‹ Physique socialeChapitre 203 sur 244 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

remarque surtout dans les classifications par âges, dans le partage de la population par professions diverses, dans la nomenclature des maladies, et dans celle des crimes dont la connaissance est portée devant les tribunaux. En France, tandis que le ministère du commerce évalue les céréales en hectolitres, l'administration des douanes compte par quintaux métriques et par kilogrammes (i).

Ces disparates sont autant d'obstacles aux progrès de la statistique : elles ont frappé tous ceux qui s'occupent do cette science d'une manière pratique. Le célèbre Malthus m’exprimait, un jour, le regret de ce qu'il n'existât aucun pays en Europe où la statistique fût organisée de manière à répondre à toutes les exigences de la science. Les sacrifices qu’on ferait pour obtenir un but si désirable seraient certainement bien compensés par les travaux qu’ils provoqueraient de la part des hommes les plus ' éclairés : les moyens de l’améliorer, s’il existait un pays semblable, deviendraient l’objet de leurs méditations constantes. La Belgique paraissait, aux yeux du célèbre économiste anglais, réunir â cet effet les conditions les plus favorables; placée entre les trois principales nations de l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne, constamment traversée par les voyageurs des différents pays, elle offre à chacun d’eux des moyens faciles de prendre, par eux-mômes, connaissance des lieux et de contrôler les documents statistiques. Son peu d’étendue rend ces vérifications faciles ; on a d’ailleurs des garanties d’exactitude dans un état civil bien tenu, dans une administration établie sur de bons principes ; on y trouve à la fois des par-

ti) L'institution de» conj/rdi iïitemad'onottx de statistique et l'uniformité qui tend à s'établir dans la législation des divers Etats, sont des causes puissantes, propres à détruire successivemont ces différences nationales si choquantes dans les intérêts communs.

lies agricoles et des parties purement industrielles, des terrains montagneux et des plaines. La composition du royaume se prête à tous les genres d’étude.

Malthus voulut bien, à ma prière, rédiger une note que je pris soin de remettre moi-même au gouvernement belge ; mais cet écrit fut probablement perdu de vue, et subit le sort de tant de projets qui dorment dans les cartons ministériels en attendant le jour qui doit leur donner une nouveUe vie.

Quelques gouvernements ont senti cependant les inconvénients de cet état de choses, et ont cherché à le faire cesser. La Belgique et la Sardaigne sont entrées les premières dans cette voie; sans doute, les autres États civilisés finiront par suivre leur exemple. On doit à la France et à l’Angleterre des statistiques spéciales d’un grand intérêt : n’est-il pas à regretter que ces deux foyers de civilisation n’aient pas encore adopté les mesures nécessaires pour procéder avec unité dans la publication de tous les documents qu’ils publient, et pour éviter les doubles emplois qu’on y rencontre si fréquemment ?

Quand une marche uniforme aura été adoptée dans chaque État, il restera encore un dernier pas à faire, ce sera de mettre de l’uniformité dans les différentes publications, autant du moins qu’on pourra y réussir, en conciliant les intérêts généraux de la science avec les intérêts particuliers de chaque pays.

Cette uniformité désirée tend, à la vérité, à s’établir, chaque jour, par la force même des choses. Car, lorsqu’une classification dans les documents statistiques d’un pays a été jugée bonne, on cherche naturellement ailleurs à s’en éloigner le moins possible. Mais le but désiré serait atteint, d’une manière plus sûre et plus rapide, par l’établissement de grands centres d’action qui se mettraient en relation directe.

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