CONSOMMATIUN MOYENNE DU CARBONE PAS HEURE
i« Hp 10 A in »ns I ^**" ** i®°"« 8«rçoii non pubère 7.8 1 <^^ ^^ ^'^^^^^"1 Chez lut ieunemie non réglée... 6,4
oo -i« 4ak^i\ •«. J Chez rhomme adulte 11,2
 l'âge où le flux menstruel se supprime, il se passe chez la femme un fait remarquable : la fonction pulmonaire prend plus d'activité et la quantité d'acide carbonique exhalé augmente. Ainsi, une femme de quarantecinq ans bien constituée, de bonne santé et encore bien réglée, ne brûlait que 6»%2 de carbone par heure; tandis que cinq femmes placées dans les mêmes conditions, comprises entre trente-huit et quarante-neuf ans, mais chez
]esque\\esle/!iixmen$t7'uelrUait supprimé, hYtilBieuimoyenpeinent, par lieure, S»'',^ de carbone. Du reste, après que ce surcroît d'activité de la fonction pulmonaire a été produit vers Tépoque de retour, Fexhalation deTacide carbonique diminue, chez la femme, à mesure qu'elle avance en âge, absolument comme chez Thorame. Nous avons trouvé que la consommation de carbone, par heure, est de 7s*',l chez la femme de cinquante-six ans, de 66*, 8 chez celle de soixante-six ans, et enfin de 6 grammes seulement chez la femme de quatre-vingt-deux ans. Ajoutons enfin qu'en comparant entre elles les femmes de même âge et placées, d'ailleurs, dans des conditions d'existence semblables, on trouve que le développement du système musculaire exerce, sur l'activité de leur fonç* tion pulmonaire, la même influence que chez l'homme. Pour la femme donc, la fonction utérine est évidemment supplémentaire de la fonction pulmonaire. Chez elle, tant que dure la période menstruelle, les matériaux éliminés ne se retrouvent pas en totalité dans les évacuations alvines, dans les urines et dans les produits des exhalations pulmonaire et cutanée. Une portion notable des matériaux du sang est chassée au dehors par le flux menstruel , et ce fait explique le peu d'activité de la fonction pulmonaire tant que l'utérus continue à vivre de sa vie normale. Mais ces matériaux, qui s'échappent ainsi périodiquement tous les mois, ne subissent pas l'action de l'oxygène : ils sortent en nature et sans avoir éprouvé aucune espèce d'oxydation ; leur élimination s'accomplit donc en dehors du cercle des actions physico-chimiques de la respiration, et ne contribue en
rien à la production de la chaleur. Cettemanière de comprendre le rôle joué par l'utérus dans Féconoraie est pleinement justifiée par Tétude des produits de la respiration pendant la grossesse. Nous avons vu, en effet, que la femme réglée ne brûle moyennement que 6s^/!^ de carbone par heure; quatre femmes grosses, chez lesquelles par conséquent le flux menstruel était suspendu, brûlaient moyennement 8 grammes de carbone par heure. Chez ces dernières donc, la fonction pulmonaire était momentanément chargée d'éliminer les matériaux du sang impropres à la nutrition, qui ne pouvaient plus être expulsés au dehors par leur émonctoire naturel.
Recherches de RI. Scharling. — Peu de temps après
la publication de notre Mémoire, M. Scharling fit paraître (1) un travail qu'il avait exécuté sur le même sujet. Il s*est occupé de l'influence exercée sur la respiration par l'état de veille et de sommeil, de repos et de mouvement , et aussi par la digestion ; nous parlerons plus tard des conséquences qu'il a déduites de ces expériences. Quant à l'influence de l'âge, du sexe et de la constitution, il est parvenu aux mêmes résultats généraux que nous, sans toutefois avoir signalé le fait capital qui se rapporte à la menstruation. Cependant, entre les conclusions de M. Scharling et les nôtres, il y a des divergences assez notables, et que nous croyons devoir attribuer à la méthode qu'il a suivie dans ses recherches; entrons dans quelques détails à ce sujet. M. Scharling plaçait les sujets qu'il voulait observer
(i) Ann. de chim. et de phys., 3* série, t. VIII, p. 478.
dans une espèce de guérite de bois dont les joints étaient bien lûtes, et tapissée de papier collé à l'intérieur. Cette guérite avait environ un mètre cube de capacité, L*air entrait par la partie inférieure ; le couvercle était percé de deux trous destinés à donner issue aux produits de la respiration. Le courant d'air était déterminé au moyen d'un appareil aspirateur à écoulement d'eau. Chacune des ouvertures.de la partie supérieure communiquait :
!• Avec un flacon contenant de l'acide sulfurique destiné à dessécher complètement l'air de l'expiration ;
2" Avec deux flacons placés l'un à la suite de l'autre, contenant une lessive concentrée de potasse, et suivis d'un petit flacon d'acide sulfurique, d'un tube rempli de potasse caustique solide, et d'un petit flacon d'eau de chaux; cette seconde partie de l'appareil était destinée à absorber tout Tacide carbonique.
Les expériences de M. Scharling duraient de une demiheure à une heure. La guérite d'wn mètre cube de capacité est certainement trop petite pour un séjour aussi prolongé, surtout quand il s'agit d'y loger un homme du poids de 82 kilogrammes; il nous paraît bien difficile de maintenir, à l'aide d'un appareil aspirateur, la composition de l'air à l'état normal dans un espace si limité. Aussi nous n'avons pas été surpris de lire dans le Mémoire de M. Scharling que, pendant l'expérience, i*atr de la guérite contenait de 2 à 6 pour 100 d'acide carbonique (1). Quand on sait qu'il suffit de la présence (le 1 pour 100 d'acide carbonique dans l'air, même
(1) Ann. de chim. et de phys.^ 3* série, t. VHl, p. 485.
356 rUYSlQUe MÉDICALE.
dî^ns de vastes amphithéâtres, pour causer un sentiment très marqué de malaise, il est impossible d'admettre que la respiratiqn restât normale dans un espace clos do un mètre cube, au milieu d'une atmosphère complètement saturée de vapeur d'eau, échauffée considérablement par la présence du sujet, et contenant de deux à six pour 100 d'acide carbonique. Observons, d'ailleurs, que le trouble de la fonction devait être d'autant plus prononce que l'individu en observation était de plus forte taille, et jouissait d'une respiration plus active.
Une condition indispensable à remplir dans les recherches de ce genre, c'est de fournir, au sujet en expérience, assez d'air pour que le même gaz ne soit jamais introduit plus d'une fois dans la cavité thoracique. Or, d'après deà observations les mieux faites, M. le professeur Bérard a fixé le volume d'une inspiration à un demi-litre; en comptant seize mouvements d'inspiration et d'expiration par minute (il n'y a rien d'exagéré dans ces évaluations), un homme introduirait donc, dans sa poitrine, 8 litres de gaz par minute, et &80 litres par heure. Ce dernier nombre nous indique un minimum au-dessous duquel le volume d'air fourni à un homme ne peut pas s'abaisser, sans que la fonction pulmonaire soit profondément altérée dans son rhythme et dans ses produits. Mais l'appareil de M. Scharling est tel que le gaz expiré a dû nécessairement être analysé en entier dans le temps qu'a duré l'expérience; et, puisqu'il y avait deux ouvertures d'écoulement pour les produits de la respiration, il en résulte que chacun de ses appareils d'analyse a dû marcher de manière à (fessécher complètement et à dé-
pouiiler complètement d'acide carbonique^ en une heure^ 240 litres de gaz saturé de vapeur d'eau, et contenant au moins h pour 100 d'acide carbonique. M. Régna ult, aux travaux duquel il faut toujours recourir quand on veut apprendre à faire des expériences d'une exactitude irréprochable, dans ses belles recherches sur l'hygrométrie (1), a toujours employé, pour dessécher ses gaz, deux tubes en U remplis de ponce imbibée d'acide sulfu-» rique bouilli; et, bien que l'action de ces tubes soit beaucoup plus efficace que celle des flacons laveurs, il a cependant réglé le tirage de son aspirateur de telle manière qu'il ne passait pas plus de 39 à kl litres de gaz, par heure, à travers son appareil.
Ces circonstances nous paraissent plus que suffisantes pour rendre compte des différences qui existent entre nos résultats et ceux de M. Scharling.
Recherches de M. liiehiff. — M. Liebig (2) s'est servi de la méthode indirecte de M. Boussingault pour déterminer les produits fournis par la respiration de l'homme ; il a opéré sur une compagnie de la garde grand-ducale de Hesse-Darmstad , sur une famille composée de cinq personnes, sur les prisonniers de Giessen et deMarienschloss. La science avait beaucoup à espérer de recherches entreprises sur une aussi haute échelle, et dirigées par un homme aussi éminent. Malheureusement , tous les chimistes sont d'accord sur ce point que les bases fondamentales de ces expériences n'ont pas été détermi-
(1) Ann. dechim. et de phys.j y série, t. XV, p. 151-155.
(2) Chimie organique appliquée à la physiologie animale, p. 39 et
358 PHTSIQUK MÉDICALE.
nées avec assez d'exactitude, pour que les résultats obtehus par M. Liebig puissent être acceptés avec confiancîe-
Recherehes de M. Barrai. — M. Barrai (1) a publié,
en 1849, un Mémoire sur la statique chimique du corps humain, dans lequel il a appliqué la méthode indirecte de M. Boussingault à la détermination des produits fournis par les exhalations pulmonaire et cutanée. Ses expériences portent :
kii.
1° Sur un homme de 29 ans du poids de 47,5 2** Sur un homme de h9 ans du poids de 58,7 3^ Sur uu eufaut de 6 ans du poids de 15 4" Sur une femme de 32 ans du poids de Gl ,2
Avant d'exposer les résultats obtenus par M. Barrai, no.us devons faire une remarque importante.
La méthode indirecte, pour donner des résultats acceptables, suppose nécessairement , ainsi que M. Boussingault l'a nettement exprimé et comme nous l'avons rappelé plus haut ( page 247 ), que le sujet soumis à la ration d'entretien ne gagne ni ne perd rien en poids, pendant toute la durée de l'observation. Sans cela, il n'est pas possible d'affirmer que les matières éliminées par le poumon et par la peau sont exactement représentées, en quantité et en nature, par la différence qui existe entre ce qui a été introduit par les voies digestives avec les aliments et ce qui a été expulsé par les diverses voies d'excrétion. Un enfant de six ans, chez lequel tous les organes se développent très rapidement, fixe nécessairement dans son économie une partie des matériaux four- Ci) Ann. dechim. et de phys., V série, l. XXV, p. 129.
SOURCKi:) DE LÀ CHÂLEUH ANIMALE. 359
iiis par la digestion; et Téquivalent des substances, ainsi assimilées journellement pour satisfaire à raccroisseinent de 5on corps, ne doit se retrouver ni dans les eKcretions solides ou liquides, ni dans les produits des exhalations pulmonaire et cutanée. Le travail de M. Barrai sur la statique chimique d'un entant de six ans nous paraît donc pécher par la base, et nous ne dirons rien des résultats contenus dans cette partie de son Mémoire.
Nous garderons le même silence sur ses expériences relatives à la femme de trente deux ans, et en voici la raison, Nous avons longuement expliqué comment uue partie des matériaux du sang qui, chez Ttomme, aurait été brûlée et éliminée par le poumon et par la peau, échappe, chez la femme, à l'action de l'oxygène et s'écoule par les menstrues, M. Barrai, en ne tenant pas compte de cet élément important de la question, s'qst trouvé nécessairement entraîné à attribuer au poumon et à la peau tout lé travail d'élimination accompli périodi^ quemeni par Tu ter us; c'est ce qui explique pourquoi , dans son Mémoire, l'intensité des combustions respiratoires est sensiblement la même, chez l'homme adulte de vingt-neuf ans et chez la femme menstruée de trentedeux. Si M. Barrai avait eu soin de contrôler les indications de ses analyses par l'examen des gaz absorbés et exhalés par les surfaces respiratoires, il aurait certaine^ ment été averti du défaut d'exactitude du point de départ de ses recherches sur les produits de là respiration, chez l'enfant en voie de développement et chez la femme mens^ truée.
Gela posé, nous allons extraire du travail de M. Barrai
les résultats des expériences qu'il a faites sur un homme de vingt-neuf ans et sur un homme de cinquante-neuf ans. Chacune^de ces trois séries d'observations a duré cinq jours, pendant lesquels il a pesé et analysé avec soin toutes les matières alimentaires solides et liquides introduites dans le tube digestif, et toutes les matières excrémentitielles chassées au dehors sous forme solide et sous forme liquide. En ramenant les phénomènes à ce qu'ils auraient été pendant tme heure, nous trouvons que :
1» Un homme de vingt-neuf ans, du poids de(i7*"*,5, la température extérieure étant de — 0**,54, a fourni, en une heure, par le poumon et par la peau :
( Acide carbonique j Oxygène 37,300 §«••
Oxygène \ exhalé 51§r,288 Carbone brûlé 13,988
absorbé < ;
448f,229/ Eau Oxygène 6,929
[ produite 7gr,795 ( Hydrogène brûlé 0,866
Oxygène total absorbé en une heure. • • . 44,229
Azote exhalé par heure • • • 0,596
2"* Le même homme de vingt-neuf ans, du poids de Ul^\5, la température extérieure étant de 20«>,8, a fourni , en une heure, par le poumon et par la peau :
gr.
/ Acide carbonique) Oxygène 26,922 Rf*
Oxygène \ ^^^^^ 37gr,017 j Carbone brûlé 10,095
absorbé < „ , ^ .
31gr782) Eau (Oxygène 4,860
' l produite 5gr,467 ( Hydrogène brûlé 0,607
Oxygène total exhalé en une heure . . . • 31 ,782
Azote exhalé par heure. 0,421
3* Un homme de cinquante neuf ans, du poids de
58^*^7, la température extérieure étant de 6%32, a fourni, en une heure, par le poumon et par la peau :
gr.
/ Acide carbonique ( Oxygèoe . . . . é • . • 32,979 V'
J^^rl® \ exhalé 456',346 j Carbone brûlé 12,367
absorbé < ^ .^ .
37S',046/ Eau Oxygène 4,067
\ produite 4gi-,575 j Hydrogéné brûlé 0,508
« Oxygène total absorbé en une heure . . . 37,046
Azote exhalé par heure • 0,400
Ces trois remarquables expériences traduisent, d'une manière bien nette, l'influence de Tâge sur Tintensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration; elles sont parfaitement d'accord avec les conclusions déduites de nos propres recherches. Si M. Barrai est arrivé à des quantités de carbone brûlé supérieures aux nôtres, cela tient à ce que nous n'avons parlé que de l'acide carbonique éliminé par le poumon, tandis que ses résultats contiennent à la fois les produits de l'exhalation pulmonaire et ceux de l'exhalation cutanée. Loin de constituer une contradiction, cette divergence, par le sens dans lequel elle se prononce, est une vérification de l'exactitude des déterminations contenues dans le mémoire que nous avons publié en commun avec M. Andral. La comparaison de la première et de la deuxième expérience, portant toutes deux sur le même sujet soumis à des températures différentes, met en pleine lumière l'influence profonde exercée, sur les phénomènes chimico-physiques de la respiration, par la température de l'air extérieur. Nous ne faisons que signaler en passant ce résultat important; nous y reviendrons en détail dans l'article VIII de ce chapitre.
3fiî2 PHYSIQUE MÉDICALE.
La métbod^ introduite par M. Boussingault daps la science nous parait être appelée à rendre de si grands services, que nous saisissons avec empressement toutes les Qccaaions de faire resîaartir soi) exactitude. Dans les trois expériences de M. Barrai, le rapport de la quantité d'oxygène contenu dans Teicide carbonique exhalé à la quantité totale d'oxygèoe ç^baorbé est :
Pour la 1'* eipërience 0,843
Pour U 2* e](péneDee««. ,,,•., .^.. 0,9^7 Pour la 3* expérience . , < • 0«a90
Tout... .%... a,&aQ
Mo^eooe •«<*••• 0,860
Ces trois résultats, déjà si remarquables par leur concordance, se recommandent encore d'un autre c6té. M. Regnault a prouvé, en effet, que, chez le chien nourri exclusivement avec de la viande, ce rapport est de 0,703, et que, chez le chien nourri avec nue pâtée de pain et d'eaux grasses, il s'élève à 0,928. Les expériences de M. Barrai montrent que, chez Thomme, comme on pouvait lo prévoir à cause de son alimentation mixte, et comme nous l'avons déjà fait remarquer à propos des recherches de Lavoisier, la valeur de ce rapport est intermédiaire aux deux précédentes.
M. Barrai a constaté aussi une exhalation constante d'azote, conformément à ce qui avait été déjà si bien démontré par M. Regnault pour tous les animaux soumis à une alimentatiotl suffisante. Ici encore les trois résultats de M. Barrai s'écartent peu les uns des autres. Le rapport de l'azote exhalé à Texygène total absorbé est :
SOURCES Dt LA CHALEUR ANIMALE. 3T)3
Pour la r* expérience. 0,niiîs
Pour la 2* eipérience • i 0,01d2
Pour la 3* eipérienee » • « v . 0,0108
Tolûi • 0,037h
Moyenne ••• 0,013S
La parfaite concordance de ces résultats, fournis par des expériences bien instituées et bien conduites, doit prouver aux physiologistes et aux médecins toute rétendue et toute l'importance des services que ;5ont appelées à leur rendre les sciences physiques et chimiques introduites, comme moyen d'investigation, dans Tétude des fonctions de Thomme sain et de Thomme malade.
Analyses qualitatives. — Indépendçtmment des auteurs dont nous avons analysé les travaux, Fyfe, Murray, Coutanceau, Nysten, Prout, Thomson, Apjohn, Mac-Grégor, Coathupe, Vierordt, Valentin, Brunner, M. Doyère, etc., se sont occupés de la composition des gaz de Texpiration chez l'homme. Nous aurons souvent occasion, dans le cours de notre travail , de parler des résultats qu'ils ont obtenus dans quelques circonstances spéciales; mais nous devons nous expliquer Ici franchement sur la valeur de la méthode des analyses quatitatioes, que tous ces observateurs ont employée. L'étude tout entière des phénomènes chimiques de la respiration repose sur la connaissance de la quantité absolue d^oxygène absorbé dans un temps dopné, des proportions de cet oxygène qui se sont combinées avec le carbone et l'hydrogène du sang , et enfin de la quantité d'azote exhalé ou absorbé. Nous avons vu cbmmeht la méthode directe adoptée par Lavoisier, Dulong, M. Despretz et M. Re-
gnault, et la méthode indirecte de M. Boussingault , employées concurremment, conduisent avec certitude, quoique par des voies différentes, à des déterminations exactes de ces trois grands éléments de la question; il ne saurait en être ainsi des analyses qualitatives des gaz de l'expiration. Les procédés proposés pour recueillir les gaz expirés sont très nombreux : chaque observateur en a inventé un particulier ; mais la méthode est toujours la même au fond. On mesure à l'avance le volume d'une expiration^ on compte le nombre des expirations exécutées par minute, et l'on détermine les proportions d'oxygène, d'azote et d'acide carbonique contenues dans l'air avant l'inspiration et après l'expiration. Cette méthode est très commode en ce qu'elle dispense de mesurer le gaz inspiré, de recueillir la totalité du gaz expiré, et permet de n'agir que sur de faibles volumes. Pour bien apprécier sa valeur et la nature des indications qu'elle peut fournir, prenons un exemple, soit :
Après Avant rinspiralion. l'expiration.
La composition de Tair sec ra- i Azote. • 79,200 81,200
mené à la température de 0" < Oxygène 20,797 1 4,797
et à la pression de 0,76. (Acide earboniq. 0,003 4,.003
L'air expiré contient k centièmes d'acide carbonique de plus que l'air inspiré. Ce gaz est évidemment un produit des combustions respiratoires et représente d'ail* leurs un volume d'oxygène égal au sien, qui aura été emprunté à l'air inspiré pour brûler le carbone des matériaux du sang. Mais, tandis que l'acide carbonique exhalé n'accuse que k centièmes d'oxygène absorbé,
l*air expiré en contient réellement 6 centièmes de moins que l'air inspiré. Dirons-nous que les 2 centièmes d'oxygène qu'il faut ajouter à celui de l'acide carbonique exhalé, pour en retrouver la même proportion dans l'air expiré et dans l'air inspiré, ont été absorbés et employés à faire de l'eau avec l'hydrogène des matériaux brûlés? La conclusion serait légitime si, dans la respiration, il n'y avait ni exhalation, ni absorption d'azote. Nous savons que cette hypothèse est inadmissible. Dans l'état physiologique, les animaux exhalent constamment de l'azote, tandis qu'ils en absorbent quand l'alimentation est insufûsante, et probablement dans certains cas de maladies. Mais, dans une simple analyse qualitative, toute variation dans la proportion de l'un des deux gaz (azote et oxygène) entraine par le fait même, dans la proportion de l'autre, une variation de sens inverse qui n'accuse ni une absorption, ni une exhalation. La méthode des analyses qualitatives, impuissante pour fournir des indications positives sur le rôle de l'azote dans les phénomènes respiratoires, ne peut servir ni à déterminer la proportion d'oxygène employée à faire de l'eau, ni même à vider la question de savoir si une portion quelconque de l'oxygène de l'air se combine avec l'hydrogène du sang. En effet , cette différence de deux centièmes, entre la proportion d'oxygène libre qui semble avoir disparu pendant la respiration et la proportion d'oxygène contenue dans l'acide carbonique exhalé, peut tenir en partie, et même en totalité, à une exhalation d'azote. 'Et par contre, dans les cas où l'animal absorbe de l'azote, bien qup de Veau se soit formée aux dépens de l'oxygène in-
366 PHYSIQUE lUÉDICALE.
spîré, il peut arriver cependant que la proportion d'oxygène contenue dans Tacide carbonique exhalé soit suffisante et même trop forte pour compenser la diminution de proportion de Toxygène libre dans Tair expiré; une analyse qualitative ne pourrait donner aucune explication plausible de Yapparenie inconséquence d*un semblable résultat.
La détermination de la quantité absolue de carbone brûlé en une heure suppose nécessairement qu'on ait préalablement mesuré la quantité absolue, en poids ou en volume, de Tacide carbonique exhalé dans le même temps. Dans la méthode des analyses qualitatives^ cette opération s'effectue en multipliant la proportion d'acide carbonique exhalé par le volume d'une expiration et par le nombre des expirations observées. Or, rien n'est plus difficile à déterminer exactement que le volume réel d'une expiration normale : il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur les évaluations si différentes données par les divers observateurs. Le volume et le nombre des expirations ne varie pas seulement d'un sujet à l'autre, mais aussi chez le même sujet et d'une manière considérable, suivant les circonstances et le moment de l'observation. En second lieu, la proportion de l'acide carbonique contenu dans le gaz expiré est profondément influencée, chez un même sujet, par le rhythme et l'ampleur des mouvements thoraciques. Valentin (1) et Vierordt(2), qui, dans ces dernières an- Ci) TraiUde ph^iiologie^ 3* édit.p 1847, l< I. (2) Dictionnaire de phy$iologie^ par Rudolph Wagner^ art. Respiration, i. H.
nées, ont étudié avec }3eaucoup de soin la méthode des analyses qualitatives et ont fait taiit d'efforts pour la perfectionner, ont reconnu, avec leurs prédécesseurs dans cette voie, que la proportion d'acide carbonique est d^auimi plus faible^ dansTair expiré, que les inspirations sont plus nombreuses et plus profondes.
De toutes les méthodes employées pour apprécier la quantité absolue de carbone brûlé dans un temps donné, celle des analyses qualitatives nous paraît la moins exacte, à cause de l'incertitude de la valeur réelle des trois éléments (nombre des inspirations, volume de l'expiration, proportion de l*acide carbonique exhalé) qui entrent forcément dans le calcul. Ajoutons encore que, ne tenant et ne pouvant tenir aucun compte de l'absorption ou de l'exhalation d'azote, elle lie peut fournir aucune évaluation exacte ni de la proportion d'oxygène combinée avec rhydrogène, ni de la quantité absolue d'oxygène consommé. Toutes ces causes d'incertitude et d'erreur, impossibles à éviter, nous font penser que l'emploi de cette méthode doit être réservé pour quelques circonstances toutes spéciales, dans lesquelles il est impossible de procéder autrement, et que ses indications ne doivent jamais être acceptées qu'avec beaucoup de réserve.
Dans ces dernières années, des observateurs d'un grand mérite, Valentin, Brunner (1), Vierordt (2) et M. Doyère(3),
(1) Traité de physiologie, 2* édlt., 1817, 1. 1.
(2) Dictionnaire de physiologie i par H«dolph Wagoer, art. Rcâ-
PltATIOR, t. II.
(3) Mémoire sur la respiration et la ckalemr hunume dems le ehe^ léira.
368, PHTSIOUE MÉDICALE.
ont appliqué la méthode des analyses qualitatives à l'étude de la respiration de l'homme. Nous croyons devoir consigner ici les résultats auxquels ils sont parvenus.
Dans une première série de trente-quatre expériences, sur des hommes dont l'âge était compris entre trentetrois et cinquante-trois ans, Yalentin et Brunner ont trouvé que le gaz expiré contient moyennement 4,380 d'acide carbonique pour 100 en volume, et 6,546 pour 100 en poids; ces moyennes sont déduites de nombres très différents les uns des autres. D'après d'autres expériences de Yalentin portant sur des hommes dont l'âge a varié de dix-neuf à cinquante-trois ans, le gaz expiré contenait moyennement 4,160 d'acide carbonique pour 100 en volume. Enfin, des résultats fournis par leur procédé le plus exact dans dix-huit expériences faites sur des hommes dont l'âge a varié entre dix-neuf et quarante sept ans, Yalentin et Brunner ont déduit que le gaz expiré contient 4,050 d'acide carbonique pour 100, et que l'oxygène absorbé s'élève à 4,781 pour 100 en volume.
Yierordt a conclu, de six cents observations faites sur lui-même, que le gaz expiré contient moyennement 4,334 d'acide carbonique pour 100 en volume, quand les inspirations ont leur rhythme et leur développement normaux. Les limites très étendues des variations de ce rapport moyen sont 3,358 et 6,220. D'après le môme observateur, sous l'influence d'inspirations profondes et trop développées, la proportion de l'acide carbonique dans le gaz expiré tombe à 2,480 pour 100 en volume.
Les expériences de M. Doyère fixent, à /i,(iOO pour 100 en volume, la proportion de l'acide carbonique contenu dans le gaz expiré par un homme adulte en santé.
Du reste, le plus grand désaccord existe entre les divers auteurs qui ont employé la méthode des analyses qualitatives; cela résulte, d'une manière évidente, de Texamen du tableau suivant, emprunté à la Physiologie de Valentin.
La proportion d'acide carbonique contenue dans 100 volumes de gaz expiré par l'homme adulte est :
(V de
, { 2« de
(3" de
4,380 Pour Valentin et Brunner. • . . { 2* de 4,160
Pour Yierordt de 4,334
Pour M. Doyère de 4, 400
Pour H. Davy de 3,950 k 4,500
Pour Proat de 3,300 à 4,600
Pour Thomsoa de 3,720
Pour Apjobn . • * de 3,600
Pour Mac-Grégor de 3,500
Pour Ménzies de 5,000
Pour Berthollet de 5,530 à 13,000
Pour Murray de 6,200 à 6,500
Pour Allen et Pepys de 8,000 à 8,500
Pour Fyfe de 8,500
Pour Jurine de 10,000
Pour H. Davy, dans une expérience
isolée de 10,500
ConckiBlon. — En résumé, nous avons vu que, selon les Ages, la puissance de calorification varie notablement chez les animaux ; nous avons vu aussi que la femme résiste moins énergîquement que l'homme aux causes
370 PHYSIQUE MÉDICALIS.
extérieures de refroidissement. L'analyse des expériences nombreuses, dont la science s*est enrichie depuis Lavoîsier, nous à montré que rinfluence de Tâge et du sexe sur Tintensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration agit dans le même sens. Il est donc démontré que, depuis leur naissance jusqu'à leur mort, raction de Toxygène sur les matériaux du sang se modifie de telle manière que la quantité de chaleur produite reste toujours en rapport avec Télévation de la température propre des animaux.
ARTICLE IV
Dl^ LA VEILLE ET DU SOMMEIL.
L'animal , pour se livrer au sommeil , se retire derrière des abris qui le garantissent contre les variations de la température extérieure; l'homme lui-même prend, toutes choses égales d'ailleurs, bien plus de précautions lu nuit que le jour pour se préser\'er du refroidissement. Pendant le sommeil, toutes les fonctions s*allanguissent, la résistance à l'action des agents extérieurs est moindre; l'animal se refroidit plus facilement. Hunter (1) dit que la température de l'homme endormi s'abaisse de 0%83 au-dessous de ce qu'elle est pendant la veille. Il résulte aussi des recherches de Martin (2) que la température de l'homme baisse sensiblement pendant le sommeil, et remonte très rapidement à son type normal immédiatement après son réveil.
(1) Loc, ci7., t. I, p. 330, et t. IV, p. 217. (2; Journ. dephys., 1773, t. Il, p. 292.
SOURCES IXB LA CKAUUR ANIMALK. 371
M. Chûssat, dans son Mémoire sur rinanilion(l), a fait trois cents observations de température, dont cent cinquante sur des pigeons éveillés, et Tautre moitié sur des pigeons endormis; les animaux, d'ailleurs, étaient placés dans des conditions semblables de température extérieure et soumis à leur régime alimentaire habituel. A midi, dans Tétat de veille, leur température était de /i2%'32; à minuit, pendant le sommeil, elle n'était plus que de M%tx%. L'oscillation quotidienne moyenne a donc été, chez ces animaux, de 0%74. Le travail de M. Chossat nous fournit un autr« résultat parfaitement en harmonie avec œ que nous dirons plus tard de la diminution qu'éprouve, en été, la faculté, dont jouissent les animaux, de résister aux causes extérieures de refroidissement. L'oscillation quotidienne de la température des pigeons fut moyennement, pour toute Tannée, de 0*,74; en hiver, elle s'abaissât 0% 7 a, et, en été, elle s'éleva à *0*,90. Ces résultats, déduits d'un nombre considérable d'expériences bien faites, rapprochés des observations de Hunter et de Martin, et de cette circonstance, bien connue des hygiénistes, que l'homme endormi ne s'expose pas,, sans danger, à subir l'influence de températures qu'éveillé, il braverait impunément, démontrent que, môme chez les animaux à température constante, le refroidissement est plus facile et la production de chaleur moins considérable dans l'état de sommeil que dansi l'état de veille. En même temps quUl étudiait la température des pi-*
(1) Mém.de VÂcad, des^ciences, savants étrangersi 1813, p. 5iO.
geons, M. Chossat tenait note du nombre dés inspiraitcfiis exécutées par ces animaux. Il résulte de deux cent trentedeux observations, faites en nombre égal pendant le sommeil et dans Tétat de veille, que :
A midi, les pigeons eiëcutaient .... 37 inspiration^par mioute. A minuit, les pigeons exécutaient ... 33 inspirations par mioate.
Les mouvements respiratoires ont donc éprouvé une oscillation quotidienne qui a marché dans le même sens que celle de la température.
Prout a trouvé (1) la combustion du carbone plus forte le jour que la nuit. D*après cet habile observateur, les gaz expirés à midi contiennent &,i pour 100 d'acide carbonique; à minuit, ils n'en contiennent plus que 3,3 pour 100 en volume. H. Scharling (2), dans le Mémoire dont nous avons déjà eu occasion de parler, a constaté que les quantités de carbone brûlé par l'homme endormi et l'homme éveillé sont dans le rapport de i à 1,237. H. Boussingault (3) a aussi étudié les produits de la respiration des animaux dans l'état de veille et dans l'état de sommeil; ses observations portent sur deux tourterelles :
U 1" tourterelle brûlait par heure I ^if^^^l ' ' ^^^^l^^ ^"*»^°*^
(endormie.. 0,162 — -
La 2- tourterelle brûlait par heure j^Sie'.: Ojfs I Dans son travail sur la respiration des insectes, New- Ci) Mém. de Chossat, p. 545.
(2) Ann. de chim, et de phys,, 3* série, t. VUI, p. 488. (3} Ann. de <h'm. et de phys , 3* série, t. XI, p. 433.
port a observé des faits de même genre ; il dit dans ses conclusions : « Lorsque l'insecte dort^ sa respiration de- » vient graduellement plus lente, et sa température con- » tinue à baisser jusqu'à ce qu'il s'éveille; alors, immé* » diatement après les premières inspirations, elle s'accroît » de nouveau. »
Voici donc encore une grande circonstance physiologique dans laquelle l'activité des phénomènes physicochimiques de la respiration, l'intensité de l'action de l'oxygène absorbé sur les matériaux combustibles du sang, et la résistance aux causes extérieures de refroidissement varient dans le même sens, et de manière à rendre compte des différences observées dans l'élévation de la température des animaux.
ARTICLE V