, et qui, n'augmentant pas de poids, détruit nécessaiFement» par la combustion respiratoire, autant qu'il reçoit par la digestion.
Nous trouvons des faits d'une haute importance dans le Mémoire déjà si souvent cité de M^ Regnault. Il résulte, en effet, de ses expérienees, que, tandis qu'une jeime poule consommait l8%ft59 d'oxygène par kilogramme et par heure, une vieille poule n'en absorbait que O»»^, 999 ; de même la consommation moyenne d^oxygène par kilogramme et par heure s'est élevée à ls%093 pour trois lapine âgés de quelques mois, tandis que des lapins plus vieux n'en absorbaient que 0s^,883. Ces résultats ne contredisent en aucune façon ceux que nous avons précédemment exposés; car évidemment, dans les recherches de M. Regnault, il ne s'agit que d'animaux déjà parvenus à rage adulte, tandis que, dans celles de Buifon, Légal • lois et Edwards, les animaux étaient pris à une période moins avancée de leur vie.
Dans les premiers temps qui suivent la naissance, nous avons vu la production de chaleur et l'absorption d'oxygène augmenter à mesure que l'animal avance en âge. Les faits de M. Regnault prouvent que ce mouvement ascensionnel se continue jusqu'à l'établissement de l'état adulte confirmé, et qu'ensuite les phénomènes physico-chimiques de la respiration suivent une marche inverse. Tous ces résultats établissent d'une manière incontestable que l'époque de la plus forte consommation d'oxygène coïncide avec celle où le corps de l'animal a atteint son développement complet, et qu'à partir de ce moment, la fonction respiratoire est d'autant plus faible,
qu'on l'examine à un âge plus rapproché des deux extrêmes de la vie. La production de chaleur doit suivre une marche parallèle. Déjà nous avons vu que les observations faites sur les jeunes mammifères et les jeunes oiseaux, dans les premiers temps de leur existence, s'accordent avec ces prévisions de la théorie de Lavoisier ; en est-il de même pour l'animal qui a franchi l'époque du plus grand développement de ses forces physiques et s'achemine vers la vieillesse? Les observations nécessaires pour répondre à cette dernière question n'ont encore été faites que sur l'homme; les faits recueillis dans cette direction, quoique peu nombreux, sont dénature à démontrer que, à une époque quelconque de la vie, la solidarité la plus intime ne cesse jamais d'exister entre la production de la chaleur et les phénomènes physico*chimiques de la respiration.
5 ZX. — Animaux înfériettf s.
Avant de passer à l'étude de l'homme, il nous semble utile de rapporter ici quelques bonnes observations relatives à la température et aux phénomènes physico-chimiques de la respiration des insectes considérés à leur état parfait et sous les diverses formes qui le précèdent. Newport a vu la température propre d'une larve de hanneton varier entre 0**,05 et 0%33, tandis que celle d'un hanneton joû7'/îïfV an rqt/os était de 1",77. M. Dutrochet a trouvé 0',0/i pour la température propre d'une larve de hanneton, et 0^,25 pour celle d'un hanneton parfait au repos. Le même observateur a constaté que la température propre d'une larve de sphinx stellatarim , à une époque
332 rUYSIQUB MËPICALE.
éloignée de la métamorphose, ne s'élevait qu'à 0*,il, tandis que celle de l'insecte/? ar/oiV au repoi éi&ii de 0«,29. Enfin M. Dutrochet a trouvé une nymphe de sphinx du tilleul à 0%34, tandis que h chenille du môme animal, au moment de la métamorphose, avait 0%^3 detetnpérature propre.
ce Pendant Tétat de larve^ dit Newport, l'appareil de la x> respiration eçt plus faible que dans Yinsecie parfait, ^\ » on le compare au volume du corps, aussi avons-nous » vu que la larve possède une température pr(q)replus » basse,.. Dans la chrysalide, les organes respiratoires » sont plus vastes que dans la larve, mais, les conditions » physiologiques de l'animal étant inférieures, la respi- » ration est sans énergie. »
En ramenant les phénomènes à ce qu'ils auraient éié pour un kilogramme de matière animale vivante et une heure de temps, les belles recherches de M. Regnàult prouvent que :
Les chrysalides de ver à soie ont absorbé
moyennement « 0s<',242 d*oiygène.
Les cheoilles de ver à soie à divers états de
développement ...•• 08^,899 Id.
Et les hannetons parfaits • . . . • 18^,019 Id«
Toutes ces observations s'accordent donc pour prouver que, chez les animaux inférieurs, comme chez les mam* mifères et les oiseaux, il y a toujours un rapport direct entre l'intensité de la puissance de calorification et l'activité des phénomènes physico-chimiques de la respiration.
SOURGRS DK LA CBALSUR A^fMALB. 323
§ XII. — Zspèoe hmaaiiie.
Placé dans un lieu à température douce, protégé d'ailleurs par ses vêtements, Tenfant nouveau^né vit très bien séparé de sa mère, et maintient par lui-même sa température sans secours étranger. Venant au monde les yeux ouverts, l'enfant se conduit donc comme les jeunes mammifères parvenus au même degré de développement à répoque de leur naissance , cependant sa température propre n'est pas encore aussi élevée qu'elle le sera plus tard. Edwards a constaté que les jeunes mammifères qui naissent les yeux ouverts ont une température inférieure dei ou 2 degrés à celle de leur mère. Ses expérimentations sur les nouveau-nés lui ont fourni les mêmes résultats. Chez vingt adultes (I ), la température varia entre 35%5 et 37", la moyenne fut de 36^,12 ; chez dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à deux, jours, la température varia entre 3fi' et 85%5, la moyenne nes*éleva qu'à 34%75. D'après M. Despretz (2), la température moyenne de neuf hommes âgés de trente anis étant de 37%^, celle de trois enfants mâles âgés d'un à deux jours ne s'éleva qu'à 35',06. M. Roger (3) a fait sur ce sujet des recherches très étendues et très intéressantes. 11 a constamment pris la température des enfants dans le creux axillaire; il résulte de ces observations que :
(I) /n/!. dts agents phys, sur la vie, p. 235.
(58) Ann. dechim, et de phys., 2* série, t. XXVï, p. 338.
(3) De la température chez les enfants, Paris, 18ti.
32/i PHYSIQUE IliDIGàLB.
1* Chez neuf enfants naissants, dans la première demiheure de leur existence aérienne,
La températore moyenne était de 36*, 14
La température maximim 37**, 75
La température minimum 35'*,25
Chez un de ces enfants la température s*éleva à 37*,75, mais il fut examiné dans la première minute qui suivit sa naissance^, il est probable quHl participait encore à la température de Tutérus de la mère.
2* Chez 33 enfants nouveau-nés, âgés de un à sept jours,
La température moyenne était de. • • • • 37*,08
La température maacimum 39",00
La température minimum 36°,00
Dans ces 33 observations, la température des enfants s'éleva trois fois à 38 degrés et une fois à 39 degrés. Ces chiffres nous 'paraissent un peu trop forts pour l'état physiologique. M. Roger est lui-même frappé de ces résultats, et cependant il affirme que la santé de ces enfants était parfaite; nous nous demandons si la manière dont ils étaient emmaillottés dans leurs langes n'avait pas pu déterminer accidentellement une élévation anormale de la température du creux axillaire. Quoi qu'il en soit, la température de ces 33 enfants s'est répartie ainsi qu'il suit:
Pendant le 1" jour après la naissance, température moyenne. 36'',85 Pendant le 2* — . — 37*,21
Pendant le 3« — — 36%55
Pendant le 4* — — 37",08
« Pendant le 5* jour après la naissance, tempér. moyenne. 37,30
Pendant le 6" — — 37,08
Pendant le 7* — — 37,75
3° Chez treize enfants âgés de quatre mois à six ans inclusivement :
La température moyenne était de 37,1 1
La température mcucimum 37,75
La température minimum 36,75
W Chez douze enfants ayant plus de six ans et quatorze ans au plus :
La température moyenne était de 37,3 1
La température maocimum 37,75
La température minimum • 37,00
Les recherches de M. Koger s'accordent avec celles d'Edwards et de M. Despretz pour prouver que les enfants, dans les premiers temps qui suivent leur naissance, ont une température moins élevée que celle qu'ils atteindront plus tard. Mais il résulte, en outre, des observations précédentes un fait important. Nous voyons, en effet, que la différence entre la température maximum et la température minimum est beaucoup plus élevée, dans les premiers jours qui suivent la naissance, que dans la première enfance, et, dans celle-ci, que dans la seconde en^ fance. Nous pouvons en conclure que, toutes choses égales d'ailleurs, la température des enfants est d'autant plus influencée par celle du milieu ambiant, et que leur puissance de calorification est d'autant plus faible, qu'on les observe à une époque plus rapprochée de leur naissance. Cette circonstance est de nature à rendre
Compte de la différence qui existe entre les résultats de M. Rogeret ceux de ses prédécesseurs. L'hygiène des hôpitaux ne cesse défaire des progrès, elles enfants nouveaunés observés par M. Roger étaient certainement dans de meilleures conditions que ceux qui, de 1820 à 1824, servirent aux recherches d'Edwards et de M. Despretz. D'ailieurs, et ce fait a une grande importance, M. Roger a constaté que, à cëltë époque de la vie où les influences extérieures peuvent encore si profondément modifier l'état thermique des enfants, les plus vigoureux et les mieux constitués d'entre eux présentent toujours une température supérieure à celle des sujets dont la cornplexion est moins forte.
Nous devons à Edwards une observation très intéressante qui démontre à quel point la température des enfants dépend du degré de leur développement organique; chez un nouueau-né bien portant du reste, bien emmaillotte et placé devant un bon feu, mais venu au ntonde avant terme, à sept mois, le thermomètre placé dans le creux axillaire ne s'éleva qu'à 32 degrés. D'ailleurs, l'observation de tous les jours nous apprend que, pour em* pécher les très jeunes enfants de se refroidir, il est nécessaire de les entourer de soins continuels. Ainsi, des notions empruntées à l'hygiène comme des résultats de l'expérimentation directe découle cette conclusion que» chez l'homme, la faculté de produire de la chaleur est moindre, dans les premiers temps de la vie, qu'à l'état adulte.
A l'autre extrême de la vie, dans la vieillesse, la température de l'homme présente des phénomènes qui mé-
ritent aussi de fixer notre attention. D'après les i^echer-^ ches d'Edwards, la température des vieillards est inférieure à celle des adultes; chez les sexagénaires, elle varie entre 35 et 36 degrés ; chez les octogénaires, entre 34 et 35 degrés. Ces faits sont sensiblement d*ac-> cord avec les résultats obtenus par M. Roger, qui, chez sept vieillards compris entre soixante-douze et quatre* vingt^quinze ans, a trouvé :
La tcmpératare moyenne à 36,23
La température maximum à 37 .00
La température minimum à. . . » .... 35,H0
Contrairement à ces deux observateurs, M. Despretz a fixé, ainsi qu'il suit, la température de l'homme à divers Ages :
A 18 ans 36»99
A 30 ans 37,14
A 68 ans 37,13
De pareilles divergences sont très regrettables, et pourraient faire douter sérieusement de la réalité et de la nature de l'influence de la vieillesse sur la température de l'homme, si un travail de J. Davy (1) ne nous en donnait pas l'explication. Dans le Westmoreland , il a pris neuf fois, sous la langue, la température de vieillards bien portants, âgés de quatre-vingt-sept à quatre-vingt-quinze ans. Au moment de l'observation, ils étaient assis au coin de leur feu, dans une chambre dont Tair s'est constamment maintenu entre 11%1 et 15%5. La température
(1) Ann. âe chim. et de phyx.^ 3* série, t. XII, p. 1*8.
(le ces vieillards a oscillé entre 36 degrés et 37o,5 ; la moyenne s'est élevée à 36", 7. On peut donc affirmer que, chez les vieillards placés dans de bonnes conditions de santé, et soiis Tinfluence d'une chaleur extérieure douce et modérée, la température du corps ne diffère pas beaucoup de celle de l'adulte, mais lui est pourtant un peu inférieure; nous avonsvu, en effet, précédemment que J. Davy, d'après ses recherches propres, ne porte cette dernière qu'à 37%30, à la racine de la langue. Mais si, quand ils sont convenablement protégés contre les causes extérieures de refroidissement, les vieillards se conduisent à peu près comme des hommes d'âge moyen, ilji'en est plus de même lorsque la température extérieure s'abaisse autour d'eux ou lorsque leurs vêtements sont insufTisants. Chez un vieillard de quatre-vingt-huit ans observé par Davy, le thermomètre placé sous la langue marquait 37",5 dans une chambre dont la température était de 15%5; la chambre s'étant refroidie à 12%8, le thermomètre placé sous la langue ne marqua plus que 36*,6, et enGn le thermomètre s'abaissa à 35",5 lorsque l'air extérieur tomba lui-même à 6", 7. A Ceyian, i. Davy a fait des observations de même genre : un vieillard de cent ans accomplis, placé hors de son habitation et très légèrement vêtu, se plaignait d'une sensation de froid, bien que la température extérieure fût de 22*,8 ; le thermomètre ne marquait que 33 degrés sous sa langue, et 33**, 7 sous son aisselle. Les recherches de i. Davy, en faisant connaître à quel point la température des vieillards est influencée par l'état thermique du milieu ambiant, ont donné l'explication des divergences que nous
avons signalées entre les résultats d'Edwai^ds et de M. Roger et ceux de M. Despretz.
De tous ces faits, il est permis de conclure que, dans Tenfance et dans la vieillesse, Thomnie résiste moins énergiqueraentaux causes extérieures de refroidissement, et produit en réalité moins de chaleur que dans la jeu* nesse et dans l'âge moyen.
Nous ne connaissons pas de séries d'expériences instituées dans le but d'apprécier l'influence du sexe sur la température de l'homme. De pareilles recherches, pour conduire à des résultats de quelque valeur, devraient reposer sur des nombres considérables de faits bien observés; le meilleur procédé à employer serait celui dont s'est servi J. Davy pour les vieillards. En appréciant ainsi comparativement, chez des hommes et chez des femmes de même âge, les modifications imprimées à leur température par des circonstances extérieures déterminées, on arriverait à connaître les rapports qui.existent entre le sexe et la résistance aux causes de refroidissement. En l'absence d'expériewces directes, nous ne pouvons invoquer que des observations faites par quelques voyageurs dans des conditions toutes spéciales. La nuit, quand on traverse à cheval les hauts cols des montagnes, l'influence du froid se fait sentir très fortement et se traduit par une sorte d'engourdissement très difficile à combaltre, auquel on ne s'abandonne pas sans danger. Toutes les relations d'ascensions de ce genre s'accordent pour dire que les femmes sont plus exposées que les hommes à éprouver cette espèce de torpeur. Ce fait suffit pour démontrer que, toutes choses égales d'ail-
leurs, la femme oppose moins de résistance que Thomme aux causes extérieures de refroidissement , et, par suite, jouit à un moindre degré de la faculté de produire de la - chaleur.
Travaux de Lavolvler. — LavoisicT a fait des expériences directes pour déterminer la quantité d*oxygène consommé et en même temps les proportions de carbone et d'hydrogène brûlés par l'homme; le résultat de ses recherches est publié dans un beau Mémoire sur la respiration, dont nous avons déjà eu bien souvent occasion de parler (1). Pour donner plus de clarté au langage, nous substituerons les nouvelles Unités de capacité et de poids à celles dont il s'est servi. Toutes ces expériences ont été faites sur son collaborateur Séguin ; il en résulte que (2) :
!• Un homme au repos etàjeun^ par une température extérieure de 32',5, consomme par heure 24***,002 d'oxygène;
2» Un homme au repos et à jeun, par une température extérieure de 15 degrés, consomme par heure 26"*, 660 d'oxygène ;
3" Un homme, pendant la digestion, consomme par heure 37ï*',689 d'oxygène;
/i* Un homme à jeun, pendant qu'il accomplit le travail nécessaire pour élever, en quinze minutes, un poids de 7^",3/i3 à une hauteur de 199'",776, consomme par heure 65*»V477 d'oxygène;
(1) Mém, de VAcad. des sciences, 1789, p. 567.
(2) Loc, cit., p. 575.
5" Un homme, pendant la digestion, accomplissant le travail nécessaire pour élever, en quinze minutes, un poids de 7*^'',3/i3 à une hauteur de 211"\146, consomme par heure 91*»', 248 d*oxygène.
Nous reviendrons plus tard sur ces résultats remarquables, qui traduisent si nettement l'influence exercée, sur rinteiisité des phénomènes physico-chimiques de la respiration, par les diverses conditions de température extérieure, d'abstinence, de repos ou de mouvement. Nous ne voulons insister ici que sur les déterminations, fournies par Lavoisier lui-même, des proportions de carbone et d'hydrogène converties en acide carbonique et en eau, pendant la respiration. Ici nous avons dû faire subir une correction aux calculs qu'il a employés: pour lui, 100 parties en poids d'acide carbonique contenaient 72 parties d'oxygène et 28 de carbone, 100 parlies en poids d'eau contenaient 85 parties d'oxygène et 15 d'hydrogène. Si la composition de l'acide carbonique est à très peu près exacte, il n'en est pas de même de celle de l'eau. Nous avons dû, tout en admettant avec Lavoisier que l'oxygène absorbé est tout entier employé à faire de l'acide carbonique et de l'eau, et, en adoptant les nombres que l'expérience lui a donnés, nous servir de la véritable composition de l'eau pour calculer l'hydrogène brûlé. Cela posé, Lavoisier annonce (i) que, chez l'homme pris dans les conditions ordinaires de son existence, la respiration fournit les résultats suivants :
(1) Mém, dé VAcad. dessciencei, 1789, p, 577.
Consommation d*oiygènc par heure 42.2*25
Kxhalation d'acide carbonique par heure. . . • 47,803
Il résulte de là que les effets produits par la respiration chez l'homme, en une heure de tempsy se traduisent ainsi :
/ Acide carbonique j Oxygène 34,765 gr.
Oxygène l exhalé. 476r,803 Carbone brûlé 13,038
absorbé. ( „ , ^ ,
49gr 22j) ^^" (Oxygène 7,460
(produite 8fi^ 393 j Hydrogène brûlé 0,933
Oxygène absorbé en une heure de temps . . • 42,225
Nous devons signaler ici une très remarquable vérification de Texactitude des résultats précédents. M. Regnault a trouvé que, chez les chiens nourris exclusivement Sivec delà viande^ lerapportde la quantité d'oxygène contenu dans Tacide carbonique exhalé à la totalité de l'oxygène consommé est de 0,703, et que ce rapport s'él^^ve à 0,928 chez les chiens nourris avec une pâtée faite avec du pain et des eaux grasses. L'homme, en sa qualité d'omnivore, doit nécessairement fournir des résultats intermédiaires aux deux précédents ; et , en effet , le tableau des évaluations de Lavoisier nous donne 0,823 pour la valeur de ce môme rapport. Nous verrons plus tard que la quantité de carbone brûlé par Thomme est la même que celle que nous ont fournie, en 18^3, des recherches faites en commun avec M. le professeur Andral.
En 1797, on publia un dernier volume de la collection des Mémoires de l'Académie des sciences sous ce titre : Mémoires de l'Académie des sciences^ année 1790, tirés des
registres de cette académie. Ce volume contient un
travail de Lavoisier et Séguin sur la transpiration de
l'homme, dans lequel on donne, pour les. quantités de
fî carbone et d'hydrogène brûlés, des nombres qui dif-
6 ferent notablement des précédents. Ce Mémoire, lu dans
la séance du 1^ avril 1790, se compose de deux parties
bien distinctes : Tune, consacrée aux phénomènes chi-
jr miques de la respiration, est une analyse rapide, un
véritable extrait du Mémoire de 1789, et ne contient
aucune détermination nouvelle; l'autre expose les résultats de recherches faites avec Séguin pour mesurer la quantité d'eau évaporée sur les surfaces cutanée et pulmonaire. On trouye, dans ce Mémoire, de très belles pages évidemment sorties de la plume de Lavoisier ; la quantité d'oxygène consommé en vingt- quatre heures est empruntée au Mémoire de 1789 ; le calcul de la détermination des éléments des pertes effectuées, en vingtquatre heures, par le poumon et par la peau, repose sur des principes incontestables, mais les détails en sont inadmissibles. D'abord, la quantité d'oxygène consommé en vingt-quatre heures excède de 255',53 la somme de l'oxygène employé à faire de l'eau et de l'oxygène combiné avec le carbone, ce qui est en contradiction avec la donnée première qui sert de point de départ. En second lieu, contrairement à toutes les analyses de Lavoisier, l'acide carbonique contiendrait, d'après ce Mémoire, 32,85 de carbone pour 100. Enfin, la proportion d'oxygène combinée avec l'hydrogène est presque double de la proportion d'oxygène employée à brûler le carbone. Ce partage de l'oxygène absorbé entre les éléments
B3& PHTSIQUB MÉDICALE.
combustibles du sang est en contradietion flagrante avec les résultats contenus dans les Mémoires de 1785 et 1789, avec tous les travaux de Lavoisîer sur la respiration, avec toutes les incertitudes qu'il avait traversées et toutes les difficultés d'analyse qu'il avait surmontées avant d'admettre et de démontrer que l'acide carbonique exhalé ne renferme pas la totalité de Toxy* gène consommé. Ces erreurs de détail , rapprochées de cette circonstance que le Mémoire de 1790 n'a été réellement imprimé que trois ans après la mort de Lavoisier, prouvent qu'il n'a pas été livré au public tel qu'il était sorti de sa plume. Le Mémoire de 1789 nous paraît devoir 6tre considéré comme la dernière et la plus hauto expression des idées de Lavoisier sur les phénomènes physico-chimiques de la respiration. Quant à celui de 1790 et à un second travail sur la transpiration inséré dans la troisième édition de son Traité de Chimie (1801), nous pensons qu'on ne doit les consulter qu'avec une très grande réserve : Séguin, en les portant à la connaissance du public, a certainement et fatalement usé de sa position de collaborateur pour faire passer, sous le nom de Lavoisier, des idées qu'il n'est pas permis de lui attribuer. De ce nombre est la prétendue exsudation d'hydrogène carboné à la surface des bronches; emprunt malheureux fait à la doctrine de Crawfort par un collaborateur maladroit qui croyait compléter la théorie do Lavoisier, et ne s'apercevait pas qu'il lui imputait gratuitement une pensée erronée, en contradiction avec les principes fondamentaux du beau Mémoire de 1789. Beeherehcs de Cioodwyii et de Mensle». -^ Hallr
nous à donné la traductiofi d'un travail de Goodwyri, publié à Londres en 1789, sous ce titre : La connexion dé la vie avec la respiration. Le physiologiste anglais s'y occupe de la respiration de l'homme et déduit de ses expériences les conclusions suivantes : V dans chaque inspiration, un homme introduit dans le poumon de Oï»S196 à 0>»S230 d'air atmosphérique; 2" dans chaque inspiration» l'air cède une proportion d'oxygène égale aux 13 centièmes de son volume, et le sang rend 11 pour 100 d'acide carbonique, en volume; 3° dans chaque inspiration, une proportion d'oxygène, représentant les 2' centièmes de l'air introduit dans la poitrine, est fixée par le sang et ne se retrouve pas dans l'acide carbo* nique exhalé; /t° l'azote n'est ni absorbé ni exhalé pendant la respiration. Goodwyn, en inspirant plusieurs fois successivement une quantité déterminée d'air, a prouvé qu'à chaque inspiratioUr il y ^ une nouvelle absorption d'oxygène et une nouvelle exhalation d'acide carbonique. Enfin, il a fait de bonnes expériences pour prouver que le changement de couleur du sang dans le poumon est dû à l'action de l'oxygène absorbé.
En même temps, Halle a publié la traduction d'une Dissertation du docteur Menzies sur la respiration, imprimée à Éd imbourg en 1 796 . L'auteur a cherché aussi à déterminer la quantité d'air introduit dans le thorax par une inspiration ordinaire. Conformément à ce qui avait déjà été dit par Jurin, il fixe cette valeur à 0'»S655 ; le nombre des in^ spira lions étant pour lui de 18 par minute, il en résulte qu'un homme, en une heure, inspire 707^*',4 d'air. Et Comme d'ailleurs ses e)ipériences lui ont indiqué que
336 PHTSTQOE MBDICALE.
Tair chassé du poumon contient 5 pour 100 d'acide carbonique, il en conclut qu'un homme expire, par heure, 35*'^ 37 d'acide carbonique. Cette estimation est évidemment trop élevée; les résultats de Lavoisier et ceux qu'ont obteims depuis les meilleurs observateurs prouvent que la quantité d'acide carbonique, expiré en une heure par un homme adulte et bien constitué, ne dépasse certainement pas 25 litres. Cette circonstance nous dispense de discuter les calculs auxquels se livre Menzies, à la fin de son Mémoire, pour déterminer la quantité de chaleur produite par là respiration.
Reeherehea de H. Davy. — Dans ses recherches relatives à la respiration de l'oxyde nitreux et d'autres gaz par les animaux, Humphry Davy s est occupé de la respiration de l'homme (1). Opérant sur lui-même, il exécutait des inspirations successives dont le volume s'élevait à 0'^'',213 et le nombre à 26 par minute; il résulte de 20 expériences qu'en moyenne :
lit.
1" n absorbait par heure 30,654 d'oxygène.
2'' Il exhalail par heure 28,099 d'acide carbonique.
3" 11 absorbait par heure. ... 5,109 d^azote.
L'acide carbonique contenant un volume d'oxygèiîe égal au sien, il disparaissait donc, par heure, 2*»'-, 755 d'oxygène qui se combinaient avec l'hydrogène du sang.
Dans une autre série d'expériences faites sur luimême, après avoir vidé complètement son poumon, il lit une expiration forcée, et aspira ainsi 2"^-, 673 d'air. Il répéta cette manœuvre i9 fois, en une minute^ sur le
(I) Hibliolh. britannique, 1802, t. XXI, p. 2il.
même gaz. En comparant la composition de Tair avant et après l'opération, et en étendant les résultats à ce qu'ils auraient été en une heure, on trouve que, dans cette série d'expirations forcées portant sur une même masse de gaz:
lit.
1° l\ aurait absorbé en une heure. . . 1 9,060 cToxygène. 2" 11 aurait eihalé en une heure. ... 15,523 d'acide carboniq. 3" II aurait absorbé en une heure. . . 5,305 d'azote.
11 aurait donc disparu en une heure 3^»»-, 537 d'oxygène qui, ne se retrouvant pas dans l'acide carbonique, se seraient combinés avec l'hydrogène du sang.
Dans cette seconde série d'expériences, les quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé ont été moindres que dans la première. Ce résultat était facile à prévoir : dans le premier mode, en effet, il passait par le poumon 5^»^-, 538 d'air, par minute; tandis que, dans le second, la respiration n'agissait, pendant le même temps, que sur 2^»'-,673 d'air.
De ses expériences sur les souris, Davy conclut que, chez ces animaux comme chez l'homme, Yabsorption d'azote est constante.
Enfin Davy a constaté, sur lui-même et sur des souris, que, lorsqu'on remplace l'air atmosphérique par de Voxygène pw% l'exhalation d'acide carbonique et la consommation d'oxygène deviennent notablement moindres qu'à l'état normal.
Quelque imposante que soit l'autorité du grand nom de H. Davy, ces résultats ne peuvent pas être acceptés sans examen. Déjà Lavoisier avait annoncé que, dans
338 PHYSIQUE llfiDlGA(.E.
Toxygène pur, la quantité d'acide carbonique exhalé par es animaux n'est ni plus ni moins considérable que dans Tair atmosphérique; M. Regnault^ reprenant cette question, a démontré que les exhalations et les absorptions gazeuses effectuées à la surface du poumon restent identi* quement les mêmes, quelque considérable que soit la proportion d'oxygène dans Tair respiré. En second lieu, après les expériences dé Spallanzanî, de Dulong, d'Edwards, de M. Despretz, les recherches si rigoureuses de M. Regnault et les résultats fournis par les analyses de M. Boussingault, il n'est pas. possible de conserver le moindre doute sur le f^it de Yexhalotion constante de l'azote, chez les anin^aux pris dans des conditions physiologiques de santé et d'ahmentation. Sur les points les plus importants de la question, les recherches de H. Davy contiennent dqnc des assertions en contradiction flagrante avec les résultats les mieux établis; elles ne nous parais* sent pas mériter la confiance dont quelques physiologistes les ont entourées.
Be«liereheB d'JUIeii et Pepy». — ÂUên et Pepys ont publié, dans les Iransactions philosophiques pour 1808, 2*' partie, un travail très étendu sur les phénomènes de la respiration considérée chez l'homme ; leur mémoire a été aussi publié dans la Bibliothèque britannique ({), Nous nous contenterons de donner ici les principalen conclusions que le^ auteurs eux-mêmes ont tirées de leurs recherches.
1' La quantité d'acide carbonique exhalé est exactement
(1) Biblioth, brUann., 1S09. t. XLIL
égale en volume à celle de Toxygène absorbé ; il n'y a donc pas lieu de conjecturer qu'il se forme de l'eau.
2** L'air atmosphérique, entré dans les poumons, on ressort chargé de 8,5 pour 100 d'acide carbonique, en volume.
3" Un homme de taille moyenne , âgé de trente-huit ans, dont le pouls donne environ 60 pulsations par minute, expire en une heure 21^'*-, 642 d'acide carbonique; et, par conséquent, absorbe un égal volume d'oxygène. — Il est évident que la quantité d'acide carbonique produit, dans un temps dontié, doit beaucoup dépendre des circonstances sous l'influence desquelles la respiration, s'exécute.
U° Le sujet soumis aux expérimentatioîis faisait 19 inspirations pîar minute; le volume d'une inspiration facile et naturelle était de 0'i'-,270.
5° Pendant la respiration, il ne se ùé^iige ni hydrogène, ni aucun autre gaz que l'acide carbonique.
6" Dans un temps donné, l'homme exhale plus d'acide carbonique quand il respire de l'oxygène pur que quand il se sert d'air atmosphérique.
Les travaux de H. Davy, et ceux d'Allen et Pepys n'ont donc en rien contribué à éclairer la question des phénomènes physico-chimiques de la respiration. Le premier, en insistant sur une prétendue absorption d'azote, les seconds en niant la combustion de l'hydrogène, tendaient à engager la physiologie dans une fausse voie, et à jeter des doutes fâcheux que rien ne justifie sur la valeur des idées si nettes, si simples et si vraies introduites dans la science par les travaux de Lavoisier.
3/»0 PHYSIQUE BIÉDICALE.
Decherches de M. Damas. — En 1820, M. Dumas
entreprit sur la respiration un grand travail qui n*a jamais été terminé. Il a publié plus tard (1) les résultats qu'il avait obtenus en analysant les produits de sa propre respiration. D*après ces recherches, un homme adulte brûle, par jour, de 150 à 200 grammes de carbone et de 20 à 30 grammes d'hydrogène. Prenant la moyenne, et calculant les résultats pour une heure de durée, les phénomènes physico - chimiques de la respiration , chez l'homme adulte à l'état de repos, seraient ainsi caractérisés :
Oxygène t ^^^^^ carb. exhalé | Oxygène 30,556 gr.
absorbé ) P&i^ ^^i^re 426> ,014 ( Carbone brûlé • 11 ,458
par heure) Eau prod. ) Oxygène 8,333
38B«-,889\ par heure 9§^375 ( Hydrogène brûlé 1,042
Oxygène absorbé en une heure de lemps. . • . 38,889
Ces résultats de M. Dumas sont excessivement remarquables, en ce qu'ils concordent d'une manière presque absolue avec les nombres consignés par Lavoisier dans son beau mémoire de 1789. Une telle confirmation est de nature à fairecomprendre toute l'exactitude des vues émises, et des moyens d'investigation employés par le créateur de la chimie, dans son analyse des fonctions des animaux.
Recherches de SHH. Andral et Gavarrct. — Tel était
l'état delaquestion quand, en 18^2, nousentreprîmesavec M. And rai tïos Recherches sur la quantité diacide carbonique exhalé par le poumon dans V espèce humaine. Notre travail fut communiqué à l'Académie des sciences dans la
(I) Chimie phyfiologique. Paris, 1840, p. 456.
SOURCES DE LV CUALEUR ANIMALE. o'il
séauce du 13 janvier 1843, et imprimé, la même année, dans les Annales de chimie et de physique (1). Cette étude des produits gazeux de Texhalation pulmonaire élait, dans notre pensée, la base physiologique de recherches semblables qui devaient être poursuivies dans les diverses maladies. Nous nous proposâmes, dans cette première série d'expériences, de déterminer, chez Thomme en santé parfaite, les lois de la variation de la quantité absolue d'acide carbonique exhalé, suivant Tôge, le sexe et les constitutions. A cet effet, et pour isoler, autant que possible, ces trois grandes influences de toutes les autres, nous fîmes toutes nos observations au môme moment de la journée, entre une et deux heures, h un même intervalle des repas, dans les mêmes conditions de dépense musculaire, et dans le cours d'une même saison, l'automne. Ce travail comprend l'analyse des produits de la respiration chez 37 hommes compris entre l'âge de huit ans et celui de cent deux ans, et chez 26 femmes de dix à quatre-vingt-deux ans.
Pour déterminer la quantité absolue d'acide carbonique exhalé, dans un temps donné, par les voies respiratoires, il est nécessaire de recueillir les gaz expirés dans des circonstances telles que la fonction pulmonaire s'exécute suivant le rhy thme naturel à chaque individu soumisà l'observa tion.Cettecondition indispensable, sans laquelle les résultats ne traduisent plus ce qui se passe à l'état normal, est très difficile à réaliser. Après beaucoup d'essais et de tâtonnements, nous avons adopté
(I) Ânn de chim. clde phys.^ y série, t. VHI, p. i?9.
un appareil très facile à manœuvrer, et qui d'ailleurs répond complètement à toutes les exigences de la question (fig. 39).
Fig. 39.
Le masque imperméable K est fait avec une feuille mince de cuivre; il est muni, à sa partie antérieure et supérieure, d'une fenêtre V fermée avec une plaque de verre qui laisse pénétrer la lumière dans sa cavité assez grande, d'ailleurs, pour loger une expiration tout entière. Ce masque est appliqué sur la face de manière à l'encadrer dans son ensemble. Les bords du masque sont garnis d'un bourrelet de caoutchouc A destiné à exercer une douce pression sur les parties vivantes, et à s'opposer à toute perte du gaz expiré. De chaque côté du masque, à la hauteur des commissures des lèvres,, existe un tube T, qui laisse pénétrer librement l'air extérieur ; de petites sphères de moelle de sureau font l'office de soupapes, et s'opposent à ce que le gaz expiré puisse
SOURCES DB LÀ CHÀLEUft ANIMALE. 343
s'échapper par cette voie. Enfin, en face de la bouche se trouve une large ouverture 0, à travers laquelle les produits de l'expiration peuvent être chassés au dehors. L'ouverture 0 étant en communication, au moyen d'un tube de caoutchouc, avec un système de ballons collée ^ teurs N, N, N, de 140 litres de capacité, dans lesquels le vide a été préalablement pratiqué, le masque est solidement fixé sur la face du sujet en observation. On ouvre alors le robinet B, et immédiatement le tirage des ballons détermine, par les tubes latéraux T, T, un courant d'air extérieur à travers le masque.
Le sujet respirait, pendant toute la durée de l'observation, au milieu de ce courant d'air continu. Des tentatives nombreuses nous avaient appris (et c'est là la partie délicate de l'opération) à régler la vitesse du courant , au moyen du robinet gradué B, de telle façon que la respiration s'exécutât librement, sans gène aucune, sans effort ni pour aspirer, ni pour expulser le gaz incessamment appelé et emporté par le tirage des ballons. Le courant est assez fort du moment où la vapeur d'eau de l'expiration ne se précipite pas sur la &ce interne de la plaque de verre qui ferme la fenêtre V. Le calme et la régularité des mouvements respiratoires, les sensations éprouvées pendant les expériences auxquelles nous nous sommes soumis nous-mêmes les premiers, tout démontre que cet appareil très simple réunit les conditions nécessaires pour recueillir les gaz de la respiration tels qu'ils sont exhalés à l!état normal. Toute fuite d'ailleurs était impossible ; et l'absence de rosée sur la plaque de verre prouvait que le tirage était conduit de telle
3ii/i
FIg. 40.
SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE. 3i!|5
nianicrc que le même gaz n'était soumis qu'une seule fois à Taction de l'organe pulmonaire.
En procédant ainsi, nous avons recueilli, dans chaque expérience, à peu près constamment i 30 litres de gaz sec, à zéro et sous la pression de 76 centimètres de mercure; le temps pendant lequel les sujets ont respiré a varié de 8 à 13 minutes. D'une part, les produits recueillis -étaient en quantité assez considérable pour permettre d'apprécier des différences très minimes; d'autre part, l'observation était assez prolongée pour qu'on pût conclure du fait observé à ce qui se passe réellement en une heure. L'activité de la fonction pulmonaire variant avec les diverses heures de la journée, et suivant l'état de veille ou de sommeil, nous n'avons pas voulu nous servir de ces résultats pour calculer ce qu'un homme exhale d'acide carbonique dans l'espace de vingt-quatre heures.
Les gaz étant recueillis, le robinet B est fermé, le masque et son tube de caoutchouc sont détachés, et le système des ballons collecteurs N, N, N est mis en communication (flg. ^0) avec un tube barométrique D. On attend que les thermomètres, placés dans l'intérieur des ballons collecteurs, se mettent en équilibre. Les parois des ballons se recouvrent d'une légère rosée ; ce qui indique que l'air qu'ils renferment est complètement saturé de vapeur d'eau. La température des ballons et la hauteur du mercure dans le tube barométrique D étant connues, on mesure la pression atmosphérique à l'aide d'un baromètre extérieur, et l'on possède ainsi tous les éléments pour calculer le volume du gaz contenu dans
3i!t6 PHYSIQUE IliDICALE.
ces ballons dont, d'ailleurs, la capacité a été préalablement déterminée.
Pour mesurer la quantité absolue d*acide carbonique recueilli , on met les ballons N, N, N en communication avec un système de ballons aspirateurs M, M, M, dans lesquels le vide a été fait. Le courant d*air est convenablement réglé à l'aide des robinets gradués B B' ; et le gaz, pour passer des collecteurs N, N, N aux ballons aspirateurs M, M, M, traverse une série d'appareils de Liebig et de tubes en U.
L'appareil de Liebig L ot les tubes T, T', i sont remplis d'acide sulfurique bouilli et de ponce calcinée imbibée du même acide. Le gaz qui les traverse se dessèche complètement.
L'appareil Liebig V et le tube T" sont remplis d'une dissolution concentrée de potasse et de ponce alcaline. Le gaz, en les traversant, s'y dépouille complètement de son acide carbonique ; niais il emporte avec lui de rhuniidité qui lui est enlevée par les tubes T"' et /' remplis de ponce calcinée imbibée d'acide sulfurique bouilli.
L'augmentation de poids de l'appareil Liebig L' et de trois tubes T", T'", <' traduit exactement le poids de l'acide carbonique contenu dans le gaz qui, des ballons collecteurs N, N, N, est passé dans les ballons aspirateurs M, M, M.
Une nouvelle observation des thermomètres de ballons collecteurs, du tube barométrique D et du baromètre extérieur, à la fin de l'opération, indiquait la quantité de gaz expiré qui n'avait pas été soumise à l'action de l'appareil d'analyse. On avait ainsi tous les élé-
ments nécessaires pour calculer la quantité totale d'acide carbonique fourni par chaque sujet, pendant la durée de l'opération.
Les mêmes sujets ont été soumis plusieurs fois de' suite à robservation, et seulement à vingt*quatre heures d'intervalle. Les résultats de ces analyses nous ont prouvé, par leur concordance remarquable et quelquefois par leur identité absolue, que Tappareil fonctionnait régulière^ ment. C'était aussi une manière indirecte mais précise de démontrer que, dans ces expériences, les phénomènes de la respiration conservaient leur régularité normale.
Le sexe exerce, dans l'espèce humaine, une influence si profonde sur la quantité d'acide carbonique exhalé par les voies respiratoires, qu'il est nécessaire d'envisager à part les résultats fournis par les individus du sexe masculii^ et ceux que nous avons constatés chez les sujets du sexe féminin.
Sexe masculin, — Pendant toute la durée de la seconde enfance, la quantité de carbone brûlé et converti en acide carbonique augmente graduellement et régulièrement avec l'âge. Un enfant de huit ans, de constitution saine et de système musculaire moyennement développé, brûlait 5 grammes de carbone par heure ; un enfant de quinze ans, dans les mêmes conditions de santé et de constitution, en brûlait 8s%7. La consommation du carbone marche donc dans le même sens que le développe^ ment organique, pendant toute la durée de la seconde entance. Si même on divisait le poids du carbone brûlé par le poids de l'individu, on trouverait un léger excès en faveur de l'enfant le plus jeune; ce qui, d'ailleurs,
ZliH PHYSIQUE MÉDICALE.
est (Vaccord avec celte règle que nous avons posée, que, pour maintenir le même <legré de température, la cliaieur produite doit être d'autant plus considérable que le volume du corps est plus feible.
Au moment où s'établit la puberté chez les sujets du sexe masculin, la combustion du carbone devient beaucoup plus considérable. Un enfant de quinze ans ne brûlait que 8b'*,7 de carbone par heure, un jeune homme de seize ans et demi en brûlait i08%2. A partir de ce moment, la quantité d'acide carbonique exhalé augmente graduellement et lentement jusque vers l'âge de trente ans, suivant exactement les progrès du développement organique, absolument comme dans la seconde enfance. Ainsi un jeune homme bien constitué et adulte de seize ans et demi brûle 108«",*i de carbone par heure, un homme de même constitution et de vingt-huit ans «en brûle 126%/i dans le même temps. Dans cette période de la vie comprise entre seize ans et trente ans, le corps se développe, les organes et les fonctions se perfectionnent, l'activité pulmonaire suit la même marche, la consommation de carbone augmente avec le piods du corps.
A trente ans, la fonction pulmonaire a acquis son plus haut degré de développement. A partir de cet âge jusqu'à cinquante ans, c'est-à-dire dans cette période de la vie où le corps, ayant atteint l'apogée de son développement, conserve cependant toutes ses forces et ne donne encore, chez les individus bien constitués, aucun signe de décrépitude, l'exhalation d'acide carbonique diminue graduel* lement. Un homme de vingt-huit ans, de bonne consli-
SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE. 3fi9
tutiou» brûle 128',/^ de carbone par heure; un homme de cinquante ans, dans les mêmes conditions d'existence et de santé, n'en brûle plus que lOs'* J dans le même temps. Pour expliquer cette diminution de Tactivité pulmonaire, il n'est pas possible d'invoquer la diminution de poids des sujets; dans la période de trente à cinquante ans, le poids réel du corps ne décroît pas, nous pourrions môme dire, et tous les résultats de Texpérience l'attestent, que, vers quarante ans, le poids moyen de l'homme est plus considérable qu'à trente ans. Prenons d'ailleurs un exemple. Un jeune homme de vingt-quatre ans, maigre ^ de taille moyenne, de système musculaire moyennement développé, brûlait iU^^U de carbone par lieure ; un homme de quarante et un ans, de taille plus élevée, dans les mêmes conditions de système musculaire, mais très gras sans être obèse, ne brûlait que 10^%^ de carbone dans le même temps ; évidemment l'homme de quarante et un ans pesait plus que le jeune homme de vingt-quatre. Cet affaiblissement de l'activité pulmonaire de trente à cinquante ans est donc un fait réel, qui accuse une diminution absolue d'intensité dans les phénomènes physico* chimiques de la respiration, chez l'homme.
Après cinquante ans. la quantité d'acide carbonique exhalé continue à baisser à mesure que le sujet avance en âge, sans que la diminution du poids du corps puisse en rendre raison. Chez des individus bien constitués d'ailleurs et dans de bonnes conditions de santé, la consommation de carbone n'est plus, par heure, que de 10 grammes à cinquante-neuf ans, etde9B',6 à soixantehuit ans. »
350 PHYfeiIOU£ MÉmCÂtE.
, Enfin, un vieillard de cent deux ans, de très haute taille, jouissant de la plénitude de ses facultés, assez bien conservé pour faire tous les malins une promenade à pied sans avoir besoin de s'appuyer sur le bras de personne, d'ailleurs bien nourri et^dans d'excellentes conditions d'existence, ne brûlait plus que 5sr,9 de carbone par heure, un peu plus qu'un enfant de huit ans et moins qu'un enfant de dix ans. Ce dernier fait, que nous avons observé avec toutes les précautions possibles, met dans tout son jour l'influence profonde que, indépendamment de toutes les autres circonstances, Tàge exerce sur l'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respira* tion, chez l'homme.
Tous les physiologistes connaissent ces hommes de constitution athlétique, dont le système musculaire est excessivement développé, et qui peuvent aussi supporter» sans danger et même sans éprouver aucune incommodité, l'influence de températures très basses; ces hommes ont nécessairement la propriété de produire beaucoup de chaleur. Nous avons eu occasion d'en observer cinq pris dans les diverses périodes de la vie. Nous avons trouvé que, chez eux, l'influence de l'âge sur la respiration est la même que chez les individus de constitution ordinaire; niais nous avons constaté aussi que ces hommes, constitués d'une manière exceptionnelle quant au développement de leur système musculaire, brûlent comparativement beaucoup plus de carbone que les sujets de môme âge. L'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration marche, chez eux, parfaitement d'accord avec leur puissance de caloriflcation. Nous nous contenterons
SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE. 35t
de relater les résultats de ces cinq analyses : ils parlent assez haut par eux-mêmes.
Ud enfant de 12 ans brûlait par heure 8,3 de carbone ^
Un jeune homme de 26 ans brûlait par heure. . i4,i
Un homme de 60 ans brûlait par heure 13,6 —
Un homme de 63 ans brûlait par heure 12,4 —
Un homme de 92 ans brûlait par heure 8,8 —
Nous voyons donc que, chei les sujets à constitution musculaire très développée , la fonction pulmonaire est encore, aux dernières limites de la vie, presque aussi active que chez les individus de constitution moyenne observés dans la force de l'âge.
Sexe jféminin, — Pendant toute la période de 4a seconde enfance, l'exhalation de Tacide carbonique suit la même loi chez les jeunes filles que chez, les jeunes garçons : elle augmente à mesure que le corps se développe en avançant en âge; seulement, comme on devait s'y attendre en raison de la différence même du poids du corps, la quantité absolue de carbone brûlé est toujours plus considérable chez un enfant du sexe masculin que chez un enfant du sexe féminin de même âge. La consommation moyenne de carbone, entre dix et quinze ans, est de 7s»',8 par heure, chez les garçons non pubères, et seulement de ôs'*,^! chez les jeunes filles non réglées.
Nous avons vu que, chez le jeune hotnme, au moment où s'établit la puberté, l'exhalation de l'acide carbonique devient tout à coup beaucoup plus considérable; les choses ne se passent pas aini^ chez les jeunes filles. Du moment, en effet, où la femme devient nubile, où
le flux menstruel s'établit , malgré le rapide développement organique qui s*opère en elle, Tactivité de la fonction pulmonaire cesse de s'accroître. L'apparition des règles est un véritable temps d'arrêt pour l'exhalation de l'acide carbonique qui ne dépasse plus le degré qu'elle avait atteint dans les dernières années de la seconde epTance, et se maintient invariablement stationnaire jusqu'à ce que, à l'âge de retour, la menstruation se supprime. Pour mettre nettement en évidence cette in* fluence profonde du sexe sur la fonction respiratoire, comparons les moyennes fournies par les individus des deux sexes, d'abord pendant la seconde enfance, et puis pendant la période de la vie qui s'étend de seize à trente ans. Nous rendrons encore ces résultats plus comparables, en supprimant les faits relatifs aux hommes de constitutiim athlétique.