DU REPOS ET DU MOUVEMENT
Les physiologistes ont beaucoup parlé de V exercice et du travail musculaire conmie causes d'élévation de la température des animaux. J. Davy (1) a entrepris sur ce sujet un travail sérieux et très intéressant. A Constantinople, il mesura exactement la température des diverses paities du corps chez un même homme, immédiatement avant et après une marche assez prolongée pour déterminer une abondante transpiration. Les moyennes de ses mesures donnent les résultats suivants pour la distribution de la température :
(1) iinti. de chim. etdephys,, V série, i. XIII, p. 185.
374 rUYSlUUK MÉmCALH.
Avant la marche. Aprùt la niaiche
Pieds 2\\a W,2
Mains 27,2 35,8
Souf la langue.... 36,7 37,7
Urines 37,8 38,3
Il résulte de ces recherches que Texercice ne fait p;is sensiblement varier la température des parties du corps situées profondément, mais élève considérablement celle des extrémités. Le mouvement tend , chez les aninxaux supérieurs, h régulariser la distribution de la températuve dans les diverses régions de réconoinie^ en faisant monter celle des mains et des pieds au même degré que celle du tronc. D'ailleurs, à la suite d*un exercice violent , le corps, recouvert de sueur, devient le siège d'une évaporation plus considérable, et , par conséquent , perd plus de chaleur qu'à Tétat normal; le fait du maintien de la température du tronc et de l'élévation de celle des extrémités prouve donc que réellement, pendant le travail » la production de chalçur est augmentée.
Rappelons aussi une observation très intéressante, et déjà citée plus haut, de M. Becquerel. Il a constaté que, pendant la contraction^ la température d'un muscle s'élève toujours, et que la- variation peut atteindre un degré centigrade.
D'après Berthold, la température de la grenouille au repos est plus basse que celle de l'air, et au même degré que celle de l'eau ; pendant le coït y la tempérj^ture de cet animal sélève de 0°,25 au-dessus de celle de l'eau environnante.
Newport et M. Dutrochet ont constamment trouvé la
température des insectes en mouvement supérieure à celle (les mêmes animaux pendant le repos. Nous allons rapporter ici, sous forme de tableau, quelques-uns des résultats Comparatifs de ces deux habiles observateurs.
Bombtts laphlarius . . • En mouvement i ,94 Newport ( I ) .
Bombus lerrmris. . . . ] - ^ ^ •. ^- V.e à ^2 M.
1,77 Id.
Id.
MeloloQtha solslilîalis. } ^ Z^^Jl^lnl IM u
f en mouvement 2,10 lu.
u.»»»«^» i en repos 1,77
"'"«^^^^^^ }en mouvement 5^0
. (en repos 0,88 Id.
Lue.nu,cery« j miuyement 1,40 Id.
., , . (en repos. » • » . . 0,83 Id.
M.1 ;c proscarabœos . . } ^„ mouvement 1 ,6* Id.
Carabus nemoralis. ... en mouvement 0,22 Id.
Gryllasyiriaissimas..î!|î ««•»•;••••• ?'?î ""
. (en mouvement • • . . . 1,1/ la.
Bombus terrestris .... en mouvement 0,25 Dutrochet (2).
en repos. • • • 0,25 . Id*
en mouvement • 0,50 Id.
en repos ^. 0,23 Id.
en mouvement 0,31 td.
Bombus hortorum
Hanneton • .
Lucanus cervus. . .
Î en repos 0,22 Id.
en mouvement 0,31 Id.
Spallanzani (3) a rapporté des observations très inté-' ressantes pour démontrer que les hommes, à rétat de rcpoSy succombent sous Tinfluencede températures moins basses que celles qu41s peuvent supporter impunément,
(1) TransacL philos, , 1837, II* partie.
(2) Ann. d'hisl. nat,, 3« série. Zoologie^ t. XIH, p.
(3) Opusc. dephys. anifth^ t. I, p. 94 et suiv.
pendant qu'ils se livrent à de violents exereices de corps.
En même temps que l'animal produit ainsi , dans l'état d'exercice, une plus grande somme de chaleur, son pouls se précipite, sa respiration s'accélère; ces deux faits, rapprochés du besoin si prononcé de réparation qui se manireste après une fatigue musculaire, démontrent que l'action de l'oxygène sur les matériaux du sang augmente proportionnellement à la quantité de chaleur produite. D'ailleurs, la science possède quelques observations directes qui ne laissent aucun doute à ce sujet. Lavoisier(l) a mesuré la quantité d'oxygène consommé, en mie heure, par un même homme à l'état de repos et pendant qu'il soulevait un fardeau.
1 " Un homme, à jeun et aa repos, consommait par heure 24 litres d'oxygène.
2* Ce ro^me homme, à jeun^ pendant qn^il accomplissait le travail nf'eessatre pour soulever, en 15 minutes, un poids de 71^11,343 à 200 mètres de hauteur, consommait par heure 63 litres d*oxygènc.
Ce dernier chiffre pourra paraître exagéré, mais il faut f e rappeler que, pendant la seconde expérience, l'évaporation était beaucoup plus considérable que pendant la première, et qu'il fallait compenser la chaleur perdue par cette voie.
Prout (2) dit qu'il suffit d'un léger exercice de corps
(i) Mém. de VAcad. des sciences, 1789, p. 575.
(2) Hannovcr, De quantilate acidi carbmki, etc., IS45, p. 4.
pour élever moyennement la proportion d'acide carboniquecontenue dans Tair expiré de 3,&5à 3,63 pour 100. Prout» il est vrai, ajoute que, pendant la lassitude qui succède à un exercice niolent^ la proportion d*acide carbonique exhalé diminue au lieu d'augmenter. Ce second fait ne nous paraît nullement en contradiction avec le premier. Pendant un travail exagéré, en effet, la consommation de matériaux du sang est aussi exagérée; à la suite de cette dépense excessive, les forces s'affaissent et l'animal tombe dans une sorte de prostration : alors toutes les fonctions sont languissantes, l'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration diminue elle-même, précisément parce qu'elle a été trop exaltée pendant la durée du travail. Cette observation de Prout , loin d'être une anomalie, est une confirmation de la loi des intermittences physiologiques, à laquelle est fatalement soumise l'activité de toutes les fonctions de l'économie. L'exercice de la parole, d'après Prout, a la môme influence que le travail corporel sur la combustion du carbone. Valentin et Vierordt(i) ont constaté, comme Prout , que le mouvement augmente la proportion d'acide carbonique contenue dans les gaz de l'expiration. A la suite des résultats cités plus haut, Newport s'exprime ainsi dans les conclusions de son Mémoire :
« Durant l'hiver, lorsque les abeilles sont au repos, » que la respiration est fort abaissée, lorsque pas une » seule d'entre elles n'est occupée à agiter l'air à l'entrée » de la ruche, la température de cette habitation peut
(i) Valeotin, Traité de physiologie, 2* édition, 1847, t. Il, p. 563 et snir.
378 PHTâlQOE UÉDICALB.
» n'élever^ en un petit nombre de minutes, même Aeplu- » sieurs degrés. 11 suffit poui* cela de troubler les habi-> » lants, et par suite d'augmenter leur respiration. Ces » phénomènes sont tellement intenses, il se développe » une si forte proportion de calorique, et une telle quantité » d'air est viciée, qu'il devient asphyxiant et nuisible pour » les abeilles. Aiissi , bien que l'atmosphère soit trop » froide pour que, en général , elles s'aventurent au » dehors, un grand nombre d'entre elles s'élancent à » l'entrée de la ruche et commencent à ventiler labo- » rieusement l'intérieur au moyen des vibrations de » leurs ailes, comme cela se passe au milieu de Tété. La » quantité de chaleur libre est toujours d^autant plus » grande, dans la ruche, que les obeiiles sont plus actives, » et dautanH plus faible qu'elles sont plus tranquilles, » M. Lassaigne(l) a fait des observations très intéressantes pour déterminer l'influence de l'exercice sur la respiration du cheval :
gr. ^
Un 1*' cheval eiha* [avant Texercice 341,69 d'ac. carb.
lait par heure., (après 1/4 d'heure d'eserc. 745,90 —
Un a* cheval exha- 1 avant Texercice • . • 685,38 —
lait par heure. . [ après Texercice • • 754,88 —
D'après M. Lassaigne, l'exercice aurait été sans influence sur la quantité d'acide carbonique expiré par un cheval arabe pur sang qui, à l'état de repos, exhalait 852k',42 d'acide carbonique par heure. La respiration de ce cheval était d'une intensité très remarquable.
(1) Journal de chimie médicale, 1819, t. Y, p. 13.
Lehmann (1) a démontré que Texèrcice musculaire a pour eflTet d'augmenter la proportion d*urée^ et de diminuer la proportion d'acide urique des urines. Or, Turée correspondant à un degré d'oxydation de la matière albuminoïde plus avancé que l'acide urique, l'augmentation de la proportion de la première de ces deux substances traduit nécessairement un accroissement correspondant dans l'activité des phénomènes physico-chimiques de la respiration. Les observations suivantes de M. Licbig(2) conduisent à des conclusions de même nature. L'urine des bestiaux et des chevaux qui travaillent renferme de l'acide benzoïque à 14 équivalents de carbone ; lorsque ces animaux se reposent^ on trouve l'acide benzoïque remplacé par l'acide hippurique à 18 équivalents de carbone. La cl^ir des animaux sauvages est dépourvue de graisse ; les animaux domestiques, au contraire, engraissent lorsqu*on les prive de mouvement. Un animal qui se meut librement et qui traîne des fardeaux perd peu à peu son embonpoint.
Ainsi , de quelque côté que cette question soit envisagée, la conclusion est toujours la même. Chez tous les animaux, la température propre, la résistance aux causes extérieures de refroidissement, la production de chaleur et l'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration éprouvent des variations simultanées et de même sens, quand ils passent de l'état de repos à l'état de mouvement.
(i) Journal de Schmtdtf Juin 1843.
12) Chimie organvjue appliquée à la physiologie animalêf p. 90.
ARTICLE VI
DE l'incubation.
HuDter (i) s*est occupé de la détermination de la tem* pérature des poules pendant Tincubation. Ayant placé un thermomètre tantôt dans le rectum, tantôt sous le ventre d'une poule, pendant qu'elle était accroupie sur ses œufs, il trouva que la température variait entre 39**,Aii et tiO degrés, absolument comme chez des poules qui ne couvaient pas. M. Valenciennes, dans un Mémoh*e lu devant V Académie des sciences en 1861 (2), a annoncé des résultats bien différents : il dit que, dans ses expériences, le thermomètre placé sous le ventre de la poule, au milieu des œufs, a varié de h2 à 56 degrés. L'élévation de température est ici incontestable et très considérable. Hais la partie la plus intéressante de ce Mémoire est la relation des variations de la température d'une femelle de serpent python observée par M. Valenciennes, pendant qu'elle couvait ses propres œuts.
Cette femelle était conservée, à la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle, dans un coffre de bois, et se cachait habituellement sous des couvertures de laine. Le cofire, d'ailleurs, était chauffé par de l'eau chaude placée dans un double fond de la caisse. L'eau était renouvelée tous les matins; sa température, au moment de son maximum, ne dépassait pas 60 à 70 degrés. Cette eau, en se refiroi-
(1) Œuvres complètes, t. IV, p. 219.
(2) Comptes rendus des séances de VAcad. des sciences, t. XIIÎ, p. i27.
SOURCES DE LA CHALEUa ANIMALE. 381
(lissant, cédait sa chaleur au coffre; et la température de l'air dans lequel vivait le serpent était ainsi maintenue entre 20 et 25 degrés.
Le 6 mai, elle fit quinze œufs qu'elle réunit ellemême en tas sous les couvertures ; puis elle enroula son corps en spirale autour du tas, de manière à former un cône qui cachait entièrement les œufs et se terminait par la tête de l'animal. M. Valenciennes constata d'abord, par le simple toucher, que la température de la mère était très supérieure à celle de la caisse et des couvertures sous lesquelles elle était cachée. Depuis le 6 mai jusqu'au 3 juillet, la femelle de python ne prit aucune nourriture et conserva invariablement la même position. Ce jour-là seulement elle consentit à manger, et elle abandonna complètement ses œufs, dont plusieurs commençaient à éclore. Le matin, avant le renouvellement de Ceau chaude de la caisse, M. Valenciennes mesurait la température de l'animal, celle de l'intérieur de la caisse sous les couvertures et celle de la chambre où était placée la caisse. Les résultats de ses observations sont consignés dans le tableau suivant (1) :
(1) Les résultais obtenus par un observateur au<si habile et aussi cxaet que M. Valenciennes se recommandent assez par eux -mémos pour se passer de toute garantie étrangère. Cependant nous devons ajouter ici (M. Valenciennes lui-même Ta désiré), que ces expériences, instituées conformément aux conseils donnés par Gay-t.ussac, ont été suivies assidi\ment et contrôlées par ce physicien cminent.
382 PHYStQUE MÉDICALE.