LIVRE PREMIER
vation prolongée permet du moins de les reconnaître et d’en apprécier les principales circonstances.
Dès qu’un fait a frappé nos regards, dès que nous avons pu en constater les effets et reconnaitre une similitude avec un fait analogue qui se reproduit sous les mêmes aspects, nous sommes naturellement portés à supposer entre eux une identité. Cette probabilité se change en certitude, lorsque nous voyons le môme phénomène se présenter successivement dans le môme ordre et à peu près avec les mêmes conditions. En ne le jugeant que par ses caractères extérieurs, on peut supposer ce phénomène périodique; mais quand, aidé par la science, on reconnaît qu’il se produit toujours de la même manière et par les mêmes causes, on possède, outre la conviction physique, celle qui procède du raisonnement (i).
Cette dernière conviction est quelquefois difficile à acquérir: ainsi, la durée du jour est le plus apparent de tous les phénomènes périodiques qui nous concernent : la plus simple intelligence, depuis le commencement des choses, a pu en reconnaître la durée et la succession ; mais il n’en est pas de même de l’hypothèse qui attribue son origine au mouvement de rotation de la terre autour de son axe. En 1633, Galilée, à l’âge de soixante et dix ans, avouait encore, bien malgré lui sans doute, qu’il avait pu se tromper en proclamant ce principe; mais aujourd’hui
tl) Voyez, sur les phénomènes périodiques, pages 203 et suivantes, et spécialement à la page .425, leur tableau général, dans les Lettres sur la TbAorik des probabilités, publiées à Bruxelles, en 1846, in 8% chez M. H. Hayez. Voyez aussi les intéressantes recherches de M. Wappâns: AUgetneine lierolkemngsstatistik, 2 vol. in-B*»; I„eipzig, 1859 et 1861 ; les travaux de M. Adolphe Wagner, particuliérement ceux insérés dans le Deutsches Staatncôrterbuch ; les recherches de M. Adolphe Held, dans le Jahrbücher fur Naiionalôkonomie ; celles de M. Cantor, dans le Literatur^ zeitung fur Math . und Phys., XI, 4; do M> J.-A. Grunert, dans sonexellent recueil Archit der Mathematik, etc., 1867^ etc.
PHTSIQUB SOCIALE.
on peut s’étonner qu’un phénomène aussi simple fût encore si généralement ignoré. Il importe donc de faire une différence bien grande entre le fait aperçu et le fait expliqué par la science.
Ainsi, le phénomène du jour, qui exerce une si grande influence sur la nature physique de l’homme en général, semble, quand il s’agit d’en îipprécier les causes, en produire bien peu s<ir son intelligence : il a fallu traverser des siècles pour arriver à une explication complète de ce fait. La durée du jour est peut-être le phénomène le plus important qui soit soumis à nos méditations; il .se reproduit par ses effets dans tous les ordres de la nature. Chez l’homme surtout, il fait partie essentielle de son existence ; la veille et les travaux qui l’occupent, le sommeil qui y succède forment un retour périodique et non interrompu qui partage sa vie entière, et qui le rend, à son insu, le reproducteur continuel des mêmes actions, et l'on pourrait dire des mêmes pensées. La chaîne entière de la vie, si l’on pouvait la considérer dans toute son étendue, se trouve régulièrement coupée, par distances égales d’un Jour ou d’un an, par exemple, qu’on l’estime soit sous le rapport de l’activité du corps ou de l’esprit, soit pour le mouvement des pa.ssions, soit même pour les époques ou du commencement ou de la cessation de son existence.
Les animaux ne sont pas moins sensibles à ces alternatives qu’on retrouve partout dans la nature. La plante, de son côté, après les chaleurs du jour, a son sommeil ainsi que l’homme, et présente des phénomènes qui varient successivement : la partie inanimée de la création elle-même semble prendre part à ce mouvement diurne.
Notre globe, en tournant autour de son axe et en subissant l’influence du soleil, présente une succession périodique de lumière et d’ombre; il jouit alternativement