‹ Physique socialeChapitre 138 sur 244 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

qu’une année de différence a bien plus d’importance vers la fin de la vie que vers le commencement : ainsi l’jVngleterre, vers l’âge de 60 ans, présente une vie probable plus forte d’une année environ, sur les autres pays, jusqu’à la fin de l’existence : mais une année de vie sur trois, qui est la durée de la vie à cet âge, forme un avantage considérable.

Il en résulterait que la mortalité, considérée d'une manière générale, est loin d’offrir les tristes différences qu’accusent souvent des tables de mortalité faites spécialement pour des pays divers et pour des classes d’hommes plus ou moins exposées à la mortalité.

Nous ferons, ici, une remarque qui mérite d’étre prise en considération : le célèbre Halley, qui construisit la première table de mortalité en 1693, avait reconnu sans doute, dès cette époque, que la mortalité de la première enfance offre trop peu les caractères de la probabilité pour pouvoir être prise en considération dans la construction d’une table de mortalité : il n’en fit pas usage et commença ses tables après le premier âge. En se servant de cette méthode, on ne tarderait pas à posséder une quantité de documents précieux qui peut-être modifieraient nos idées sous bien des rapports, et donneraient des renseignements précis sur des documents que nous ne pouvons juger actuellement que d’une manière peu précise.

Je ferai succéder à ces premières considérations un examen plus attentif des différents âges critiques de f homme et de la femme, ainsi que des divers degrés de viabilité.

Ce qui doit d’abord fixer notre attention, c’est la grande mortalité des enfants après leur naissance ; pour s’en faire une idée juste, il suffit de considérer que, dans les villes comme dans les campagnes, il meurt, pendant le premier

mois qui suit la naissance, quatre fois autant d'enfants que pendant le second mois (voyez plus haut, page 296) et presque autant que pendant les deux années qui suivent la première, quoique la mortalité soit alors encore assez forte. La table de mortalité montre en effet que près du dixième des enfants disparaît dès le premier mois qui suit la naissance. Ce nombre e.st égal à celui des survivants qui meurent entre 7 et 34 ans, ou entre 24 et 41 ans, ou bien encore à celui des survivants qui dépassent l'ilge de 78 ans. MM. Milne Edwards et Villermé ont fait des recherches intéressantes sur la mortalité des enfants nouveau-nés : Toaldo, en Italie, l’attribuait en grande partie à l’usage où l’on est de porter les enfants aux églises immédiatement après leur naissance, souvent par les froids les plus rigoureux, et de les exposer ensuite tout découverts aux eaux du baptême.

La mortalité est si grande, surtout pour les enfants mâles, que, trois ans après la naissance, le nombre en est déjà réduit de près du quart. L’âge de cinq ans est trèsremarquable parce que la mortalité, qui a été très-grande jusque-là, s’arrête assez brusquement et devient extrêmement faible jusqu’à l’âge de puberté. C’est avant cet âge de cinq ans que la vie probable atteint son maximum, c’est-à-dire que l’homme peut compter sur la plus longue existence probable.

L’époque qui précède la puberté, et qui est de 13 ans pour les villes et de 14 pour les campagnes, mérite également notre attention : elle offre aussi un maximum qui est d’une espèce particulière ; on pourrait le nommer le maximum de viabilité; c’est l’époque où l’homme peut le plus compter sur son existence actuelle, où il a le plus à parier qu’il ne succombera pas dans l’instant qui va suivre.

Après l’âge de puberté, la mortalité devient plus forte.

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