LIVRE DEUXIÈME
faire ressentir; si cette influence ne laisse aucune trace et que les résultats des années antérieures continuent à se reproduire, c’est que la modification est sans effet et, par suite, illusoire. Quand, au contraire, les effets produits sont marqués. Us apprennent si la modification a été avantageuse ou nuisible.
Mais c'est justement dans la fixité du retour des mêmes effets, sous finfluence des mêmes causes, que le législateur trouve ridée la plus consolante et la preuve qu’en changeant avantageusement une loi, il produira nécessairement un changement utile sur l’avenir de la nation. Dans quel but ferait-il des réformes, s’il n’était certain qu’elles produiront des fruits et que ces fruits seront durables? On ne peut certainement se flatter de ffiire disparaître tous les crimes qui souillent la société ; mais on conçoit qu’il existe un ensemble de lois, une administration éclairée et un état social tels, que le nombre en soit aussi réduit que possible. Ce dernier chiffre dépend de l’organisation intime de l’homme, et l’e.xcédant est en quelque sorte le produit de l’organisation sociale.
Les statistiques, je le répète, offrent un des moyens les plus sûrs d'apprécier fefficacité des lois. .4 une certaine époque, les condamnations pour falsification de billets de banque étaient très-nombreuses, et cependant elles entraînaient la peine capitale. Au lieu de continuer à sévir contre les coupables, l’Etat s’avisa d’introduire des réformes dans la fabrication des billets, et immédiatement après, on trouva que le nombre des condamnations était considérablement réduit.
Une pareille mesure prise, quelques années plus tôt, eût peut-être sauvé la vie et l’honneur à bien des malheureux.
Faut-il d’autres preuves pour montrer la sage circonspection qui doit dominer le législateur, et les utiles le-
çons qu’il peut puiser dans les documents statistiques?
Cette science, jusque dans ces derniers temps, a été accueillie avec une grande faveur. Plusieurs savants ont montré le parti qu’on pouvait en tirer, et ils ont présenté des solutions de questions aussi neuves qu’instructives. Mais, comme l’imagination et le zèle peu éclairé de divers écrivains ont dépassé les limites que devaient leur imposer les observations trop peu nombreuses, et surtout trop peu exactes, la défiance a succédé au premier entraînement.
Si quelque chose doit étonner cependant, c’est qu’avec le peu de ressources que possédait la science, elle ait pu établir déjà un aussi grand nombre de faits intéressants pour la société. L’on est tombé, il est vrai, dans de fréquentes méprises ; mais elles ont été successivement reconnues ; et peut-être ces erreurs mêmes onLelles présenté leur côté utile.
Dans quelques pays, on a accumulé les chifi’res par un désir immodéré de contribuer aux progrès de la statistique ' et de jeter des lumières sur les différents rouages de l’Etat. Cette profusion de tableaux numériques, la plupart du temps inexacts, n’a fait qu’encombrer le terrain de la science de matériaux incommodes et souvent nuisibles.
Il importe, avant tout, que les documents statistiques que l’on publie soient exacts, comparables et qu’ils présentent toutes les garanties nécessaires. Or, dans l’état actuel des choses, les comparaisons ne peuvent s’établir, même dans les limites d’un seul royaume. Chaque administration publie ses documents, sans se mettre en harmonie avec les administrations voisines. Souvent on trouve des chiffres différents pour exprimer les mêmes choses, et presque toujours des classifications dissemblables, quand il faudrait la plus rigoureuse uniformité : c’est ce qu’on