‹ Physique socialeChapitre 201 sur 244 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

entreprenait courageusement des travaux gigantesques devant lesquels reculaient la plupart des Etats reposant sur les bases les plus solides.

Un gouvernement en modifiant ses lois, surtout ses lois financières, doit recueillir avec soin les documents propres à constater, plus tard, si les résultats obtenus répondent à ses prévisions. On fait et l’on défait des lois avec une précipitation telle, que la plupart du temps il est impossible d’en étudier l’infiuence ; les lois sur les droits d’entrée et de sortie en présentent de tristes exemples. Il en est ici, comme de la taxe des lettres en Angleterre ; il est des prix qu’il faut savoir atteindre ; ce sont ceux qui concilient le mieux tous les intérêts.

Quand des taxes sont trop élevées, on a recours à la fraude ; ou bien les entrées diminuent. Il existe, au contraire, de nombreux exemples qui prouvent que lorsqu’on abaisse les prix des octrois ou des douanes, les revenus du trésor augmentent sensiblement.

La plupart des nations civilisées ont encore des idées très-inexactes sur les choses qu’il leur importe le plus de connaître. Je citerai en particulier la valeur des récoltes et. celle des principales consommations. Cependant il est indispensable de savoir, quand on établit des lois, si un pays peut se suffire à lui-même, et de connaître, à la veille d’une crise, s’il faudra se pourvoir à l’étranger.

Une sage administration doit faire entrer aussi, dans sa statistique, les renseignements dont elle peut avoir subitement besoin dans des circonstances extraordinaires, telles qu’une déclaration de guerre. Il importe de connaître d’où l’on peut recevoir, en temps utile, des approvisionnements pour les hommes et pour les chevaux; ou l’on trouvera des logements ; où l’on prendra les chariots et les chevaux nécessaires pour les transports.

Je ne crois plus devoir insister sur l’iiiiportance d’un bon recensement et d'un état civil bien tenu ; j’en ni siiffisannncnt parlé. Toutes les questions qui se rattachent à la population méritent, en général, la plus grande attention de la part d’un gouvernement. Il en est une qui, de jour en jour, offre plus d’intérêt et qu’on semble laisser encore dans l’ombre, bien quelle ait excité déjà de vives inquiétudes dans quelques États : il s’agit de la légitimité des naissances.

C’est un principe connu que, sous l’influence des mêmes causes, les effets restent les mêmes. Si les naissances illégitimes, par exemple, augmentent progressivement, il faut bien en rechercher la cause quelque part. Dans plusieurs grandes villes, telles que Paris et Bruxelles, le tiers des naissances sont illégitimes ; à Munich, le rapport est plus grand encore, et l’on compte autant de naissances illégitimes que de naissances légitimes. Quelle peut être la cause d’un pareil état de choses ? Faut-il l’attribuer à une mesure législative prise dans le dessein d’obvier à d’autres maux, et dire que la défense de contracter mariage, à moins de pouvoir garantir un état et un avenir à sa femme, pousse au concubinage? Une parfaite connaissance des choses peut seule résoudre cette importante question.

La statistique criminelle, bien que naissante, a déjà introduit des réformes utiles dans les lois. Elle a montré, par exemple, que lorsque la peine est trop disproportionnée avec le crime, elle ne reçoit plus son application, et par suite reste inactive. C’est ainsi que la peine de mort attachée à l’infanticide, se trouve rarement appliquée ; pour donner à la loi son plein effet, il faudrait en adoucir la rigueur.

Quand une loi pénale est modifiée, son influence doit se

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